A combien d'euros est équivalente la somme de 98000 francs en 1824 ?
Question d'origine :
Bonjour,
Nous travaillons actuellement à la réalisation d'un ouvrage sur l'histoire de l'hôpital Saint Jean de Dieu.
Nous avons appris que les frères de Saint Jean de Dieu avaient acquis le domaine du château de Chapagneux en 1824 pour la somme de 98000 francs. Est-ce que vous pourriez nous aider à évaluer à quelle somme en euros cela pourrait correspondre aujourd'hui ? Ou est-ce impossible ?
Merci de vos conseils.
Réponse du Guichet
Les frères de l'Ordre de Saint-Jean-de-Dieu achètent en 1824, au prix de 98 000 francs, le château et la terre de Champagneux dont on retrouve des mentions dans les archives sous les termes de "maison de santé Saint Pierre-Saint Paul" ou "maison des frères de la charité" : le domaine vaste par sa taille (22 hectares) permet d'avoir des terres à cultiver ainsi qu'une ferme pour l'élevage d'animaux nourrissant la population hospitalisée.
Convertir en euros aujourd'hui une somme en franc germinal de 1824 sous la Restauration, ne se fait pas par une simple conversion fixe, car l'INSEE ne propose de convertisseur officiel d'inflation qu'à partir de 1901. La définition du franc en poids d'or fixée par Bonaparte en 1803 est restée inchangée à travers les régimes successifs, jusqu'à la Première Guerre mondiale : 1 franc = 290,3225 mg d'or fin.
Au cours de l'or actuel, 28,45 kg d'or de 1824 représentent un capital brut de 2,1 à 2,3 millions d'euros en 2024. Mais cette méthode surévalue le pouvoir d'achat réel de l'époque. La méthode d'évaluation par pouvoir d'achat se base sur les prix des denrées courantes de l'époque, où 1 Franc 1820 = environ 4,5 euros. 98 000 francs en 1824 équivaudrait donc environ à 440 000 euros. Nous vous proposons des ressources pour documenter l'histoire monétaire au XIXe siècle, le patrimoine immobilier des français sous la Restauration et l'histoire de cette ancienne demeure seigneuriale de Champagneux, transformée en hôpital.
Bonjour,
Vous travaillez actuellement à la réalisation d'un ouvrage sur l'histoire de l'hôpital Saint Jean de Dieu et vous avez appris que les frères de Saint Jean de Dieu avaient acquis le domaine du château de Champagneux en 1824 pour la somme de 98 000 francs. Vous souhaitez donc évaluer à quelle somme en euros cela pourrait correspondre aujourd'hui.
L'hôpital Saint-Jean-de-Dieu à Lyon est un hôpital psychiatrique fondé en 1824 par l'Ordre de Saint-Jean-de-Dieu. L'établissement se trouve dans l'actuel quartier de la Guillotière autrefois commune limitrophe de Lyon et indépendante. L'établissement est situé au 290 route de Vienne à Lyon.
Les frères de l'Ordre de Saint-Jean-de-Dieu arrivent à Lyon en 1824 avec peu de moyens. Ils achètent d'abord une maison située dans le quartier de la Guillotière. Celle-ci possédant un grand jardin est fermée permettant ainsi d'en faire un premier hôpital appelé « Notre-Dame des Incurables » ou encore « maison des hirondelles ». Parmi les voisins dérangés par cette proximité avec les malades, une famille offre une somme importante aux frères pour qu'ils partent s'établir ailleurs. Avec cette aide, les frères achètent le château et la terre de Champagneux dont on retrouve des mentions dans les archives sous les termes de « maison de santé Saint Pierre-Saint Paul » ou « maison des frères de la charité ». L'établissement a subi au fil des années des transformations architecturales importantes. Le domaine vaste par sa taille (22 hectares) permet d'agrandir l'établissement tout en ayant des terres à cultiver ainsi qu'une ferme pour l'élevage d'animaux (jusqu'en 1975). Cela permet de nourrir le personnel et la population hospitalisée. L'établissement possédait aussi un moulin et de nombreux autres bâtiments (cordonnerie, buanderie, cuisine, et même une choucrouterie). L'hôpital peut ainsi vivre en autonomie. Une monnaie unique et propre à l'établissement a été mise en place et les patients valides peuvent être amenés à faire certaines tâches ménagères et autres travaux en échange d'un peu d'argent.
Source : France Archives
Le site officiel de l'Ordre hospitalier de Saint Jean de Dieu précise que Paul de Magallon achète le château de Champagneux au prix de 98 000 francs.
Paul de Magallon, débutant la restauration de l’Ordre en France, est devenu Frère Jean de Dieu, a prononcé ses vœux à Rome l’année précédente et décide d’implanter son premier grand hôpital psychiatrique à Lyon. Il achète donc le château de Champagneux au prix de 98 000 francs.
