En l'an -43, les celtes avaient ils donné un nom à la cité lyonnaise où ils vivaient ?
Question d'origine :
S'il est accepté que Lyon a été officiellement fondée par les Romains en -43,
la population celte qui y résidait bien auparavant avait-elle donné un nom à leur cité ?
Réponse du Guichet
Et si, avant Lugdunum, Lyon s'appelait... Lougoudounon ?
Votre question en soulève deux : quelle est l'ampleur de l'occupation humaine avant l'installation de la colonie (habitat épars, ou existence d'un bourg, d'une certaine densité de population ?), et quelles sources permettent d'en attester le nom ? Il semble que le nom Lougoudounon était usité avant la fondation de la colonie romaine en -43 avant J.-C. C'est du moins le nom qu'utilise le géographe grec Strabon au IIe siècle avant J.-C. pour désigner un emporion (port de commerce) alors actif sur le territoire du futur Lyon. Plusieurs historiens voient dans ce nom une origine celtique. De là à en conclure que c'était ainsi que les populations gauloises désignaient le lieu, il n'y a qu'un pas.
Si une occupation durable du site de Lyon avant les romains était contestée par la quasi absence de traces archéologiques, les fouilles entreprises depuis la fin des années 1980 changent peu à peu la perception des archéologues sur l'usage du site avant la fondation de la colonie romaine de Lugdunum.
Voici ce qu'on peut lire dans le numéro d'archéologia consacré au Lyon, de la préhistoire au Moyen âge. in : Archéologia, n°415, octobre 2004, p. 16-23 :
Lyon protohistorique : des premiers habitats au peuplement gaulois
p. 23 : Lougoudounon
Lyon est donc devenue une plaque tournante du commercie fluvial, ainsi qu’un lieu de rassemblement périodique important avec ses enclos : Ségusiaves, Allobroges, Ambarres ont peut-être ensemble fréquenté ces lieux. Le géographe grec Strabon est le premier à mentionner l’emporion (sorte de port de commerce) Lougoudounon, vers le milieu du IIe siècle av. J.-C. (…) »
p. 21 :L’essor de l’âge de fer
(…) Tout indique donc la présence d’une frange de population aisée, qui consommait du vin et se parfumait « à la grecque ». Etait-ce déjà ceux que les historiens antiques appelaient Ségusiaves, qui auraient fondé sur les pentes de la colline de la Croix-Rousse le bourg de Condate, nom d’origine celtique qui signifie Confluent ? Ou bien les Ambarres, peut-être installés sur la colline de la Croix-Rousse dans la cité de Rhodomia ? Mais l’absence de sépulture princière, suggère que le bourg n’était encore qu’un site-relais. (…) »
Nous n'avons pas retrouvé cette appellation Rhodomia dans les sources que nous avons pu consulter, ce serait donc une recherche à creuser. Pour Condate, voir plus bas.
Dans Lyon avant Lugdunum paru en 2004, voici ce qu’écrit Matthieu Poux dans le chapitre Lougoudounon à l’aube de la conquête (450-50 avant J.-C.) p. 88-101 :
p. 96 Forteresse de lumière, Mont de Lug
« L’archéologie redonne raison à la toponymie, qui plaide depuis longtemps pour une occupation du site de Lyon à l’âge du Fer. Le nom de la colonie est incontestablement gaulois, comme en témoigne le suffixe dunum, la montagne, et par extension, la forteresse. Il a longtemps été attribué à Lug, dieu « polytechnicien » honoré par les Celtes, de l’Irlande aux Alpes (…) Cette étymologie traditionnelle a été peu à peu délaissée au profit d’autres toponymes au sens propre du terme, c’est-a-dire liés au site naturel de Lyon. La racine «leug », qui a donné le latin lux, est désormais comprise au sens propre : « la montagne lumineuse », équivalant au clarus mons latin et au Clermont médiéval. Elle désignerait la colline du soleil levant, la colline de Fourvière, aux pentes tournées vers l’est. Une autre étymologie est fondée sur la racine luco- (marais, zone humide) (…)
Entre la colline de lumière et le marécage, c’est la première qui devrait logiquement l’emporter. Cette variante à peine plus prestigieuse n’explique pas mieux, pourtant, qu’elle ait été reprise par les romains, sinon par commodité ou par manque d’imagination. (…) »
Pour en savoir plus sur les contextes des occupations antérieures, voici quelques extraits de l’introduction au premier chapitre de l’ouvrage, Du marécage à la ville de pierre :
p. 13 « Si les fouilles confirment que le site de Lyon a bien connu une occupation continue, de la Préhistoire à la conquête romaine, elles en soulignent aussi la modestie : des vestiges d’habitats épars, céramiques et petits objets de la vie quotidienne, ni plus ni moins spectaculaires que ceux livrés par d’autres sites contemporains fouillés à sa périphérie (…)
p. 15 « On a longtemps admis que cette « vocation de capitale » qui fera la grandeur de Lyon sous l’empire romain était née à l’époque de la conquête et de la fondation de la colonie de Lugdunum, en 43 avant J.-C.. Or, les récentes découvertes invitent à imaginer que ce changement s’est amorcé plusieurs décennies auparavant, peut-être même dès le 2e siècle avant notre ère. Les fouilles menées sur la colline de Fourvière et dans la plaine de Vaise ont mis au jour de vastes enclos palissadés, aux fossés comblés par des centaines de millers de tessons d’amphores à vin importées d’Italie. Ils étaient associés, rue du Souvenir, à des bâtiments monumentaux utilisant des techniques et des éléments de construction d’origine méditerranéenne, inconnus dans le reste de la Gaule. L’étude de ces vestiges a récemment montré qu’ils étaient liés à de grandes cérémonies publiques impliquant des centaines, voir des milliers de participants, témoins d’une profonde mutation dans l’évolution du site. Quelques siècles auront suffi pour passer de modestes habitats à l’échelle de quelques communautés familiales ou villageoises aux prémices d’un centre politique, religieux et économique, fréquenté à l’échelle régionale. (…) »
Nous vous invitons à lire l'intégralité de l'article pour avoir une vision plus précise des choses. L'ouvrage datant de 2003, de nouvelles découvertes ont pu faire encore évoluer les hypothèses depuis.
L'auteur n’y évoque pas le nom de Condate, autre nom d’origine gauloise qui désignerait une occupation gauloise en bas des pentes de la Croix-Rousse, entre Rhône et Saône :
Voir Le Guichet du savoir, Condate origine
Voir l’article paru dans la Revue du Lyonnais en 1860 Le pagus de Condate et la fondation de Lyon
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