Quelle est l'histoire de la "bise" comme geste de rencontre ?
Question d'origine :
Bonjour,
Lors d'une conversation hier avec les copains sur le fait que "grâce" au covid, la bise n'était plus tant une obligation sociale qu'avant, on s'est demandé si on savait d'où sortait cette "tradition" française bien connue à l'étranger et à laquelle on ne comprend pas trop plus grand chose qu'eux ?
A-t-on une idée d'où et que quand ça vient ?
Merci et bonne journée à vous ! :)
Réponse du Guichet
La bise, terme français datant du XXe siècle, est une habitude contemporaine que beaucoup croient typiquement française mais on se fait aussi la bise dans les pays d’Europe du Sud, à tradition catholique ou orthodoxe, jusqu’en Russie et dans certains pays arabes et d’Afrique subsaharienne ! Les sources indiquent une longue histoire de gestes sociaux, religieux, familiaux, ou hiérarchiques pour se saluer.
La bise française doit être comprise comme un palimpseste historique, héritière des fonctions antiques du baiser social, et résultant de transformations médiévales, de la codification de la civilité moderne, de l’évolution des rapports sociaux et de genre. Aujourd’hui, la bise fonctionne comme un rite symétrique d’ouverture ou de clôture de la rencontre et marque une convention de proximité relativement familière, égalitaire et intime.
L’enquête linguistique participative de Mathieu Avanzi montre des variations entre générations et régions (nombre de bises, joue tendue en premier, verbes et expressions employés pour désigner la pratique). Deux bises sont fréquentes, mais certaines régions privilégient une, trois voire quatre bises (une habitude plus fréquente chez les seniors que les juniors...) !
Bonjour,
La pandémie de la Covid-19 a rendu visibles les règles habituellement implicites de la bise. Les personnes ont souvent négocié la conduite à adopter selon le degré de proximité et le risque sanitaire. La bise n’a cependant pas disparu depuis (elle a été suspendue, refusée, remplacée ou maintenue selon les relations), mais la pandémie a révélé que ce geste, apparemment automatique, est une convention sociale négociée.
D'ou vient donc la bise française ?
Les sources indiquent une longue histoire de gestes de salutation, d’affection, de paix et de hiérarchie, dont la bise contemporaine constitue une forme particulière. Des textes mésopotamiens attestent le baiser dès le IIe millénaire av. J.-C. Le mot bise, au sens de « baiser sur les joues », est lui-même présenté par l’Académie française comme un terme du XXe siècle, dérivé de biser, forme dialectale de baiser. La catégorie lexicale actuelle est donc relativement récente :
II. BISE nom féminin
Étymologie : XXe siècle. Déverbal de biser, forme dialectale de baiser.
↪ voir aussi : I. Bise (n. f.)
Fam. Baiser sur les joues. Donner une bise à sa maman. Faisons-nous la bise, embrassons-nous.
Source : Dictionnaire de Académie française
Mais il faut distinguer l’histoire générale du baiser social, de l’histoire spécifique de la bise sur les joues. La bise française ne constitue pas la survivance inchangée d’un geste antique mais résulte de la transformation progressive de plusieurs formes de baisers sociaux, religieux, familiaux et hiérarchiques, puis de leur régionalisation et de leur normalisation dans la France contemporaine.
Pour l'histoire de la salutation pendant l'antiquité, nous vous invitons à lire une réponse récente du Guichet du Savoir (juin 2026) :
La salutation est un acte codifié et politique dans les mondes anciens grec et romain, que l'on pense à la salutatio matutina, à la pratique de la proskynèse et du baiser familial dans la Rome antique. Le terme grec Chaire, signifiant littéralement "Réjouis-toi" ou "Sois joyeux", a également une portée philosophique. La poignée de main (Dexiosis) symbolise une égalité entre deux citoyens de la Grèce Antique, tout comme se serrer la main droite est une pratique de salutations pour des romains de rang égal.
[...]
Le baiser de la Rome Antique est quant à lui une salutation familiale très codifiée, se conformant à une idée d'égalité sociopolitique et se manifestant sous trois formes : le basium au sein de la famille, l'osculum entre les membres d'une même corporation et le suavium entre les amants.
