Comment est-il possible d'attribuer un squelette à D'artagnan ?
Question d'origine :
Bonjour, je viens de lire un article sur la découverte d'un squelette attribué possiblement à D'artagnan. L'article évoque l'ADN pour confirmer ou infirmer cette hypothèse. Comment est ce possible ? ...je ne suis pas scientifique...Merci beaucoup.
Réponse du Guichet
La datation au carbone 14, l’analyse isotopique du collagène et la spectrométrie de masse permettent de connaître l’époque du décès, le régime alimentaire du défunt et la nature des objets retrouvés autour des restes du supposé d'Artagnan dans l'église Saint-Pierre-et-Paul de Maastricht aux Pays-Bas.
Mais l'identification dépendra surtout de la qualité de l’ADN extrait des os et des dents et comparé à celui de descendants généalogiquement établis, une technique qui a déjà fait preuve de son efficacité par le passé.
Toutefois, la dégradation des échantillons, le mélange possible d’ossements et l’absence d’une filiation incontestable pour d'Artagnan pourraient empêcher toute conclusion définitive. Par ailleurs la bataille que se livrent l'archéologue Wim Dijkman, découvreur illégal de la dépouille, et la ville de Maastricht ne feraient que retarder l'anonce des conclusions de ce "cold case" vieux de 350 ans.
Bonjour,
Les restes du légendaire mousquetaire français d’Artagnan pourraient avoir été découverts par l’archéologue Wim Dijkman, en mars 2026, dans une église de Maastricht, aux Pays-Bas. Tué d’une balle de mousquet en juin 1673, lors du siège de Maastricht, Charles de Batz de Castelmore, dit d’Artagnan, fut un fidèle serviteur de Louis XIV et fut immortalisé dans les romans d’aventure d’Alexandre Dumas. Sa sépulture n’a jamais été exhumée et demeure un mystère pour les historiens et les archéologues.
Problème, les fouilles conduites sous la nef de l'église Saint-Pierre-et-Paul, dans le quartier Wolder, sont jugées illégales par la municipalité et une véritable bataille judiciaire et scientifique pour identifier la dépouille est aujourd'hui engagée entre la ville et Wim Dijkman. L'archéologue est accusé d'avoir creusé sans autorisation officielle (seulement avec l'accord de la paroisse) et d'avoir détérioré une partie du site. D’autres ossements, mélangés aux restes du supposé mousquetaire, auraient également été retrouvés à proximité, semant la confusion chez les analystes. Ces accusations ont même conduit à son arrestation par la police néerlandaise, en mai dernier, pour détention illégale d’ossements à son domicile.
De son côté le chercheur s'estime victime des jalousies de ses confrères archéologues et des problèmes bureaucratiques inhérents à la mairie. Réputé pour son sérieux et sa connaissance impeccable du sujet auquel il aura consacré une partie de sa vie, il justifie son acte car il se considère comme l'unique responsable de la découverte tout en se sachant inéligible à une future conduite de fouilles officielles, en raison de son statut de jeune retraité.
Pour permettre l'identification du corps, Dijkman a envoyé une partie des restes (des dents et une partie du fémur) à un laboratoire de confiance à Munich pour procéder à des analyses ADN. La mairie de Maastricht finance en parallèle ses propres analyses. Pour l'heure les premiers indices et expériences menées ne permettent pas de contredire ni d'affirmer l'hypothèse de Dijkman.
Ce que révèlent les articles sur le sujet :
Les spécialistes s'accordent depuis longtemps sur le très probable enterrement de la dépouille dans l'une des églises de la ville. Sa place proche de la nef, indique une personnalité de haut rang, ce qui pourrait correspondre aux hommages attendus. Sa taille, l'âge de la personne et les premières évaluations du temps écoulé depuis la mort grâce à la technique du carbone 14 donnent une fourchette (entre 1500 à 1900) qui concorde avec la temporalité recherchée.
L'analyse de la teneur en carbone 14 du collagène est la technique de référence pour dater des ossements humains en archéologie. La proportion de carbone 14 peut indiquer avec fiabilité l'âge des ossements jusqu'à 40 000 ans :
Mais que se passe-t-il quand un être vivant meurt ? Il cesse de respirer, de boire et de manger. En d'autres mots, il n'absorbe plus de carbone 12 « normal » ni de carbone 14. Dans ses tissus, le carbone 14 continue lentement à redevenir du carbone 12, mais sans être remplacé puisque l'individu ne respire plus, ne boit plus et ne mange plus. La proportion de carbone 14 par rapport au carbone 12 dans ses restes diminue donc jusqu'au moment où tout le carbone 14 sera converti en carbone 12. Combien de temps cela prendra-t-il ?