Rassembler une telle somme allait prendre beaucoup de temps, il le savait, car les seules ressources des frères à l’époque provenaient des quêtes et des dons de leurs bienfaiteurs. Le Père de Magallon négocie alors avec le propriétaire qui accepte d’étaler le paiement sur neuf ans, à raison de 10 000 francs par an. L’hôpital peut alors ouvrir ses portes et accueillir les malades mentaux de la région lyonnaise.
Source : Ordre hospitalier de Saint Jean de Dieu.
Mais alors, à quelle somme actuelle en euros pourraient correspondre 98 000 francs de 1824 ?
En 1824, année de l'achat du château de Champagneux, la monnaie qui a cours légal en France est le franc germinal (1803-1914), nom donné à la monnaie française créée par Napoléon Bonaparte en 1803 qui a conservé son rôle de monnaie stable jusqu'en 1914, et ce malgré les bouleversements politiques du XIXe siècle.
En 1803, le consul Bonaparte engage une réforme qui vise à mettre fin à l’anarchie de la circulation monétaire où se côtoient écus, louis d’or et pièces révolutionnaires de divers métaux. Les lois de germinal an XI fixent le système monétaire sur la base d’un franc d’argent dit « franc germinal ». [..]
Dans ce contexte monétaire assaini, la nouvelle monnaie fiduciaire est mieux acceptée et prend progressivement son essor. Le franc germinal se révèle être une réussite. Il reste relativement stable malgré la valse des régimes politiques et perdure jusqu’en 1914.
La première loi, la loi du 7-17 germinal an XI (28 mars-7 avril 1803), comporte vingt-deux articles précédés d’une disposition générale, très brève : « cinq grammes d’argent, au titre de neuf dixième de fin, constituent l’unité monétaire qui conserve le nom de franc ». Elle réglemente la fabrication des monnaies et les conditions de leur fabrication. Elle énumère les pièces qui seront frappées, ¼, ½, ¾, 1, 2 et 5 francs d’argent ; 20 et 40 francs or, précise les figures et les légendes qui figureront sur les pièces.
Source : BnF
La définition du franc en poids d'argent et d'or fixée par Bonaparte est restée inchangée à travers les régimes successifs, jusqu'à la Première Guerre mondiale. Napoléon Bonaparte fixe en effet la valeur du franc sur un double étalon fixe : 1 franc = 4,5 g d'argent pur = 290,3225 mg d'or fin.
La première loi, la loi du 7-17 germinal an XI (28 mars-7 avril 1803), comporte vingt-deux articles précédés d’une disposition générale, très brève : « cinq grammes d’argent, au titre de neuf dixième de fin, constituent l’unité monétaire qui conserve le nom de franc ». Elle réglemente la fabrication des monnaies et les conditions de leur fabrication. Elle énumère les pièces qui seront frappées, ¼, ½, ¾, 1, 2 et 5 francs d’argent ; 20 et 40 francs or, précise les figures et les légendes qui figureront sur les pièces.
Plusieurs principes généraux s’en dégagent :
1- L’argent est choisi comme étalon, l’or lui étant complètement subordonné. Cette invariabilité de l’argent par rapport à l’or est une garantie pour les transactions commerciales. Le lien de la monnaie avec le système métrique est confirmé.L’unité monétaire, qui conserve le nom de franc, a un titre et un poids immuable. Comme le précisait déjà la loi de thermidor an III, le titre de la monnaie sera neuf parties de ce métal pur et une partie d’alliage ; la pièce de 1 F sera à la taille de 5 g.
2- La loi confirme l’abandon de la notion de monnaie de compte utilisée sous la Royauté, qui était une valeur abstraite ¢la livre tournois représentée par une quantité de métal variable au gré du souverain. Désormais monnaie de compte et monnaie réelle coïncident. Fait notoire, la valeur de la monnaie ne dépend plus de la volonté du législateur.
3- La loi fixe le rapport entre l’or et l’argent à 15,5, soit 4,5 g d’argent pour 0,29 g d’or.
Ce rapport, s’il n’est pas clairement inscrit dans le texte de loi, se situe en continuité avec la grande réforme établie en 1785 par Calonne, que ses détracteurs n’eurent de cesse de remettre en cause pendant les débuts de la République et jusqu’à la préparation des lois de germinal an XI. Il est précisé qu’en cas de variation de l’or par rapport à l’argent, une refonte pourra être décidée, mais que seul l’or sera refondu.
Source : France Archives
À lire également sur le franc germinal :
Ducoudray Émile. Guy Thuillier, La réforme monétaire de l'an XI, la création du franc germinal. In: Annales historiques de la Révolution française, n°295, 1994. pp. 136-138 ;
La création du « franc germinal » (Loi du 7 germinal an XI / 28 mars 1803), Fondation Napoélon.
Quelles méthodes d'évaluation nous aident à estimer la somme de 98 000 francs de 1824 ?
L'outil de convertisseur officiel franc-euro de l'Insee ne couvre que la période à partir de 1901.
