Nos ancêtres du XVIIe siècle se lavaient-ils les cheveux à l'eau ?
Question d'origine :
Cher guichet,
Nos ancêtres du XVIIe siècle se lavaient-ils les cheveux à l'eau ou bien préfaient la toilette sèche pour ces derniers ?
Réponse du Guichet
Au XVIIe siècle on s'essuie ou frotte ses cheveux. Nos ancêtres se lavaient les cheveux à sec, avec des poudres, en raison de leur crainte de l'eau vectrice de maladies notamment la peste. Votre question nous amène vers l'histoire du sale et du propre, des goûts et dégoûts, du paraître et des rangs sociaux dont la chevelure était un marqueur.
Bonjour,
Les soins du corps dans le monde animal existent depuis la nuit des temps. Lissage des plumes chez les oiseaux, léchage des poils chez les mammifères, épouillage chez les primates (Hygiène du corps, Wikipédia). BEAUTÉ du visage et de la chevelure, soins du corps ont été de tous temps un souci constant depuis les peuplades primitives jusqu'à nos de jours (de Roeck-Holtzhauer Yannick. La cosmétologie à travers les âges. In: Revue d'histoire de la pharmacie, 76ᵉ année, n°279, 1988. pp. 397-399).
Parfois les cosmétiques utilisés et les raisons énoncées pour pratiquer ces soins sont surprenants. Dans Les contes moralisés, p. 38 de Nicole Bozon, il est rapporté que Pline dit dans son dixième livre que l'urine d'une ânesse épaissit et multiplie les cheveux d'un homme (Traduction DeepL de Plynie dit en soun livere .X°. qe la urine del asne madle espessist e multeplie les cheveux de home). Taddeo Alderotti, médecin italien et professeur de médecine à l'université de Bologne au XIIIe siècle, conseillait de bien soigner les cheveux afin de garder un cerveau en bonne santé, et certains auteurs recommandaient le lavage de dents pour le bien du cerveau, pour empêcher que les esprits se dégageant des dents sales ne le troublent (Moulinier, L. (2006). Soins du corps à la cour de France au tournant du XIVe siècle. In Soins du corps à la cour de France au début du XIVe siècle (pp. p-31). Paris, Presses de la Sorbonne).
La chevelure est aussi un marqueur social ajoute Moulinier, même si au fil du temps la notion de propreté ainsi que les pratiques autour d'elle évoluent comme en témoigne le compte rendu du livre Le propre et le sale : l'hygiène du corps depuis le Moyen-âge de Georges Vigarello :
Comme l’ont souligné les auteurs de l’Histoire de la vie privée, la chevelure était un élément important de la représentation de la personne : le blond roux était la couleur vedette, mais le phénomène n’est pas nouveau. Des recettes pour blondir les cheveux sont attestées dans l’Occident latin depuis le XIIe siècle au moins, avec les Catholica Salerni (qui offraient deux nuances de blonds, « flavi » et « aurei »), et le De ornatu mulierum, et la demande ne faiblit pas au siècle suivant, si l’on en croit par exemple Aldebrandin de Sienne empruntant plusieurs recettes au Canon d’Avicenne pour « les caviaus faire biaus et gaunes ». Les cheveux blancs étaient vécus comme « un drapeau que la mort aurait planté sur une tête », selon une formule-choc de Bernard de Gordon rapportée par Guy de Chauliac, et le problème de la canitie s’avère pris en compte dès les Catholica de Salernus, qui propose une recette à base d’écorce de noix pour noircir les cheveux. Qu’il s’agît de les teindre en blond ou en noir, il apparaît que la clientèle de cour cherchait à tout prix à conserver une apparence de jeunesse, mais l’emploi de certains produits (les Catholica Salerni mentionnent l’alun comme une sorte de mordant universel) exposait la santé et même la vie, comme en témoigne Guy de Chauliac que je cite dans sa traduction française : « à raison des indoctes noircissements des cheveux avec medicamens communs, on voit non seulement choir en danger plusieurs femmes, ains aussi mourir. Car d’autant que leurs têtes se refroidissent, quelquefois elles tombent en apoplexie et epilepsie, d’autres fois, en tres grands cathares de sorte que polmon en endure et la phtisie s’en ensuit »
Source : Moulinier, L. (2006). Soins du corps à la cour de France au tournant du XIVe siècle. In Soins du corps à la cour de France au début du XIVe siècle (pp. p-31). Paris, Presses de la Sorbonne
Des faits apparemment identiques ne déclenchent au fil du temps ni les mêmes appréciations ni les mêmes réactions : la transpiration collant à la peau, le cheveu supportant la vermine, l’odeur émanant des corps. La propreté de nos pères, celle de l’Europe classique par exemple, n’était pas la nôtre : elle pouvait exister sans le recours à l’eau, en favorisant quasi exclusivement l’apparence extérieure, l’habit. L’histoire du propre et du sale est ainsi celle d’un lent raffinement. Elle montre comment se fabriquent les seuils du goût et du dégoût. Leurs différences avec les nôtres réveillent la conscience de notre propre sensibilité.