[...]
Dans l’Antiquité tardive chrétienne, le baiser prend une forte dimension rituelle puisqu'il manifeste l’appartenance au groupe, la paix, la communion et certaines relations hiérarchiques, il ne s’agit toutefois pas encore de la bise contemporaine. Lire à ce sujet : Knust, J. W. (2006). [Review of Kissing Christians: Ritual and Community in the Late Ancient Church, by M. P. Penn] [Critique de Kissing Christians : Ritual and Community in the Late Ancient Church, de M. P. Penn]. Church History, 75(3), 651–653.
Christian ritual kissing served to delineate, regulate, and negotiate group boundaries and did so in complex ways. Kissing was employed to emphasize and dramatize fictive familial relationships (26-56). Christians were expected to kiss one another; after all, they were "family" (30-37). By kissing, they exchanged and blended their souls or spirits, a belief capable of providing a particularly strong rationale for group cohesion (37-43). Later Christians kissed to promote reconciliation and restore peace in the community, a practice that first appears in the second century, though this interpretation of the kiss was read back as "tradition" by later authors (43-49). Kissing, then, did more than recommend cohesion; it embodied this cohesion in a ritual action capable of acting upon and forming the group itself.
[Le baiser rituel chrétien servait à délimiter, réguler et négocier les frontières du groupe, et ce de manière complexe. Le baiser était utilisé pour souligner et mettre en scène des relations familiales fictives (26-56). Les chrétiens étaient censés s’embrasser les uns les autres ; après tout, ils formaient une « famille » (30-37). En s’embrassant, ils échangeaient et mêlaient leurs âmes ou leurs esprits, une croyance susceptible de fournir une justification particulièrement forte à la cohésion du groupe (37-43). Plus tard, les chrétiens s’embrassaient pour favoriser la réconciliation et rétablir la paix au sein de la communauté, une pratique qui apparaît pour la première fois au IIe siècle, bien que cette interprétation du baiser ait été rétrospectivement présentée comme une « tradition » par des auteurs ultérieurs (43-49). Le baiser ne se contentait donc pas de favoriser la cohésion ; il incarnait cette cohésion dans un acte rituel capable d’agir sur le groupe lui-même et de le façonner]
Traduit avec DeepL.com (version gratuite)
Dans la France médiévale, le baiser est un langage social : les sources montrent plusieurs formes de baisers, entre parents, amis, chevaliers, seigneurs et vassaux, mais aussi dans les rites religieux et les cérémonies de paix. Le baiser peut exprimer l’affection, la fidélité, la soumission, la réconciliation ou l’intégration dans un groupe. L’ouvrage de Yannick Carré est particulièrement important sur la place du baiser dans la France médiévale : Le baiser sur la bouche au Moyen Age [Livre] : rites, symboles, mentalités, à travers les textes et les images, XIe-XVe siècles, 1993 chez Le Léopard d'or.
Dans La raison des gestes dans l'Occident médiéval [Livre], Jean-Claude Schmitt montre plus largement que les gestes médiévaux ne sont jamais de simples mouvements spontanés : ils sont porteurs de statut, de pouvoir et de valeurs religieuses ou sociales.
À l’époque moderne, les usages se codifient progressivement. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, les traités de civilité et de savoir-vivre cherchent à organiser les comportements : qui peut toucher qui, comment saluer un supérieur, comment entrer dans une maison, comment manifester le respect ou la familiarité. Les ouvrages de Courtin et de La Salle sont surtout des normes prescrites, et non des descriptions exactes de toutes les pratiques réelles :
Courtin, Antoine de. Nouveau traité de la civilité qui se pratique en France parmi les honnêtes gens, première édition, 1671 : source essentielle sur les normes de civilité françaises à l’époque moderne ; plusieurs éditions sont disponibles dans les bibliothèques numériques.
La Salle, Jean-Baptiste de. Les Règles de la bienséance et de la civilité chrétienne, 1716 : source pédagogique majeure sur les comportements corporels et les règles de présentation de soi.
