Je cherche des informations sur les entrées royales d'Anne de Bretagne à Lyon
Question d'origine :
Bonjour,
Ma question est :
comment puis je trouver accessible en ligne des infos sur les entrées royales d'Anne de Bretagne à Lyon, sur le rapport Anne de Bretagne / Lyon ?
J'ai trouvé une réf. dans la Revue du Lyonnais vol XV 1857 mais je ne sais comment y accéder, je tombe sur le numéro de 1867...
Toute aide sera précieuse, mille merci (pour une conférence liens historiques Lyon / Bretagne)
Georges V. alias Jean de Kerno
Réponse du Guichet
Sur votre demande, nous vous proposons quelques informations et sources sur les entrées royales d'Anne de Bretagne à Lyon.
Bonjour,
La BmL ne possède pas le volume XV, 1857 de la Revue du Lyonnais. En revanche, vous trouverez ce numéro numérisé sur Google livres avec des Documents inédits sur l'entrée de la reine Anne de Bretagne à Lyon en 1500, page 105.
Anne de Bretagne effectue deux entrées solennelles majeures à Lyon : la première le 15 mars 1494 aux côtés de son premier époux, Charles VIII (source : Entrées royales et fêtes populaires à Lyon du XVe au XVIIIe siècles : [Exposition, Bibliothèque de la Ville de Lyon, 12 juin-12 juillet 1970] / introd. de Henri-Jean Martin, en partie numérisé par Google livres) et la seconde le 15 mars 1500 avec son second époux, Louis XII, bien que la médaille commémorative soit datée de 1499 (source : Entrées solennelles à Lyon, Wikipédia).
Une source intéressante est le catalogue Anne de Bretagne et son temps, publié par le Musée Dobrée et mis en ligne par la Bibliothèque de l'IDBE, Institut Numérique de Documentation Bretonne et Européenne. À propos de la médaille offerte par Lyon à Anne, il indique :
Cette pièce est l’œuvre de l’orfèvre Louis Lepère, et de son gendre Nicolas de Florence, dit aussi Niccolò Fiorentino ou Niccolò Spinelli. Elle fut offerte à Anne de Bretagne lors de son entrée à Lyon, le 15 mars 1494 (1494 n. st.).
La médaille est particulièrement importante car elle constitue une trace matérielle directe de l'entrée. Elle représente Charles VIII au droit et Anne au revers, avec les armes de France et de Bretagne.
Les préparatifs sont exceptionnellement bien documentés. Les Archives municipales de Lyon conservent notamment les comptes de l'entrée d'Anne de Bretagne de 1494, sous les cotes CC/222, CC/526, CC/525 et CC/527. Cela permet de comprendre que l'entrée ne consistait pas simplement en une réception protocolaire : la ville préparait un véritable spectacle avec décors, dais, éléments héraldiques et interventions d'artisans.
Le peintre lyonnais Jean Perréal joue un rôle important dans l'organisation de cette entrée. Lire à ce sujet Tania Lévy, « La fête imprévue : entrées royales et solennelles à Lyon (1460–1530) », Questes [En ligne], 31 | 2015
La seconde entrée d'Anne est encore mieux attestée. Les Archives municipales de Lyon donnent la date du 20 mars 1500 dans C'est arrivé à Lyon :
le 20 mars 1500 — Seconde entrée de la reine Anne de Bretagne. Une médaille de Louis XII et de la Reine est frappée à cette occasion.
Il faut toutefois distinguer la date de l'entrée (20 mars) et celle de la fabrication de la médaille. Dans Médaille : Louis XII / Anne de Bretagne, le Louvre indique que l'original de la médaille a été modelé et coulé à Lyon le 15 mars 1500 :
« L’original de cette médaille fut modelé et coulé à Lyon, le 15 mars 1500 pour l’entrée de la reine Anne de Bretagne, nouvelle épouse du roi Louis XII. »
Cette différence explique probablement certaines sources secondaires qui donnent le 15 mars comme date de l'entrée. Le 15 mars correspond à la réalisation de la médaille, tandis que les Archives municipales donnent le 20 mars pour l'entrée elle-même.
