Y avait-il des directives au 19e ou début 20e pour planter des mûriers dans les écoles ?
Question d'origine :
Bonjour,
Existe-t-il des directives du Ministère de L’Instruction Publique, au 19e siècle ou début 20e, préconisant de planter des mûriers dans les cours d’écoles primaires et/ou d’enseigner aux élèves l’élevage des vers à soie car apparemment il était de coutume de le faire au milieu du 20ème siècle dans certaines écoles même à Lyon.
Merci pour vos recherches.
Réponse du Guichet
Dès le 19e siècle, le Ministère de l’Instruction Publique a mis en place des textes officiels incitant à l'enseignement de l'agriculture, incluant la sériciculture et la plantation des mûriers, lesquels sont profondément liés à l'histoire de la fabrique de la soie lyonnaise. Ces activités scolaires, décrites dans les monographies d'instituteurs, se sont maintenues dans de nombreuses écoles de la région lyonnaise et du Midi jusqu'au milieu du 20e siècle.
Cette triple volonté de l'État d'offrir un enseignement scientifique concret, de moderniser l'agriculture et de limiter l'exode rural, allait de pair avec la constitution d'un important corpus de connaissances en sériciculture collectées en Chine dès le 18e. Créé à la fin du 19e siècle, le professeur départemental d'agriculture a pour mission de diffuser le progrès technique auprès des agriculteurs et d'instruire les jeunes. Aussi plusieurs manuels ruraux voient le jour. Avec les lois Jules Ferry, les sciences naturelles entrent massivement à l'école primaire sous forme de leçons de choses : le ver à soie est le modèle parfait pour étudier la métamorphose des insectes et plusieurs circulaires en 1880 et 1882 rappellent l’obligation d’annexer à l'école un jardin pédagogique adapté au climat et au sol de la région.
Afin de documenter l'histoire de ces activités scolaires, les services d'archives locales sont une ressources précieuse. Aujourd'hui, ces traditions locales se perpétuent à travers des initiatives pédagogiques ponctuelles et des partenariats locaux. Le retour des mûriers dans les cours de recréation ne s'inscrit plus dans un but d'exploitation textile, mais dans le cadre de la lutte contre le réchauffement climatique.
Bonjour,
Au 19e siècle et au début du 20e siècle, le Ministère de l’Instruction Publique a mis en place des textes officiels et des programmes incitant fortement à l'enseignement de l'agronomie, incluant la sériciculture (l'élevage des vers à soie) et la plantation des mûriers, lesquels sont profondément liés à l'histoire de la fabrique de la soie lyonnaise :
L’histoire des mûriers est étroitement liée à l’élevage du ver à soie, qui se nourrit exclusivement de leurs feuilles. Le mûrier blanc, originaire d’Orient, est particulièrement recherché pour la sériciculture. Cette activité, introduite en France au XVe siècle, a connu un essor considérable surtout au XIXe siècle, notamment dans la région du Rhône et du Massif Central. La plantation de mûriers et l’élevage des vers à soie ont entraîné une prospérité économique locale.
Cependant, la sériciculture a décliné après l’ouverture du canal de Suez en 1869, la concurrence asiatique et les maladies touchant les vers. Aujourd’hui, elle a presque disparu en France, même si quelques mûriers subsistent encore comme témoignage de cette époque florissante.
L’image du mûrier près du collège René Cassin illustre cette richesse naturelle patrimoniale.
Source : L’histoire des mûriers à soie (11 juin 2025, Ville de Corbas).
Vous pouvez lire à ce sujet Introduction de l’élevage du ver à soie à Constantinople Vers 550, sur le site Passerelles de la BnF.
L'introduction de l'agronomie et de la sériciculture dans l'enseignement du 19e siècle répond à une volonté de l'État d'offrir un enseignement scientifique concret pour soutenir l'industrie de la soie. Le dossier thématique Soie et Sériciculture du portail Patrimoines Partagés de la Bnf, met en lumière le rôle crucial des transferts de savoirs-faire avec la Chine et de la traduction des traités chinois pour créer un corpus de connaissances à transmettre :
Plusieurs monarques français se sont efforcés de développer cette industrie et d’introduire le savoir chinois. Les documents collectés par les jésuites en Chine au XVIIIe siècle, ainsi que par les membres de la Mission Lagrené (1843-1846) constituent un corpus considérable. [...]
