Peut-on savoir si un enfant né à l'hôpital Charité à Lyon fin 18e est un enfant abandonné
Question d'origine :
Bonjour. Est il possible de me confirmer si ANTOINE FILET déclaré né à Charite de Lyon entre 1765 et 1771 est un enfant né sous X ou abandonné dont on ne connait pas les parents ? Merci
Réponse du Guichet
Jusqu'en 1783, deux établissements lyonnais accueillent les enfants abandonnés (ou encore dits "délaissés", "exposés) : l’Hôtel-Dieu pour les enfants de 0 à 7 ans et la Charité pour ceux de plus de 7 ans.
On retrouve ainsi le nom d'Antoine Filet dans le Journal de réception des enfants abandonnés de l'Hôtel-Dieu, à la date du 4 février 1771 : on y lit la réception, par billet d'un agent public, d'"Antoine Filet, âgé de 2 jours, illégitime, né céans le 3 février 1771", sans aucune information sur la mère. L'hypothèse d'une origine maternelle ou familiale du prénom et nom de famille de l'enfant est probable.
Nous avons également retrouver son nom dans le Registre de placement, où nous apprenons qu'il fut confié à Antelme Billoux à Lhuis en Bugey le 4 mai 1778, soit à l'âge de 7 ans.
Bonjour,
Vous souhaitez avoir la confirmation qu'Antoine Filet, né à Lyon entre 1765 et 1771, est un enfant abandonné dont on ne connait pas les parents.
Les Archives municipales de Lyon ont publié sur leur site, une aide à la recherche dans les Registres des enfants abandonnés des HCL. Voici les éléments à retenir :
Enfant abandonné, placé, secouru, exposé, délaissé, assisté ou encore enfant de la Charité… Les termes sont nombreux pour désigner la prise en charge d’un enfant laissé par ses parents dans des établissements d’assistance lyonnais : l’Hôtel-Dieu et surtout l’hospice de la Charité. Ces abandons, beaucoup plus nombreux qu’aujourd’hui, sont liés à des situations difficiles : pauvreté, chômage, maladie, naissances illégitimes, etc.
Beaucoup de familles d’origine lyonnaise ont un ancêtre concerné, ce qui explique vos demandes très fréquentes sur ce sujet. À partir du XVIe siècle, les enfants abandonnés sont pris en charge par l’Aumône générale, créée en 1533 par une assemblée de notables lyonnais pour tenter d’éradiquer la mendicité à Lyon. Deux établissements accueillent plus spécifiquement ces enfants : l’Hôtel-Dieu les enfants de 0 à 7 ans et la Charité ceux de plus de 7 ans.
Cette répartition évolue en novembre 1783, date à laquelle la Charité devient l’unique établissement responsable de la prise en charge des enfants abandonnés. Les enfants de 0 à 7 ans sont placés sans exception à la campagne ; au-delà de 7 ans, ils sont également placés hors de l’hôpital, à la ville ou à la campagne ; les orphelins peuvent être mis en apprentissage à la ville, ou occuper un emploi dans l’établissement. [...]
Les enfants sont enregistrés, ainsi que tous les effets qu’ils portaient lors de leur abandon. Ils peuvent être recueillis à la crèche où une sœur hospitalière vérifie leur état de santé. Ils sont ensuite baptisés dans l’Hospice. S’ils sont jugés sains, ils sont immédiatement placés en nourrice à la ville ou le plus souvent à la campagne, où ils demeurent théoriquement jusqu’à l’âge de 18 ans. Les familles nourricières sont inspectées par des frères visiteurs, rétablis après la Révolution. Les lieux de placement couvrent toute la région lyonnaise jusqu’à la Savoie, l’Ardèche et le Dauphiné. La mortalité qui touche ces enfants lors de leur transport ou chez les familles reste très importante. Quant aux enfants malades et infirmes, ils demeurent dans l’établissement où ils sont nourris, entretenus, logés et éduqués.
Cette situation est bouleversée avec la loi du 5 mai 1869, qui inscrit la charge des enfants abandonnés parmi les dépenses du département. La Charité n’est plus qu’un établissement dépositaire, selon les termes de la loi du 27 juin 1904. Les registres et dossiers postérieurs à cette loi sont conservés aux Archives du département du Rhône et de la Métropole de Lyon (ADRML), de même que ceux qui témoignent de la période de transition qui commence vers 1850. [...]
Vous trouverez ainsi :- des billets d’abandon (1759-1892) et des registres de réception, c’est-à-dire la prise en charge de l’enfant par l’établissement (1783-1847) ;
- des registres d’accouchement ou plus exactement de "filles-mères" (1801-1934) ;
- des registres de crèche (1787-1927) ;
- des registres de placement, c’est-à-dire l’enregistrement des familles dans lesquelles l’enfant a été placé (1783-1851) ;
- des registres d'inspection (1786-1840) ;
- des registres de retour aux parents (1783-1884) ;
- des registres d’enfants en dépôt (1853-1934) pour les enfants nés après 1851, qui sont gérés par le département du Rhône à partir de cette date.
En revanche, vous ne trouverez pas de dossiers nominatifs, qui n’existent pas à cette époque.