Le Petit Palais, sur sa page Louis XII (1462-1515) et Anne de Bretagne (1476-1514), confirme également que la médaille a été commandée par Lyon en 1499 et offerte lors de l'entrée de la reine :
« Cette médaille a été commandée par la ville de Lyon en 1499 et offerte à l’occasion de l’entrée de la reine le 15 mars 1500. »
Voir aussi Médaille Louis XII et Anne de Bretagne à Lyon en 1500, Palais Beaux-Arts Lille.
Les archives municipales de Lyon montrent concrètement la préparation de 1500. Le registre des délibérations consulaires BB/24, folios 243 recto-verso et 247, est une source primaire essentielle. Le British Museum, qui possède un exemplaire de la médaille, donne en bibliographie, la référence archivistique exacte :
Archives municipales de Lyon BB 24 (Reg. Consulaires) fol. 243 r° and v° and 247°.
Il en donne également le contenu, en traduisant le texte de la délibération et précise aussi les rémunérations :
Le registre des délibérations du consulat de Lyon rapporte qu'« après le dîner… les conseillers ont chargé Jehan Lepère et Nicolas Leclerc, sculpteur d'images, de réaliser la médaille… destinée à la Reine, le Roi d'un côté et la Reine de l'autre, ornée de fleurs de lys et d'hermines, et d'un lion de chaque côté, dans le cercle de l'inscription qui leur sera communiquée. Cette médaille sera réalisée dans les plus brefs délais. » Nicolas Leclerc et Jean de Saint-Priest reçurent quatre écus d'or, soit sept livres.
Jean Lepère reçut huit écus d'or, soit quatorze livres, pour la réalisation de la médaille et pour compenser les pertes d'or subies lors de sa fabrication.
Dans « La fête imprévue : entrées royales et solennelles à Lyon (1460–1530) », Questes [En ligne], 31 | 2015, les recherches de Tania Lévy permettent de replacer les entrées d'Anne dans le rituel lyonnais. Elle explique que, généralement, l'arrivée se faisait par la porte de Bourgneuf, située au nord de la ville sur la rive droite de la Saône puis le cortège traversait le quartier dit de Fourvière avant d'arriver par la grand-rue à la cathédrale, où le clergé prend le relais des consuls et des habitants :
Le plus souvent, l’hôte arrive par la porte de Bourgneuf, située au nord de la ville sur la rive droite de la Saône. Il traverse ensuite le quartier dit de Fourvière et arrive par la grand-rue à la cathédrale, où le clergé prend le relais des consuls et des habitants. Après la cérémonie religieuse, l’arrivant rejoint son logement (dont le lieu varie continuellement). Le soir-même ou le lendemain, un banquet est donné dans ce logis et les consuls offrent alors à l’hôte le cadeau qu’ils ont préparé pour lui.
L'hôte était accueilli à l'extérieur des murailles et placé sous un dais. Le cortège parcourait ensuite des rues décorées et s'arrêtait devant plusieurs "échafauds", c'est-à-dire des scènes théâtrales ou tableaux vivants :
Accueilli à l’extérieur des murailles par la délégation des consuls, l’hôte prend place sous un dais porté par quatre membres du Consulat. Souvent, une première histoire est organisée avant même la première porte. Le cortège se forme ensuite pour déambuler dans les rues, tendues de tapisseries et jonchées de fleurs et de feuillages. La chevauchée dans les rues de la ville est ponctuée de plusieurs saynètes, appelées échafauds, devant lesquelles le roi ou le prince s’arrête.
Après la cérémonie religieuse, le souverain gagnait son logement, où un banquet était généralement organisé et où les consuls remettaient le présent de la ville.
Lire aussi :
« Conduire, ordonner, mettre gens en œuvre ». La préparation des fêtes et des entrées au tournant du XVIe siècle : l’exemple lyonnais. Tania Lévy (U. Paris-Sorbonne/ U. de Bretagne Occidentale)
Bonne journée
Lug, pionnier lyonnais des super-héros