Le baisemain, étudié notamment pour la France du XVIIIe siècle, montre l’importance de la hiérarchie, du genre et de la galanterie dans les gestes de salutation. Le baiser social est alors fortement dépendant du rang, de la situation et du degré de proximité. Vous pouvez lire à ce sujet :
Vickermann-Ribémont Gabriele. Baiser du cœur ou de l’esprit : le baisemain au XVIIIe siècle français. In: Les baisers des Lumières. Clermont-Ferrand : Presses universitaires Blaise-Pascal, 2004. pp. 55-74. (Littératures) :
Dans ce parcours, le XVIIIe siècle joue un rôle charnière pour la tournure que le baisemain prend vers le sens galant généralisé que nous lui connaissons aujourd’hui. En même temps, le geste reste alors attaché à sa valeur initiale, sacrale (perpétuée dans le baisemain de l’évêque) ou cérémonielle (laquelle reste vivante durant tout l’Ancien Régime). Sa diffusion vers les couches sociales inférieures se fait avec le développement raisonné de l’étiquette et avec l’émulation des mœurs de la cour3. Ainsi, au cours du XVIIIe siècle, le baisemain tend à se diversifier selon les couches sociales et la valeur, cérémonielle ou galante, qu’on lui attribue ; puis ces différences se gomment au fur et à mesure que l’étiquette officielle se perd et que les différences entre les couches sociales s’atténuent. Car la figuration du baisemain se nourrit encore de son essence originelle, de sa valeur de signe d’hommage ou de gratitude, respectivement d’accès à une personne d’un état supérieur, et elle reste, en conséquence, fortement imprégnée des caractéristiques de la société corporative de l’Ancien Régime. [...]
La bise contemporaine apparaît ainsi comme une forme plus récente de politesse et de salutation, résultant de transformations progressives : certains baisers rituels deviennent moins religieux et moins hiérarchiques ; le contact se déplace vers la joue et les relations familières ; la pratique se diffuse dans les relations amicales, familiales et parfois professionnelles ; elle devient une convention de proximité plutôt qu’un geste amoureux. L'ouvrage d'Alain Montandon Le baiser : le corps au bord des lèvres. Paris, Autrement, 2005 offre une synthèse culturelle et anthropologique, utile pour replacer la bise parmi les différents types de baisers.
Pour comprendre les variations culturelles et diachroniques des expressions de la politesse en France, vous pouvez lire : From good manners to facework: Politeness variations and constants in France, from the classic age to today [Des bonnes manières à la gestion de l'image : variations et constantes de la politesse en France, de l'époque classique à nos jours] de Catherine Kerbrat-Orecchioni ( Journal of Historical Pragmatics, Volume 12, Issue 1-2, Jan 2011, p. 133 - 155).
Forms and conceptions of politeness vary noticeably from one society to another, and also, within a given society, from one age to another. However, it can be assumed that the treatment of politeness phenomena in terms of “facework” as advocated by Brown and Levinson (1978, 1987) might help us to shed some light on both cultural variations and diachronic variations in politeness behaviour. This assumption is tested by considering the question of “good manners” in the French classic age as they are recorded in some prescriptive and literary writings. The study reveals that the profound logic that politeness obeys is the same in all eras. I take a special interest in the “double binds” we are confronted with in the exercise of politeness, looking at, for example, compliments as a ritual activity.
© 2011 John Benjamins Publishing Company
[Les formes et les conceptions de la politesse varient sensiblement d’une société à l’autre, mais aussi, au sein d’une même société, d’une époque à l’autre. On peut toutefois supposer que l’approche des phénomènes de politesse sous l’angle de la « gestion de la face », telle que préconisée par Brown et Levinson (1978, 1987), pourrait nous aider à mieux comprendre tant les variations culturelles que les variations diachroniques des comportements de politesse. Cette hypothèse est vérifiée en examinant la question des « bonnes manières » à l’époque classique française, telles qu’elles sont consignées dans certains écrits normatifs et littéraires. L’étude révèle que la logique profonde qui régit la politesse est la même à toutes les époques. Je m’intéresse tout particulièrement aux « dilemmes » auxquels nous sommes confrontés dans la pratique de la politesse, en considérant, par exemple, les compliments comme une activité rituelle.]Traduit avec DeepL.com (version gratuite)
Aujourd’hui, force est de constater que la bise fonctionne principalement comme un rite d’ouverture ou de clôture de la rencontre. Elle ne transmet pas une information mais confirme plutôt la relation entre les personnes. Elle peut être attendue entre personnes qui se connaissent, mais devenir embarrassante lorsqu’une personne ne sait pas si elle doit proposer la bise, serrer la main ou garder ses distances.
