Peut-on dupliquer des sculptures en marbre et les gérer avec le même code fiscal ?
Question d'origine :
Bonjour,
comment peut-on savoir si une sculpture en marbre fin XIX ieme début XX ieme signée d'un sculpteur de renom et l'épreuve dupliquée ou de l'artiste. Les sculptures en marbre de sculpteur peuvent-elles être dupliquée au même titre que les moulages en bronze et gérés par le même code fiscal?
merci
Réponse du Guichet
Une sculpture en marbre est taillée directement dans la pierre de même qu'une sculpture en terre est modelée directement dans l'argile. Elle ne peut pas avoir été réalisée par l'intermédiaire d'un moule qui pourrait permettre sa reproduction. C'est donc une pièce unique. Cependant il peut exister des reproductions d'une sculpture en marbre ou en terre dans le but de la protéger, la conserver mais également pour en vendre. Celle-ci est reproduite grâce à un moule en plâtre ou en silicone déposé directement sur l'original puis détaché. Ensuite du marbre synthétique est coulé dans le moule obtenu. Ces reproductions sont réalisées par des ateliers très professionnels. En revanche, une sculpture en bronze nécessite un moulage. Dans ce cas cette sculpture est limitée à 8 exemplaires. Pour s'assurer de son authenticité, il faut qu'elle soit signée et numérotée. A propos du code fiscal, nous ne voyons pas de quoi il s'agit si ce n'est que le régime fiscal d'une pièce unique est différent de celui d'une œuvre reproductible.
Bonjour,
Votre question porte-t-elle sur les tirages identiques d’une même sculpture réalisée à partir d'un moule comme pour les sculptures en bronze ou en terre ou bien sur les reproductions d'œuvres uniques sculptées directement dans la matière et reproduites par des ateliers de reproduction qui possèdent un savoir-faire technique, une sensibilité artistique, et un respect profond pour l’œuvre originale ? (source : Reproduction de Sculpture : L’Art de la Perfection Recréée, Sculpture Concept).
Comme vous mentionnez le marbre, nous penchons pour la sculpture unique dont on crée un moulage pour la reproduire et la mettre à l'abri afin de protéger le patrimoine des collectivités locales et des institutions.
Fondé à la Révolution de 1789, l'atelier de moulage du GrandPalaisRmn labellisé Label France savoir-faire d’excellence et Label Entreprise du patrimoine vivant (EPV), réalise de telles reproductions de sculptures.

Ces duplications (voir le catalogue) peuvent aussi être utilisées par des artistes contemporains et être vendues à des particuliers désireux de faire des cadeaux ou de décorer des intérieurs d’objets culturels porteurs de sens et d’émotion, collectionneurs férus, professionnels, décorateurs, architectes, écoles d’art internationales, professionnels de la médiation muséale, urbanistes, institutions… rapporte Sophie Prieto, Cheffe du Département des Ateliers d'art du GrandPalaisRmn dans l'article Les Ateliers d'art, moulage et chalcographie, du GrandPalaisRmn : Des vitrines de l’excellence à la française, Les Echos, 12 novembre 2024 :
L’Atelier de moulage du GrandPalaisRmn possède une collection de plus de 6000 moules qui fait revivre en plâtre, en résine, en terre-cuite ou en bronze, les plus grands chefs-d’œuvre de la sculpture. Véritable répertoire de la sculpture mondiale, ce catalogue présente l’art sculpté de tous les continents, de la Préhistoire au XXe siècle. Cet atelier se distingue par la fidélité de ses reproductions (les moules sont réalisés à partir de prise d’empreinte sur les œuvres originales), par le degré de finition des surfaces et par l’illusion des patines à la « gomme laque ». L'œil est véritablement surpris par cette dernière étape qui reconstitue l’apparence de la matière d’origine et le passage du temps.
