Je recherche des informations sur l'immeuble situé au 22 rue d'Algérie, à Lyon
Question d'origine :
Bonjour,
Je suis étudiante en architecture intérieure et je réalise une recherche historique et architecturale sur l'immeuble situé au 22 rue d'Algérie, à Lyon, qui accueille aujourd'hui le Lycée des Métiers des Arts de la Coiffure (LMAC).
Je souhaite retracer l'histoire complète du bâtiment, depuis sa construction au XIXe siècle jusqu'à ses usages et transformations successifs.
J'ai déjà identifié les appellations « Massif des Terreaux » et « Galerie des Terreaux ».
Néanmoins, avez - vous des documents complémentaires ; comme des plans, des photos, des documents écrits, et autre qui pourrait m'aider dans ce projet ?
Je vous remercie par avance pour votre aide.
Réponse du Guichet
Au XIXe siècle, le quartier des Terreaux à Lyon connaît une importante transformation urbaine, marquée par la démolition de l’ancien quartier de la Boucherie et la création de rues modernes larges et bordées de façades néoclassiques, notamment sous l’impulsion de l’architecte Benoît Poncet. Construit entre 1857 et 1858, le massif des Terreaux accueille diverses activités commerciales, dont le Grand Bazar de l’Hôtel de Ville dès 1900, puis d’autres commerces et établissements, jusqu’à l’installation du lycée professionnel de coiffure. Nous vous proposons ici quelques pistes de recherches à la Bibliothèque municipale de Lyon ainsi qu'aux Archives municipales.
Bonjour,
Au XIXe siècle le centre ville de Lyon se transforme profondément. En 1838, la construction d'un nouvel abattoir à Perrache conduit à raser l'ancienne Boucherie des Terreaux et à la création de la rue d'Algérie reliant la place des Terreaux au quai de la Pêcherie :
Dans les années 1835-1838, l'ancien quartier de la Boucherie à l'ouest de la place des Terreaux est l'objet de projets de "régénération", du fait du déplacement des abattoirs à Perrache (1838). Les îlots faisant face à l'Hôtel de Ville appellent donc une reconversion totale qui permet d'escompter des embellissements en chaîne, en raison de la plus-value donnée par les bâtiments projetés. Cette mutation économique et résidentielle répond à celle du secteur au sud de Bellecour. La globalité des transformations voit le jour lentement. Vers 1845, les rues d'Algérie, de Constantine, Lanternet et du quai de la Pêcherie sont les premières grandes rues modernes de Lyon où la cohérence des alignements est radicalisée par les raffinements des façades néoclassiques. Elles concrétisent aussi le succès remporté par l'investissement privé. De plus, le pouvoir municipal teste ici les possiblités de la toute récente loi sur l'expropriation pour cause d'utilité publique, achète les terrains, trace les voies puis revend les parcelles à des particuliers.
source : L'esprit d'un siècle [Livre] : Lyon 1800-1914 : [catalogue d'expositions, Lyon, avril-juillet 2007] / [Benoît Bardet, Bruno Benoît, Dominique Bertin, et al.]
Des maisons raffinées et alignées remplacent ainsi un bâti hétérogène. C'est l'architecte Benoît Poncet (1806-1881), en charge du percement de la Rue Impériale (actuelle Rue de la République) à Lyon qui sera également chargé de la rénovation de l'ensemble appelé « Massif des Terreaux » à partir de 1856. Il confie le dessin des façades à Frédéric Giniez (1813-1867).
