Je cherche un court-métrage vu à la télé il y a une vingtaine d'années
Question d'origine :
Bonjour,
Je cherche un court-métrage que j'avais vu à la télé il y a une vingtaine d'années (peut-être sur Arte ?).
Il s'agissait d'une suite de (gros?) plans aux couleurs vives qui montraient des actions du quotidien. Je me souviens notamment d'un petit déjeuner avec une biscotte dans laquelle on croque et peut-être d'un verre de jus d'orange qui contraste sur une table bleue ?
Il y avait aussi le plan d'un pied de lit qui bouge avec des bruits de rapport sexuel.
Il n'y avait ni personnage, ni dialogue, ni musique. Seulement des gros plans d'objets (peut-être des morceaux de corps de temps en temps, ex: des mains) et des bruitages.
Tout ces détails formaient une boucle qui se répétait et allait de plus en plus vite et exprimait la répétition du quotidien.
Merci !
Réponse du Guichet
Nous n'avons pas identifié le court métrage que vous cherchez mais les titres Apartamentul de Constantin Popescu et El Empleo de Santiago Grasso s'en approchent. La piste du cinéma expérimental serait à explorer avec notamment l'émission Court-circuit proposée par Arte.
Bonjour,
Nous n'avons pas identifié le court métrage que vous cherchez mais voici des titres qui s'en approchent.
Apartamentul / Constantin Popescu, 2004
Constantin Popescu est le réalisateur de Pororoca, pas un jour ne passe, 2019. Apartamentul dure environ 19 minutes et montre un rituel quotidien : réveil, poubelles, rasage, petit-déjeuner, départ, puis le cycle recommence. Scurta & trista viaţă a Filmului Românesc, LiterNet, le décrit comme un rituel matinal et précise que l’homme revient ensuite dans l'immeuble et recommence le processus :
Un homme se réveille le matin (avec un réveil « comme chez grand-mère », dans une maison équipée d’un grille-pain électrique), sort les poubelles (du 4e étage au rez-de-chaussée : dans certains immeubles, il n’y a pas de benne à chaque palier !)), se rase (un rasage un peu long tout de même, d’autant plus que ce qui suit n’a rien à voir avec le génial A Clean Shave de Scorsese !), prend son petit-déjeuner avec sa femme, puis sa valise, et part. Mais pas en déplacement professionnel (comme le croit sa femme), mais chez sa maîtresse – c’est-à-dire qu’il fait le tour de l’immeuble, entre par la porte de derrière et monte au 8e étage, où elle habite… Le lendemain matin, il se réveille, sort les poubelles (du 8e au rez-de-chaussée), remonte dans l’ascenseur et – force de l’habitude ! – il monte au 4e étage, sonne ; sa femme lui ouvre, le regarde, perplexe, et son regard s’attarde (le détail qui tue) sur ses chaussons bleus à pompon en duvet, qui tremblent légèrement. Fin. Un court-métrage de 18 minutes (il aurait pu être plus court sans rien perdre, bien au contraire) dans lequel aucun mot n’est prononcé et qui ne « repose pas sur une chute » : la chute n’est que le point à partir duquel s’organise (magnifiquement) ce qui la précède…
Traduit avec DeepL.com (version gratuite)
L'ouvrage Contemporary romanian cinema : The History of an Unexpected Miracle / Dominique Nasta, 2013, que vous pouvez télécharger sur dokumen.pub, est consacré au cinéma roumain. Il décrit précisément sa bande sonore. Le film est sans dialogue, et les bruits du quotidien — grille-pain, réveil, radio, ascenseur — sont mis au premier plan et répétés de manière presque surréaliste ; il n'y a pas de musique d'accompagnement :
Being totally devoid of dialogue, the film’s entire meaning needs to be decoded by way of recurring visual elements but also with the help of a very effective soundscape. Every noise describing the daily routine from inside and outside the apartment is foregrounded and repeated in an almost surrealist way: the toaster, the alarm clock, the radio broadcast and the elevator mechanism almost turn into reallife characters.
As in most short and feature films from what will constitute the minimalist trend, there is no accompanying musical score.