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Pour protéger leur patrimoine sculpté fragilisé par une exposition à l’air libre, les collectivités locales et les institutions décident, le plus souvent, de mettre à couvert, les statues originales, choisissant de les remplacer dans le paysage urbain, par des reproductions que nous nous chargeons de réaliser. Les mouleurs-statuaires des ateliers œuvrent ainsi pour les jardins de Versailles et le jardin des Tuileries, avec récemment la reproduction en résine chargée de marbre de Thésée combattant le Minotaure (1826) de Jules Ramey. Aujourd’hui sa réplique orne le jardin des Tuileries, tandis qu’à l’abri des épreuves du temps, l’original est exposé dans la cour Puget du Louvre. Cette année l'équipe s'est déplacée à Ajaccio pour réaliser le moule d'un Napoléon monumental.
Ces productions répondent aussi à un intérêt croissant de la part d’artistes contemporains qui trouvent dans la collection de l’atelier, de véritables sources d’inspiration, d’invitations à la réinterprétation ou à la réappropriation.
Côté moulage, les artisans produisent des répliques de sculptures auxquelles les artistes vont ajouter des éléments (la série "Gazing Ball" de Jeff Koons, l'installation d'Ernest Pignon Ernest à Nice à partir d'une Victoire de Samothrace à l'échelle, les œuvres de Théo Mercier), soit donner corps à leurs visions (Nidhal Chameck ou encore Daniel Arsham). Plus récemment des collaborations ont été inaugurées avec des designers (Emmanuel Levet Stenne) et des architectes d’intérieur (l’Agence Girodroux & Delpy).
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Châteaux et collectivités ont de plus en plus à cœur de mettre à l'abri les statues originales les plus fragilisées qui ornent parcs et jardins. Pour les remplacer nos artisans doivent au préalable les mouler en silicone puis en tirer des reproductions en résine chargée de poudre de marbre. Silicone et résine sont des polymères de synthèse. À ce jour, à défaut de pouvoir les substituer, nous nous assurons, d’une part, de recycler le silicone. Découpé en morceaux, il est réintégré dans la chaine de production pour un nouvel usage. D’autre part, nous œuvrons pour réduire d’un tiers la quantité de résine utilisée, en augmentant la charge de marbre en surface et à l’intérieure.
Voir la reproduction en résine chargée de marbre de la scupture Psyché ranimée par le baiser de l'Amour d'Antonio Canova (1757 – 1822), présentée dans le cadre du Pavillon de l’Exposition universelle Osaka 2025.
L'article Ateliers de moulage : la prise d'empreinte des chefs-d'oeuvre classiques de GrandPalaisRmn précise que depuis 2008, l’Atelier de moulage Rmn-Grand Palais participe au projet de restauration du Château de Versailles et de ses jardins en remplaçant les sculptures originales du parc :
25 mai 2020 : La Renommée du Roi
Une équipe de 3 mouleurs part en chantier le 25 mai pour réaliser un moule sur une des sculptures les plus impressionnantes du parc : la Renommée du Roi de Domenico Guidi, un ancien disciple du Bernin (photo ci-contre).
Cette sculpture représente un défi par ses dimensions: 2,92 m de hauteur, 1,75m de Largeur et 1,09m de profondeur tout autant que par sa complexité.
Commandé en 1677 par la surintendance des Bâtiments du roi, le marbre original représente une Renommée, jeune femme ailée, tenant le portrait du roi Louis XIV, tout en écrivant les hauts faits du souverain dans un livre supporté par l’Allégorie du temps. Elle foule du pied l’Envie, qui terrassée, dévore son propre cœur.
Placé au départ sur le parterre de l’orangerie du château de Versailles, il a été déplacé plusieurs fois avant de gagner son emplacement actuel au bassin de Neptune. Pour être moulée, la sculpture a été déposée dans les petites écuries pour laisser aux mouleurs la place d’intervenir. Une fois l’opération terminée, elle y restera afin de la protéger, et une reproduction en résine chargée de marbre prendra sa place.
Dans Reproduction de Sculpture : L’Art de la Perfection Recréée, Sculpture Concept présente les techniques traditionnelles et modernes de reproduction :
Les Techniques Traditionnelles de Reproduction de Sculpture
La reproduction de sculptures fait appel à plusieurs techniques, dont certaines ont traversé les âges et sont encore utilisées aujourd’hui.
