Je recherche une iconographie sur le "poêle-cheminée" du marquis de Montalembert.
Question d'origine :
Bonjour,
Je m'interresse à l'histoire de l'évolution des pôeles et des cheminées. En lisant un article sur le sujet, il a été évoqué l'invention du marquis de Montalembert, qui aurait imaginé un objet hybride se situant entre le poêle et la cheminée. Néanmoins, je n'arrive guère à trouver d'iconographie sur le sujet pour visualiser son fonctionnement. Existe t'il des illustrations compte tenu de la période ? Et auriez-vous de la documentation à me conseiller sur l'évolution du poêle et des cheminées (notamment en Europe).
Je vous remercie pour l'attention que vous porterez à ma requête.
Belle journée à vous.
Anaïs
Réponse du Guichet
L'invention du marquis de Montalembert (1714-1800) a a minima été représentée sur deux planches de son texte Cheminée poêle ou poêle françois, publiées en 1766. Elles sont numérisées et diffusées (ainsi que le texte) par la bibliothèque numérique du Conservatoire numérique des Arts et métiers (CNUM). En accompagnement, nous vous proposons une série d'ouvrages et de ressources numériques afin de contextualiser cette invention dans l'histoire française et européenne du chauffage domestique.
Bonjour,
Oui, une iconographie d'époque de la cheminée poêle du marquis de Montalembert (1714-1800) a bien été insérée dans l’édition du texte Cheminée poêle ou poêle françois (mémoire lû à la rentrée publique de l'Académie royale des Sciences, le 12 novembre 1763) publié à Paris en 1766. Celle-ci se compose de deux planches gravées qui regroupent des figures numérotées de 1 à 7 et des pages d’explication de ces figures. Elles vous permettront de mieux vous représenter son invention. L'une des idées de Montalembert était de mieux conserver et faire circuler la chaleur à l'aide d'un foyer plus compact, de conduits repensés et de portes battantes qui permettaient d'alimenter et d'éfouffer les flammes. Plus efficace et plus économe en bois, ce système ambitionnait de renouveler la pratique du chauffage domestique. Conserver l'aspect d'une cheminée permettait de ménager les habitudes de l'époque sans rompre avec l'esthétisme des décorations intérieures :
Quelque peu en en amont, le marquis de Montalembert (1714-1800) écrivait sur les poêles et les cheminées : « On n’eut point espéré que l’usage de ces sortes de poêles s’établisse en France ; on y est trop attaché à la symétrie & à l’agrément des décorations intérieures : on ne se résoudra jamais à placer dans une chambre à coucher, de parade, ni dans un beau salon de compagnie, une & même deux masses désagréables, hautes de dix à douze pieds & saillantes de cinq à six. Il faut avouer que ces gros poêles sont forts vilains & fort embarrassans […] Nos yeux sont faits à la forme des cheminées, il s’en trouve de construites dans tous les appartemens. »26. Les arguments sont donc d’ordres esthétiques et sociaux, aujourd’hui on évoquerait « l’habitus ». Afin de surmonter ces contradictions, De Montalembert préconise un poêle cheminée ; même si lui-même critique les poêles russes : « Des poêles de différentes formes, & surtout les grands poêles de Russie, mettent les habitans de Petersbourg dans la nécessité de se vêtir légèrement au milieu des hivers les plus rudes. On peut dire qu’on a réellement à craindre la chaleur dans les appartemens les plus vastes, lors même des plus grandes gelées […] toutes les places sont égales à cet égard dans ses sortes d’appartemens & si l’on doit avoir quelque attention, c’est d’éviter les plus chaudes. » Cette crainte des excès de chaleur peut faire sourire ! En ce qui concerne le respect des convenances sociales et la conformité à l’ordonnancement architectural, on peut évoquer également le cas où Louis XV réclame un poêle dans la chambre de Louis XIV qu’il occupe alors au château de Versailles. L’architecte Gabriel renâcle prétextant la rigueur de la composition qui serait perturbée par cet ajout disgracieux 27.
Source : La réception des nouveaux modes de chauffage domestique en France au xixe siècle d'Emmanuelle Gallo dans L’architecture : la réception immédiate et la réception différée, édité par Gérard Monnier, Éditions de la Sorbonne, 2006. Sur OpenEdition.
Les explications du marquis sont aussi reprises dans la thèse d'Emmanuelle Gallo, Modernité technique et valeur d'usage: le chauffage des bâtiments d'habitation en France (Thèse, Panthéon Sorbonne, 2008) (p. 139-140)
Enfin, le marquis propose une cheminée poêle : La figure première représente l’extérieur d’une cheminée devenue poêle, vue en face, les deux battans de la porte, dont l’un est ouvert, montrent les dimensions de la nouvelle cheminée ou du foyer du poêle, & l’on peut être certain par l’expérience que j’en ai faite, que, pour peu qu’on y fasse de feu, on ne pourra s’approcher de ces petites cheminées avec la même facilité qu’on fait des grandes, la chaleur qu’elle envoie dans la chambre étant beaucoup plus forte ; l’intérieur du foyer de cette cheminée doit être construit de briques revêtu, si l’on veut, de plaques de fontes; le devant peut être de briques, de pierres de taille ou de marbre, & les portes seront d’un assemblage de fer composé d’un chassis recouvert des deux côtés de deux plaques de fer, entre lesquelles on fera entrer à force du sable ou de la terre pour en remplir exactement l’intervalle : ces deux surfaces de fer laisant une distance entr’elles d’environ dix à douze lignes, la surface extérieure de ces portes est recouverte, lorsqu’on le veut d’une feuille de cuivre avec des moulures. Des portes de tôle simple ont de l’odeur, elles se tourmentent au feu, elles ferment mal & ne sont point du tout propres à conserver la chaleur; on peut orner ces cheminées de différentes façons & les rendre aussi riches qu’on le jugera à propos.
