Comment expliquer la multiplication des actes de féminicides et meurtres d'enfants ?
Question d'origine :
Boujour! Madame, Monsieur,
Ma question concerne les "féminicides".
Les médias nous en signalent souvent, parfois suivis d'un suicide ou même du meurtre d'enfants.
Qu'est-ce qui peut expliquer la prolifération de ces astres monstrueux (dont le France n'a pas le monopole ...)
Merci! de votre réponse!
Bonne journée,
RS
Réponse du Guichet
Selon les rapports mondiaux de l'ONU, en moyenne, 140 femmes et filles dans le monde perdent la vie chaque jour sous les coups de leur conjoint ou d’un proche, soit 60 % des près de 85 000 femmes et filles tuées en raison de leur genre. Les chiffres globaux de féminicides restent malheureusement à un niveau structurellement haut et relativement stable à l'échelle macroscopique. Les violences au sein du couple ont des conséquences graves, parfois fatales, sur les enfants victimes de familicide, phénomène encore peu étudié.
La perception de la multiplication des féminicides résulte d'un mouvement de libération de la parole, et d'une politisation légitime de ces sujets. En France, entre 2019 et 2022, 79 % des féminicides ont été commis par le conjoint ou un autre membre de la famille. Selon la Mission interministérielle pour la protection des femmes, "les suicides forcés" en France ont augmenté de 17% en 2024. Plusieurs mesures sont proposées par l'ONU pour lutter contre le "continuum féminicidaire" résultant selon l'historienne Christelle Taraud d'un "système d'écrasement des femmes remontant au moins au Néolithique".
Le rapport de l'OMS rappelle que les problèmes de santé mentale, associés aux violences sexistes, incluent suicides et tentatives de suicide. Ces dernières années, la multiplication des conflits armés, des crises prolongées comme celle du Covid, du harcèlement en ligne et des dégradations environnementales a mis en évidence le risque croissant de violences à l’égard des femmes vivant dans ces contextes fragiles.
Bonjour,
Vous vous demandez comment expliquer la multiplication des actes de féminicides, impliquant parfois un suicide et un ou des infanticides. Expliquer la persistance et la visibilité des actes de féminicides, en France comme à l'échelle internationale, nécessite de croiser plusieurs grilles de lecture : statistique, sociologique, psychologique, institutionnelle.
Sur le plan statistique d'abord, l'UNODC publie régulièrement des focus spécifiques sur les féminicides, souvent co-publiés avec ONU Femmes. Le dernier rapport publié en 2024 sur les "Femicides in 2023 : Global estimates of intimate partner/family member femicides" [Féminicides en 2023 : Estimations mondiales des féminicides commis par des partenaires intimes ou des membres de la famille], affirme dans son avant propos que :
la violence à l’égard des femmes et des filles est la violation des droits humains la plus répandue. Les féminicides constituent la forme la plus extrême de violence à leur encontre et sont souvent la conséquence de violences antérieures perpétrées au sein de leur foyer.
Afin de mobiliser l'action mondiale contre ce crime, l'ONUDC et ONU Femmes publient cette troisième publication conjointe présentant des estimations mondiales des féminicides commis par un partenaire intime ou un membre de la famille, avec de nouvelles données pour 2023. Ces féminicides sont évitables, mais les données disponibles montrent que les progrès accomplis sont insuffisants. Le contexte dans lequel les violences conjugales peuvent dégénérer en féminicide a fait l'objet de nombreuses études, et les principaux facteurs de risque sur lesquels il est possible de s'appuyer pour prévenir ce crime ont été identifiés.[Traduction Google].
Vous pouvez lire le rapport complet, lequel s'alarme dans sa préface, de constater que le nombre de féminicides commis par des membres de la famille ou des partenaires intimes – la manifestation la plus courante de ce type de violence – demeure à des niveaux alarmants dans le monde, et que l’attention portée au problème du féminicide pourrait avoir diminué à la suite de la pandémie de COVID-19.
Nous vous citons et traduisons ci-après (via l'outil de traduction Google) les chiffres, analyses et faits saillants que pointe ce rapport.
