Quelles sont les dates d'exploitation des cinémas par la famille Merieux ?
Question d'origine :
Bonjour, je vous avait posé une question récemment sur les liens de la famille Merieux avec le cinéma. Merci pour votre réponse et pour votre travail ça m'a bien aidée :). Je me demandais si vous n'aviez pas des précisions quant aux dates de d'exploitation de ces cinémas par les Merieux et ce qu'il en est advenu après la revente ou la fermeture. Sur le site des archives de Lyon, il n'est jamais mentionné que les Merieux étaient propriétaires donc je ne comprends pas trop comment tout cela s'est organisé. Je vous met les liens des pages d'archives que j'ai trouvé, si vous pouvez m'éclairer sur cette question, ça serait super ! Merci pour votre réponse.
Les liens :
- eldorado : https://www.archives-lyon.fr/guides/eldorado-l
- ciné journal : https://www.archives-lyon.fr/guides/cine-journal
- l'astoria : https://www.archives-lyon.fr/guides/francais-le
- le chanteclair : https://www.archives-lyon.fr/guides/noailly-le
Réponse du Guichet
Charles Mérieux, passionné de cinéma, a exploité plusieurs salles lyonnaises par l'intermédiaire de la Compagnie Lyonnaise de Cinéma (CLC). Si les recherches n'ont pas permis de dater précisément l'activité du Ciné-club créé avec Pierre Lapouble, elles retracent l'histoire des autres salles.
Bonjour,
Vous souhaitez connaître les dates d'exploitation de la salle de cinéma que Charles Merieux a ouverte (le Ciné-club avec le gérant du Comœdia Pierre Lapouble), de celles qu'il a rachetées (L'Eldorado, le Cinéjournal, l'Astoria et le Chanteclair à la Croix-Rousse) et ce qu'il en est advenu après leur revente ou fermeture.
Les liens entre Charles Mérieux et ces cinémas résident dans l'actionnariat et le mécénat financier. Ce médecin passionné de cinéma a exploité ces salles via la Compagnie Lyonnaise de Cinéma (CLC) :
A l'origine du Cinéjournal, l'on trouve donc la Compagnie Lyonnaise de Cinéma (C.L.C.), qui reste en 2001 l'une des plus vieilles entreprises cinématographiques françaises. Créée en cette même année 1936 par quelques notabilités lyonnaises dont le docteur Badol, Victor Kandelaft (des soieries du même nom), Henri Girand et un sieur Rodiansky, propriétaire du Chanteclair (autre cinéma situé sur le boulevard de la Croix-Rousse)...
[...]
C'est que dans ses laboratoires de développement de Villeurbanne, la C.L.C. dispose désormais de vastes locaux et d'installations techniques des plus modernes, depuis le studio de prises de vues jusqu'à l'atelier de trucages et d'animation, en passant par un matériel adapté à la réalisation des films en tous formats, pour répondre aux désirs de la clientèle et avoir une autonomie complète de production. Reconnue d'abord à l'échelon régional, la réputation de qualité et de sérieux liée à la production de la C.L.C. lui ouvre bientôt de nouveaux débouchés avec des entreprises réputées. A Berliet et à l'Institut Mérieux, s'ajoutent les Câbles de Lyon, Rhodiaceta, Delle-Alsthom, E.D.F., Les Charbonnages de France, la Communauté Urbaine et la Chambre de Commerce de Lyon, ainsi que la S.E.M.A.L.Y . [...] Or des frontières, la C.L.C. réalise des films pour Control Data Holding, pour Dupont de Nemours International, pour la C.E.C.A. (Compagnie Européenne du Charbon et de l'acier, ancêtre de l'actuelle C.E.E.), et même pour... le Département d'Etat, à Washington.
Source : Quatre décennies de cinéma lyonnais à travers un document de la Compagnie Lyonnaise de Cinéma, Cinéjournal de bord, Gryphe, fasc. numero 3, Numelyo
Créée en 1936, la Compagnie Lyonnaise de Cinéma (CLC) a, dans son histoire, eu comme actionnaires, Charles Mérieux, le groupe de presse gratuite Comareg, la Lyonnaise Banque (groupe CIC).
Source : La Compagnie Lyonnaise de Cinéma en quête de soutiens financiers, Les Echos, 16 mars 1999
Retour sur la CLC. Trois lettres et des millions d'images diffusées depuis sa création en 1936. En 1970, la couleur remplace le noir et blanc et la CLC change de main. Charles Mérieux en prend les commandes.
