Les femmes hétérosexuelles sont-elles souvent attirées par les sportifs à la peau noire ?
Question d'origine :
Toutes les femmes que j'ai connu m'ont dit que leur preference sexuelle etait les hommes a la peau noire et qui etaient sportifs-est-ce-que les femmes heterosexuelles sont presque toujours le plus fortement sexuellement attirees par les hommes a la peau noire au corps muscle et sportif?
Réponse du Guichet
Si les femmes hétérosexuelles que vous connaissez disent préférer les hommes noirs et musclés, c'est qu'elles n'ont pas su prendre conscience des notions malveillantes telles que le racisme sexuel, l'hypersexualisation et des préjugés racistes et sexistes sous-jacents à ces affirmations. Partant de là, nous n'avons pas trouvé d'études réalisées à ce propos.
Bonjour,
L'article Une forme insidieuse de discrimination chez les femmes racisées, Gazette des femmes, 11 février 2022, rapporte ce que dit la sexologue Anne-Claudie Beaulieu à propos de nos choix sexuels : on croit que dans le contexte intime, il s’agit de nos choix individuels, qu’on a le contrôle, mais nous sommes des êtres sociaux influencés par notre environnement. Et c’est parfois difficile à voir, surtout si on fait partie du groupe dominant.
Dans la courte émission radio Préjugé ! "Les Noirs ne pensent qu’au sexe", France culture, jeudi 8 août 2024, vous pourrez entendre que le corps de l’homme noir et de la femme noire ont été les symboles d’une sexualité 'débordante' et que ce qui demeure, au regard de ce préjugé mutant, c’est que l’homme et la femme noir(e) sont réduits à une corporalité, selon l’historien Pascal Blanchard.
L'article Origines et survivances des stéréotypes raciaux : la construction d’une « masculinité africaine », Delphine Peiretti-Courtis, Institut Convergences Migrations, explique bien l'origine et la construction de ces préjugés :
Héritage d’une construction historique, politique et sociale, soutenue par la science pendant plus de deux siècles, la racialisation du corps noir a contribué à légitimer l’esclavage, puis la colonisation. Elle détient encore des effets structurants, à l’origine de stigmatisations et de discriminations, à l’ère post-coloniale.
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Dans son Histoire naturelle en 1749 le naturaliste français Buffon fait l’éloge de la puissance corporelle des esclaves noirs, en la détaillant selon les pays d’Afrique, à l’instar de nombreux planteurs et voyageurs. L’humanité se voit divisée en races à cette période, par les scientifiques. Celles-ci sont définies, jusqu’au milieu du XXe siècle, comme des catégories biologiques regroupant des populations qui auraient des caractéristiques physiques, morales et intellectuelles communes. Une perception utilitariste du corps noir se dessine. Ces corps sont décrits comme forts mais également comme plus résistants à la douleur. Ce présupposé, qui tend à devenir un savoir scientifique au XIXe siècle du fait de ses réemplois, perdure parfois encore dans le corps médical au XXIe siècle. Cela peut se matérialiser dans des soins et des prises en charges différenciés des patients classés « Africains ».
Depuis l’esclavage, ces diverses conceptions de la robustesse ou encore de l’invulnérabilité des corps noirs ont servi à justifier l’exploitation des hommes, mais également des femmes. Dans les rapports des médecins de la Marine puis des Colonies, qui se multiplient à partir des années 1870, les mentions « robuste », « résistant », « vigoureux » apparaissent souvent pour décrire les hommes et les femmes africain·es . Ces qualificatifs se déploient en fonction du travail accompli par les individus en faveur du projet colonial. Bons porteurs, marins endurants, ou excellent cultivateur, la force corporelle est présentée comme inhérente à la « race noire ». Elle devient surtout indispensable pour justifier leur mise au travail dans un contexte colonial après l’abolition de l’esclavage. Dans le cadre du recrutement des tirailleurs sénégalais à partir de 1857, puis dans le contexte des deux guerres mondiales, sur le front européen, la « force noire » est à nouveau mise en lumière et valorisée, notamment par le général Mangin en 1910. Elle est présentée comme essentielle pour régénérer les bataillons français.