Ce que dit le rapport dans son introduction :
- "Très souvent, ces meurtres ne sont pas des incidents isolés, mais plutôt l'aboutissement de formes préexistantes de violences sexistes qui touchent toutes les régions et tous les pays du monde. De manière générale, les féminicides, ou meurtres de femmes et de filles liés au genre, sont commis dans différents contextes, dans la sphère privée et au-delà, pour des motifs sexistes. Ces motifs sont ancrés dans les normes et les stéréotypes sociétaux qui considèrent les femmes comme subordonnées aux hommes, ainsi que dans la discrimination à l'égard des femmes et des filles, les inégalités et les rapports de force inégaux entre les femmes et les hommes dans la société".
- "Les motifs sexistes caractérisent le contexte dans lequel ces crimes sont commis, ce qui les distingue également des autres homicides intentionnels de femmes et de filles non liés à des motifs sexistes. Le Cadre statistique pour la mesure des homicides de femmes et de filles liés au genre (également appelés « féminicides »), élaboré conjointement par l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC) et ONU Femmes et approuvé par la Commission de statistique des Nations Unies en mars 2022, identifie trois types de féminicides :
1. Homicides intentionnels de femmes et de filles perpétrés par leur partenaire intime ;
2. Homicides intentionnels de femmes et de filles perpétrés par d’autres membres de la famille ;
3. Homicides intentionnels de femmes et de filles commis par des personnes autres que le partenaire intime ou un autre membre de la famille et lorsque l’homicide répond à au moins un des huit critères définis dans le Cadre statistique"
Ce que dit le rapport sur les principaux chiffres :
- "À l’échelle mondiale, environ 51 100 femmes et filles ont été tuées par leur conjoint ou un autre membre de leur famille en 2023. Ce chiffre, supérieur à l’estimation de 48 800 victimes pour 2022¹, ne reflète pas une augmentation réelle car il est principalement dû aux différences de disponibilité des données au niveau national². Le chiffre de 2023 signifie que 60 % des près de 85 000 femmes et filles tuées intentionnellement au cours de l’année ont été assassinées par leur conjoint ou un autre membre de leur famille. Autrement dit, en moyenne, 140 femmes et filles dans le monde perdent la vie chaque jour sous les coups de leur conjoint ou d’un proche" ;
- "En raison du manque de données suffisantes dans d'autres régions, l'évolution des féminicides commis par un conjoint ou un membre de la famille ne peut être suivie actuellement qu'en Amérique et en Europe. En Amérique, le taux de féminicides commis par un conjoint ou un membre de la famille est resté relativement stable depuis 2010, tandis qu'il a diminué lentement en Europe (-20 %) entre 2010 et 2023, en raison d'une baisse progressive observée dans les pays d'Europe du Nord, de l'Est et du Sud".
- "Outre les meurtres de femmes et de filles par leur partenaire intime ou d’autres membres de leur famille, d’autres formes de féminicides existent. Ces dernières années, certains pays ont commencé à quantifier ces autres formes de féminicides en mettant en œuvre le cadre statistique ONUDC-ONU Femmes pour la mesure des homicides liés au genre. En France, par exemple, entre 2019 et 2022, 79 % des homicides de femmes ont été commis par leur conjoint ou un autre membre de leur famille, tandis que d'autres formes de féminicides représentaient 5 % supplémentaires de ces homicides".
- "Au cours des deux dernières décennies, le nombre de pays communiquant des données sur les féminicides commis par des partenaires intimes ou d'autres membres de la famille a augmenté lentement. Ce nombre a culminé en 2020 à 75 pays, avant de diminuer et de devenir la moitié du nombre de 2020 en 2023. De plus, à l'heure actuelle, seuls quelques pays sont en mesure de produire des données sur les formes de féminicide commises hors du foyer, conformément au cadre statistique de l'ONUDC et d'ONU Femmes pour la mesure des homicides liés au genre. [...] Des efforts importants pour inverser la tendance négative en matière de disponibilité des données permettraient ainsi d'accroître la responsabilité des pouvoirs publics dans la lutte contre les violences faites aux femmes".