Dans l’analyse pragmatique des salutations françaises, la bise symétrique marque généralement une relation familière, relativement égalitaire et intime, tandis que la poignée de main peut conserver une valeur plus formelle ou hiérarchique. Jin-Moo Kim, dans “Analyse pragmatique de l’acte de salutation : les salutations de rencontre en français.” France Culture Studies, no 22, 2011, p. 119-155, étudie la salutation française et notamment la bise comme marqueur de proximité et d’égalité relationnelle.
Vous pouvez lire aussi cette étude comparative des séquences d’ouverture, de la poignée de main et de la bise : Mansi, Faten. “Les salutations non verbales dans des visites familières en France et en Jordanie.” Revue algérienne des sciences du langage, 5, 2, 2020, p. 145-170.
L’objet de cet article réside dans l’étude de salutations non verbales dans des visites familière en France et en Jordanie. Il concerne plus particulièrement l’analyse de la séquence de l’ouverture. La méthode comparative a été adopté afin de dégager les actes qui composent cette séquence dans les deux pays. Cet article montre que les mêmes actes sont attestés dans les deux pays. Ce qui change, c’est la modalité de production et le fonctionnement des actes dans l’interaction. La mise en oeuvre de ces actes reflète les valeurs sociales et le profil socio-culturel des participants de chaque pays.
La bise contemporaine n’obéit cependant pas à une règle nationale unique. L’ouvrage Mathieu Avanzi, Parlez-vous (les) français ? [Livre] : atlas des expressions de nos régions 2019, contient des données cartographiques sur les expressions de salutation et les usages régionaux.
Une cartographie d'expressions utilisées dans les différentes régions de France et recueillies par l'auteur auprès de milliers de locuteurs. Des termes pour se saluer, se réjouir, râler ou encore évoquer le temps qu'il fait, les repas et les tracas quotidiens. ©Electre 2019
L'article du même auteur “Et vous, comment faites-vous la bise ?” (The Conversation, 2019) est une source très utile pour les variations régionales : nombre de bises, joue tendue en premier, vocabulaire régional. L’enquête linguistique participative qui repose sur plus de 18 600 réponses en France, Belgique et Suisse, montre des variations régionales concernant le nombre de bises ; la joue tendue en premier ; les verbes et expressions employés pour désigner la pratique ; les différences entre régions et générations. Deux bises sont fréquentes, mais certaines régions privilégient une, trois ou quatre bises. La bise semble longtemps avoir été réservée à l’intimité familiale et au genre féminin. Ainsi, la bise entre hommes a longtemps été stigmatisée.
Les hypothèses sur les origines de la bise sont nombreuses, et souvent invérifiables. S’agit-il de la ritualisation de comportements ancestraux, comme se renifler pour se reconnaître ou reproduire une expression affective liée à l’enfance ? Sur ce point, les historiens, anthropologues et autres spécialistes des comportements humains ne sont pas parvenus à un consensus. Disons que le fait de faire la bise (ou de se faire un « schmoutz », de se « biser » ou de se donner une « baise », etc.) est une habitude que beaucoup d’Anglo-Saxons croient typiquement française. Mais elle ne l’est pas : on se fait aussi la bise dans les pays d’Europe du Sud, à tradition catholique ou orthodoxe, jusqu’en Russie, dans certains pays arabes et d’Afrique subsaharienne !
Sur le plan historique, il semblerait que le rituel remonte à l’Antiquité, et qu’il ait connu des hauts et des bas dans l’histoire de l’humanité moderne, tantôt interdit, tantôt valorisé. La question se complexifie encore quand on cherche à tenir compte du contexte (dire bonjour, dire au revoir, se souhaiter la bonne année, etc.), du lien de parenté des personnes impliquées (la bise semble longtemps avoir été réservée à l’intimité familiale), ou de leur genre. Ainsi, la bise entre hommes a longtemps été stigmatisée.