Sur le site d’histoire-genealogie.com, vous disposez d’un tableau de conversion anciens francs et euros (datant de 2006) sur De la valeur des choses dans le temps, qui se base sur l'énoncé un gr d’or fin vaut environ 10,26 € 2006. Avec cette méthode, 98 000 francs de 1830 correspondraient à environ 215 600 euros de 2006. Mais le site ne documente pas clairement ses sources.
1/ Méthode d'évaluation basée sur le contenu en Or
Le poids total d'or fin que représentait la somme de 98 000 francs à l'époque est environ de 28,4 kg (98 000 francs × 290,3225 mg d'or = environ 28,4 kg d'or fin).
Au cours de l'or actuel (environ 75 000 € à 80 000 € le kilo pour 2024, selon le tableau d'historique des cotations quotidiennes du kilogramme d'or issu des données de la LBMA, pour London Bullion Market Association), 28,45 kg d'or en 1824 représentent un capital brut de 2,1 à 2,3 millions d'euros en 2024. La méthode équivalence-or présente de fortes limites économiques et historiques : sous le Franc Germinal (1803–1914), l'or était abondant en Europe par rapport aux biens produits. Aujourd'hui, en raison de la rareté relative du métal et de l'immense création monétaire moderne, un gramme d'or permet d'acheter beaucoup plus de marchandises qu'en 1824. Convertir une somme de 1824 au cours de l'or actuel surévalue donc le pouvoir d'achat réel de l'époque.
2/ Méthode d'évaluation par pouvoir d'achat
Les études historiques sur les prix des denrées courantes considèrent qu'1 Franc Germinal de 1824 équivaut à environ 4,50 € de pouvoir d'achat actuel : 98 000 francs en 1824 équivaudrait donc environ à 440 000 euros. Dans l'article Valeur de la monnaie de l’Âge Classique au XIXe siècle, par Éric Leborgne, publié sur Fabula, nous trouvons ainsi ces informations :
Equivalence des sommes mentionnées dans les textes au cours du XIXe siècle (Le franc se dévalue durant cette période) :
1 Franc 1820 = environ 4,5 euros
1 Franc 1880 = 3,8 euros
1 Franc 1900-1914 = 3 euros
Pour analyser l'histoire monétaire du XIXᵉ siècle, nous vous recommandons la lecture de :
Plessis, Alain. « Le franc au XIXe siècle ». D’or et d’argent, édité par Comité pour l’histoire économique et financière de la France, Institut de la gestion publique et du développement économique, 2005 ;
L'économie selon Napoléon [Livre] : monnaie, banque, crises et commerce sous le Premier Empire : [actes du colloque, Paris, Auditorium de la Banque de France, 24-25 mars 2016] / [organisé par la Banque de France et la Fondation Napoléon] ; sous la direction de Pierre Branda ;
Histoire du franc, 1360-2002 [Livre] : la légende du franc / Georges Valance, 1998 ;
Le salaire : l'évolution sociale et la monnaie / par François, 1931.
En 1824, sous le règne de Charles X et le régime de la Restauration, une somme de 98 000 francs représentait une fortune considérable sur le marché immobilier. Pour se faire une idée du patrimoine moyen en France sous la Restauration, vous pouvez lire l'étude d'Adeline Daumard (dir.), Les Fortunes françaises au XIXᵉ siècle. Enquête sur la répartition et la composition des capitaux privés à Paris, Lyon, Lille, Bordeaux et Toulouse d'après l'enregistrement des déclarations de succession, Éditions Mouton / EHESS, 1973. Cette grande enquête universitaire a dépouillé les déclarations de succession et de mutation immobilière dans les registres fiscaux de Lyon. Les résultats montrent qu'en province, la valeur moyenne des immeubles urbains d'habitation avant 1830 se situait majoritairement entre 30 000 et 60 000 francs, alors qu'à Paris ils dépassaient fréquemment les 80 000 à 100 000 francs.
Nous vous invitons à consulter également l'ouvrage : Géographie de la fortune et structures sociales à Lyon au 19e siècle [Livre] : 1815-1914 / Pierre Léon ; avec la collab. de Simone Gellibert, Dominique Dessertine, Marie-Henriette de Morangies. L'équipe d'historiens menée par Pierre Léon à l'Université Lyon II a analysé la structure des patrimoines des négociants, rentiers et marchands de soie lyonnais sous la Restauration. L'étude ventile la valeur des immeubles de la Presqu'île et du Vieux-Lyon : un immeuble standard valait entre 30 000 et 50 000 francs, tandis que seuls les très grands immeubles de la place Bellecour ou des quai du Rhône frôlaient ou dépassaient les 100 000 francs.
Pour documenter l'histoire de cette propriété de Champagneux, vous pourriez lire : Les anciennes demeures seigneuriales du Lyonnais transformées en cliniques ou hôpitaux [Revue] / Emile Salomon.
Très bonne journée à vous !
Tekoha.