Ce que dit le rapport sur les contextes et motifs de passage à l'acte :
- "Lorsqu'on s'intéresse à la forme la plus répandue de féminicide en France, à savoir le meurtre de femmes par leur partenaire intime, il apparaît clairement que ces meurtres peuvent faire suite à une escalade de violences conjugales : 37 % des femmes ont été tuées par leur partenaire intime après avoir signalé des violences sexuelles, physiques ou psychologiques de la part de ce dernier. Il est particulièrement important de surveiller ces situations, car des mesures préventives spécifiques peuvent être prises par les autorités compétentes. L'émission d'une ordonnance d'éloignement à l'encontre du partenaire masculin, visant à empêcher tout contact ultérieur avec l'épouse/partenaire, est l'une de ces mesures. Dans seulement 7 % des cas de féminicides où la victime avait déjà subi des violences, l'auteur des faits avait fait l'objet d'une ordonnance de protection. Ce faible pourcentage peut indiquer que si des mesures appropriées avaient été plus largement appliquées, certains féminicides auraient pu être évités".
- "En France, un féminicide commis par un partenaire intime est souvent suivi d'une nouvelle vague de violence.15 Par exemple, dans 31 % des cas, l'auteur des violences se suicide, tandis que dans 10 % des cas, une tentative de suicide échoue. Dans une part importante des cas, ces événements entraînent des conséquences dramatiques pour les autres membres de la famille, notamment les enfants du couple".
- "Les tendances des taux de féminicides perpétrés par des partenaires intimes ou d'autres membres de la famille ont légèrement différé entre les Amériques et l'Europe depuis 2010. Malgré quelques fluctuations, le taux de féminicides commis par des partenaires intimes ou des membres de la famille dans les Amériques était quasiment identique en 2023 à celui de 2010. En revanche, au cours de la même période, on a observé une baisse lente mais constante d'environ 20 % du taux de féminicides commis par des partenaires intimes ou des membres de la famille en Europe. Les tendances à long terme du féminicide dans ces deux régions suggèrent que les changements réels, lorsqu'ils surviennent, sont très lents, ce qui indique que les facteurs de risque et les causes de cette forme de violence interpersonnelle sont ancrés dans des pratiques et des normes qui évoluent lentement. Malheureusement, en raison de lacunes persistantes dans les données concernant les pays d'Afrique, d'Asie et d'Océanie, il est impossible d'établir des estimations des tendances à long terme du féminicide dans ces trois régions".18
Ce que dit le rapport sur la prévention des féminicides :
"Plusieurs approches de prévention des violences sexistes à l'égard des femmes et des filles, y compris le féminicide, ont été mises en œuvre ces dernières décennies. Elles peuvent être regroupées autour de six grands axes d'intervention.
1. La prévention primaire vise à modifier les normes et les attitudes sociétales chez les femmes et les hommes, ainsi que chez les filles et les garçons, grâce à des programmes et des formations éducatifs [...]
2. Les réponses juridiques : plusieurs pays, notamment en Amérique latine, ont criminalisé le féminicide en tant qu'infraction spécifique dans leur code pénal national. D'autres pays ont introduit des circonstances aggravantes pour les homicides relevant du féminicide, en raison de la nature de la relation victime-auteur et du contexte particulier lié au meurtre intentionnel d'une femme.
3. Dans plusieurs pays, les réponses du système de justice pénale impliquent la création d'unités spécialisées au sein des services de police, judiciaires et du parquet afin d'enquêter sur les infractions liées à la violence fondée sur le genre, notamment le féminicide, et de les poursuivre. Des pays comme le Canada, la Suède et la Jordanie, entre autres, ont mis en place de telles unités spécialisées au sein de leur système de justice pénale afin de faciliter la collecte d'informations spécifiques concernant les agressions violentes contre les femmes et les enquêtes sur les crimes violents.23
4. Des approches interinstitutionnelles pour les enquêtes et les poursuites en matière de violence domestique ont été mises en place dans plusieurs pays, conformément aux dispositions légales prévues par la législation sur la violence domestique. [...]
5. Des campagnes publiques et des actions de plaidoyer menées par la société civile pour condamner tous les actes de violence fondée sur le genre, y compris le féminicide, ont émergé ces dernières années et ont suscité une attention publique considérable. Les mouvements « Ni una menos » et « Me Too » ont joué un rôle déterminant dans la sensibilisation du public à ces questions et ont suscité une large condamnation publique des comportements qui perpétuent les violences sexistes.
