Quelles sont les héroïnes qui, l'âge venant, ont pris du poil au menton et l'assument ?
Question d'origine :
Très précieux Guichet,
Existe t il d'autres héroïnes (ou personnage principale féminine ayant le beau rôle) qui l'age venant, ont pris du poil au menton et l'assume ? J'ai le souvenir de Tartine (Mariol), y en aurait il d'autre puisqu'il semblerait que ce soit une caractéristique féminine naturelle après 50 ans...
Réponse du Guichet
Nous avons trouvé peu de personnages remplissant tous vos critères. La pilosité féminine dans la fiction se décline souvent à travers des figures traditionnelles comme les sorcières (telle Cornebidouille). On retrouve quelques femmes poilues parmi des personnages religieux ou mythologiques comme la sainte Wilgeforte et les femmes du peuple nain de Tolkien. Le monde de la bande dessinée, de la littérature jeunesse, de la télévision et du cinéma explore également ce thème à travers des figures de « femmes à barbe » inspirées du réel, des personnes âgées ou transgenres. Nous plaçons néanmoins votre question dans notre rubrique SOS afin que des internautes puissent compléter cette liste succinte.
Bonjour,
Nous pouvons dans un premier temps vous orienter vers cette précédente réponse sur les femmes à barbe.
Vous pourrez ainsi aborder entre autres la vie de Clémentine Delait, relatée de manière romancée dans le film intitulé Rosalie disponible en VOD ou en ligne.
Plusieurs femmes à barbe présentes dans la culture sont citées dans une notice wikipedia Femmes à barbe.
Voir aussi cette fiche sur les filles avec des moustaches.
Mais, si nous comprenons bien votre question, vous recherchez davantage des personnes âgées qui ont vu leur pilosité se développer avec l'âge.
Le personnage de la sorcière aussi bien dans les contes que dans la littérature jeunesse est souvent représenté avec du poil au menton. La caricature l'affuble aussi d'une verrue ornant un nez crochu. La sorcière Cornebidouille ne déroge pas à la règle :
Dans la plupart des récits patrimoniaux, la sorcière est présentée comme une vieille femme, enlaidie (verrue pointant sur un nez crochu, poils disgracieux, posture voutée…) affublée de vêtements sombres. Solitaire, haïe et maudite, elle vit recluse dans des endroits éloignés (du Palais ou dans la forêt). On la décrit comme une femme acariâtre, de méchante humeur, hystérique, mais étant capable de ruse (dont la métamorphose) et de fausse douceur, de séduction pour parvenir à ses fins. Magicienne volant sur un balai, elle se déplace souvent la nuit. Femme puissante, elle jette des sorts et côtoie les forces obscures (proche des forces maléfiques, du diable lui-même), assurant ainsi un lien entre la vie et la mort. Elle maitrise l’art des poisons, les forces de la nature et défie l’ordre du monde établi qu’elle dérange ou cherche à anéantir. La sorcière est un personnage de conflit. Elle possède des accessoires particuliers (chapeau, baguette, balai, chaudron, grimoires, etc.) et est entourée d’animaux symboliques ou effrayants qui lui apporte parfois des aides magiques (chats noirs, chauves-souris, crapauds, rats et souris, araignées, lièvre…).
[...]
Je suis laide,
je ne sens pas bon,
j’ai du poil au menton,
Cornebidouille est mon nom.
Alors, comme ça, petit morveux,
on ne veut pas manger sa soupe ?
Et tu sais ce que je leur fais, moi,
aux loustics dans ton genre ?
source : Dossier pédagogique de l'Ecole des loisirs : Cornebidouille de Pierre Bertrand · Magali Bonniol
Si l'on reste dans l'univers de la bande dessinée, on peut citer en plus de Tartine Mariol :
- Tante Phlébite, l'ancienne voisine des parents du Petit Spirou, qui s'avère finalement être un monsieur, dans C'est pour ton bien ! et Mes amis à poils de Tome et Janry.

