Comment sont respectées les périodes de pêches à la coquille Saint Jacques ?
Question d'origine :
Bonjour,
Les pêcheurs des Côtes d'Armor ont défini durement les périodes de pêches à la coquille Saint Jacques. Les pêcheurs anglais, hollandais ou autres pays pour des bateaux de moins de 15 mètres ne respecteraient pas ces restrictions. Qu'en est-il exactement ?
Merci d'avance.
Bonne journée
Réponse du Guichet
En France, les mesures encadrant la pêche de coquilles Saint Jacques mises en places dans les années 1990 ont été efficaces puisque les populations de coquilles Saint Jacques sont en excellente santé, aussi bien dans la baie de Seine, en Normandie, que dans la baie de Saint-Brieuc, dans les Côtes-d'Armor (les deux plus gros gisements français). Ces mesures consistent à mettre en place une limitation de l'effort de pêche par des horaires et périodes réglementés, ainsi que par une sélectivité des engins de pêche. Les anglais n'ont pas le droit de pêcher dans les eaux territoriales françaises, réservée aux pêcheurs français. Au delà de la limite des 12 milles, les bateaux britanniques ont légalement le droit de pêcher dans la Zone Économique Exclusive (ZEE) française ainsi que dans les eaux internationales de la Manche. C'est donc sur ces zones de haute mer que peuvent effectivement naître des tensions, appaisées par des accords bilatéraux.
Bonjour,
En septembre 2025, les scientifiques de l'IFREMER ont estimé la biomasse disponible de coquilles Saint Jacques françaises à près de 200 000 tonnes. Ce niveau record est le fruit de l'instauration d'une pêche plus respectueuse du cycle biologique de cette espèce dans les années 1990.
la biomasse totale est estimée à près de 199 500 tonnes, dont environ 119 500 en Baie de Seine et 80 000 en Baie de Saint-Brieuc. Les niveaux n’ont jamais été aussi hauts depuis le début de l’exploitation de l’espèce Pecten maximus dans les années 1960.
La coquille Saint-Jacques est un cas d’école de gestion des ressources ! Dans les années 1980, la surexploitation avait entraîné l’effondrement des populations. Des mesures strictes ont été mises en place dans les années 1990. Depuis, elles portent leurs fruits. La comparaison est parlante : dans les eaux britanniques, les populations s’épuisent faute de réglementation stricte, malgré des conditions climatiques similaires.
En France, nous bénéficions certes de conditions favorables, mais surtout d’un encadrement rigoureux avec au niveau national, une fermeture estivale par arrêté ministériel du 15 mai au 1er octobre (période de reproduction et de croissance maximale) ; au niveau régional ou local, une limitation des jours et heures de pêche et la mise en place de quantités maximales par marée ou pour l’ensemble de la saison ; et surtout pour tous les pêcheurs français l’utilisation obligatoire d’engins sélectifs avec des anneaux de drague de 97 mm permettant de cibler des coquilles d’au moins 11 cm en Manche Est ou 10,5 cm en Manche Ouest. A titre de comparaison, en Grande-Bretagne, les anneaux sont plus petits (80 à 85 mm), capturant des individus immatures qui, même relâchés, survivent difficilement.
source : Ifremer
Lire aussi : Coquilles Saint-Jacques : vers une nouvelle saison record / Les Echos - 30 sept. 2025
Cette abondance de coquilles Saint-Jacques française attire la convoitise de nos voisins britanniques qui pratiquent une pêche industrielle sans limites et voient ainsi leurs fonds marins désertés par le mollusque. Cette rivalité donna lieu en 2018 à la "Guerre de la coquille".
Sans revivre la « Scallop war » (la « guerre de la coquille ») de 2018, un certain énervement règne depuis des semaines sur les quais des ports normands, de Granville (dans la Manche) à Dieppe (en Seine-Maritime). La pêche à la coquille Saint-Jacques, dont la saison a démarré début octobre (mais par zones), attise les convoitises. Outre les 300 bateaux français, dont 220 dans la zone de la baie de Seine entre Cherbourg et Le Havre (ouverte depuis le 4 novembre), une trentaine de navires anglais participent à la conquête de « l'or blanc », comme on l'appelle en Normandie, première région de France avec les deux tiers de la production nationale. Pas moins de 4.000 personnes vivent de ce secteur, en mer comme à terre.
« Le problème est que les Britanniques ont une pêche industrielle, alors que nous pratiquons une pêche artisanale avec un modèle de gestion vertueux qui fixe des quotas par taille de bateau, avec des jours et des heures de pêche réglementés, afin de préserver la ressource. Eux n'ont aucune limite et pêchent autant qu'ils veulent. C'est anormal », plaide Dimitri Rogoff, le président du Comité régional des pêches de Normandie. Les navires britanniques peuvent dépasser la limite des 16 mètres imposée aux chalutiers français.
Pressées de surveiller le plan d'eau, les autorités françaises se montrent. Le 26 octobre, le patrouilleur « Thémis » des Affaires maritimes a contrôlé un chalutier anglais au large du Havre, en Seine-Maritime. A bord du « Star of Jura », sur près de 16 tonnes de pêche de coquilles Saint-Jacques, 6 % des mollusques étaient inférieurs à la taille réglementaire de 11 cm en baie de Seine. Dérouté sur le port normand, le navire a pu reprendre le large après le paiement de 15.000 euros. Il faut dire que les gisements français, évalués scientifiquement chaque année par l'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer (Ifremer), sont impressionnants. Pour la partie normande, entre Barfleur (Manche) et le cap d'Antifer (Seine-Maritime), l'abondance de coquilles atteint cette année un nouveau record historique, en raison de la bonne gestion de la ressource avec des périodes de pêche et des zones en jachère.
