Y a-t-il un lien entre l'organisation des jeux olympiques et le cancer ?
Question d'origine :
Est-ce qu'il peut y avoir un lien entre bosser pour l'organisation des jeux olympiques et avoir un cancer ?
Réponse du Guichet
Nous aurions aimé avoir plus de précisions sur le contexte de votre question. Nous vous apportons néanmoins quelques éléments d'information sur les cancers professionnels.
Bonjour,
Pourriez-vous préciser votre question : qu'est-ce qui vous laisse penser qu'il peut y avoir un lien entre l'organisation des JO et le cancer ? Quel est le contexte précis de votre demande ?
Qu'entendez-vous par "organisation des jeux olympiques" ? Quel type de travail est ou était effectué ? L'était-il sur un chantier de construction d'infrastructure ou d'équipement sportif ? Parlez-vous du stress engendré par l'organisation ?
Parlez-vous des JO d'été ou d'hiver ? De quelle ville ? Ils peuvent être organisés dans des contextes géographiques et des types de villes très variés, allant des mégapoles mondiales aux territoires ruraux ou de montagne dispersés.
Le cancer peut être reconnu comme maladie professionnelle s'il résulte de l'exposition prolongée à un agent cancérogène sur le lieu de travail. Voici quelques informations relatives à ce sujet en attendant vos précisions.
Qu'est-ce qu'un cancer professionnel ?
Un cancer est dit « professionnel » ou « d’origine professionnelle » s’il est la conséquence directe de l’exposition professionnelle d’un travailleur à un risque physique, chimique ou biologique, ou qu’il résulte des conditions dans lesquelles il exerce son activité. On compterait plus de 12 000 cas de cancers d’origine professionnelle chaque année en France, qui concernent des localisations variées : cancers du poumon, mésothéliome, cancers de la vessie, du larynx, etc.
Cancers professionnels et agents cancérogènes (ou cancérigènes) : de quoi parle-t-on ?Les cancers professionnels résultent d’une exposition à certains agents cancérogènes (qui provoquent ou favorisent les cancers) dans le cadre de l’activité professionnelle.
Il s’agit notamment d’agents :
- chimiques: pesticides, certains composés organiques volatiles (COV), benzène, trichloréthylène, formaldéhyde), gaz d’échappement diesel ;
- physiques: rayonnements ionisants, amiante, poussières de bois ;
- biologiques: certains virus, toxines.
Certains procédés ou activités professionnelles sont considérés comme cancérogènes : il s’agit notamment d’opérations telles que le soudage ou la peinture, qui sont responsables d’émissions de substances cancérogènes. [...] la recherche a montré ces dernières années que le travail de nuit peut augmenter les risques de cancer du sein chez les femmes, notamment lorsqu‘il est exercé sur de nombreuses années.
On considère que de nombreux cancers professionnels résultent de l’exposition à plusieurs agents cancérogènes : on parle alors de multi-exposition ou polyexposition. Ainsi, une activité professionnelle spécifique qui expose à des facteurs cancérogènes peut être classée cancérogène, comme le métier de peintre ou de pompier (voir plus bas).
En outre, il faut distinguer :
- les cancers reconnus comme maladies professionnelles par les organismes de Sécurité sociale (régime général, agricole ou autres) ;
- les cancers pouvant être liés à une exposition, dans le cadre professionnel, à des agents classés comme cancérogènes par le CIRC et sur lesquels les connaissances évoluent constamment.
Parmi les cancers que l’on estime être attribuables à l’activité professionnelle, seuls 15 % seraient reconnus comme maladies professionnelles. Il existe habituellement un délai de quelques années entre :
- d’une part, l’identification d’un lien entre l’exposition à un agent cancérogène dans le cadre professionnel et la survenue d’un cancer ;
- d’autre part, la mise en place d’un dispositif (un « tableau ») permettant la prise en charge par la Sécurité sociale du cancer professionnel correspondant.
Enfin, les connaissances scientifiques, mais aussi les métiers, les conditions de travail, les procédés et matériaux utilisés ainsi que les outils de prévention des risques ont évolué et évolueront encore. Il faut donc distinguer :
- l’exposition actuelle à des cancérogènes dans le cadre du travail, qu’il faut prévenir pour réduire le risque de cancers futurs;
- les cancers professionnels en eux-mêmes, qui reflètent des expositions passées, remontant parfois à plusieurs décennies.
[...]
Qui est concerné par l’exposition à des cancérogènes dans le cadre du travail ?Si tout le monde est potentiellement concerné par le risque d’exposition à des cancérogène en milieu professionnel, on estime que 10 % des travailleurs sont particulièrement exposés. Certains secteurs et activités sont davantage à risque :
- l’industrie du bois, de la métallurgie, du cuir, de la chimie, de la plasturgie ;
- le bâtiment et les travaux publics ;
- l’agriculture ;
- l’activité minière.
