Qu'est-ce qui distingue la logique de la cohérence ?
Question d'origine :
Bonjour !
Logique et cohérence, parfois assimilées, souvent employées réciproquement pour définir l'une et l'autres.
Ma question est simple même si la réponse peut ne pas l'être : qu'ont en commun 'logique' et 'cohérence' mais, surtout, qu'est-ce qui les différencie, ou peut les différencier? Peut-on faire preuve de l'une sans l'autre ? Exemples bienvenus si vous le voulez bien !
Bien cordialement :)
Réponse du Guichet
Ces deux termes sont souvent qualifiés de synonymes et leur distinction est ténue. La logique est la science ou le système de règles qui régissent le raisonnement, tandis que la cohérence est la qualité, la propriété ou l'état d'une pensée, d'un discours ou d'un système qui respecte ces règles en évitant toute contradiction.
Bonjour,
Logique et cohérence sont parfois qualifiés de synonymes mais si l'on peut distinguer une légère distinction c'est que la logique est plutôt l’outil ou la discipline, tandis que la cohérence est une propriété du résultat.
L'étymologie de logique remonte au XIIIe siècle et signifie « science des lois du raisonnement ».
Pour Aristote, la logique est ce qui nous permet de construire une argumentation en accord avec la raison. Elle s’intéresse en priorité à la structure formelle des arguments : leur forme, indépendamment du contenu.
Elle est l'instrument de la cohérence de nos propos en s'assurant que les différentes parties d'un raisonnement s'assemblent correctement.
source : La LOGIQUE / Culture Philo
Voici la définition de "logique" d'après le Dictionnaire philosophique et historique de la logique / Steeven Chapados :
LOGIQUE
→ Étymol. : du latin logica (= science des lois du raisonnement), qui traduit le grec logikê (= technique ou art du raisonnement, de la parole), dérivé de lógos (= parole, discours, raison, sens, étude, proportion, relation).
Il n’existe pas de définition générale de la logique qui soit l’objet d’un consensus universel¹. La littérature et l’histoire attestent en effet une grande disparité dans la manière de définir la nature, le statut, la fonction et l’objet de cette discipline (v. Philosophie de la log.), d’autant plus que la logique actuelle reconnaît une multiplicité des logiques et des formes de rationalité en général (v. Log. moderne, Typ.).
On peut cependant reconnaître et identifier un certain nombre de conceptions et d’approches traditionnelles, en se réglant d’après certaines orientations sémantiques que prit le terme polysémique de lógos et dont logikê dérive :
1\ Au sens le plus large et minimal du terme, la logique qualifie ce qui relève en général d’une forme de cohérence* et cohésion entre les parties d’un système ou entre les idées dans une proposition*, une argumentation* ou un discours*. Synonyme de cohérence, 2**, antonyme d’absurde, 2*.
2\ Stricto sensu, le vocable nomme tout ce qui se rapporte en particulier aux formes et lois générales de la pensée, de la raison. Sous ce point de vue, les lois* logiques primitives (principe d’identité*, principe de non-contradiction* et tiers exclu*) apparaissent pour la logique traditionnelle* et la logique classique* comme des lois nécessaires* de la pensée rationnelle (v. Principe d’identité, Ah), indépendamment de tout contenu*.
On retrouve explicitement cette définition de la logique chez T. d’Aquin (XIIIe s.) (v. infra), et plus anciennement encore chez Platon (Timée²), chez qui ces lois sont censées garantir la rectitude de la raison. À l’époque contemporaine, la tradition de la logique prise dans cette acception évolua dans deux directions opposées, à savoir :
1\ vers le psychologisme*, qui énonce que les lois* logiques se réduisent à des opérations de la pensée ou des processus ou lois psychologiques (v. Psychologisme) ;
2\ vers la logique transcendantale* (transzendentale Logik, E. G. A. Husserl) ou une forme qui s’y apparente (par exemple chez F. L. G. Frege), qui fait totalement abstraction des actes psychiques par lesquels ces lois seraient réalisées dans une subjectivité (voir, par contraste, le sens que Kant donna à l’expression de logique transcendantale, à la fin de la section Ah, infra).