6. Les efforts déployés en matière de collecte de données comprennent des initiatives menées par des agences spécialisées au sein des gouvernements ou des instituts nationaux de statistique afin de recueillir des données sur les féminicides et de publier des rapports annuels analysant les tendances et les schémas nationaux associés à ce crime. Les organisations de la société civile se sont également efforcées de mettre en place des « observatoires des féminicides » qui collectent des données provenant de différentes sources nationales, notamment des articles de presse, afin de dresser un tableau de l'ampleur de ce crime dans un pays donné. Dans ce contexte, le Cadre statistique ONUDC-ONU Femmes pour la mesure des homicides de femmes et de filles liés au genre, approuvé par la Commission de statistique des Nations Unies en 2022, répond à la nécessité de produire des données exhaustives et normalisées sur les féminicides [...]"
Un article de l'ONU du 25 novembre 2025, UN / VIOLENCE AGAINST WOMEN [ONU / VIOLENCE CONTRE LES FEMMES], souligne que
le rapport de 2025 sur les féminicides souligne que les femmes et les filles sont victimes de cette forme extrême de violence dans toutes les régions du monde. On estime que le taux le plus élevé de féminicides commis par un partenaire intime ou un membre de la famille se trouve en Afrique (3 pour 100 000 femmes et filles), suivie des Amériques (1,5), de l'Océanie (1,4), de l'Asie (0,7) et de l'Europe (0,5).
Bien que des féminicides soient également commis hors du domicile, les données restent limitées. Afin de combler ces lacunes, ONU Femmes et l’ONUDC collaborent étroitement avec les pays à la mise en œuvre du cadre statistique de 2022 pour améliorer l’identification, l’enregistrement et la classification des homicides de femmes et de filles liés au genre. L’amélioration de la disponibilité des données est essentielle pour évaluer avec précision l’ampleur et les conséquences de ces féminicides, pour appuyer des réponses efficaces et pour que justice soit faite.
L'article de l'ONU Une femme tuée toutes les 10 minutes par un proche : la vague croissante de féminicides (25 novembre 2025) précise que
ONU Femmes qualifie ces chiffres d'« alarmants », mais prévient que l'ampleur réelle des féminicides « est probablement bien plus élevée » en raison de la sous-déclaration.
Lire également :
Gender-related killings of women and girls : Improving data to improve responses to femicide/feminicide [Meurtres de femmes et de filles liés au genre : Améliorer les données pour améliorer les réponses aux féminicides], ONU femmes, 2022 ;
Le bilan est lourd : 840 millions de femmes sont victimes de violences conjugales ou sexuelles (Communiqué de presse de l'OMS, 19 novembre 2025) ;
Le rapport de l'OMS Violence against women prevalence estimates, 2023. Global, regional and national prevalence estimates for intimate partner violence against women and non-partner sexual violence against women [Estimations de la prévalence des violences faites aux femmes, 2023. Estimations mondiales, régionales et nationales de la prévalence des violences conjugales et des violences sexuelles commises par des personnes autres que des partenaires conjugaux], rappelle que
la violence à l’égard des femmes prend de nombreuses formes. Elle comprend les violences physiques, sexuelles ou psychologiques perpétrées par un partenaire intime ou par une autre personne – notamment des membres de la famille, des amis, des figures d’autorité, des connaissances ou des inconnus. Elle comprend également le féminicide, y compris les meurtres commis au nom de l’honneur, et la traite des femmes. L’article 1 de la Déclaration des Nations Unies de 1993 sur l’élimination de la violence à l’égard des femmes définit la violence à l’égard des femmes comme « tout acte de violence fondé sur le genre qui entraîne ou est susceptible d’entraîner des dommages ou des souffrances physiques, sexuels ou psychologiques à l’égard des femmes, y compris les menaces de tels actes, la contrainte ou la privation arbitraire de liberté, que ce soit dans la sphère publique ou privée » [1].
[...]