Il faut 5.570 ans environ pour que la moitié du carbone 14 se convertisse en carbone 12. C'est ce que l'on appelle la demi-vie du carbone 14. En une demi-vie, la proportion de carbone 14 diminue donc de moitié. Si on trouve un os ayant appartenu à un être humain et que l'on détermine qu'il lui reste seulement la moitié du carbone 14 initial, on pourra dire que cette personne est décédée il y a environ 5.570 ans. C'est ce que l'on appelle la datation au carbone 14. Maintenant, que trouverait-on dans les os d'une personne décédée, il y a deux fois 5.570 ans, soit 11.140 ans ? Les os auraient perdu la moitié du carbone 14 restant au cours de la deuxième demi-vie : la moitié de la moitié, cela donne le quart. Une personne décédée il y a 11.140 ans a donc dans ses os le quart du carbone 14 d'origine. Et cela se poursuit : après trois demi-vies, il en restera le huitième, après quatre demi-vies, le seizième, et ainsi de suite. Finalement, après environ sept ou huit demi-vies, soit autour de 40.000 ans, il ne restera presque plus de carbone 14 et il deviendra trop difficile de le mesurer.
Source : La datation au carbone 14 des ossements - Futura (2024)
Voir aussi : Comment dater les ossements par le Carbone 14 ? - CIRAM
Mais l'analyse du collagène aurait aussi provoqué une controverse inattendue. La science, qui est capable de reconnaître les habitudes alimentaires du défunt, révèlerait des ossements une consommation anormalement élevée de poissons de mer (environ 30% de son alimentation) pour un homme originaire de Gascogne ayant passé une grande partie de sa vie entre Lille et Paris.
Par ailleurs, une spectométrie de masse contredirait l'hypothèse que la balle de mousquet ait été retrouvée parmi les restes du squelette. Beaucoup trop léger, l'arme du meurtre ne serait en réalité qu'un "fragment de clou forgé" (article du Monde cité à la fin).
La spectrométrie de masse est une technologie utilisée à des fins analytiques dans de très nombreux domaines : chimie, biochimie, physique, archéologie, pharmacie, médecine... Son utilisation en analyse qualitative permet de déterminer la masse moléculaire ou atomique, la structure d'une substance. Dans des conditions standardisées avec une bibliothèque de spectres de masse, il est possible d'identifier les molécules d'un mélange complexe. Avec des procédures d'étalonnage, une quantification est alors possible. La spectrométrie de masse est la méthode de référence pour de nombreuses applications : identification de substances dopantes ou toxiques, datation au carbone 14 (14C), rapport isotopique 12C/13C en médecine et archéologie...
Source : Spectrométrie de masse - 16/05/07 - EM-Consulte
Voir aussi : Spectrométrie de masse - Wikipedia.
Il faudra donc attendre la publication des résultats des analyses ADN pour infirmer ou confirmer cette hypothèse, ce qui pourrait prendre encore plusieurs mois. Pour ce faire, des descendants supposés de d'Artagnan auraient effectué des prélèvements salivaire et sanguin afin d'aider à fixer son identité. Ces échantillons doivent servir de référence biologique comme l'explique La Revue française de Généalogie dans cet article : D’Artagnan retrouvé ? L’ADN au défi de l’histoire. Cette méthode aurait déjà fait ses preuves pour identifier a posteriori les restes de Richard III d'Angleterre ou de Louis XVII, fils de Louis XVI et Marie-Antoinette décédé à la prison du Temple, même si ici certains craignent que les prélèvements relevés soient tellement endommagés qu'ils soient inexploitables.
Autre problème, la restitution d'une parenté fiable dans le cas d'Artagnan serait difficile à établir pour les généalogistes. Aymeri de Montesquiou, ancien maire de Marsan et député du Gers, et qui s'est prêté aux tests de prélèvement d'après Le Monde, se revendique pourtant comme le plus proche descendant connu du prestigieux mousquetaire. En 2012 le Conseil d’État lui avait même donné l'autorisation de faire accoler à son patronyme celui de d'Artagnan même si d'autres descendants lui contesteraient le titre.
Même si la science met au service de la recherche historique et archéologique ses meilleurs instruments, l'affaire d'Artagnan de Maastricht est encore loin d'être élucidée. Les tests ADN mettraient un point final à la question mais l'échantillon prélevé pourrait être détérioré et les querelles généalogiques compliquent l'établissement d'un repère génétique fiable. De plus, la ville de Maastricht indique qu'elle n'accordera aucune valeur aux résultats allemands tant que ceux-ci n'auront pas été vérifiés dans un laboratoire reconnu par les autorités néerlandaises...
Nous sommes loin de la célèbre formule des mousquetaires : "Un pour tous et tous pour un". Affaire à suivre !
Articles consultés pour cette recherche :
La sépulture potentielle de d’Artagnan à Maastricht, une énigme historique qui vire à la guerre d’archéologues (Le Monde, 2026)
Can DNA testing help solve the mystery of the Fourth Musketeer ? (National Geographic, 2026)
Musketeer d'Artagnan's remains believed found under Dutch church (BBC, 2026)
Unclear if French musketeer d'Artagnan's bones were found, research shows (Reuters, 2026)
Le squelette de d'Artagnan pourrait ne jamais être identifié à cause d'une fouille menée hors des règles (Sciences et Vie, 2026)
Bonne journée.
Tekoha.