Cette histoire est aussi davantage. Elle montre encore comment s’enracinent au plus près des repères corporels, des différences marquantes entre les groupes sociaux. La dentelle blanche de l’aristocrate du Grand Siècle n’a aucun rapport avec le chanvre écru du laboureur. Non que cette différence soit celle de l’ustensile ou de l’accessoire. Elle est d’abord celle du corps. Elle révèle combien la distance sociale, devenue abîme, tient au sentiment de ne pas avoir le même corps.
Source : Compte rendu du livre Le propre et le sale : l'hygiène du corps depuis le Moyen-âge de Georges Vigarello, La Cliothèque
Au XVIIe siècle, grand siècle des perruques et poudres, les attentions se déplacent et, avec elles, l’illusion prend place, ajoute Eléonore de Toytot, l'autrice de ce compte rendu :
le fard travaille les traits du visage, la poudre permet de nettoyer les cheveux et d’entretenir leur souplesse, la perruque représente alors le point ultime du caractère factice de l’apparence. Les seuils de sensibilité se sont déplacés et ce sont eux qui dictent les normes en termes de goûts.
[...]
Au XVIe et XVIIe siècles, c’est une propreté sèche du corps qui est pratiquée par les français : on maquille la peau, on la frotte et on la couvre.
La fiche pédagogique Une histoire de l’hygiène - L’IDÉAL DU CORPS SAIN • TDC ÉCOLE N° 44, explique pourquoi l'utilisation de l'eau pour les bains disparaît au XVIe siècle :
L’instauration de la toilette sèche
L’eau, un liquide inquiétant ● La fin du Moyen Âge voit une transformation des soins corporels et de l’usage du bain. Avec les grandes épidémies, notamment la peste, la méfiance s’installe à l’égard des lieux de promiscuité : les médecins du XVe siècle fustigent les endroits où se côtoient des corps nus, ce qui aboutit à la fermeture temporaire des étuves lors des épidémies. Ces précautions trahissent la crainte de la porosité de la peau qui, fissurée sous l’effet de la chaleur et de l’eau, laisserait des « forces internes » s’échapper provoquant un affaiblissement général, ou, pire encore, la peste pénétrer le corps : « Bains et étuves publiques seront pour lors délaissés, pour ce qu’après les pores et petits soupiraux du cuir, par la chaleur d’icelle, sont ouverts plus aisément, alors l’air pestilent y entre » (N. Houel, Traité de la peste, 1573, cité par Georges Vigarello in Le Propre et le Sale, l’hygiène du corps depuis le Moyen Âge, Seuil, 1985). Dès lors, la pratique du bain s’entoure de toutes sortes de précautions, en particulier de protections vestimentaires.
Du parfum plutôt que de l’eau ● Si les mœurs des anciens Grecs et Romains sont connues des hommes de la Renaissance, l’usage antique du bain (lavage du visage et des mains, exercice physique) leur apparaît comme une curiosité périmée. Gargantua, le personnage de François Rabelais, apprend à nager mais ne se lave pas. La conception de l’hygiène exige que l’on change fréquemment de linge : la saleté est censée se dissoudre avec le tissu dont on s’est frotté, et les frictions avec un linge parfumé effacer les mauvaises odeurs corporelles. Seule subsiste la pratique de bains des cures thermales. Michel de Montaigne entreprend un voyage en Suisse et en Allemagne pour raisons de santé : il espère que prendre les eaux le guérira de sa maladie de la pierre (calculs rénaux). Ses Essais fournissent de nombreux détails sur ces établissements thermaux.
La pratique de la toilette sèche se perpétue : l’usage de l’eau ne figure pas dans les règles de bienséances du XVIIe siècle. Au lever, adultes comme enfants se peignent, se frottent la tête et le cou à sec avant de se nettoyer les oreilles, les dents et les mains car l’attention se focalise sur ce qui est vu. Du milieu du XVIIe siècle jusqu’au XVIIIe siècle, les poudres lourdement parfumées entretiennent la chevelure tout en évitant le contact redouté de l’eau. Ainsi, établissements de bains et étuves disparaissent en quelques décennies à partir du XVIe siècle. Il n’en reste plus qu’un nombre infime à Paris à la fin du XVIIe siècle.