Ce qui est sûr, c’est que ce rituel agite régulièrement la Toile depuis une quinzaine d’années. Une partie des discussions porte sur le nombre de bises il faut faire. La question a fait pour la première fois le buzz en 2003, à la suite de la mise en ligne du site combiendebises. Le rituel a d’ailleurs suscité la mise en ligne d’une vidéo humoristique du stand upper britannique Paul Taylor qui a rapidement conquis l’audience (plus de 3 millions de vues, tout de même). Les données que nous avons collectées dans le cadre de nos enquêtes conduites entre 2016 et 2019, nous ont permis d’apporter de nouveaux éléments de réflexion pour continuer le débat. [...]
Majoritairement, les Français font deux bises, à part dans le Languedoc et dans la partie sud de l’ex-région Rhône-Alpes. Un comportement que l’on retrouve en Suisse romande. Dans la partie septentrionale de la France, les aires en rose signalent les endroits où l’on fait encore quatre bises. L’analyse des données montre cependant que dans ces régions, les quatre bises sont fortement concurrencées par les deux bises. Comme on peut le voir sur les cartes ci-dessous, le fait de faire quatre bises est une habitude plus fréquente chez les seniors que les juniors. L’avenir nous dira si les quatre bises continueront à être reproduites dans les années à venir, où si elles ne seront plus qu’un lointain souvenir. L’origine de ces différences reste inconnue. Un internaute m’avait fait remarquer que les trois bises recouvraient à peu près l’aire protestante du XVIIe siècle, et qu’elles auraient été un signe de reconnaissance (la Trinité). Pour les quatre bises, l’idée semblerait être que chacun puisse poser une bise sur chacune des joues de son vis-à-vis. Se non è vero, è ben trovato ! [...]
On peut voir que le territoire est grosso modo divisé en deux parties. Dans le Sud-Est et l’Est de la France, on tend la joue gauche en premier. Dans l’autre hémisphère, c’est la droite. Notons toutefois l’existence de deux îlots dans chacune de ces grandes régions : en zone bleue la Suisse romande se détache. En zone rouge, c’est la Haute-Normandie qui fait bande à part. Ici encore, il est difficile d’expliquer les raisons d’être d’une telle distribution, l’aire dessinée sur la carte ne correspondant à aucune autre aire connue qui permettrait de l’expliquer.
Enfin, c’est un fait moins connu, la façon dont nomme l’action de se faire la bise (et parfois plus généralement, l’action de se faire un bisou, pour se saluer ou non), varie d’une région à l’autre. Nos enquêtes nous ont permis de cartographier avec précision l’aire de sept verbes et expressions régionales. La plupart des mots que l’on retrouve sur cette carte appartiennent à la même famille que le mot du français contemporain bise (dont bisou est un dérivé). Le verbe biser par exemple est aujourd’hui sorti de l’usage conversationnel, mais on le retrouve sous la plume de nombreux auteurs du début du XXe siècle (chez Raymond Queneau notamment), et il figure encore dans certains dictionnaires (avec la mention familière). Il est toujours employé dans le Centre-Ouest de la France, où il coexiste avec la variante « biger », sans doute passée dans le français régional par l’intermédiaire des dialectes locaux (le poitevin, l’angevin et/ou le tourangeau) que parlaient encore couramment nos aïeux il y a un siècle. En Belgique, faire une « baise » (à quelqu’un) n’a rien de sexuel : le mot baise correspond au substantif « baiser » (on retrouve le retrouve dans le mot un peu désuet, baisemain).[...]
Source : Et vous, comment faites-vous la bise ?” (par Mathieu Avanzi, The Conversation, 2019).
Pour appréhender le tournant du Covid-19 dans la pratique de la bise, vous pouvez lire l'article du Monde, Après le Covid-19, s’embrasser ou pas, un dilemme français”, 20 octobre 2021, qui révèle les débats contemporains, les refus de la bise et la dimension genrée du geste. L'article de France Inter Coronavirus : que va devenir la bise après le confinement ?”, 2020 est également fort intéressant pour le discours médiatique et les commentaires d’anthropologues sur la fonction rituelle du geste.
En vous souhaitant de bonnes lectures !
Tekoha.