- Vieille de Delphine Panique met en scène une "Mamie toute petite et difforme, Vieille passe vraiment inaperçue dans ce monde de “grands” et de “jeunes”. Avec son béret, ses poils de barbe et de nez et ses rides nombreuses sur le visage, elle déambule dans les rues, tantôt au supermarché, tantôt au restaurant. Et comme personne ne la remarque, elle peut dire et faire ce qu’elle veut : insulter les gens en marmonnant, leur péter dessus, cracher dans l’assiette du voisin de table… Elle vit et survit comme elle peut." (source : Comixtrip)
- La bande dessinée "Tu mourras moins bête" créée par Marion Montaigne met en scène une professeure à moustaches qui, avec sa cousine à barbe Nathanaëlle, apporte des réponses scientifiques aux questions qu'on se pose tous. Une série animée a été créée par Pierre Volto et Hélène Friren : Tu mourras moins bête - ARTE.
- Vous trouverez aussi quelques personnages transgenres en Bande Dessinée sur Sens critique.
Dans la littérature jeunesse citons :
- La barbe / Marine Bernard
- Barbichette / Claire Renaud, Héloïse Solt
- Boucle d'Ogre et les trois ours / Pascal Brissy ; illustrations de Lynda Corazza
- Ma vie de monstre / Anne Pouget
Dans l'univers Fantasy : les femmes naines chez Tolkien semblent également porter la barbe puisqu'il affirme qu'"elles apparaissent par la voix, la figure et la vêture, si pareilles aux hommes de leur peuple, que les oreilles et les yeux des autres gens ne les peuvent distinguer". On peut citer Dis, la sœur de Thorin II et de Frerin, en exemple.
Dans la série télévisée "Tout le monde aime Raymond", la femme de Raymond, Deborah, s'épile la moustache dans un épisode : Deborah's Moustache | Everybody Loves Raymond mais ne semble pas vraiment l'assumer !
Sainte Wilgeforte appelée aussi Liberata : son père, un roi païen du Portugal, souhaitait la contraindre à se marier. Elle supplia alors Dieu de la défigurer. Son désir fut exaucé puisqu'une longue barbe noire lui poussa. Accusée de sorcellerie, elle fut crucifiée.
C'est l'une des très rares saintes de la chrétienté représentées crucifiées car le supplice de la croix était réservé aux hommes. Voici ce qu'indique l'ouvrage intitulé Le sens du poil : une anthropologie de la pilosité de Christian Bromberger :
D’après la légende, Liberata était la fille d’un roi païen (ou musulman) du Portugal (ou de Sicile selon les versions) qui voulait la marier au roi païen de Sicile (ou du Portugal selon les versions) pour conclure la paix (les deux rois étaient en guerre). Mais Liberata avait consacré sa virginité à Dieu et le pria donc d’empêcher ce mariage. Dieu exauça son vœu en lui faisant pousser une barbe, ce qui dissuada son promis. Son père, furieux, la fit crucifier. Selon d’autres versions encore, la barbe miraculeuse de Liberata permit d’échapper aux assauts incestueux de son père. Dans le conte de Perrault, c’est une autre toison, une peau d’âne, qui transforme la princesse en une « sale guenon » et la préserve de cette relation répulsive.
La sainte est connue sous d’autres noms que Liberata ou Wilgeforte dans diverses régions du nord de l’Europe : c’est en Flandre (de Virgo forti, Vierge forte), [ill 11], aux Pays-Bas et en Allemagne Ontkomme(n)?, Kümmernis, en Angleterre Uncumber, Sainte Débarras : n’offre-t-elle pas un recours à celles qui veulent se prémunir contre le mariage ou se débarrasser d’un mauvais époux ? Santa Liberata et ses avatars nous rappellent donc tout à la fois la frontière et la fluidité piléuses entre les genres.
Bonne journée.
Avant d’être des monstres