C'est aussi ce que rapporte le dossier pédagogique L’hygiène à Versailles sous l’Ancien Régime, Établissement public du château, du musée et du domaine national de versailles – Secteur éducatif :
Devant la méfiance qui s’exprime à l’égard de l’eau, le bain est remplacé par une toilette sèche avec un linge parfumé. Le mot toilette renvoie à la toile ou étoffe posée sur une table qui accueille fards, pommades, essences, mouches, boîtes à poudre et peignes. Cette toilette sèche est recommandée dans les livres de santé et de civilité qui dictent depuis le XVIe siècle la bienséance et le bon goût. L’attention se porte alors sur les parties du corps qui se voient, les mains et le visage. Et s’il convient de se laver les mains le matin au lever, pour le visage, qu’on juge fragile, on préconise plutôt un essuiement. Au fil du temps, les traités deviennent plus précis sur l’hygiène : on insiste sur les soins des cheveux, qui doivent être coupés et peignés, régulièrement dégraissés avec de la poudre et du son, de la bouche, lavée tous les matins, dents nettement frottées, et des ongles coupés régulièrement. Autant de soins présents au XVIe siècle chez Érasme mais qui seront décrits au XVIIIe siècle avec plus de précision.
[...]
Depuis le XVIe siècle, le fard donne aux chairs la blancheur et la distinction visible sur les portraits de Clouet ou de Bronzino. Les cheveux sont poudrés. La poudre, qui eut un grand succès sous Henri III, dessèche les cheveux et permet d’éviter leur lavage tant redouté tout en entretenant leur souplesse.
L'ouvrage de référence sur l'hygiène du corps reste Le propre et le sale : l'hygiène du corps depuis le Moyen Age / Georges Vigarello. On y retrouve d'ailleurs la plupart des informations indiquées plus haut. Grâce à Internet archive, vous pouvez accéder à plusieurs extraits de ce livre :
Or, la prévention à l'égard de l'eau se manifeste aussi [...]. Le liquide devient, à partir du XVIIe siècle surtout, d'autant plus inquiétant que le visage est « fragile ». Plusieurs dispositions sont prises dans les « civilités » du XVIIe siècle pour qu'il y ait essuiement et non lavage : « Les enfants nettoieront leur face et leurs yeux avec un linge blanc, cela décrasse et laisse le teint et la couleur dans la constitution naturelle. Se laver avec de l'eau nuit à la vue, engendre des maux de dents et des catarrhes, appâlit le visage et le rend plus susceptible de froid en hiver et de hasle en été. » Les mêmes craintes que pour le bain interviennent. Elles modifient les actions et leur contexte. Il ne s'agit plus vraiment de « laver », même si persiste (et en un sens se précise) un nettoiement. Un geste cède la place à un autre : non plus asperger, mais essuyer. L'influence de l'image du corps serait ici banalement repérable : les peaux infiltrées sont susceptibles de tous les maux.
Au début du XVIIe siècle déjà, Jean du Chesne, décrivant en hygiéniste scrupuleux chacun des actes qui suivent le lever, insiste sur les essuiements et frottements. Aucune eau jusque- là. Le nettoiement tient d'abord au geste qui essuie. La toilette est à la fois « sèche » et active : « Après avoir lâché son dit ventre, il faut pour premier exercice qu'il se peigne et frotte la tête, et toujours de devant en arrière, voire le col, avec des linges ou des éponges accommodées et ce longuement et tant que sa tête soit bien nettoyée de toute ordure ; pendant ce frottement de tête, il se pourra même promener afin que les jambes et les bras s'exercent peu à peu. » Suit le nettoiement des oreilles et des dents, l'eau n'intervenant que pour le lavage des mains et de la bouche. Enfin, le geste cent fois décrit de Louis XIV lavant ses mains, le matin, dans une eau mêlée d'esprit de vin et versée d'une aiguière luxueuse sur une soucoupe d'argent, n'implique pas le lavage du visage. Le miroir, tenu à distance par un valet, souligne qu'il n'y a par ailleurs « point de toilette à portée de lui ».