Les problèmes de santé mentale associés incluent : anxiété, dépression, stress post-traumatique, trouble du spectre autistique, suicide et tentatives de suicide, consommation nocive d’alcool et d’autres substances [5–7]. Ces violences ont également des conséquences socio-économiques considérables et profondes pour les femmes, les filles, les familles et les sociétés [8–9]. Tragiquement, ces violences peuvent aussi entraîner la mort : en 2023, en moyenne, 140 femmes et filles étaient tuées chaque jour par leur partenaire ou d’autres membres de leur famille dans le monde [4]. Ces dernières années, la multiplication des conflits armés, des crises prolongées et des dégradations environnementales et catastrophes a mis en évidence le risque croissant de violences à l’égard des femmes vivant dans ces contextes fragiles ; le risque d’exposition à ces violences est accru par les déplacements de population et l’insécurité qui en résultent [10,11]. La prolifération et l'évolution technologiques rapides, tout en offrant des opportunités aux femmes et aux filles, peuvent aussi exacerber leur risque de violence, tant en ligne que hors ligne. Pourtant, à ce jour, les données sur ces facteurs de violence restent limitées. La pandémie de coronavirus (COVID-19) a mis en lumière le risque d'exposition accrue à la violence domestique. Tant que davantage de résultats d'enquêtes et d'études couvrant les périodes COVID-19 et post-COVID ne seront pas disponibles, et tant que des données récentes sur d'autres crises n'auront pas émergé, notre compréhension de l'impact total de ces types d'événements sur la prévalence de la violence conjugale et des violences sexuelles hors couple restera incomplète.
[...]
Le Programme de développement durable à l’horizon 2030 des Nations Unies comprend l’Objectif de développement durable (ODD) 5 – Parvenir à l’égalité des sexes et autonomiser toutes les femmes et les filles – qui inclut une cible (cible 5.2) visant à éliminer « toutes les formes de violence à l’égard de toutes les femmes et les filles dans les sphères publique et privée, y compris la traite des personnes et l’exploitation sexuelle et d’autres formes d’exploitation » [18]. Le Quatorzième Programme général de travail de l’OMS [19] appelle à une action multisectorielle pour réduire la violence et les traumatismes dans le cadre des efforts déployés pour s’attaquer aux déterminants de la santé et s’attaquer aux causes profondes de la mauvaise santé.
Traduction Google.
La question des suicides induits par des violences de genre touche à l'aspect difficile à mesurer de la violence systémique. En criminologie et en sociologie, ce phénomène est qualifié de "suicide forcé", reconnu juridiquement en France depuis 2020 :
Le 20 novembre 2025, la Mission interministérielle pour la protection des femmes indiquait que les suicides forcés avaient augmenté de 17% en 2024. [...]
Un chiffre en hausse de 17% par rapport à 2023, consigné dans la dernière lettre sur les violences sexistes et sexuelles de la Mission interministérielle pour la protection des femmes contre les violences (Miprof), parue le 20 Novembre 2025. Depuis quelques mois, on la présente souvent comme la « face cachée des féminicides ». La Miprof la caractérise en effet comme un féminicide « indirect », remettant en question le chiffre d’un féminicide tous les trois jours en France. Selon cette nouvelle acception, qui comprend aussi les tentatives de féminicides, directs ou indirect, 3,5 femmes seraient en effet victimes chaque jour. [...]
Créé en 2019 à l’occasion du Grenelle contre les violences conjugales, le terme vise à combler un vide juridique. Dans le guide européen sur les suicides forcés, financé par la Commission européenne et rédigé par les associations Psytel et Mouvement pour l’égalité entre les femmes et les hommes en 2022, il est défini comme « l’acte ultime d’une victime de violences psychologiques graves et répétées au sein du couple, qui ne trouve plus d’autre moyen que de mettre fin à sa vie pour sortir de la maltraitance ». Le terme vise ainsi à établir la responsabilité du partenaire dans le suicide de la victime.
En développant le concept de « continuum féminicidaire » dans son ouvrage Féminicides. Une histoire mondiale (2022), l’historienne Christelle Taraud propose une définition extensive du féminicide, irréductible à la seule sphère privée et intime. Le « continuum féminicidaire » relèverait ainsi d’un « système d’écrasement des femmes remontant au moins au Néolithique », incluant la pluralité des « actes antifemmes » qui ont pour aboutissement ultime la mort de certaines, du « dressage à la féminité (dans un souci de soumission et de passivité ) » aux violences physiques et psychologiques en passant par le harcèlement sexuel dans l’espace public. Ce processus est ainsi comparé au contrôle coercitif, théorisé par le sociologue américain Evan Stark dans L’Emprise coercitive. Comment les hommes piègent les femmes dans la vie privée (2007). Le contrôle coercitif constitue l’un des maillons clés des violences psychologiques et conjugales. Il consiste en une dynamique de domination et de contrôle par laquelle un partenaire exerce son pouvoir sur l’autre, en le menaçant ou en contrôlant ses finances, ses fréquentations, ce qu’il fait et même ce qu’il mange, jusqu’à le placer dans une situation récurrente de « vulnérabilité organisée », générant en lui une « peur chronique, viscérale et permanente ». De quoi rappeler l’« excès de réglementation » dont dérivait le suicide fataliste chez Durkheim. La notion de « continuum féminicidaire » permet ici de relier fait social et violences structurelles, pour mieux comprendre le concept contemporain de suicide forcé. On saisit alors pourquoi la responsabilité « est ailleurs » : elle ne peut être comprise uniquement à partir de la victime, mais de systèmes qui pèsent sur elle, et d’un harceleur qui choisit activement de le perpétuer.
