Pourriez-vous identifier ce monogramme présent sur la partie haute gauche d'un tableau ?
Question d'origine :
Bonjour,
Pourriez-vous m'aider à identifier ce monogramme présent sur la partie haute gauche d'un tableau.
Il s'agirait d'un tableau espagnol peint au 17ième siècle, possiblement école Pacheco / Velazquez.
Merci pour votre aide.
Cordialement,
Pierre-Marie
Réponse du Guichet
Le détenteur de ce monogramme pouvant se lire DP - DS - DU ou DV reste mystérieux. Nous avons cherché s'il pouvait être celui de Diego Rodríguez de Silva y Velázquez, Diego Polo, Juan de Pareja, Antonio de Pereda, Blas de Prado, Francisco de Palacios, de Silva (donc Vélazquez), Francisco de Solís, Juan de Uceda, Juan de Valdés Leal, Nicolás de Villacis et Rodrigo de Villandrando mais aucune piste ne s'est révélée être la bonne.
Bonjour,
Vous recherchez quel peintre espagnol du XVIIe siècle pourrait être détenteur d'un monogramme contenant deux lettres entrelacées : un D majuscule stylisé suivie d'une forme serpentine qui évoque plutôt un S mais ce pourrait être un P, un U ou un V. Celui-ci peut donc avoir plusieurs lectures : DP - DS - DU - DV.
En préambule à la bibliographie de la BNF, Peindre en Espagne, peindre l'Espagne. Du Greco (1541-1614) à Picasso (1881-1973), on peut lire que l’art espagnol est très marqué par l’existence d’écoles régionales, dont celle de Séville, très florissante au XVIIe siècle, « siècle d’or » de la peinture espagnole. Diego Velázquez, José de Ribera, Francisco de Zurbarán et Bartolomé Esteban Murillo en sont les représentants les plus illustres :
Le siècle d’or de la peinture espagnole : le XVIIe siècle
Cette période de la peinture espagnole est communément appelée Siècle d’or , parce qu’il voit une conjonction exceptionnelle de talents : José de Ribera, Francisco de Zurbarán, Diego Velázquez, Bartolomé Esteban Murillo. Ces trois peintres se sont formés et ont travaillé à Séville, l’un des centres les plus cosmopolites d’Europe au XVIe siècle. Vers le milieu du XVIIe siècle, cette ville perd beaucoup de sa vitalité. L’Espagne vit à ce moment-là une période de famines, de pestes, de décadence politique et économique. Les commanditaires principaux d’œuvres d’art sont alors la monarchie et l’Eglise. Les peintres du XVIIe siècle espagnol s’attachent à représenter la réalité quotidienne, comme moyen d’accès à des valeurs spirituelles. Dans l’Espagne de ce temps, est né un nouveau type de réalisme artistique. Pour donner un nouvel élan à l’Eglise catholique, dans le cadre de la Contre-Réforme, les peintres et les sculpteurs ont créé des images sacrées aussi proches que possible du réel. Ce réalisme est particulier à l’Espagne. Il est cru, austère, parfois sanglant, dans le but de faire réagir et d’émouvoir.
Cette bibliographie indique des ouvrages sur les peintres SANCHEZ COTAN, Juan (1560-1627), PACHECO, Francisco (1564-1654), RIBALTA, Francisco (1565-1628), CARDUCHO, Vicente (1576-1638), RIBERA, José de (1591?-1652?), ZURBARAN, Francisco de (1598-1664), VELAZQUEZ, Diego (1599-1660), CANO, Alonso (1601-1667), MURILLO, Bartolomé Esteban (1617-1682), VALDES LEAL, Juan de (1622-1690) et COELLO, Claudio (1642-1693).