Dans un contexte plus familier, certains règlements scolaires du XVIIe siècle institutionnalisent l'essuiement. Les élèves de Jacqueline Pascal, celles des Ursulines aussi, lavent leurs mains et leur bouche dès le lever. Elles « essuient » par contre leur visage. A cette toilette s'ajoute le soin du cheveu, les grandes peignant les petites. L'usage de l'eau demeure restreint. C'est une fois vêtues, et une fois quelques objets rangés, que les élèves des Ursulines aspergent leurs mains et leur bouche : « Étant habillées, après avoir plié promptement leur besogne dans leur toilette, elles laveront leur bouche et leurs mains.»
pp. 26-27
Le problème est pourtant plus complexe. Deux pratiques en particulier, un bain public et un bain privé, existaient qui disparaissent presque totalement entre le XVIe et le XVIIe siècle, au moment même où se formule cette angoisse spécifique de la pestilence. Comme si l'économie imaginaire du corps devait avoir un effet réellement déterminant. De telles pratiques méritent une attention particulière : ce sont celles qui subissent directement le rejet de l'eau. Et c'est leur très large disparition qui peut faire penser à un recul des normes hygiéniques.
pp. 28-29
L'illusion s'accentue par une précaution nouvelle et déterminante: le poudrage des cheveux. L'apparence se recompose comme s'il s'agissait d'accroître toujours l'artifice en jouant sur les objets. Les cheveux donc ne doivent plus être peignés mais poudrés. Le geste ne manque pas d'antécédents. La poudre c'est, depuis longtemps, ce qui dessèche. Elle permet d'éviter le lavage des cheveux en entretenant leur souplesse. Elle se substitue à la pratique de l'eau, nettement redoutée : « Quand il sera question de subtiliser les poils de la tête, il faudra user de lavage avec grande prudence [...]. Au lieu d'icelui usez de frictions avec son de fourment fricassé en la poëlle, en le renouvelant souvent ; ou bien épandez par-dessus, et entre les cheveux quelque poudre dessicative et détersive à l'heure de dormir et le matin l'ôterez avec le peigne. » La poudre, par ailleurs a déjà eu un succès durable à la cour d'Henri III. Odorante, elle n'était plus seulement un outil de lavage, elle devenait un cosmétique du cheveu lui-même.
[...]
Le poudrage joue le même rôle que les dentelles du linge. Son absence a une signification de malséance (de « malpropreté ») et en même temps de franc renoncement. C'est dans les périodes d'amertume que Mlle de Montpensier, la cousine de Louis XIV, affiche diverses austérités en ne se poudrant plus, en modifiant ses habits, en suspendant certaines habitudes.
pp. 95-96
Enfin, même si la période traitée est plus tardive que celle qui vous intéresse, la page L'accommodage des coiffures du site Coiffure Ducher, du cheveux à la pointe, qui s'adresse à de futurs meilleurs ouvriers de France, dresse ce bilan :
HYGIÈNE DE LA TÊTE
114) L'hygiène doit se faire pour la chevelure mais aussi pour la perruque.
115) Pour une personne de cette époque le mot propre, propreté, n'exprime pas la même hygiène que pour nous actuellement.
116) L'association de la Pommade, de la Poudre, le Tapet et le Toupet apporte le développement de la Vermine.
117) Récit de l'époque (....le tout enduit de pommade que l'on gardait fort longtemps, c'était un repaire à Vermine ainsi que de faux cheveux qu'on introduit entre les mèches).
118) Il y avait beaucoup de problèmes de prurit, de démangeaisons vives du cuir chevelu.
119) On sait même que nos Reines, princesses n'étaient pas à l'abri de voir certaines bestioles courir sur les boucles de la chevelure, ou même de se faire dévorer une mèche de cheveux par une souris pendant leur sommeil, tant leur chevelure contenait de matières délicieuse pour une souris affamée.
120) Le pou fait partie intégrante de la vie de famille, ainsi l'éducation d'une princesse française, incluait l'apprentissage de bonnes manières ayant trait aux poux de tête, la jeune femme devait uniquement se gratter par nécessite et non par habitude, on peut lire dans des ouvrages très sérieux traitant des bonnes manières qu'il était aussi, impoli d'attraper ses propres poux pour les tuer en public, sauf en compagnie d'intimes.
121) Il se servait de grattoirs à long manche pour se gratter plus facilement dans le milieu de la chevelure.
122) Récit de l'époque (... aucune élégantes renoncerait aux désagréments de ces coiffures cheveux, mieux vaut endurer les démangeaisons, qu'elle calme en se servant d'un grattoir longue tige terminée par un crochet, qu'elle en use d'autant plus volontiers qu'il est contraire aux règles de la civilité de se toucher les cheveux).
SHAMPOOING
123) Pour le nettoyage d'une perruque, ou le lavage de la chevelure on fait l'application sur les cheveux de sable très fin, le Sablon (le Sablon est extrait des terres au nord ouest de Paris) ou avec de la Farine de Sarrasin qui absorbe la crasse de la chevelure.