Sur le suicide forcé vous pouvez lire :
Les mots qui tuent [Livre] : autopsie du suicide forcé : [violences conjugales, la face cachée] / Michelle Fines, 2026
En juillet 2025 est annoncée la réouverture d'une enquête à l'encontre de Bertrand Cantat pour violences volontaires sur sa femme Kristina Rady. En 2010, cette dernière s'est suicidée après avoir dénoncé les abus du chanteur. Nommé suicide forcé, c'est à cet acte que s'intéresse l'auteure, soulignant qu'il s'agit d'un des angles morts des violences conjugales.
Concernant l'acte d'assassiner son (ex)conjointe et l’un au moins de ses enfants, il existe un néologisme anglosaxon pour le désigner : le familicide, comme l'analyse la thèse de 2023 de Thibault Brégère "Vers une criminalité intrafamiliale spécifique : le familicide". En voici le résumé :
La familicide constitue un néologisme anglo-saxon qui désigne le meurtre de son (ex)conjoint(e) et de l’un au moins de ses enfants. Commis dans l’immense majorité des cas par des hommes, ce crime intrafamilial constitue l’homicide du père de famille par excellence. Toutefois, même si cela demeure beaucoup plus rare, le familicide peut également être le fait de la mère de famille. Face aux difficultés rencontrées (conjugales, financières…), le parent considère souvent que la seule solution pour sortir de l’impasse se trouve dans la mort de toute sa famille, y compris lui-même. En effet, l’auteur du familicide, souvent en proie à une forte dépression, met généralement fin à ses jours immédiatement après avoir tué les siens. L’annihilation totale de la famille, symbolisée par le suicide de l’auteur, peut déstabiliser l’opinion publique : l’acte criminel déchaîne la colère et l’incompréhension, tandis que l’acte suicidaire peut susciter une relative compassion. Fréquemment qualifié de « drame familial » par les médias, le familicide n’en demeure pas moins un homicide aggravé dont la justice est parfois chargée de juger l’auteur. Matérialisé par une très lourde condamnation, le jugement du parent lève partiellement le voile sur les raisons et les circonstances du passage à l’acte, ainsi que sur le mode opératoire ; mode opératoire dont l’extrême violence contraste régulièrement avec l’image plutôt lisse et non agressive dégagée par le père ou la mère de famille. Fort de ce constat et des plus de deux cents affaires recensées, la présente analyse entend approfondir les aspects criminologiques mais également les aspects pénaux du familicide.
Le familicide s'inscrit dans la notion de violence vicariante : l'enfant est tué non pas de manière indépendante, mais comme prolongement d'un féminicide, pour infliger à la mère la douleur maximale, ou bien simultanément dans un passage à l'acte total. La Commission nationale consultative des droits de l'homme souligne qu'il n'existe aucun recensement précis en France des enfants tués par leurs parents :
Question de Mme HARRIBEY Laurence (Gironde - SER) publiée le 06/03/2025
Mme Laurence Harribey attire l'attention de M. le ministre d'État, garde des sceaux, ministre de la justice sur le recensement imprécis du nombre d'enfants tués par leurs parents.Il y a plus d'un an, la Commission nationale consultative des droits de l'Homme (CNCDH) lançait l'alerte. Les enfants tués par leurs parents ne font l'objet d'aucun recensement précis en France.
Pourtant, le Gouvernement affichait un objectif louable dès 2022 dans son plan de lutte contre les violences faites aux enfants. Il souhaitait bénéficier de données en vue d'une meilleure prévention des infanticides.