Totalement dépourvu de dialogues, le sens du film doit être décodé à travers des éléments visuels récurrents, mais aussi à l’aide d’une ambiance sonore très efficace. Chaque bruit illustrant la routine quotidienne, à l’intérieur comme à l’extérieur de l’appartement, est mis en avant et répété de manière presque surréaliste : le grille-pain, le réveil, l’émission de radio et le mécanisme de l’ascenseur deviennent presque des personnages à part entière.
Comme dans la plupart des courts et longs métrages de ce qui constituera le courant minimaliste, il n’y a pas de bande originale.
Traduit avec DeepL.com (version gratuite)
Mais il y a des personnages et des plans relativement classiques, contrairement à votre souvenir.
El Empleo /The Employment, Santiago Grasso, 2008
Ce court-métrage argentin, mis en ligne sur la plateforme Vimeo, est sans dialogue. Il commence par le réveil d'un homme, le rasage, le petit-déjeuner, le café, le trajet et le travail, et transforme progressivement les individus en objets. Format Court le décrit comme un film mêlant passivité du quotidien et individus-objets :
Révélation de cette édition, il mêle subtilement passivité du quotidien, individus-objets et sobriété du dessin.
Tic, tac, tic, tac. 7h15. L’homme à la tête en forme d’index se réveille, se gratte, et sort de son lit. Il se rase, avale un biscuit et un café, renoue sa cravate, hèle un taxi pour rejoindre le bureau. Une fois arrivé, il attrape de justesse l’ascenseur, et dépose ses affaires dans son casier, avant de se mettre au travail. Une nouvelle journée commence.
Dépourvu de tout dialogue, « El Empleo » est un film éloquent, à plus d’un titre. Le décalage surgit devant la représentation d’un univers incongru dans lequel les individus sont relégués au rang et à l’usage d’objets. Dans ce monde, chacun travaille, quelque soit la fonction à accomplir et l’effacement de soi à accepter. Sans distinction, hommes et femmes sont au service les uns des autres, faisant office de meubles, de porte-manteaux, de porte-clés, de feux de signalisation, de transports, ou même de contre-poids d’ascenseurs.
Là on voit constamment le personnage. De plus, le film est postérieur à la période que vous évoquez si vous l'avez réellement vu il y a une vingtaine d'années.
Une piste esthétique à ne pas négliger, le cinéma expérimental. Votre description fait penser à une catégorie assez particulière de courts métrages expérimentaux où le scénario est remplacé par une succession de gestes, d'objets et de sons, avec répétition et accélération.
Un exemple beaucoup plus ancien est Botika Bituka de Cesar Hernando, 1987, qui utilise la répétition rapide d'images et de sons, avec une accélération progressive. Mais son sujet et ses images ne correspondent pas à votre souvenir (source : Letterboxd).
Autre piste conceptuellement proche, le programme Archaeology of Everyday Life consacré en 2002 à des œuvres expérimentales fondées sur la réutilisation et la répétition d'images banales. L'un des films cités, Scratch de Christoph Girardet, est constitué entièrement de plans en boucle accompagnés des sons correspondants (source : Dossier FCMM 2002 : Courts métrages dévoilés, Off Screen).
Votre souvenir d'une diffusion sur Arte est tout à fait plausible. L'émission Court-circuit diffuse précisément ce genre de films expérimentaux, internationaux et parfois très atypiques. Dans Arte. Culture court, Format court offre une présentation historique du programme qui occupait une case hebdomadaire en soirée et proposait des œuvres internationales et des films particulièrement originaux. Vous pourriez chercher dans les archives des programmes de Court-circuit entre environ 1998 et 2008, en ciblant les films expérimentaux, sans dialogue, sans musique, fondés sur le son et le bruitage, centrés sur les objets ou les gestes quotidiens, utilisant la répétition ou la boucle. Même si les films sont proposés en streaming selon les durées de droits de diffusion, c'est probablement la piste la plus prometteuse. Aujourd'hui Court circuit est diffusé chaque samedi soir aux alentours de 0h30 selon Wikipédia.
Bonne journée
Reflet dans un diamant mort