1. Le moulage à partir de l’original
Le moulage est une des techniques les plus anciennes et courantes pour reproduire une sculpture. Cette méthode implique de créer un moule à partir de l’œuvre originale, souvent en utilisant des matériaux comme le plâtre ou le silicone. Ce moule permet ensuite de couler différents matériaux comme le bronze, la résine ou le marbre synthétique pour obtenir une réplique fidèle. Le moulage présente l’avantage de capturer chaque détail de la sculpture originale, garantissant une finesse exceptionnelle.
2. La taille directe
Une autre technique traditionnelle est la taille directe dans des matériaux comme le marbre ou le bois. Cette méthode est souvent utilisée pour des sculptures en pierre et exige des compétences artisanales élevées, car elle repose sur l’œil et la main de l’artisan pour recréer fidèlement l’œuvre originale. Bien que plus coûteuse et plus longue que le moulage, la taille directe offre une reproduction de sculpture d’une grande authenticité.
Les Techniques Modernes de Reproduction : L’Avènement des Nouvelles Technologies
Avec l’avancement de la technologie, de nouvelles méthodes ont révolutionné le domaine de la reproduction de sculptures, rendant le processus plus rapide, plus précis et souvent plus abordable.
1. L’impression 3D
L’impression 3D a ouvert de nouvelles possibilités dans le monde de la reproduction de sculptures. Grâce à la numérisation en 3D, il est possible de créer une réplique exacte d’une sculpture originale en la scannant sous différents angles. Les fichiers numériques obtenus permettent ensuite d’imprimer la sculpture en utilisant divers matériaux, allant du plastique à la résine. Ce procédé permet de produire des répliques à différentes échelles, tout en réduisant les coûts et les délais de production.
2. La numérisation 3D et la modélisation
Avant même l’impression 3D, la numérisation en trois dimensions est une étape cruciale pour reproduire une sculpture avec une grande précision. À l’aide de scanners sophistiqués, chaque détail de l’original est capturé et transformé en modèle numérique. Ce fichier peut ensuite être utilisé pour générer une reproduction parfaite ou même pour faire des ajustements (comme l’agrandissement ou la réduction) avant la production finale.
L'article explique que pour les sculptures en pierre ou en marbre, le marbre synthétique est souvent utilisé comme alternative. Il imite parfaitement la texture et l’apparence du marbre véritable, tout en étant plus léger et moins coûteux.
A propos de la deuxième partie de votre question portant sur le code fiscal de l'œuvre dupliquée, nous ne voyons pas vraiment à quoi vous faites référence. Ce que nous pouvons avancer c'est que, s'agissant des sculptures en bronze ou en terre créées à partir d'un moule, en deçà de 8 exemplaires, une sculpture reste une œuvre d’art originale selon Œuvre originale : combien de tirages autorisés pour une sculpture ?, Artistics, 3 octobre 2016. Il est important de différencier une œuvre d’art d’un bien fongible, parce que reproductible en série, car cela a des conséquences directes sur son régime fiscal applicable ajoute l'article :
Notre bon sens nous amène naturellement à nous demander si une sculpture que l’on peut retrouver en plusieurs exemplaires est toujours considérée comme une œuvre d’art.
Cette préoccupation n’est pas que symbolique, elle est finalement surtout économique. Différencier une œuvre d’art d’un bien fongible, parce que reproductible en série, a des conséquences directes sur son régime fiscal applicable.
Le législateur, à la fin des années 1960, est donc venu clarifier la définition d’une œuvre d’art dans le deuxièmement de l’article 98 A (annexe III) (anciennement article 71) du Code Général des Impôts qui dispose notamment que « Sont considérées comme œuvres d’art […] fontes de sculpture à tirage limité à huit exemplaires et contrôlé par l’artiste ou ses ayants droit […] » Cette réglementation signifie donc très clairement qu’une sculpture obtenue par fonderie est considérée comme une œuvre d’art originale tant qu’elle est tirée en édition limitée à 8 exemplaires maximum.