Malheureusement, rien n'a évolué depuis faute de volonté politique. L'absence de données fiables laisse à penser que le nombre de morts d'enfants est en réalité plus important. Il existerait, d'après la CNCDH, un « chiffre noir » constitué des meurtres non révélés de nouveau-nés à la naissance, des homicides d'enfants non repérés tels que ceux victimes du syndrome du bébé secoué, ou encore des morts consécutives à des suicides des parents avec leurs enfants.
Elle demande au Gouvernement ce qu'il entend mettre en oeuvre pour améliorer le recensement statistique des enfants tués par leurs parents et ainsi mieux les protéger.
Publiée dans le JO Sénat du 06/03/2025 - page 920
Source : Sénat
Cette lacune statistique française se retrouve également dans les rapports internationaux. Nous vous invitons à lire toutefois ces études anglophones :
- Liem, M., Levin, J., Holland, C. et al. The Nature and Prevalence of Familicide in the United States, 2000–2009. J Fam Viol 28, 351–358 (2013). En voici le résumé :
Cette étude examine la prévalence du familicide aux États-Unis. Elle explore également le lien entre cette prévalence et celle des difficultés financières aux États-Unis, à partir des données des rapports complémentaires sur les homicides et d'articles de presse. Entre 2000 et 2009, on a recensé environ 23 familicides par an impliquant un conjoint et un ou plusieurs enfants. La majorité des auteurs étaient des hommes, qui ont commis leurs crimes à l'aide d'une arme à feu. Les familicides impliquant un conjoint et un ou plusieurs enfants, motivés uniquement par des raisons financières, se sont produits 4 à 5 fois par an. Les résultats montrent que le lien entre familicide et difficultés financières est complexe. Bien que les analyses de corrélation suggèrent une relation entre les deux, la prévalence des familicides motivés par des difficultés financières n'était pas corrélée aux périodes de difficultés financières. Des pistes pour de futures recherches sont proposées.
Traduction Google
- Sachmann, Mark; Harris Johnson, Carolyn Mary (1 March 2014). "The Relevance of Long-Term Antecedents in Assessing the Risk of Familicide-Suicide Following Separation". En voici le résumé :
Le familicide-suicide consécutif à une séparation est un phénomène sous-étudié et mal compris. Les résultats des recherches antérieures sont peu concluants quant aux facteurs de risque et aux motivations des auteurs. Cet article explore la pertinence des antécédents biopsychosociaux à long terme dans les cas de familicide-suicide survenus en Australie-Occidentale entre 1986 et 2005.
Traduction Google
Nous vous proposons ci-dessous des documents issus de nos collections, pour approfondir la question du féminicide.
L'historienne Christelle taraud, dans son ouvrage Féminicides. Une histoire mondiale (2022), combine une approche historique et systémique :
Dans une perspective mondiale et historique, des études sur l'ensemble des violences faites aux femmes, au-delà de l'assassinat d'une femme par son conjoint. Les auteurs dénoncent la domination masculine comme creuset des inégalités et violences systémiques. Ils plaident pour une évolution vers plus d'inclusion et d'égalité. (c) Electre
D'autres documents issus de nos collections (essais, bandes dessinées et DVD) adoptent une approche plus sociologique et institutionnelle :
La violence qu'on ne voit pas... et qui tue : contrôle coercitif : comprendre, porter assistance et prévenir les féminicides / Eléonore Manzano, 2026
Système de domination reposant sur l'accumulation de stratégies répétées telles que l'isolement, la surveillance et la menace, le contrôle coercitif constitue le principal prédicteur de féminicides conjugaux. A partir de témoignages, d'outils concrets et d'analyses professionnelles, l'auteure détaille les facteurs de l'emprise psychologique puis donne des clés pour la reconnaître et y faire face.