[...]
Attirés par l'abondance, des bateaux anglais - et dans une moindre mesure néerlandais ou belges (l'un d'eux a été aperçu récemment) - viennent piocher dans ce que Dimitri Rogoff appelle « le coffre-fort » tricolore. « Bruxelles nous dit qu'il ne peut y avoir deux réglementations différentes sur un même plan d'eau, mais il faut arriver à s'entendre au niveau européen autour de notre modèle de pêche durable. Sinon, un jour ou l'autre, une nouvelle guerre de la coquille va recommencer », prévient le président du Comité régional des pêches.
source : La coquille Saint-Jacques ravive les tensions franco-britanniques / Philippe Legueltel - Les Echos, No. 24333 - Pme & Régions, Jeudi 7 Novembre 2024
Lire aussi :
- «On déborde de Saint-Jacques» : en baie de Seine, l’abondance record de coquilles fait le bonheur des pêcheurs / Mayeul Aldebert - Le Figaro (site web) - samedi 22 février 2025
- Coquilles Saint-Jacques : un bateau britannique dérouté vers le Havre, accusé d'avoir pêché près d'une tonne de coquilles trop petites / France info - 28/10/2024
Les navires étrangers n’ont pas le droit légalement de pêcher dans la zone des 12 miles des côtes, c'est-à-dire dans les eaux territoriales françaises. Des tensions peuvent naître au large, en haute mer, car les navires étrangers ne respectent pas les trêves biologiques. Des accords bilatéraux annuels sont conclus pour éviter tout conflit entre pêcheurs français et britanniques reposant sur des compromis économiques visant à compenser les différences de réglementations et préserver la ressource. Ces compromis obligent généralement les plus grands navires britanniques (de plus de 15 mètres) à respecter le calendrier français et les français à céder des quotas en échange d'un retrait temporaire des zones sensibles.
Nous vous invitons à consulter ces articles pour en savoir plus :
- Les pêcheurs britanniques de coquilles Saint-Jacques étaient-ils dans les eaux françaises ou internationales ? / Pauline Moullot - Libération - 06/09/2018
- Brexit : Comment les pêcheurs normands et britanniques se partagent-ils la mer ? / Pauline Latrouitte - France 3 Normandie - 30/01/2020
- Stocks halieutiques partagés entre l'UE et le Royaume-Uni / Conseil de l'Union européenne
- Brexit : 10 chiffres clés pour comprendre la pêche en Europe / Valentin Ledroit, mis à jour par Florian Chaaban - Toute l'Europe - 19/02/2025
- La coquille Saint-Jacques bretonne : une pêcherie bien gérée / CRPMEM Bretagne
Les tensions semblent toutefois s'apaiser :
Pour les pêcheurs normands, un des principaux défis est le bras de fer avec les Britanniques autour des gisements de coquilles en Baie de Seine. « Ils ne sont pas soumis aux mêmes quotas que nous. C’est une guéguerre qui dure depuis plus de vingt ans, raconte un autre marin-pêcheur lors d’une pause. C’est arrivé qu’ils démarrent dès le mois de septembre et pillent les zones avant qu’on ait l’autorisation de commencer. Mais cette année, ils ont respecté l’ouverture. »
source : Le retour de la pêche à la saint-jacques / Ouest-France - jeudi 2 octobre 2025
Même si la concurrence de nos voisins est rude, ces mesures restrictives françaises sont toutefois gage de qualité et de fraîcheur des coquilles :
L'ennui, c'est qu'au large, les pêcheurs normands sont concurrencés par les voisins britanniques, belges ou néerlandais qui ne sont pas soumis aux mêmes règles. Cette concurrence pèse chaque année sur les cours. [...]
Le patron du Comité des pêches de Normandie ne digère pas une concurrence qu'il juge déloyale. "Je rappelle que nous débarquons des coquilles vivantes tous les jours. Nos collègues britanniques débarquent des coquilles après huit jours de mer, déplore-t-il. Ils les mettent dans des barquettes avec une date limite de consommation de trois semaines ! "
Pour pêcher la coquille, les Normands doivent pendre une licence. Le Comité des pêches de Normandie en délivre 200, pas davantage. Il y a chaque année une liste d'attente.
Les pêcheurs doivent respecter des tailles et limiter les captures (avec une quantité maximale différente selon la taille du bateau). La pêche n'est pas permise tous les jours, et dans certaines zones, elle n'est autorisée qu'à certaines heures.
Et surtout, la coquille doit être débarquée chaque jour, juste après la pêche : c'est une garantie de fraîcheur.
La campagne de pêche ne débutera vraiment qu'avec l'ouverture de la pêche dans les eaux strictement françaises à partir du mois de novembre. Près des côtes, les Normands sont à la maison. La coquille de la Baie de Seine est abondante, charnue, coraillée. Elle n'aurait pas d'équivalent dans le monde : c'est l'or blanc de la Normandie.
source : Un trésor en Normandie : le gisement de coquille Saint-Jacques est le plus prolifique de toute l'Europe / Pierre-Marie Puaud - France 3 Normandie - 01/10/2025
Bonne journée.
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