Où dois-je aller ?Avant 1850, aux Archives municipales de Lyon :
- les registres de l’Hôtel-Dieu et de la Charité ont été numérisés et sont consultables par type de registres. Une recherche par nom est également proposée : elle porte uniquement sur les registres de réception et sur les registres et répertoires de placement de la Charité (cotes CH/4/Q/59-97, CH/4/Q/233-287, 261 077 noms). Cet index nominatif peut comporter des manques ou des erreurs.
- les autres documents non numérisés sont consultables en salle de lecture.
[...]
Quelle est la période concernée ?
1587-1934.
Puis-je le consulter sans délai ?
Oui.
Les documents sont-ils numérisés ?
Oui, en grande partie.Les registres de réception, placement et autres, qui renferment les informations les plus complètes et les plus pertinentes pour effectuer la recherche d’un enfant abandonné, sont entièrement numérisés et consultables en ligne. Il en va de même pour les registres de baptême de l’hospice de la Charité (1783-1792, table annuelle 1770-1791) et de l’Hôtel-Dieu (1644-1792, tables annuelles 1740-1792). Sélectionnez l’établissement qui vous intéresse dans le champ « paroisse ».
Il est utile de parcourir l'instrument de recherche des AML, dédié aux enfants abandonnés.
Dès qu’un enfant est abandonné, il est inscrit dans un livre de réception. On retrouve ainsi le nom d'Antoine Filet dans le Journal de réception des enfants exposés et abandonnés du 01/01/1769 au 31/12/1771 (Cote HD_G022) de l'Hôpital Hôtel-Dieu. En effet, avant 1783, l’Hôtel-Dieu accueille les enfants abandonnés de 0 à 7 ans.

On y lit à la date du 4 février 1771 : "Nous avons reçu par billet de Monsieur Rocoffort, Antoine Filet garçon âgé de 2 jours illégitime né céans le 3 février. Donné à Antoine Dregon, Marguerite (de Fitignieu ?)".
Comme nous l'explique les AML, Les livres de réception comportaient plusieurs types de données, notamment ici :
- le nom et le prénom de l’enfant ;
- son âge précis ou approximatif en fonction des renseignements trouvés sur lui lors de son abandon ;
- le lieu de son abandon s’il a été retrouvé exposé dans la rue. Les enfants nés sur place sont notés "céans", ceux abandonnés plusieurs jours après leur naissance sont dits "traités" ;
- le billet de réception d'un agent public.
En revanche, il n'y a pas d'information sur la mère mais l'hypothèse d'une origine maternelle ou familiale du prénom et nom de famille de l'enfant est probable.
Sachez également que le premier cadre législatif organisant l'accouchement sous secret remonte à la Révolution française, avec un décret-loi du 28 juin 1793 disposant que « la fille enceinte pourra se retirer secrètement pour faire ses couches [...] le secret le plus inviolable sera conservé sur tout ce qui la concerne ». Le secret de l’abandon est introduit dans la loi du 27 juin 1904, qui rassemble les dispositions prises tout au long du siècle précédent, et précise que, « dans tous les cas où la loi ou des règlements exigent la production de l’acte de naissance, il pourra y être suppléé si le préfet estime qu’il y a lieu d’observer le secret, par un certificat d’origine, dressé par l’inspecteur et visé par le préfet ». Un décret-loi du 2 septembre 1941 sur la protection de la naissance pris par le maréchal Pétain entérine l’accouchement sous le secret tel qu’il existe encore aujourd’hui.
Source : L’accouchement sous le secret, une spécificité française (le Monde, 2 juin 2016)
Poursuivons notre recherche dans les registres de placement. Nous avons retrouvé également le nom d'Antoine Filet dans le Registre de placement des années 1776-1783 (Cote CH_4Q236 ; Grands enfants - n° 4547 à 6976). Nous avons la confirmation qu'Antoine Filet fut exposé, dans le sens d'enfant abandonné, à l'âge de deux jours le 4 février 1771, et nous apprenons qu'il fut confié à Antelme Billoux à Lhuis en Bugey le 4 mai 1778, soit à l'âge de 7 ans :

Le registre de placement contient ici de nombreux renseignements :
- le lieu de placement précis de l’enfant ;
- le nom de sa famille d’accueil ;
- l’ensemble des dépenses faites par l’hôpital pour la constitution de son trousseau.
Aller plus loin avec les collections de la BML :
Enfant abandonné [Livre] : résoudre l'énigme / Myriam Provence, 2010 ;
Enfants abandonnés et enfants sans père [Livre] : comment retrouver la filiation ? / Myriam Provence, 2022 ;
Nous vous invitons à contacter les Archives municipales de Lyon, pour de plus amples renseignements sur l'interprétation de ces archives.
Bien à vous.
Question d'origine :
Bonjour,
Je tiens tout particulièrement à vous remercier pour votre efficacité et l'aide précieuse que vous m'avez apporté sur le cas d'Antoine Filet, enfant abandonné en 1771. Non seulement les resultats sont incroyables et le contexte historique que vous y décrivez est trés interessant . Merci également pour les references de cotes, lien et autres supports indiqués.