Les femmes ne meurent pas par hasard [Bande dessinée] / Charlotte Rotman, Lison Ferné, Juliette Vaast ; Avocate Anne Bouillon, 2024
Sous la forme d'une bande dessinée, les autrices évoquent les violences systémiques que les femmes subissent et les manquements du droit français en la matière à travers le récit de huit procès. (c) Electre
La culture du féminicide [Livre] : histoire d'une structure de pensée / Ivan Jablonka, 2025
De la Bible aux séries télévisées, le féminicide est représenté dans tous les arts. L'auteur analyse l'illustration de la mort des femmes et interroge la place centrale qu'occupe la sexualisation du meurtre dans les mythologies contemporaines. Retraçant l'histoire d'une structure de pensée, il dévoile comment est organisée la banalisation de l'élimination des femmes. ©Electre 2025
En finir avec les féminicides [Livre] : état des lieux, prises en charge et interventions / Karen Sadlier, Ernestine Ronai ; préface de Patrick Poirret, 2025
Alors que le nombre de femmes tuées, menacées de mort ou qui se suicident ne baisse pas, les auteures exposent les effets dévastateurs de ces actes, non seulement pour les victimes mais également pour leurs enfants et leurs proches. Elles appellent à une prise de conscience urgente de la gravité des violences faites aux femmes. ©Electre 2025
Nommer le féminicide [Livre] / sous la direction de Jill Radford et Diana E. H. Russell ; présenté par Lydie Bodiou et Frédéric Chauvaud ; traduction [de l'anglais] de Bénédicte Chorier-Fryd, 2023
Réflexions sur l'ensemble des violences faites aux femmes, que ce soit dans le couple ou dans l'espace public. ©Electre 2023
Un féminicide en France [Livre] : Sohane 17 ans, brûlée vive / Annie Sugier & Lindia Weil-Curiel, 2023
Sohane, 17 ans, enfermée dans le local à poubelles d'une cité de la banlieue parisienne, a été brûlée vive le 4 octobre 2002. Les auteurs relatent l'enchaînement des faits qui ont conduit à ce féminicide en reprenant les procès-verbaux de la procédure pénale, les expertises et les audiences de la Cour d'assises de Créteil puis de Bobigny, durant lesquelles les amies de Sohane ont témoigné. ©Electre 2023
Qui a tué Berta Cáceres ? [Livre] : féminicide politique, extractivisme et résistances écologistes indigènes / Nina Lakhani, 2023
Une enquête sur les éléments liés à l'exécution par balles, le 2 mars 2016, de Berta Caceres, militante assassinée pour avoir lutté contre la construction d'un barrage sur le fleuve Gualcarque, dont les eaux sont sacrées pour le peuple lenca. ©Electre 2023
Une guerre mondiale contre les femmes [Livre] : des chasses aux sorcières au féminicide / Silvia Federici ; traduit par Etienne Dobenesque, 2021
L'auteure décrit les enjeux liés à la chasse aux sorcières, en associant ce pan de l'histoire à la genèse du capitalisme, à la domination des femmes ainsi qu'à la destruction de la nature. Elle étudie le retour de la chasse aux sorcières en Inde et en Afrique et rappelle que les sorcières sont des femmes qui développent un rapport à la nature, au langage, au corps et à la sexualité. ©Electre 2021
Elle le quitte, il la tue [Livre] / Sandrine Bouchait ; avec Claude Mendibil, 2022
L'auteure relate l'assassinat de sa soeur Ghylaine, victime d'un féminicide à l'âge de 34 ans. En septembre 2017, après l'avoir frappée, son mari l'asperge d'essence et allume un briquet. Brûlée à 92 %, la jeune femme meurt deux jours plus tard. ©Electre 2022
Féminicides [D.V.D.] / réal. et scénario de Lorraine de Foucher et Jeremy Frey, 2022
En 2019, 150 femmes ont été tuées par leur conjoint ou leur ex-compagnon. Face à ce fléau, Le Monde a créé une cellule d'investigation au sein de sa rédaction pour décrypter la mécanique des féminicides, dans l'espoir de l'enrayer... Comment faire pour prévenir efficacement ces crimes ? Les dispositifs actuels sont-ils suffisants ? Quelle est la part d'implication de chacun ? Et surtout, comment éviter que ce schéma se reproduise ? A travers les témoignages de l'entourage des victimes, mais aussi des institutions, ce documentaire revient sur cinq cas emblématiques de féminicides, en retraçant l'évolution de la relation amoureuse, de la rencontre jusqu'au meurtre. Une volonté : alerter sur l'aveuglement collectif de notre société et provoquer une prise de conscience globale. Car, les féminicides, c'est l'affaire de tous.
Bien à vous
Le bien-être individuel en entreprise : manager, en...