On entend par sériciculture l’élevage du Bombyx (familièrement appelé ver à soie) et la culture du mûrier, dont les feuilles constituent la nourriture essentielle du premier. Avant la généralisation des filatures de la soie, les cultivateurs dévidaient chez eux les cocons qu’ils récoltaient. [...]
Henri IV entreprit de développer la sériciculture et demanda à l’agronome Olivier de Serres (1539-1619) de rédiger un manuel, lequel un chapitre est intitulé La cueillete de la soye par la nourriture des vers qui la font (1599). Au début du XVIIe siècle, grâce à ses remarquables progrès techniques, Lyon avait acquis la première place parmi les industries des soieries européennes, toutefois, il restait à produire en quantité suffisante de la soie brute de belle qualité. [...]
Vers le milieu du siècle des lumières, le P. d’Incarville (1706-1757) rédigea un mémoire, intitulé « Sur les vers à soie sauvages », d’après ses propres expériences et le savoir-faire chinois, lequel fut publié par le P. Cibot (1727-1780) dans Les Mémoires concernant les Chinois (1777). Il s’agit en fait de l’élevage en plein air d’un lépidoptère de la famille Saturiidae, qui devait beaucoup intéresser les chercheurs notamment du milieu du siècle suivant. [...}
À la fin des années 1820, Camille Beauvais entreprit certaines expériences sur la culture du mûrier et l’éducation des vers à soie à la Bergerie impérial de Sénart (Seine et Marne). Beauvais, satisfait de ses résultats obtenus, suggéra au ministre de l’Intérieur de faire traduire les traités séricicoles chinois conservés en France. En 1837, Stanislas Julien (1799-1873) publia sa traduction sous le titre de Résumé des principaux traités chinois, pour laquelle il entretint une correspondance fréquente avec Matthieu Bonafous (1793-1852), directeur du jardin royal d’agriculture de Turin. La même année, toujours sur l’initiative de Beauvais, la Société séricicole fut créée à Paris, et devint un centre d’échanges.
Source : le dossier thématique Soie et Sériciculture du portail Patrimoines Partagés de la Bnf.
Les pratiques locales de sériciculture, notamment dans la région du Rhône et du Massif Central, se sont ainsi maintenues dans de nombreuses écoles de la région lyonnaise et du Midi jusqu'au milieu du 20e siècle. Lors des Expositions Universelles comme celle de 1900, le Ministère de l’Instruction Publique mettait en avant les monographies scolaires des départements du Sud pour leur adaptation aux industries locales.
Le Volume Groupe I. Éducation et enseignement. Première Partie. Classe 1 publié en 1902 dans l'ouvrage "Exposition universelle internationale de 1900 à Paris. Rapports du jury international", aborde la question de l'enseignement de la botanique et de la sériciculture dans deux extraits :
1/ chapitre consacré aux écoles normales d'institutrices dans "Exposition du Ministère de l'Instruction Publique" (pp. 159-160) :
L’enseignement scientifique a partout une tendance à devenir pratique : de nombreuses photographies nous montrent des applications à l’enseignement ménager (fig. 54 et 67), au jardinage (fig. 55). Les manipulations sont installées à peu près partout; mais, en général, elles consistent dans la répétition des expériences de cours, nécessitant le matériel du cabinet de physique ou de chimie, par conséquent irréalisables dans une école primaire ordinaire (voir page 182). L’instruction du 25 avril 1898 a besoin encore d’être rappelée.
Parfois, on s’inspire des exigences locales; par exemple, dans quelques écoles du Midi, on s’occupe de "l’éducation" des vers à soie. Valence en fournit comme preuve une monographie qui montre successivement, par des échantillons en nature et des photographies, la naissance du ver, l’éclosion de la chrysalide et du papillon ; une petite vitrine placée à côté renfermait une branche de bruyère, toute garnie de cocons, et divers échantillons pour le traitement de ces derniers.