Les métiers de la maintenance, du nettoyage, du transport, du dépannage, de l’esthétique ou de la coiffure, de la peinture de carrosserie ou encore le travail dans un laboratoire d’anatomopathologie ou de recherche présentent aussi des risques potentiels d’exposition à des cancérogènes. Les travailleurs de l’industrie du nucléaire ou encore le secteur médical sont quant à eux potentiellement concernés par l’exposition aux rayonnements ionisants.
Selon une étude française, les profils de salariés les plus concernés par un risque d’exposition à un (des) cancérogène(s) chimique(s) sont :
- les hommes (19 % contre 3 % des femmes) ;
- les ouvriers, qui comptent pour plus des deux tiers des salariés exposés à au moins un agent cancérogène chimique ;
- les jeunes;
- les salariés à contrat précaire;
- les salariés de petites entreprises, qui ont parfois des politiques de prévention des risques professionnels moins développées.
[...]
Comment sait-on qu’un cancer est d’origine professionnelle ?La preuve du lien entre un cancer d’un travailleur et son activité professionnelle est souvent difficile à mettre en évidence. En effet, il faut pouvoir analyser dans le détail les agents chimiques, physiques ou biologiques (dont certains ont pu être réglementés ou interdits depuis) ainsi que les procédés et conditions de travail auxquels le travailleur a été exposé tout au long de ses années d’activité. L’exposition peut être directe, mais aussi indirecte, si le travail a été effectué à proximité d’un poste qui expose à des agents cancérogènes.
De plus, rien ne permet actuellement de différencier les cancers d’origine professionnelle de cancers ayant une autre origine : quelle que soit la nature du ou des facteurs qui ont déclenché un cancer, la maladie se manifeste et se développe de la même façon. Par exemple, un cancer du poumon présente les mêmes symptômes, qu’il soit associé à une exposition professionnelle à l’amiante ou à un tabagisme. L’existence de plusieurs facteurs de risque concomitants peut d’autant plus créer la confusion : lorsqu’un patient qui a fumé toute sa vie est atteint d’un cancer du poumon, celui-ci est plutôt attribué d’emblée au tabagisme, occultant potentiellement une exposition à des cancérogènes sur le lieu de travail. Dans la mesure où un tableau de maladie professionnelle existe, la reconnaissance est facilitée, du fait d’une présomption d’imputabilité applicable.
Face à un patient atteint de cancer, le médecin ne pense donc pas systématiquement à une origine professionnelle. Cependant, il peut être alerté en cas de cancers connus pour leur association à certaines activités, comme le mésothéliome, le plus souvent dû à l’exposition professionnelle à l’amiante. De même, on estime que le cancer du poumon chez l’homme est dans 20 % des cas d’origine professionnelle.
De leur côté, les patients ne savent pas toujours qu’ils ont été en contact avec des produits à risque ou ne s’en souviennent plus. Les médecins du travail n’ont pas non plus toujours une bonne traçabilité des expositions passées en entreprise. Enfin, de nombreux patients ne connaissent pas suffisamment leurs droits en matière de reconnaissance des cancers d’origine professionnelle. On note également un manque d’information et de formation du corps médical. Il en résulte que lorsqu’ils sont d’origine professionnelle, 60 % des cancers du poumon ne sont pas reconnus comme tels ni indemnisés par les organismes de protection sociale.
source : Fondation pour la recherche contre le cancer / Fondation pour la recherche sur le cancer
N'hésitez pas à consulter le site de l'Institut national du cancer qui indique aussi :
La part des cancers attribuable à des expositions professionnelles est estimée entre 4,5 et 8 % par Santé publique France. Selon les travaux réalisés par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), l'agence spécialisée de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), elle représenterait 4 % des cancers chez les hommes et 0,5 % chez les femmes.
D'après l'enquête SUMER 2017, près de 2,8 millions de salariés ont été exposés à au moins un produit chimique cancérogène au cours de la semaine précédant l'étude, soit environ 1 salarié sur 10 en France (chiffre stable par rapport à 2010).
Les principaux cancérogènes concernés sont
- les émissions de moteur diesel,
- les fumées de soudage,
- les huiles minérales entières,
- les poussières de bois,
- la silice cristalline.
Toutefois, la connaissance des expositions professionnelles demeure très incomplète en France et le degré d'exposition provoquant une augmentation du risque de cancer est également mal connu. Les cancers d'origine professionnelle bénéficient d'un meilleur repérage et d'une meilleure reconnaissance, mais ils restent largement sous-reconnus et sous-indemnisés.
Voici quelques documents complémentaires qui pourront vous intéresser :
- Sécurité et santé au travail / Organisation internationale du travail
- Contre les accidents du travail, les leçons du modèle olympique / Bernard Thibault - Santé et travail - 14 avril 2026
- L’OIT et Tokyo 2020 signent un accord pour promouvoir le travail décent pendant les préparatifs des Jeux / OIT - 26 avril 2018
- Jeux Olympiques de la Jeunesse Dakar 2026: partenariat entre le Comité d’organisation et l‘OIT pour garantir un héritage social durable après les Jeux / OIT - 3 mars 2026
N'hésitez pas à reposter une nouvelle question précisant davantage votre demande.
Bonne journée.
Une histoire renversante de la balançoire