Deux précisions m'aiderait à aller plus loin:
1) lorsque vous écrivez que "l'hypothèse d'une origine maternelle ou familiale du prénom et nom de famille de l'enfant est probable", que dois je comprendre pratiquement ? La naissance etant illégitimr , plusieurs cas sont possibles : naissance hors mariage et abandon à la naissance car incapacité d'assumer Antoine, fille - mère avec père non déclaré. Je comprends donc de votre hypothèse que la Mère aurait un nom de "jeune fille" FILET et que ANTOINE viendrait du pére non déclaré ou de la famille de la mére (pére, frére, grand pére...) .
2) Une femme accouchant "Céans" à Lyon et abandonnant l'enfant 1 ou 2 jours aprés a t elle une forte probabilité d'habiter Lyon ou aurait elle pu venir de départements limitrof (ain, Isere, Savoie )
Cdt
Reformulation :
Réponse du Guichet
Selon l'étude de Jean-Marcel Bourgeat L'abandon d'enfants à Lyon. Origines sociales et géographiques, différences de statuts et avenir des enfants abandonnés. Le cas de 1760, "les enfants illégitimes prennent le nom de la mère. Quant au prénom, soit celui de la mère est gardé (120 cas sur 262), soit il est masculinisé (79), ou alors on prend celui du saint du jour (27)".
Les mères, selon l'ouvrage Histoire de Lyon des origines à nos jours, viennent pour un certain nombre de la campagne, pour venir accoucher en ville. Selon l'étude de Jean Bourgeat, "il faut nuancer ce propos en précisant qu'elles sont effectivement une majorité originaires de la campagne, mais elles sont généralement installées à Lyon depuis plusieurs années".
Pour vous aider dans l'analyse et l'interprétation des billets de réception et de placement que nous vous avons transmis, il serait judicieux de vous faire accompagner par un archiviste des Archives municipales de Lyon, spécialiste de ce fonds.
Bonjour,
Nous sommes ravi.e.s d'avoir pu vous aider dans vos recherches sur Antoine Filet, enfant abandonné à Lyon en 1771.
L'hypothèse d'une origine maternelle ou familiale du prénom et nom de famille de l'enfant semble envisageable. S'il n'existe aucune information sur la mère ayant accouché céans (soit à l'Hôtel-Dieu), le billet de l'agent public cité (M. Rocoffort) dans le registre du Journal de réception des enfants exposés et abandonnés du 01/01/1769 au 31/12/1771, ne précise pas que le nom et prénom de l'enfant proviennent de l'administration.
Nous avons trouvé quelques informations, allant dans ce sens, dans l'étude de Jean-Marcel Bourgeat : L'abandon d'enfants à Lyon. Origines sociales et géographiques, différences de statuts et avenir des enfants abandonnés. Le cas de 1760. Société des études historiques, révolutionnaires et impériales. Novembre 2011. P. 34 :
Dès sa naissance, et ce quelques soit le statut de l'enfant, se pose la question de son nom et de son prénom. [...] Les enfants illégitimes prennent le nom de la mère. Quant au prénom, soit celui de la mère est gardé (120 cas sur 262), soit il est masculinisé (79), ou alors on prend celui du saint du jour (27). Enfin, pour les enfants exposés, mis à part ceux dont une bribe d'identité est donnée dans un billet ou via un acte de baptême (67 cas sur 350 pour les prénoms), le nom et le prénom sont alors inventé par le personnel de l'Hôtel-Dieu.
Quant à votre seconde question, sur l'origine géographique des mères venant accoucher dans le secret, l'étude de Jean Bourgeat citée plus haut donne aussi des éléments de réponses à la page 26 :
Ces mères, selon l'ouvrage Histoire de Lyon des origines à nos jours, viennent pour un certain nombre de la campagne, pour venir accoucher en ville110. Mais dire qu'elles sont une majorité serait une erreur qu'ont déjà commis des historiens tels que MESSANGE et l'abbé LACROIX111. Il faut nuancer ce propos en précisant qu'elles sont effectivement une majorité originaires de la campagne, mais elles sont généralement installées à Lyon depuis plusieurs années. Ainsi Françoise BAYARD estime que 5 à 10% de l'ensemble des naissances lyonnaises sont le fruit d'un couple illégitime vivant à Lyon112. Ces femmes sont en quasi totalité des ouvrières : on retrouve parmi elles, des tailleuses, des couturières, des raccomodeuses de bas, des dévideuses113. Ces renseignements sont rares. Sauf un acte de décès ou une déclaration de grossesse peut les donner.
Source : Jean-Marcel Bourgeat : L'abandon d'enfants à Lyon. Origines sociales et géographiques, différences de statuts et avenir des enfants abandonnés. Le cas de 1760. Société des études historiques, révolutionnaires et impériales. Novembre 2011. P. 34.
Pour vous aider dans l'analyse et l'interprétation des billets de réception et de placement que nous vous avons transmis, il serait judicieux de vous faire accompagner par un archiviste des Archives municipales de Lyon, spécialiste de ce fonds.
Bien à vous.
Je pense que j’en aurai pas