Source : Décès du producteur Daniel Charrier, Lyon people, 13 avril 2010
Le Ciné-club (avec Pierre Lapouble)
Nos recherches sur ce Ciné-club ne sont pas fructueuses. La communication de Stéphanie-Emmanuelle Louis, La patrimonialisation du cinéma : l'exemple lyonnais, 2021, indique une source qui pourrait peut-être contenir des informations à son sujet : Les cinés-clubs dans l'agglomération lyonnaise (1944-1970) / Valérie Pourret ; master sous la direction de Monsieur Yves Lequin, Lyon 2, 1999. Ce mémoire est conservé aux Archives municipales de Lyon à la cote 4C/93. On y trouve aussi des renseignements sur des ciné-clubs qui semblent antérieurs à celui de Mérieux et Lapouble :
Comme l’a par exemple montré le DEA de Thierry Frémaux, des ciné-clubs à Lyon était actifs, mais souffraient d’une sorte inertie que certaines personnes ambitionnaient de contrer. L’une d’elles est Bernard Chardère. Dès le début des années 1950, il met son audace au service du développement local des pratiques cinéphiliques. Investi dans le Ciné-club universitaire, il prolonge cette expérience en fondant la revue Positif, dont on connaît l’opposition radicale aux Cahiers du Cinéma.
[...]
Avec le soutien de Toulouse, des séances à caractère historique commencent à se tenir occasionnellement à Lyon au ciné-club Traboule à partir du 14 octobre 1961
[...]
Anciennement le club Cinémonde, actif à Lyon depuis 1946 et plus ancien que Traboule, il s’est imposé comme l’un des rendez-vous cinéphiliques lyonnais. La rétrospective célèbre ses quinze ans d’existence25.
25. Le Club du Cinéma-Cinémonde est le premier ciné-club à ouvrir à Lyon après la Seconde Guerre mondiale. Les séances, qui se tiennent au cinéma Tivoli, rencontrent un grand succès avec plus de mille spectateurs par séances. Voir : Bernard Chardère, Un demi-siècle, ici, dans la culture, op. cit., p. 16.
[...]
À la rentrée 1963, le ciné-club Premier Plan-Cinéma en France est inauguré à Lyon et introduit une bouffée d’air dans la vie cinéphilique lyonnaise.
[...]
Au cours du XIXe Congrès de la FFCC, qui se tient à Lyon début avril 1964, Langlois intervient sur « le rôle des ciné-clubs dans la diffusion des films d’archives » et en profite pour annoncer la création prochaine d’une section lyonnaise des Amis de la Cinémathèque française. S’ensuivent deux ans de pourparlers jusqu’à ce qu’en 1966, l’Association des Critiques de Cinéma de Lyon décide « à l’unanimité de patronner la Cinémathèque » et invite Langlois à prendre les dispositions nécessaires à l’inauguration. Au cours de l’été, Langlois rencontre à Marly-le-Roy, à l’IPN, les deux futurs correspondants lyonnais de la Cinémathèque française pour définir le programme de la saison 1966-1967. Il s’agit de deux animateurs bien connus dans le milieu des ciné-clubs lyonnais : Paul Bublex et Bernard Chardère. La diffusion de l’histoire du cinéma se trouve désormais au cœur d’une bataille des écrans.
L'Eldorado (33 cours Gambetta, Lyon 3e) aurait été racheté en 1974 par Charles-Mérieux selon l'article " L'Eldorado ", un paradis perdu, Le Progrès, mercredi 24 septembre 1997, consultable via Europresse avec une inscription à la BmL :
En 1976, les projecteurs s'éteignent. Racheté deux ans plus tôt par Charles-Mérieux, l'Eldorado redevient théâtre en 1978, loué par l'équipe du Novothéâtre et Bruno Boëglin, metteur en scène.
Mais la salle se dégrade rapidement et les travaux deviennent urgents. Le propriétaire, la municipalité, l'État : tout le monde se renvoit la balle, personne ne veut financer quoi que ce soit, d'ailleurs, les sommes avancées pour sa rénovation sont exhorbitantes. Malgré tout, " L'Eldorado " résiste. Ses soubresauts seront nombreux. En 1978 et 1980, des troupes de théâtre le feront revivre temporairement. Son inscription en 1982 à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques redonnera espoir à ses fans. Les projets sont nombreux mais aucun ne voit le jour. Après neuf ans d'abandon en 1992, l'Eldorado est enfin vendu à deux sociétés immobilières, dans un état de délabrement avancé. Les travaux de démolition commencent rapidement. L'Eldorado n'est plus, et beaucoup en ont un bleu à l'âme...