Une vingtaine d’années plus tard, le Syndicat Général des Fondeurs d’Art accompagné du Syndicat des Sculpteurs, de la Chambre Nationale des Commissaires-Priseurs et du Comité des Galeries d’Art, a édité un Code Déontologique des Fonderies d’Art ayant vocation à différencier une œuvre d’art obtenue par fonderie produite sous l’appellation « originale », « multiple » et « pièce unique » tout en précisant qu’un tel choix devait être déterminé, de façon irrévocable, par l’artiste lui-même et ce avant même la réalisation de la première pièce. Les dispositions de ce présent code viennent également atténuer la limite des huit exemplaires en autorisant, pour les œuvres originales, quatre autres exemplaire appelés « épreuves d’artiste » devant être numérotés comme telles. Il est donc désormais d’usage que chaque sculpture originale tiré par un fondeur d’art professionnel soit marqué par la signature de l’artiste, le numéro du tirage et le cachet de la fonderie.
Il convient cependant de précisier que ces règlementations sont françaises et qu’elles ne s’appliquent donc que sur le territoire français. Si vous achetez une sculpture à l’étranger veillez à bien vous tenir informé de la lesgislation applicable en vigueur.
Pour résumer, la problématique de l’originalité d’une sculpture concerne avant tout les sculptures obtenues par fonderie de métal. Les œuvres réalisées entièrement par la main de l’artiste, par taille de pierre ou modelage de la terre par exemple, sont, de fait, des pièces uniques. La question de l’originalité ne se pose pas. En revanche, lorsqu’une sculpture est produite en bronze, par exemple, et qu’elle nécessite donc un moulage, il faut faire attention à ce que les exemplaires que l’on retrouve de cette sculpture soient bien limités. Pour cela il suffit de parcourir la sculpture du regard jusqu’à trouver la signature de l’artiste et le numéro de tirage de la pièce. Si la sculpture est signée et numérotée – dans la limite de 8 exemplaires ou 4 épreuves d’artistes – aucun doute, vous avez bien entre les mains une œuvre originale. Vous pouvez également réclamer un certificat d’authenticité au vendeur de la sculpture (qu’il s’agisse d’une galerie, d’un marchand ou de l’artiste lui-même) de sorte à attester définitivement l’originalité de l’oeuvre acquise.
Rappelons également l’éthique autour de la reproduction de sculpture, Reproduction de Sculpture : L’Art de la Perfection Recréée, Sculpture Concept :
La reproduction d’œuvres d’art, notamment des sculptures, soulève également des questions d’éthique. La distinction entre reproduction, copie et falsification est parfois floue, et il est essentiel de comprendre les implications légales et morales de chaque pratique.
1. La légalité des reproductions
La législation sur les droits d’auteur et la propriété intellectuelle varie selon les pays. En général, une œuvre d’art est protégée pendant une durée de 70 ans après la mort de l’artiste. Passé ce délai, l’œuvre tombe dans le domaine public et peut être légalement reproduite. Cependant, la reproduction d’une sculpture encore sous droit d’auteur nécessite l’autorisation de l’artiste ou de ses ayants droit. Il est donc crucial pour les ateliers de reproduction de respecter ces règles afin d’éviter toute infraction légale.
2. La transparence avec les acheteurs
Les reproductions de sculptures doivent toujours être clairement identifiées comme telles afin d’éviter toute confusion avec les œuvres originales. Cela est particulièrement important pour les musées et les galeries d’art, qui doivent maintenir un haut niveau d’intégrité. La transparence envers les acheteurs est essentielle, et des certificats d’authenticité accompagnant chaque reproduction sont souvent fournis pour garantir que l’œuvre est une réplique fidèle et légale.
3. La question de la falsification
La falsification, où une reproduction est intentionnellement présentée comme un original, reste un sujet sensible dans le monde de l’art. Les faussaires profitent souvent du marché de la reproduction pour créer des copies non autorisées d’œuvres d’art, ce qui peut causer de graves préjudices à la valeur des œuvres originales. Les ateliers et artisans sérieux doivent s’assurer de différencier clairement leurs reproductions des falsifications afin de protéger l’intégrité du marché de l’art.
A lire aussi Dans quelle mesure des sculptures existant en plusieurs exemplaires sont-elles considérées comme "originales" ?, Guichet du savoir, 7 février 2022.
Bonne journée
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