Que savons nous du restaurant municipal pour les mères nourrices ouvert à Lyon en 1910 ?
Question d'origine :
Bonjour,
Je cherche des informations concernant un restaurant ouvert en 1910 par Edouard Herriot. Il s'agirait du premier restaurant municipal (de Lyon ou de France, je ne peux pas le dire) gratuit pour les mères nourrices. Je souhaite en faite la genèse et comprendre ce que le lieu est devenu avec le temps.
Merci !
Réponse du Guichet
Lyon est la première ville française à avoir créé dès 1909, sous l’impulsion du maire Édouard Herriot, un restaurant municipal gratuit rue Saint-Georges pour les mères nourrices, afin de soutenir les femmes et les enfants pendant l’allaitement. Ce projet n'est pas celui de la municipalité mais est en réalité porté par une initiative privée lancée à Paris en 1904 par M. et Mme. Coullet. Mme Coullet a réussi a ouvrir plusieurs établissements en région parisienne grâce à son énergie et sa volonté mais aussi grâce au financement de son mari, à des subventions municipales et de l'huile de coude de bons samaritains. Ces établissements, ouverts sans condition, se développent rapidement à Lyon en France et même l'étranger et auraient contribué à améliorer significativement la santé des mères et de leurs jeunes enfants.
Bonjour,
La ville de Lyon est la première ville de France a avoir soutenu et financé l'installation d'un "restaurant municipal" gratuit sans condition pour les mères nourrices, ces femmes qui allaitaient leurs enfants. Ce projet a été porté dès 1909 par le maire Edouard Herriot et ses collaborateurs. Mais nous verrons que c'est d'abord à Paris que des établissements de ce type ont vu le jour sur la base d'une initiative privée. Le fondateur et la fondatrice de ce projet ont pu ensuite bénéficier de subventions municipales pour ouvrir de nouveaux restaurants dans la capitale, puis en périphérie et en France.
Lyon est connue pour sa gastronomie et ses restaurants. La ville fut aussi la première en France à créer un restaurant municipal gratuit pour les mères nourrices. Il fut décidé en 1910 par Edouard Herriot, le maire de Lyon : le pouvoir municipal souhaitant encourager ainsi l'allaitement maternel. Car pour bien allaiter son enfant, il faut bien se nourrir, et ce restaurant est donc réservé aux femmes enceintes (dès le cinquième mois de grossesse) et aux mères qui allaitent ellesmêmes leurs enfants.
Source : Politique et alimentation : l'allaitement, une préoccupation ancestrale du pouvoir de Emmanuel Romanet.
A Lyon, ce premier restaurant est situé au 78 rue Saint-Georges. Une photo conservée aux AML nous montre des femmes portant leurs nourrissons : AML 4FI_3733.
Un article paru dans La Revue, édition du 1er janvier 1913, nous confirme que ce premier établissement se trouvait au "pied de la colline de Fourvières". Il comprenait une crèche où étaient gardés les enfants et une salle affectée au restaurant où les mères nourrices recevaient 3 fois par jour "un repas sain et confortable". 1539 soupes le matin, 13 505 déjeuners et 8774 diners y auraient ainsi été servies en 1912.
A sa suite d'autres établissements de la sorte virent le jour à la même époque :
Vers la fin 1909, M. Herriot, maire de Lyon, eut l'attention attirée sur ce mode d’assistance et décida d'en assurer le bénéfice aux mères nourrices de sa cité. Le premier restaurant municipal des mères nourrices fut ouvert au public, le 9 avril 1910. Ce restaurant est installé, rue Saint-Georges, 78, au premier étage d’un modeste immeuble qui a été acquis et réparé par la ville. En 1912, la ville créait un restaurant analogue au précédent, 19, rue Etienne-Dolet. Un nouveau restaurant commencera à fonctionner, le 1er janvier 1914, rue Raymond, 5.
Source : Etude sur les crèches municipales de Lyon par le docteur Luis Davila (Lyon, 1913)
Mais qui était à l'initiative de ce projet philantropique ? Grâce aux archives de presse numérisées sur le site Retronews, nous avons trouvé plusieurs articles intéressants.
Le 30 juin 1912 une certaine "Mme Henri Coullet" s'exprime dans Le Journal (Correspondance "à monsieur le gérant du journal..." en bas à gauche de la page de garde) pour rectifier une information parue dans un précédent numéro. Elle nous révèle l'identité du fondateur des restaurants des mères nourrices : Monsieur Henri Coullet, enseignant "agrégé d'université", et qui se révèle être... son mari.