La botanique est en honneur, les herbiers sont soignés ; quelques-uns renfermaient des raretés, témoin ce tableau intitulé: Quelques pages d'herbier, composé de spécimens extraits de la collection de Gap.
2/ chapitre consacré aux élèves aveugles et sourds-muets dans "Exposition scolaire de la ville de Paris" (p. 377) :
« L’institutrice profile de toules les circonstances pour mettre les objets entre les mains des enfants; elle leur montre [...] dans le jardin, un pied de vigne avec ses feuilles et ses fruits; elle leur montrera un tonneau, une bouteille, un verre, un bouchon, etc. De meme, elle leur montre les pommes avec lesquelles on fait le cidre, le houblon avec lequel on fait la bière; le blé, la farine, le pain, la neige, la glace, le bois, le charbon, le feu, les vêtements, le corps humain et ses organes.
« Le boulanger, le boucher, le fruitier, l’épicier, la faim, l’appétit, l’indigestion, etc., donnent lieu à des causeries intéressantes.
«Il en est de même pour le bois, la pierre, le fer, la brique, l’ardoise, le chaume, la tuile, l’habitation; les abeilles, les vers à soie; le chien, le cheval, l’âne, le loup, le mouton, la poule, le pigeon, le lait, le beurre, le fromage, les œufs, les fruits, etc.
Antoine Lefebvre de Vatimesnil, Ministre de l'Instruction publique de 1828 à 1829, a été le premier à institutionnaliser et encourager les cours d'agriculture au début du 19e siècle :
L’ordonnance du 26 mars 1829 : Vatimesnil autorise des cours spéciaux dans plusieurs collèges royaux pour une formation aux professions commerciales, agricoles et manufacturières. L’enseignement se fait sur 2 ans.
Source : Les textes ministériels (1795-2000), SNES.
Dès la fin de la Restauration et tout au long du 19e siècle, l'État demande aux Écoles Normales de former les instituteurs à l'agriculture, comme en témoigne l'ouvrage L'enseignement agricole : 150 ans d'histoire : évolution historique et atlas contemporain, qui est accessible en intégralité sur le web. Ainsi, le rôle du professeur départemental d’agriculture évolue progressivement au cours de la seconde moitié du 19e siècle avec l’accroissement de son rôle de relais administratif du ministère de l’Agriculture dans le département. Dans les premières années du 20e siècle, il en devient le représentant officiel. La transformation de ses fonctions est entérinée par la loi du 21 août 1912. La chaire départementale d’agriculture est alors remplacée par une direction des services agricoles :
« Art. 1.- […] Cette direction comprend dans ses attributions la vulgarisation des connaissances agricoles ; l’enseignement agricole dans les établissements d’enseignement public désigné par arrêté ministériel ; le suivi des intérêts économiques et sociaux de l’agriculture, celui de la mutualité agricole ; la statistique agricole et le ravitaillement ; la direction des champs d’expériences ; les recherches ou missions techniques, et d’une manière générale, tous les services intéressant l’agriculture. Ne sont pas compris dans ces attributions les services vétérinaires et forestiers, ni les stations agronomiques
Art. 2.- Le professeur départemental d’agriculture prend le titre de directeur des services agricoles ; il est assisté par un ou plusieurs professeurs d’agriculture, titulaires de chaires spéciales, dont les circonscriptions sont variables et qui comprennent tout ou partie d’un ou plusieurs arrondissements. Ces circonscriptions peuvent s’étendre à une région encore plus importante lorsqu’il s’agit de professeurs spécialistes (industrie laitière, horticulture, apiculture, sériciculture, etc.). L’une des chaires aura son siège à la direction des services agricoles […]. […]
Art. 9.- Les directeurs sont chefs des services agricoles dans leur département et jouissent de toute les prérogatives attachés à ce titre. Le contrôle des professeurs d’agriculture est placé dans leurs attributions. »
(Loi du 21 août 1912 relative à l’enseignement départemental et communal de l’agriculture).
Source : L'enseignement agricole : 150 ans d'histoire : évolution historique et atlas contemporain.