Le seul de ces artistes dont les initiales correspondraient à une des lectures possibles du monogramme, DV, est Diego Velázquez. Le Dictionnaire des peintres, sculpteurs, dessinateurs et graveurs. III. L-Z / E. Bénézit, 1939, mis en ligne sur Gallica, indique la signature du peintre mais pas de monogramme. En revanche, on en distingue un sur l'une de ses toiles datée de 1620, représentant Don Cristóbal Suárez de Ribera. Elle est signée par un monogramme difficile à lire DOVZ o DLZ indique la notice Wikipédia qui ajoute :
Lors du nettoyage de la toile en 1910, alors que la toile était attribuée à l'école sévillanne de peinture, furent découvertes deux inscriptions : « 1620» et le monogramme « DOVZ » ou « DLZ » (D,V et Z entrelacées, le O peut également être le point d'un « i ») et fut attribuée à Vélasquez, bien que d'autres interprétations eussent été proposées. La toile fut alors considérée de façon unanime comme de Vélasquez, malgré son mauvais état de conservation et les éclats dans la peinture.
Vous le verrez mieux sur la troisième vue du carroussel proposé ici ou dans le preprint Mendívil, Antonio. (2026). THE MONOGRAMMATIC SIGNATURE OF THE SEVILLIAN VELÁZQUEZ: SAINT ILDEPHONSUS IN ECSTASY publié sur ResearchGate et donc non encore contrôlée par une revue académique reconnue, confirmant par ailleurs page 4, que plusieurs peintres espagnols importants du Siècle d'Or utilisaient bien des monogrammes :
The use of a monogram as a signature was a common practice in the early seventeenth century, as demonstrated by the works of Pacheco, El Greco, Carducho, Cano, and Pereda.
Traduction Google :
L'usage du monogramme comme signature était une pratique courante au début du XVIIe siècle, comme en témoignent les œuvres de Pacheco, du Greco, de Carducho, de Cano et de Pereda.
Le monogramme DOVZ o DLZ pour Diego Rodríguez de Silva y Velázquez est également mentionné dans l'article Ce que vous ne saviez (peut-être) pas sur Diego Vélasquez, BeauxArts :
Le nom complet du peintre castillan est Diego Rodríguez de Silva y Velázquez. Selon l’usage espagnol, le patronyme associe au nom paternel le premier nom de la mère. L’artiste est ainsi le fils de Juan Rodríguez de Silva et de Jéronima Vélasquez. Il emploie donc le nom maternel lorsqu’il signe des documents officiels, mais aussi de rares tableaux : La Vénérable Mère Jerónima de la Fuente (1620), portrait de la fondatrice du couvent Sainte-Claire de la Conception à Manille, ou celui de Don Cristóbal Suárez de Ribera marqué d’un monogramme – DOVZ ou DLZ selon les lectures. Une exception existe toutefois : le fameux tableau dédié au pape Innocent X, signé Silva Vélasquez.
Vélazquez n'est donc pas notre peintre.
Dans Peintre espagnol du XVIIe siècle, Wikipédia, sont également cités Diego Polo et, si nous considérons le D comme la particule de, il pourrait aussi s'agir de DP pour de Pareja, de Pereda, de Prado, de Palacios ; DS pour de Silva (donc Vélazquez comme précisé dans l'article de BeauxArts), de Solís, DU pour de Uceda ou DV pour de Valdés, de Villacis, de Villandrando.
Nous avons mené nos recherches qui se sont avérées ingrates et stériles dans différents recueils de monogrammes :
- Signatures et monogrammes des peintres de toutes les écoles. Volume 3, INHA
- Dictionnaire encyclopédique des marques & monogrammes : chiffres, lettres initiales, signes figuratifs... : contenant 12156 marques, concernant les aquaforistes, architectes, armuriers.... Tome I / Ris-Paquot, en ligne sur Gallica
- Dictionnaire des monogrammes, marques figurées, lettres initiales, noms abrégés etc. avec lesquels les peintres, dessinateurs, graveurs et sculpteurs ont désigné leurs noms / François Brulliot
- Nagler, Georg Kaspar: Die Monogrammisten. 2, CF - GI
Il faut dire qu'avec ce vernis très réfléchissant où se noient les détails du trait et sans une image du tableau qui aurait pu nous fournir des indices stylistiques déterminants, la tâche n'est pas aisée. Nous ne pouvons pas exclure non plus qu'il s'agisse d'un simple signe d'atelier, d'un chiffre de collection ou d'un ajout postérieur plutôt que d'une signature d'artiste.
Vous pouvez poursuivre les recherches sur artnet mais nous vous conseillons de vous adresser à un commissaire-priseur.
Bon courage !
Amore