Salle construite à la fin du XIXe siècle, l'Eldorado appartenait à Charles Mérieux. Celui-ci avait offert de le céder à la ville de Lyon pour un franc symbolique. La municipalité a refusé ce bâtiment, jugeant les investissements trop importants pour le remettre en état. En revanche, l'emplacement intéressait des promoteurs. En 1982, alors que Charles Mérieux s'était résolu à leur vendre son bien, René Gachet, conservateur régional des monuments historiques parvient à inscrire le théâtre à l'inventaire supplémentaire. Sept ans après, le théâtre est pourtant vendu à la RIC et la SMCI pour 12 millions de francs. Sous réserve de certaines conditions, notamment " la construction d'une nouvelle salle de spectacle en lieu et place et de la réinstallation des éléments de décor dans le projet de construction dans les abords immédiats ", le ministère de la Culture donne la permission de démolir au printemps 93. " Jack Lang livre l'Eldorado aux promoteurs ", s'était alors indigné un collectif de défense, mené par Michel Chomarat, ex Monsieur patrimoine à Lyon (Génération écologie et proche d'Henri Chabert). Dans le même temps, la ville de Lyon délivre le permis de construire pour un immeuble de bureaux et 183 aires de stationnement. En tout état de cause, la société immobilière reste engagée par la condition du Ministère.En février dernier, les élus lyonnais votent une convention entre la ville, le ministère et la SMCI. Moyennant 3 millions de francs, la société immobilière est délivrée de ses obligations. La somme sera répartie pour moitié entre les Subsistances, lieu de création quai Saint-Vincent et l'Espace 101, boulevard des États-Unis, dans le 8e arrondissement. Fin du dernier acte.
A lire aussi, Il était une fois l'argent de l'Eldorado, Le Progrès, samedi 25 novembre 2000, consultable via Europresse avec une inscription à la BmL.
Le Cinéjournal (71 rue de la République, Lyon 2e), exploitée par la Compagnie Lyonnaise de Cinéma comme on l'a vu plus haut, était l'une des principales salles de la rue de la République à Lyon, une salle atypique selon notre source :
Tout commence le 22 octobre 1936, soit trois jours avant que l'Allemagne de Hitler envoie la légion Condor auprès des troupes nationalistes espagnoles de Franco, et juste quatre mois après la mise en place des accords de Matignon instituant en France les congés payés. Ce jour-là, le parc cinématographique lyonnais, déjà fourni, s'enrichit d'une nouvelle salle publique dont la programmation, pendant plus d'un demi-siècle, mêlera l'actualité à la distraction, la fiction au documentaire : le Cinéjournal vient d'ouvrir ses portes au 71 de la rue de la République.
Source : Quatre décennies de cinéma lyonnais à travers un document de la Compagnie Lyonnaise de Cinéma, Cinéjournal de bord, Gryphe, fasc. numero 3, Numelyo
L'ouverture du Cinéjournal, est attestée dans un encart de Lyon républicain du 22 octobre 1936, p. 5/8.
La page Ciné journal des Archives municipales de Lyon donne ces informations :
Autres noms
- U.G.C. Ciné Journal (1984),
- Pathé Ciné Journal (1992).
Exploitants
- Compagnie Lyonnaise de Cinéma (depuis 1936),
- Lemoine (1976),
- U.G.C. (1980),
- Pathé (1992).
Informations
- Inauguration le 22 octobre 1936.
- Salle de forme ovoïde et d’une capacité, à l’origine, de 368 fauteuils.
- Salle permanente (depuis 10 heures du matin) jusqu’en 1975.
- La crise du court-métrage contraint cette salle à abandonner la formule du spectacle d’une heure au cours des années 1950. Le cinéma se spécialise alors dans les films d’aventures.
- Transformée en 1956 en une salle parallélépipèdique avec orchestre et balcon comprenant 534 places.
- Architecte : M. Tourret.
- Création de deux salles supplémentaires en 1977.
- Accueille à partir de 1984 le siège U.G.C. puis celui de PATHÉ.
A noter que, selon le plan parcellaire, Secteur 183.4S/183, 4S/183/1-4S/183/10;1821W ce cinéma était situé au 79 rue de la République en 1935. La parcelle concernée porte la mention Cinéma Pathé Natan. Sur celui de 1962, apparaît l'inscription Société de la rue Impériale. La mention change encore sur celui de 1975 où l'on peut lire Société Nouvelle Pathé Cinéma. Pour trouver d'autres informations sur cette Société de la rue impériale vous pourriez peut-être consulter l'ouvrage De la rente immobilière à la finance : la Société de la rue Impériale (Lyon 1854-2004) / François Robert, Loïc Bonneval, 2019, également en lecture complète en ligne sur OpenEdition Books.
