Existe-t-il des spectacles de danse/opéra où le costume-sculpture était central ?
Question d'origine :
Existe-t-il dans l'histoire croisée des arts vivants et visuels des exemples de spectacles (danse / opéra notamment) oú le costume-sculpture ou bien le décor-sculpture ont été au centre de la création?
Je cherche d'autres exemples dans la suite du Ballet Triadique de Oskar Schlemmer (Bauhaus). J'aimerai élargir mes recherches à des costumes ou decor qui contraignent le mouvement des danseureuses et j'ai peu de ressources bibliographiques. Votre aide sera un bijou, et je vous en remercie vivement d'avance.
Réponse du Guichet
Vous voulez savoir si dans l'histoire croisée des arts vivants et visuels il existe des exemples de spectacles (danse / opéra notamment) où le costume-sculpture ou bien le décor-sculpture ont été au centre de la création. Nous avons trouvé quelques pistes notamment en allant fureter du côté de la haute-couture.
Bonjour,
Vous nous questionnez afin de savoir si dans l'histoire croisée des arts vivants et visuels des exemples de spectacles (danse / opéra notamment) où le costume-sculpture ou bien le décor-sculpture ont été au centre de la création.
Le site Danses avec la plume évoque le Ballet triadique d'Oskar Schlemmer (Bauhaus) dans un article de Léa Chalmont-Faedo assez éclairant intitulé Le Ballet triadique ou quand l'interprète devient décor.
Ce Ballet triadique que vous mentionnez n'est pas sans évoquer l'opéra futuriste russe Victoire sur le soleil (en russe : Pobeda nad solntsem) de Kazimierz Malewicz créé en 1913 au Luna Park de Saint-Pétersbourg.
Le site Le Labo d'art évoque Lamentation de Martha Graham (1930) dans l'article intitulé Le corps entravé : quand l’enveloppe devient espace intérieur du mouvement.
Créée en 1930 et interprétée à l’origine par Martha Graham elle-même, Lamentation constitue l’une des œuvres fondatrices de la danse moderne américaine. Solo radical pour une danseuse assise sur un banc, entièrement enveloppée dans un tube de tissu violet, la pièce rompt avec les codes du ballet classique comme avec l’expressivité d’Isadora Duncan.
Avec Lamentation, Graham invente un langage chorégraphique centré sur le torse, la respiration et la tension intérieure. Le mouvement ne cherche plus à séduire ni à illustrer une histoire précise. Il devient expression d’un état. La scénographie minimale et le costume contraignant transforment le corps en volume sculptural. La danse ne représente pas la douleur : elle en devient la matérialisation.
Avec Lamentation, Martha Graham opère une révolution chorégraphique. La scénographie n’est plus décorative ni illustrative. Le costume agit comme une architecture contraignante qui transforme radicalement la qualité du mouvement.
Le geste naît de la restriction. La douleur n’est pas mimée mais structurée par la matière, la respiration et la tension du torse. La scénographie devient condition d’existence du mouvement. Dans cette œuvre, le corps n’est plus un instrument libre évoluant dans l’espace : il est volume enfermé, sculpté par le tissu, révélant que la contrainte peut devenir source d’un langage chorégraphique inédit.
Le Centre national du costume de scène de Moulins (CNCS) a produit en 2020 l'exposition Couturiers de la danse. Le site Radio France a par deux fois mis cette exposition en avant dans l'article Quand la haute-couture réinvente la danse et lors de la prolongation de ladite exposition.
Le mariage haute-couture et danse ont donné lieu à des collaborations d’anthologie :
Jean-Paul Gaultier, couturier et Régine Chopinot, chorégraphe : ils signent à deux Le défilé en 1985,
Issey Miyake, couturier et William Forsythe, chorégraphe pour le ballet The Loss of Small details créé en 1991,
Montserrat Casanova, costumes et décor et Maguy Marin, chorégraphe pour le ballet Cendrillon en 2010,
Riccardo Tisci styliste pour Givenchy et Sidi Larbi Cherkaoui, Damien Jalet, chorégraphes créent le Boléro de Ravel (scénographie de Marina Abramovic) au Palais Garnier en 2013,
Iris van Herpen, styliste et Sasha Waltz & guests, chorégraphe pour Kreatur dans le cadre du Festival d’Avignon en 2018,
Sylvie Skinazi (collaboratrice de Christian Lacroix), Yohji Yamamoto, Vivienne Westwood et Daniel Larrieu, chorégraphe,
Gianni Versace, couturier et Maurice Béjart, chorégraphe.
Le site de Julie Deljéhier fait mention d'un article Les maladies du costume de théâtre de Roland Barthes paru dans la revue Théâtre populaire en 1955.
Le costume est une écriture et il en a l’ambiguïté : l'écriture est un instrument au service d'un propos qui la dépasse ; mais si l'écriture est ou trop pauvre ou trop riche, ou trop belle ou trop laide, elle ne permet plus la lecture et faillit à sa fonction.
Le site Le Labo d'art fournit une vidéo ayant pour thématique Danse et costume : quand le vêtement raconte le corps.
Le dernier mot pourrait être laissé à François Boucher :
Mais il s’avère que le Costume, qui est en quelque sorte le « figurant » de la nature humaine, l’accompagne au milieu des variations de la civilisation moderne et il doit en demeurer l’expression la plus changeante et permanente.
Pour aller plus loin :
Les couturiers de la danse / Philippe Noisette
Couturiers de la danse [Livre] : de Chanel à Versace : [exposition, Moulins, Centre national du costume de scène et de la scénographie, 30 novembre 2019-3 mai 2020] / textes de Philippe Noisette ; [commissariat Philippe Noisette, en collaboration avec Delphine Pinasa et avec l'aide de Laura Cauchy Puravet]
Danse contemporaine / Philippe Noisette
Histoire du costume en Occident : des origines à nos jours / François Boucher
Bonne journée
Qui som ?