Dans les régions séricicoles (Vallée du Rhône, Cévennes, Provence), les programmes incluaient explicitement la culture du mûrier et la gestion des magnaneries (anciens lieux d'exploitation de la sériciculture traditionnelle) :
« L’école de Grignon étudie spécialement la grande culture, les herbages, les cultures des céréales et des plantes industrielles, les spéculations animales et les industries agricoles et viticoles de la région septentrionale de la France. Cet établissement possède une station agricole. L’école de Grand-Jouan étudie principalement la mise en valeur des terres incultes, la culture pastorale mixte, la culture par le colonage partiaire, les prairies naturelles, les spéculations animales, les cultures industrielles et fruitières et les industries agricoles de la France occidentale. L’école de Montpellier étudie spécialement l’agriculture de la région méditerranéenne, les cultures fruitières, les spéculations animales, la transhumance des troupeaux, le reboisement des garrigues et des montagnes, les cultures à l’arrosage, la sériciculture, l’industrie de la soie et les industries agricoles et viticoles qui appartiennent aux régions de l’olivier, du mûrier et de l’oranger. Cet établissement possède une station séricicole et une station viticole. »
p. 40Les écoles intègrent les activités rurales régionales : exemple de travail sur le ver à soie dans les Hautes-Alpes (Le ver à soie du mûrier, A. Mozziconacci, Hachette, 1921).
p. 81
Source : L'enseignement agricole : 150 ans d'histoire : évolution historique et atlas contemporain.
Sous l'impulsion de Jules Ferry et des réformateurs de l'école républicaine, la leçon de choses est devenue la méthode pédagogique reine et le ver à soie s'est ainsi imposé comme l'animal parfait pour étudier le cycle de la vie, dans les manuels de leçons de choses et de Sciences Naturelles (tels les manuels de Paul Bert ou de l'éditeur Deyrolle, célèbre pour ses planches didactiques murales).
Clavairolle Françoise dans "L'Éducation des vers à soie : savoirs, représentations, techniques. In: L'Homme, 1994, tome 34 n°129. pp. 121-145", démontre qu'il fait office d'« insecte modèle » en raison de son cycle de transformation complet, typique et parfaitement lisible à quatre stades (œuf, larve, chrysalide, papillon).
Les instituteurs étaient aussi encouragés à créer des "jardins scolaires" pédagogiques :
Le jardin scolaire est un espace pédagogique qui se développe progressivement au XIXe siècle en Europe. Il est destiné à l’enseignement pratique de l’agriculture, de l’horticulture, et plus largement à l’enseignement des sciences. En France, les jardins sont pensés comme des lieux de démonstration et d’expérimentation agricole et horticole qui favorisent des rapports à l’environnement plus rationnels. Ce sont aussi des espaces perçus comme susceptibles d’éveiller l’attention des enfants à la nature (plantes utiles et nuisibles, insectes) et un attachement à leur « petite patrie », c’est-à-dire leur terroir et leur identité locale. Laissant une certaine place au travail des enfants de manière plus ou moins encadrée, le jardin est complémentaire de l’herbier et des promenades pédagogiques. [...]
Dès 1847, l’annexion d’un jardin aux écoles primaires françaises est encouragée afin de dispenser un enseignement agricole pratique. En 1850, l’enseignement agricole et horticole est introduit dans les programmes à titre facultatif. Pour des raisons économiques et politiques, le Second Empire privilégie l’intégration de cet enseignement à l’enseignement général primaire, qui s’adresse à l’ensemble des élèves, au détriment de l’enseignement professionnel agricole (fermes-écoles, écoles régionales et Institut national d’agriculture créés en 1848). Une circulaire du 31 décembre 1867, sous le ministère Duruy, précise qu’il doit être assuré par les instituteurs et les institutrices, formés à cette fin dans les écoles normales. Dès lors, chaque école primaire doit disposer d’un jardin, dont l’existence devient même une condition d’attribution de subventions de l’État lors de la construction d’établissements.