De Montalembert précise : On voit que ce dessein convient également, soit que les portes soient ouvertes ou qu’elles soient fermées, & que lorsqu’elles seront toutes deux ouvertes, elles ne paraîtrons point & ne seront aucun embarras dans la chambre, tout le devant de la cheminée &tant revêtu du même marbre du chambranle ; les ornement peuvent être en feuilles de cuivre, dorées d’or moulu. Enfin la ferrure pour soutenir les portes, étant exprimée dans ce dessein de la façon la plus simple, peut être ornée de plusieurs manières ou cachée en entier, & les portes peuvent, si l’on veut, descendre jusqu’en bas au niveau du plancher : on les peut faire aussi s’ouvrant à coulisse & se retirant des deux côtés de la cheminée derrière le chambranle même; de façon que dans un foyer de quatre pieds de largeur, l’ouverture de la cheminée poêle peut être de trente pouces, ce qui réduit le rétrécissement de la cheminée seulement à neuf pouces de chaque côté. Toutes ces dispositions sont au choix de chacun & relative à la dépense qu’on y veut faire; mais il me semble que les cheminées ainsi décorées, seroient plus agréables à la vue l’hiver & l’été, que celles qui existent partout, dont l’habitude seule peut faire supporter la difformité. La figure seconde est la coupe, suivant la largeur d’une cheminée-poêle simple, c’est-à-dire, ne devant échauffer que la seule pièce où elle est placée,& pouvant servir également de cheminée (...) Toutes les cloisons intérieures peuvent se faire de briques ou de pierres de taille; mais le foyer, & tout ce qui est exposé au feu, doit être entièrement de briques : on fait du feu dans ces sortes de poêles une fois en vingt quatre heures; l’on met selon le froid, plus ou moins de morceaux de bûches, de grosseurs à peu-près égales.
Ces représentations sont consultables en ligne sur le site de la bibliothèque numérique en histoire des sciences et des techniques du CNUM (Conservatoire numérique des Arts et métiers). Elles se trouvent aux dernières pages de l'ouvrage.

Source : Cheminée poêle ou poêle françois du Marquis de Montalembert (1766)
Pour aller plus loin, ces ouvrages issus de nos collections sont susceptibles de vous intéresser. Entre le Moyen-Age et l'époque moderne, ces deux documents offrent une belle perspective historique pour la France :
- Allumer le feu : cheminée et poêle dans la maison noble et le château du XIIe au XVIe siècle de Elisabeth Sirot (Paris : Ed. A. & J. Picard, 2011)
- Les délices du feu : l'homme, le chaud et le froid à l'époque moderne de Olivier Jandot (Champ VAlon, 2017), dont un petit compte rendu de Paul Delsalle est lisible gratuitement sur Cairn.
Si certains de ces articles sont parfois très spécialisés, ils sont excellents pour comprendre les mutations du chauffage domestique en France et en Europe. La thèse d'Emmanuelle Gallo reste la référence sur le temps long en France.
Modernité technique et valeur d'usage: le chauffage des bâtiments d'habitation en France d'Emmanuelle Gallo (Thèse, Panthéon Sorbonne, 2008).
- La cheminée et le poêle, ou l'art de se chauffer en Alsace au Moyen Age, dans L'innovation technique au Moyen Âge. Actes du VIe Congrès international d'Archéologie Médiévale (1-5 Octobre 1996, Dijon - Mont Beuvray - Chenôve - Le Creusot - Montbard) (Caen : Société d'Archéologie Médiévale, 1998. pp. 258-269)
- Le confort hors réseau. Se chauffer au bois, au charbon et au pétrole dans les villes françaises au XXe siècle de Viguié, R. (2023).
The Open Fire-place in All Ages de John Pickering Putnam (sur Google Livres, 1882)
L'ouvrage Archéologie du poêle en céramique du haut Moyen Âge à l’époque moderne, sous la direction de Annick Richard et Jean-Jacques Schiwien (Arthehis, 2020) entièrement numérisé sur OpenEdition.
Réflexions sur l'apparition de la cheminée dans les maisons rurales en France, d'après les sources ethnographiques de Jean-René Trochet dans Le village médiéval et son environnement, édité par Laurent Feller et al., (Éditions de la Sorbonne, 1998) sur OpenEdition.
Bonnes lectures !
En mai, fais de l’upcyclé