Ainsi, la logique transcendantale de Husserl demeure une science des lois normales de la pensée, mais en tant qu’elle ne s’intéresse pas aux conditions empiriques de réalisation de ces lois.
À ce propos, v. Psychologisme et Concept, Le statut d’existence des concepts.
3\ D’un point de vue plus contemporain, l’expression de logique nomme la théorie formelle des règles* ou des lois* garantissant :
1\ la formulation des propositions* formellement valides* ;
2\ la validité des inférences* ou des raisonnements* de type déductif*.
En tant que théorie de l’inférence ou de la conséquence* nécessaire*, elle s’intéresse spécifiquement aux règles et lois logiques* qui garantissent le passage d’un ensemble de propositions* valides à un autre ensemble de propositions valides, indépendamment de tout contenu*.
À ce sujet, on se reportera à Inférence et Raisonnement.
» Sur la distinction entre règle et loi, v. Règle logique.
La logique vue sous ce rapport spécifique exclut toute référence*, d’une part, à l’activité d’un sujet connaissant ou à tout processus psychologique et, d’autre part, au contenu* des propositions* entrant dans la composition des raisonnements. Synonyme de cohérence, 3*, antonyme d’absurde, 2*.
À l’époque contemporaine, on porte le crédit de cette définition au logicien écossais W. Hamilton (qui définit la logique comme la science de la conséquence* ou science de la pensée en tant que celle-ci est entièrement soumise au principe de non-contradiction*).
De fait, celle-ci fut sous-entendue déjà par Aristote et ses successeurs (qui dénommèrent analytique la « logique » ainsi entendue [analyse au sens d’analyse du raisonnement], v. Analytique, I*), la logique scolastique (la science dont la matière [materia circa quam] est le raisonnement), et la Logique de Port-Royal* (1662, 1683) (la logique comme art de penser et dont les outils sont précisément donnés par la théorie du syllogisme*).
» Sur la signification de l’expression de logique formelle*, v. Ah [infra], Forme, Log. moderne.
4\ Pour la logique moderne*, la logique est conçue de façon plus large que le sens 3, à savoir comme une théorie exprimée dans un langage symbolique, qui fixe les règles de la bonne formulation des propositions* et qui fournit diverses méthodes de calcul* (d’où son appellation de logique mathématique*) permettant de vérifier leur valeur de vérité*.
Cette approche permet de traiter des classes* de propositions dont ne tenait pas compte la logique traditionnelle*, d’où l’émergence de nouvelles logiques modernes para-classiques* ou parallèles, partielles ou affaiblies, élargies (modales) et non-classiques*.
» Sur les multiples logiques modernes, on se reportera à Log. moderne, Typ. et Pluralisme logique.
» Sur la thèse wittgensteinienne selon laquelle les propositions de la logique ne sont que des propositions redondantes, v. Tautologie, Ah.
La cohérence est est la qualité ou l'état d'une pensée, d'un discours, d'une théorie ou d'un système qui respecte les règles de la logique. Elle s'attachera davantage à veiller à l'absence de contradiction dans un ensemble d’idées (un discours, un comportement, un système ou d’une œuvre).
"Un discours incohérent est, en effet, un discours en déficit de sens, au point qu'on peut le qualifier d'absurde" nous dit yvan Elissalde dans Vocabulaire philosophique. 3 Les mots de la raison et du réel.
Voici la définition de "cohérence" d'après le Dictionnaire philosophique et historique de la logique / Steeven Chapados :
COHÉRENCE
ou « cohésion », non-contradiction*, vérité-cohérence, théorie cohérentiste de la vérité, consistance logique
→ Étymol. : tiré du latin cohaerens (= attaché avec, fixé à autre chose).