La promotion du jardin comme outil d’enseignement s’accentue sous la Troisième République, dans un contexte de lutte contre l’exode rural. L’école primaire laïque, gratuite et obligatoire des lois Ferry (1881 et 1882) a pour mission de former des citoyens attachés à la nation, des individus rationnels en mesure de participer au progrès économique et agricole. Cela passe notamment par l’enseignement obligatoire des sciences, de l’agriculture et de l’horticulture. En 1874 cependant, sur environ 60 000 établissements, moins de la moitié comptent un jardin. L’obligation d’annexer un jardin est alors rappelée par plusieurs circulaires en 1880 et 1882. Après une brève transformation en potagers patriotiques, loin des visées pédagogiques, lors de la Première Guerre mondiale, de nouveaux projets de développement des jardins scolaires apparaissent dans les années 1920. Si leur intérêt fait consensus, l’insistance sur leur caractère novateur atteste de la difficulté à ancrer cet espace dans le milieu scolaire, notamment en raison de contraintes foncières. [...]
Au sein des jardins, le choix des espèces, des variétés et de leur organisation n’est pas laissé au hasard. Il véhicule une certaine conception de la nature combinant le local et l’utile. Il est ainsi recommandé de cultiver des plantes représentatives de la région, adaptées au climat et au sol. Celles-ci sont aussi tenues de répondre à des finalités économiques : elles doivent correspondre aux productions locales et les améliorer, par l’introduction de « bonnes variétés » appréciées pour leur productivité ou leurs qualités biologiques, gustatives, esthétiques. A cette fin, des graines plus performantes sont distribuées par le Muséum National d’Histoire Naturelle, ou parfois par le conseil général, par exemple en Côte d’Or en 1878. Par ce biais, les jardins scolaires peuvent servir de porte d’entrée à l’intégration de nouvelles variétés à l’échelle locale, en se diffusant ensuite dans les jardins ruraux privés.
Source : Louise Couëffé, Le jardin scolaire au 19e siècle : enseigner par la nature, Encyclopédie d'histoire numérique de l'Europe [en ligne], ISSN 2677-6588, mis en ligne le 23/01/24.
L'État imposant aux instituteurs ruraux d'enseigner des notions d'agriculture, plusieurs manuels départementaux et nationaux ont vu le jour, comme le Manuel populaire pour l'éducateur de vers à soie, ou Rapport d'une éducation faite en avril et mai 1842, par M. Courrech Du Pont.
Vous pouvez lire à ce sujet :
Ferry Jules. 2 août 1880. Nouveaux programmes de sciences de l'enseignement secondaire classique. In: Les sciences dans l'enseignement secondaire français – Textes officiels. Tome 1 : 1789-1914. Paris : Institut national de recherche pédagogique, 1995. pp. 454-467. (Bibliothèque de l'Histoire de l'Education, 6) ;
La leçon de choses : naissance de l'enseignement des sciences à l'école primaire / Pierre Kahn, 2002 ;
Paul Bert et l'instruction publique [Livre] / Stéphane Kotovtchikhine ; préf. Jean Bart, 2001 ;
Les livres de nos cartables [Livre] / Daniel Durandet, 2006 ;
Une histoire de l'école : anthologie de l'éducation et de l'enseignement en France, XVIIIe-XXe siècle / sous la direction de François Jacquet-Francillon, Renaud d'Enfert, Laurence Loeffel, 2010.
À Lyon et dans le département du Rhône, la pratique de la sériciculture et de la plantation d'arbres, notamment de mûriers, est restée une tradition pédagogique locale vivace dans les écoles lyonnaises jusqu'au milieu du 20e sècle. Les instituteurs perpétuaient cette activité au printemps, transformant la classe en petite magnanerie temporaire. Planter des mûriers dans les jardins scolaires permettait de fournir de la nourriture (les feuilles de mûrier blanc) pour de petits élevages pédagogiques de vers à soie (Bombyx mori) réalisés en classe. L’image du mûrier près du collège René Cassin illustre cette richesse naturelle patrimoniale locale (source : L’histoire des mûriers à soie, Ville de Corbas).
Premier Directeur en 1801 de la Pépinière royale de naturalisation du Rhône, Jacques François Madiot, a publié des guides spécifiques comme De la culture du mûrier réduite aux moyens les plus simples et les plus sûrs, qui servait de base théorique pour les instituteurs de la région. Pour en savoir plus : Interfaces/fonds anciens BU Lyon (15 juin 2026). Jacques François Madiot et la culture du mûrier à Lyon.