L’hypersexualisation de l’homme noir et ses héritages post-coloniaux
Dans cette configuration, la puissance assignée aux Africain·es n’est pas seulement physique, elle est également sexuelle. La stature, la musculature ou les attributs sexuels seraient surdéveloppés chez les hommes africains, car la nature les aurait prédestinés ainsi. Le corps gouvernerait l’esprit, cela expliquerait la pratique d’une sexualité exacerbée dans la « race noire ». Une origine innée et raciale est donc attribuée au stéréotype. Cette hypersexualisation de l’homme africain entraîne également son effémination puisque l’on considère, dans la pensée médicale du XIXe siècle, que la soumission aux organes sexuels est le propre des femmes et des êtres jugés inférieurs et primitifs. Ce contrôle sur la sexualité aurait en revanche été assuré par les hommes de la « race blanche » au cours du temps, en se civilisant. L’apport de la civilisation par la colonisation est donc présenté comme légitime. La mise sous tutelle des hommes, comme des femmes, africain·es par un homme blanc, jugé viril et supérieur intellectuellement, prenant la figure du colonisateur, se voit ainsi justifiée par le discours médical. Le préjugé de l’hypersexualité africaine reste présent jusqu’à la fin de la colonisation, notamment dans des monographies et des articles de médecins coloniaux comme Lefrou en 1943.
Ce stéréotype demeure latent dans la période post-coloniale. Il se voit parfois réactivé dans les médias, sur les réseaux sociaux ou encore dans l’industrie pornographique qui réutilise des clichés et des catégories hérités de l’époque coloniale, sélectionnant des individus dont les mensurations correspondraient à un imaginaire racial non déconstruit, fétichisant l’homme noir, l’hypersexualisant et le bestialisant. Dans la lignée des stéréotypes qui perdurent aujourd’hui, celui de l’endurance ou de la force des corps noirs reste vivace. Ces cadres de pensée contribuent à nourrir un regard racialisant et essentialisant sur les individus. Le fameux et supposé « rythme dans la peau » des personnes identifiées comme noires participe également de ces croyances qui enferment, qui essentialisent et qui stigmatisent. Ces représentations ne sont que l’héritage d’une pensée hiérarchisante, esclavagiste et colonialiste, qui a attribué le primat du corps sur l’esprit à des individus.
Le Temps se fait l'écho de cette analyse dans «Je ne suis pas raciste, j’ai un amant noir» dont voici quelques extraits :
Utiliser une catégorie raciale de manière naturelle et naturalisante et dire que c’est comme préférer les blonds, c’est faire fi de tout le système de domination raciale qu’il y a derrière la négrophilie et la négrophobie.»
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Professeur à l’Université de Lausanne, Nicolas Bancel appuie : «Les négrophiles projettent le fantasme de l’Occident sur les corps noirs. Ces stéréotypes, même quand le regard se veut bienveillant, construisent une figure désindividualisée, réduite à sa race.» Même mécanisme derrière la négrophobie. «Les deux faces d’une même médaille, illustre ce spécialiste de l’histoire coloniale et post-coloniale ainsi que de l’histoire du corps. Les mêmes caractéristiques séduisent et effraient. La virilité et la puissance prêtées aux hommes noirs attirent alors que leurs supposées brutalité et animalité affolent.»
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«Dans l’imaginaire occidental, l’hypersexualisation des corps noirs date de la fin du XVIIIe siècle, souligne Nicolas Bancel.
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«Tout en le dévalorisant comme une race inférieure et faible, on parle déjà de la virilité de l’homme noir, de sa musculature parfaite et de la taille de son sexe», dévoile l’historien. Au début du XIXe siècle, Saartjie Baartman, esclave d’Afrique australe plus connue sous le surnom de «la Vénus hottentote», est exhibée dans les salons européens. «Ce qui fascine, ce sont ses attributs sexuels, décrypte Nicolas Bancel. Ses fesses rebondies, ses seins généreux et les grandes lèvres de son sexe. Associés à une appétence pour le coït.» Comme les corps noirs érotisés dans les zoos humains à partir du milieu du XIXe siècle un peu partout en Europe, aux Etats-Unis et au Japon, le sien suscite fascination et répulsion.
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L’hypersexualisation des corps noirs peut faire des ravages sur le plan psychologique. «Cette objectification est une forme d’agression sexuelle, un viol psychique et émotionnel, s’inquiète la militante anonyme du Collectif Afro-Swiss. Je me suis sentie déshumanisée et j’ai perdu mon estime de moi-même par le passé. J’en ai fait des cauchemars. J’ai dû me reconstruire.»
En conclusion, même si votre question émane de témoignages réels, il va nous être difficile d'y répondre car les études manquent à ce sujet. Et pour cause ! Ces déclarations reposent sur des notions malveillantes telles que le racisme sexuel, l'hypersexualisation et sur des préjugés racistes et sexistes.
A lire aussi :
Peiretti-Courtis, D. (2021). Regards sur la construction médicale des préjugés raciaux sur les corps noirs. Dièses: revue en ligne contre les discriminations et les préjugés, https-dieses.
Bonne journée
Radio FG