L'Astoria (31 cours Vitton, Lyon 6e) fut racheté en 1973 par Charles Mérieux et la salle demeura en exploitation jusqu'en 1976 d'après l'article Adieu à « L'Astoria », Le Progrès, dimanche 1er avril 2007 :
Tout avait commencé, dans la dernière partie du XIXe siècle, avec la « brasserie du Parc » lancée par les enfants de l'Alsacien Georges Hoffherr - le fondateur de la Brasserie Georges. Une « salle d'ombrages », 800 m2 au moins, où l'on pouvait danser grâce à une piste circulaire. Au lendemain de la Première Guerre mondiale, la famille Hoffherr préféra vendre à la société Gaumont : le cinéma triomphant en fit le « Lumina-Gaumont », ouvert en 1920. En 1937, la salle prit pour nom « Astoria ».
Au fil des ans, le cadre initial s'estompa. En 1973, le bâtiment fut racheté par Charles Mérieux et la salle demeura en exploitation jusqu'en 1976 L'heure de la dernière séance avait sonné.
Elle a peut-être sonné pour Charles Mérieux mais pas pour le cinéma qui existe toujours à la même adresse sous le nom d'U.G.C. Astoria depuis 1993 selon les Archives municipales de Lyon.
Le Chanteclair (136, boulevard de la Croix-Rousse, Lyon 4e), né en 1933, a appartenu à la famille Mérieux mais nos sources ne précisent pas la date d'achat.
Le cinéma changera plusieurs fois de propriétaire. Après être passé entre les mains de la famille Mérieux, il sera reprit par la firme U.G.C. qui transformera en 1977 l’unique salle d’un millier de places en trois salles plus modestes (deux salles de 350 fauteuils et une de 90 places). La crise du cinéma et la désertion des salles de quartier au profit de celles du centre-ville auront pourtant raison du Chanteclair. Il fermera définitivement ses portes en juillet 1985. Malgré les protestations des associations de riverains et l’émoi d’une partie de la population, le bâtiment est démoli en juin 1986. Il laissera place à un immeuble moderne et résidentiel de la chaîne des Hespérides (Cogedim), incluant logements, parkings et surfaces commerciales. La Croix-Rousse perdait alors l’une de ses dernières salles de cinéma. De l’autre côté du boulevard, le Café Chantecler (anciennement L’entracte) rappelle encore aujourd’hui aux croix-roussiens l’existence de ce cinéma de quartier.
Source : L'Influx, webzine de la BmL, Cinéma Le Chanteclair, 29/05/2019
Le cinéma changera plusieurs fois de propriétaires, parmi lesquels la famille Mérieux. Le Chanteclair sera repris en 1977 par le groupe UGC, qui transforme la grande salle de cinéma de plus de 900 places en trois petites salles : deux salles de 350 places et une de 90, réputées mal insonorisées. D’après Dominique Gilles, membre des Petites Histoires de la Croix-Rousse : « On entendait le son du film de la salle voisine dans ce complexe multi-salles ! »
Source : Le Chanteclair, histoire d’un cinéma disparu à Lyon, Tribune de Lyon, 18 juillet 2026
Le Chanteclair est né en 1933 et trônera sur le boulevard de la Croix-Rousse jusqu'en 1985. [...]
Il a été l'un des plus grands cinémas lyonnais avec ses 1 000 places, dépassant de loin les autres salles qui ne pouvaient contenir « que » 400 spectateurs. On pouvait y entrer par cinq portes différentes toutes donnant accès au boulevard. Son entrée, large et élégante, donnait alors sur un escalier monumental à double volée. Le journal Le cri de Lyon, du 20 janvier 1933, évoque l'ouverture du Chanteclair et en parle comme d'une « salle moderne » grâce à un système d'aération.
Sa publicité dans l'almanach du Gros Caillou affirmait « qu'il y avait des emplacements pour 200 voitures » et qu'il était « le meilleur cinéma de France ! ».
Cette salle a aussi servi, deux ans après son ouverture, de lieu d'exposition pour les artistes croix-roussiens qui créèrent la fameuse République du Gros Caillou. L'arrivée tonitruante de la télévision dans les années 1950 va mettre un frein à sa fréquentation. A la fin des années 1970, UGC reprend le Chanteclair et le divise en 3 salles. Sa mauvaise isolation phonique le desservira. Fermé en 1985, il est démoli l'année suivante. Une résidence pour seniors le remplace.
Source : Le Chanteclair, « le meilleur cinéma de France ! », Le Progrès, mardi 13 août 2013
Ouvrages sur les cinémas à Lyon présents dans les collections de la BmL :
- Les cinémas de Lyon : 1895-1995 : [exposition organisée par les Archives municipales de Lyon, Palais Saint-Jean, 1er juin-31 juillet 1995]
- Lyon lumière des ombres : cent ans de cinéma / Philippe Roger ; préf.de Jacques Robert ; post. de Bernard Chardère, 1995
- Un demi-siècle, ici, dans la culture / Bernard Chardère, 2001
Bonne journée
Lug, pionnier lyonnais des super-héros