1\ Dans son sens le plus large (étymologique), désigne l’intelligibilité rationnelle des relations qu’entretient un tout avec l’ensemble de ses parties ou qui unissent une fin avec l’ensemble des moyens mobilisés en vue de celle-ci¹. Synonyme de cohésion (métaphore physique), adhérence des parties.
2\ Dans un horizon plus épistémologique, désigne le caractère d’un discours* dont les différentes parties ou composantes (notamment les thèses* et les arguments*) ne présentent pas entre elles de contradiction* ou d’hétérogénéité². Synonyme de logique, 1* et consistance logique.
Dans ce sens, la cohérence est synonyme de non-contradiction* (v. Contradiction, Contradictoire, Principe de non-contr.) et s’oppose directement à absurdité* et autocontradiction*. Pour être cohérent ou consistant, un discours doit respecter les règles des contradictoires* et des contraires* (v. Contradiction, Contradictoire, Principe de non-contr. et Contraire).
Cette définition de la cohérence sert de fondement à la théorie cohérentiste ou cohérentielle de la vérité*. Celle-ci, attribuée d’ordinaire à des philosophies monistes, rationalistes ou antiréalistes (G. W. Leibniz, G. W. F. Hegel), définit la vérité dans le tout, c’est-à-dire que la vérité d’une proposition n’est pas établie en fonction de sa correspondance avec une réalité objective et externe donnée (v. Adéquation), mais plutôt selon sa relation de cohérence avec les autres propositions déjà acquises qui forment le système. Cette approche qui lie degré de cohérence interne et degré de vérité fut critiquée par B. A. W. Russell, partisan de la vérité-adéquation, au motif qu’il n’est pas possible que deux ou plusieurs hypothèses scientifiques équivalentes soient toutes vraies simultanément — est vraie seulement celle qui correspond objectivement aux faits extérieurs qu’elles visent à expliquer. À l’époque contemporaine, cette conception de la vérité fut défendue notamment par le philosophe autrichien O. Neurath et le logicien américain W. V. O. Quine (dans le cadre de son ontologie relativiste).
3\ Dans son acception logique et syllogistique plus précise, la cohérence dénote* le caractère d’un raisonnement* valide*, c’est-à-dire dont la conséquence* est correctement tirée des prémisses* posées. La cohérence est en ce sens le corrélatif sémantique du concept de validité* logique et s’oppose ex definitione au raisonnement non sequitur*. Synonyme de logique, 3*.
Un raisonnement cohérent est dans ce sens un raisonnement formellement valide, c’est-à-dire qui respecte les règles d’inférence* (v. Inférence), abstraction faite du contenu matériel des propositions qui le constituent. Ainsi, quand bien même une conclusion* serait fausse* sur le plan de son contenu, le seul fait pour le raisonnement d’être valide est signe de sa cohérence. A contrario, un raisonnement dont la conclusion est vraie* quant à son contenu, mais qui est incorrectement tirée des prémisses posées, et qui est donc non valide, est incohérent. La cohérence fait donc référence ici à la nature logique des liens qu’entretient le conséquent* avec l’antécédent* dans un raisonnement valide.
4\ On dit d’un système formel* qu’il est consistant sur le plan logique lorsqu’il est complet.
À ce propos, on se reportera à Complétude.
Dans tous les sens qui affectent le mot, la cohérence a toujours partie liée avec un idéal de rationalité (v. Raison), cœur battant de l’activité philosophique depuis ses origines. Un discours, un argument, une thèse ou encore un raisonnement incohérents renvoient à l’ordre de l’irrationnel, voire la folie.
Pour aller plus loin, quelques ouvrages :
- Philosophie de la logique : conséquence, preuve et vérité / textes réunis par Denis Bonnay et Mickael Cozic
- La logique : qui peut m'apprendre à penser juste ? : essai / Geneviève Constant
- Dictionnaire de l'argumentation. Une introduction aux études d'argumentation / Christian Plantin
et cette précédente réponse du Guichet du Savoir : Y a-t-il des philosophes ou intellectuels qui ont conceptualisé la « cohérence » ?
Bonne journée
Peine Kapital