En réalité c'est Mme Henri Coullet (dont nous ne connaitrons par le prénom) qui présida et organisa au quotidien le travail de ces restaurants. Mais fidèle aux mentalités de l’époque, elle en attribua l’initiative et les mérites à son mari. C'est donc lui qui a fondé en 1904 à Paris le premier restaurant gratuit pour mères nourrices de France. Mais s'épanouissant dans son métier d'enseignant dans un lycée de Caen, M. Coullet a préféré financer l'installation de sa femme et lui donné les moyens d'organiser les premiers restaurants des mères nourrices de la capitale. C'est encore lui qui, en 1909 (par l'intermédiaire de sa femme, présente à Lyon lors des négociations et qui présida la premier restaurant municipal de la ville), entama des pourparlers avec Edouard Herriot pour que le premier restaurant de mères nourrices de Lyon puisse voir le jour. Grâce aux finances de son mari Mme Coullet explique que cette initiative s'est "merveilleusement propagée à Paris, en France et à l'étranger. Sans préciser si ces établissements lui appartiennent, elle affirme "qu'il y a aujourd'hui 71 restaurants des mères nourrices, dont 14 en France" et précise bien sûr que "l'initiative, depuis l'origine, demeure entre les mains de Monsieur Henri Coullet".
La lecture du Radical du 27 janvier 1913 nous informe que ce premier restaurant n'aurait coûté que 6000 francs au budget de la ville. Il confirme aussi l'existence d'un second restaurant rue Etienne-Dolet.
En 1935, Maurice Rolland député du Rhône loue la démarche initiée par le maire dès 1910 dans l'Ere nouvelle (24 mars), et explique que 50 000 repas ont été distribués en 1933 dans 3 établissements de ce type. Ce chiffe aurait même triplé en 1927 au plus fort de la "crise". D'après M. Rolland en 1933, le coût de revient de ces repas etait de 3 francs 60. Celui-ci se composait de soupe, de viande ou de poisson, légumes, fromage, pain et de bière ou de vin. L'attribution de ces repas était inconditionnel et se fesait sans formalité d'aucune sorte : "Aucune question ne leur est posée sur leur état civil, leur situation, leur religion ou leur nationalité. On ne leur demande même pas leur nom ou leur adresse. Il suffit aux mères nourricières de montrer quelles allaitent réellement." Les femmes enceintes étaient elles admises dès le 5ème mois mais devaient présenter un cerfiticat médical qui attestait de leur grossesse.
Pour terminer, nous vous invitons à parcourir cet article du 1er février 1911 par dans le journal La Gironde. Il offre sûrement le récit le plus complet sur le sujet.
Ce texte revient notamment sur les prémices de la création du premier restaurant ouvert à Paris par Mme Coullet. Louant une chambre modestement meublée avec l’aide d’un restaurateur bienfaiteur qui lui fournissait des repas à moindre coût et lui prêtait le couvert, elle lança son activité en 1904 avec seulement 10 francs de capital. Le succès serait venu rapidement : 20 à 25 repas étaient délivrés quotidiennement dès le deuxième mois avant que de nouveaux restaurants émergent peu à peu à Paris (Montmartre, Mouffetard, Plaisance etc) et en périphérie, notamment à l'aide de subventions municipales. En 5 ans 144 403 repas auraient été distribué par les équipes de Mme Coullet. Ce combat contre la mal nutrition a permis d'obtenir des résultats considérables puisque la mortalité infantile des enfants des mères nourrices serait tombée à 3% seulement contre 17% à 18% dans la population générale.
L'article est aussi riche en informations sur les restaurants lyonnais. Le tout premier aurait ouvert ses portes dès le 29 décembre 1909. La ville a racheté et remis en état l'immeuble de la rue Saint-Georges dans la perspective de cette ouverture. Des chaises, des tables, une cuisine etc. On recevait jusqu'à 30 mamans dans un mobilier très simple. Vous lirez des précisions supplémentaires sur la composition des repas, les horaires et les préférences alimentaires des bénéficiaires, et les stratégies employées pour réduire les coûts au maximum. La discrétion prime, on attribue un numéro à chacune d'entre elles afin de préserver leur anonymat. Les abus seraient très rares et les femmes s'approprient ce lieu comme un endroit propice à l'échange où l'on se raconte les difficultés du quotidien.
En espérant avoir répondu à votre question.
Algérie, sections armes spéciales