Afin de documenter l'histoire de ces jardins scolaires, vous pouvez consulter la Série M (Agriculture - Sériciculture) et la Série T (Enseignement primaire) documentant les inventaires des jardins scolaires ainsi que les rapports des inspecteurs primaires sur l'état de l'enseignement agricole, des Archives Départementales du Rhône et de la Métropole de Lyon (ADRML).
Les registres de délibérations des conseils municipaux de la Ville de Lyon, ou ceux des communes de la périphérie (Corbas, Mions, Villeurbanne), permettent également de cibler les magnaneries et les aménagements arborés des écoles.
Enfin, les bulletins mensuels du 19e siècles publiés par La Société d'Agriculture, Sciences et Industrie de Lyon disponibles sur Gallica, sont également une ressource documentaire précieuse sur les écoles du Rhône récompensées pour la qualité de leurs plantations de mûriers ou pour leurs magnaneries scolaires.
Aujourd'hui, il n'existe plus de "magnaneries scolaires" permanentes ou de parcelles agricoles de mûriers gérées à long terme au sein même des établissements lyonnais, comme c'était le cas aux 19e et 20e siècles. Cependant, cette tradition historique se perpétue à travers des initiatives pédagogiques ponctuelles, des aménagements urbains et des partenariats locaux. L'élevage des vers à soie (Bombyx mori) reste un excellent support d'apprentissage pour les enseignants (notamment en SVT ou en école primaire) pour aborder le cycle de vie des insectes et la métamorphose. Un acteur spécialisé de la soie à Lyon, comme Brochier Soieries Vieux Lyon, gère sa propre mini-ferme pédagogique de mai à novembre et accompagne chaque année des écoles et maternelles de la région dans leurs projets de classe :
En accompagnant tous les ans des écoles et maternelles dans leurs propres élevages pédagogiques, en association avec Soierie Vivante, Brochier Soieries Vieux Lyon maintient la preuve de ce patrimoine français qui a vu ses heures de gloire au 19e siècle dans les Cévennes.
Grâce à l'action commune avec la Ville de Sainte-Foy-Lès-Lyon, le Conservatoire de mûriers mis en place en 1990 et unique en Europe permet de conserver plus de 50 variétés de mûriers, consacrées à la recherche et au maintien du patrimoine lyonnais de la soie et nourrit les chenilles pendant les 8 mois d'élevage au Vieux Lyon.
Source : Auvergne Rhône-Alpes Tourisme
Accessible en intégralité sur Europresse avec un abonnement BmL, des articles de la presse locale et régionale traitent du retour des mûriers dans les cours de recréation, non dans un but d'exploitation textile, mais dans le cadre de la lutte contre le réchauffement climatique. Vous pouvez ainsi lire : "Des collégiens engagés pour végétaliser leur cour" dans Le Progrès (Lyon) du dimanche 20 février 2022. Voici un extrait :
À la veille des vacances, ils étaient 25 collégiens des classes de 6e à 4e à concrétiser ces projets en participant aux plantations d’arbres. Pour les choisir, ils ont dû tenir compte de plusieurs contraintes : les arbres ne devaient pas être de haute tige pour ne pas gêner la circulation des élèves, demander un entretien minimum pour la taille et être adaptés aux conditions de plantation en milieu très minéralisé tout en tenant compte du changement climatique.
Leur choix s’est porté sur deux tilleuls à petite feuille, micocoulier, un érable plane, un érable de Montpellier, un mûrier blanc stérile et un lilas. Ils ont aussi choisi des arbres intéressants pour les insectes, notamment pour les abeilles, et présentant une belle palette de couleur à l’automne. Une autre partie de la cour a été végétalisée par la plantation d’un forsythia, d’un chèvrefeuille, d’un rosier et prochainement de plantes aromatiques (thym, romarin, lavande).
Des initiatives écologiques régionales impliquent directement les élèves pour replanter le mûrier blanc historique (Morus alba) dans les Espaces Naturels Sensibles (ENS) de la périphérie lyonnaise, notamment avec les écoliers de Feyzin.
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