POUR LA CHEVELURE
124) Récit de l'époque (Pour dégraisser les cheveux il faut frotter à sec avec les mains les mèches de cheveux les unes avec les autres dans du gruau qui est de la farine très légère et qui va décoller la graisse).
125) La chevelure bien imprégnée de ses produits, après un bon malaxage il ne reste plus qu'à la coeffeuse de se servir d'un Décrassoir, peigne a dents très serrées et de peigner abondamment pour enlever beaucoup de choses dont certaines sont vivantes.
126) On se lave quelques fois la tête avec des vinaigres parfumés, le vinaigre de toilette à une action désinfectante et rafraîchissante, ou de l'esprit de vin qui est de l'eau de vie à 36 degrés.
POUR LA PERRUQUE
127) Dans les perruques on y trouvait tout un tas de choses extraordinaires, un véritable écosystème dû en particulier a l'usage des poudres de farine, des mucilages d'arbres produit qui gonfle au contact de l'eau, et autre produits, onguents, résine, graisse, corps gras dont on se servait pour mettre en forme le cheveu et dont sont friands les parasites, charançons, poux et autres insectes de tous âges, la chevelure était pestilentielle, avec une très mauvaise odeur.
128) Elle demande surtout un nettoyage sérieux du bonnet qui était encrassé par la transpiration, le sébum, les pellicules, la vermine, etc.
129) Le perruquier devait aussi s'occuper des cheveux, non pas tant pour l'hygiène, mais pour remettre en forme la chevelure.
Le blog Au temple des modes, qui semble sérieux, consacre une page à un Panorama de la coiffure féminine du XVIIe aux années 1910. On peut y lire :
b) Le shampoing avant le shampoingAvant ces shampoings modernes, le lavage des cheveux pouvaient se faire selon deux grandes techniques :* en absorbant le sébum : avec des poudres d’amidon, d’argile (à sec ou en cataplasme), etc.* en dissolvant le sébum : avec du savon (en paillettes, en pain), du savon noir, des plantes réduites en poudre (la saponaire, l’ortie ou plus exotique le bois de Panama), des plantes bouillies, des acides (lotion à base de vinaigre, citron, etc).Les œufs apparaissent également souvent dans les recettes. Impératrice Elisabeth d’Autriche en utilisait une trentaine par lavage avec du cognac. Cela prenait une journée, heureusement que tous les quinze jours !De façon générale, l’entretien conseillé est le brossage et le peignage quotidien des cheveux. Cela permet d’enlever la poussière, de les aérer et d’enlever la vermine (!). Le second conseil le plus prodigué est de les graisser (voir plus bas) avec des huiles, des pommades.Si le cheveu est gras, des lotions sont possibles. Pierre Louis Alphée Cazenave, dans De la décoration humaine. Hygiène de la beauté Paris : Paul Daffis, 1867 conseille la recette suivante : eau + bicarbonate + jaunes d’œufs ou chlorate de potasse et eau de rose. Cazenave conseille également de lavage par amidon, comme il se pratiquait aux XVIIe et XVIIIe siècles.Petit focus : aux XVIIe et XVIIIe siècles, l’entretien passe par des pommades puis un poudrage. Lors de la phase du décrassage avec un démêloir fin, la poudre part et le cheveu est beaucoup plus propre. C’est le principe du shampoing à sec !Pourquoi l’eau est si absente de l’entretien ? Elle est vectrice ce maladies. Il n’a pas d’eau courante et encore moins chaude. Imaginez vous laver les cheveux, qui sont très longs, en hiver, dans une maison uniquement chauffée par poêle ou cheminée…Pierre Louis Alphée Cazenave indique même que l’eau froide peut être la cause de perte des cheveux !
Autres ouvrages sur l'hygiène, les cheveux, les poils
Les Manières de propreté : du Moyen âge à nos jours / Nathalie Mikaïloff, 1990
Antichute : une histoire de cheveux : récit / Julien Dufresne-Lamy, 2021
Les poils : histoires et bizarreries des cheveux, des toisons, des coiffeurs, des moustaches, des barbes, des chauves, des rasés, des albinos, des hirsutes, des velus et autres poilants trichosés / Martin Monestier, 2002
Des cheveux et des poils : [exposition, Paris, Musée des Arts décoratifs, 5 avril - 17 septembre 2023] / directeur de publication Pierre Louette, Connaissance des arts. Hors série, 2023
Emission radio
Cheveux et poils dans l'Histoire, par-delà la mode, France culture, 16 avril 2023
Bonne journée
Gender Tech. Ce que la technologie fait au corps des...