La construction du massif des Terreaux, dont le 22 rue d'Algérie fait partie, s'étale de mai 1857 à décembre 1858. Composé de sept immeubles couvrant une superficie de 2 613 m2 avec un passage au centre de la masse de 504 mètres carrés, le coût total s'élève à 1 508 283 de francs (hors solde dû aux ouvriers de 431 713 F) :
Avant même le début des travaux de construction de la rue Impériale, Vaïsse propose à la SRI, en février 1855, de nouveaux projets à savoir : la construction d’un marché couvert, l’élargissement de la rue Buisson, la démolition et la reconstruction du massif des Terreaux, le prolongement de la rue Grenette vers la Saône, la démolition et la reconstruction de la masse de l’Hôtel de la Poste.29 Deux traités distincts, l’un portant sur le massif des Terreaux et l’autre sur les autres transformations, sont signés le 4 mars puis approuvés en assemblée générale en mai. Si tous ces projets incluent une phase de destruction, seuls deux d’entre eux (massif des Terreaux et marché couvert) prévoient une reconstruction spécifique. La SRI se trouve, de fait, dans la nécessité de mener de front l’ensemble de ces travaux. Mais, malgré ses engagements, elle décide de retarder l’exécution des annexes et de concentrer tous ses efforts sur l’achèvement des travaux de la rue Impériale.30
1.2.1. Le massif des TerreauxL’impatience de Vaïsse a raison de ces atermoiements. Il demande en mai à ce que la démolition du massif des Terreaux soit effective à partir de décembre. Poncet signe avec deux entreprises (Naud & Boudet ; Gayet, Avril & Cie) un traité pour la démolition du massif des Terreaux au prix de 43 600 F.31 Avant le début des travaux, la SRI passe un nouveau contrat avec Poncet pour fixer le montant de sa rémunération pour l’exécution des traités du 4 mars : 200 000 F pour tous ses frais de bureaux, d’aides-architectes employés et autres qu’il aura pu faire pour l’exécution des travaux des annexes. Si la destruction des 20 immeubles du massif des Terreaux s’effectue rapidement, celle de l’Hôtel du Parc est différée, en raison de négociations difficiles avec les HCL et d’un coût d’expropriation jugé trop onéreux. Il faudra l’intervention de Vaïsse pour débloquer la situation en renégociant le rôle de chacun : la mairie se charge des expropriations, et la SRI de la démolition.32 La construction du massif des Terreaux connaît lui aussi de nombreuses modifications suite à des changements d’alignement et de plans architecturaux. Finalement, après avoir préalablement présenté ses plans à la mairie qui voulait un beau bâtiment face à l’hôtel de ville, Giniez construit, entre mai 1857 et décembre 1858, le massif des Terreaux, soit sept immeubles couvrant une superficie de 2 613 m2 avec un passage au centre de la masse de 504 mètres carrés.33 Le coût total issu des comptes du grand livre s’élève à 1,5 MF.34 Ce sont les exigences artistiques et monumentales de sa façade et du passage le traversant qui ont grevé les comptes de construction. Contrairement à celui de la rue Impériale, le mouvement saisonnier des dépenses pour le massif des Terreaux est très haché avec des périodes de forte activité (juin-septembre-octobre 1857 et juin-juillet-septembre 1858) liées aux travaux de gros œuvre, entrecoupées de baisses et des petits pics qui correspondraient davantage aux travaux de second œuvre. [...]
Les premières signatures de baux de locations, dès mars 185836, ne font pas taire les inquiétudes des administrateurs en raison de la crise commerciale et des retards concernant les travaux devant embellir le quartier de la place des Terreaux, qu’il s’agisse de la démolition de l’Hôtel du Parc et du déplacement de la préfecture dans les bâtiments de l’hôtel de ville.
source : Bonneval, Loïc, et François Robert. « Un patrimoine bâti durable ». De la rente immobilière à la finance, ENS Éditions, 2019
Lire aussi :
- Lyon : silhouettes d'une ville recomposée : architecture et urbanisme, 1789-1914 / Dominique Bertin et Nathalie Mathian - aux pages 62-68.
- Lyon, entre Bellecour et Terreaux : urbanisme et architecture au XIXe siècle / Bernard Gauthiez
- Benoît Poncet et sa part dans les grands travaux de Lyon / Nizier Du Puitspelu. La Revue du Lyonnais, T 2, 1881, pp. 287-292. Consultable également sur Google livres
- De la régénération du quartier de la Boucherie des Terreaux et de l'érection d'un édifice dans ce quartier / Barillon. La Revue du Lyonnais, n°113, 1841, p.135
- De la régénération du quartier de la Boucherie des Terreaux - dernier article / Barillon. La Revue du Lyonnais, n°113, 1841, p. 321
- Sur la galerie des Terreaux, cette précédente réponse du GdS : Galerie des Terreaux
- Dans notre fonds Coste, vous trouverez quelques documents qui pourront vous intéresser sur le quartier des Terreaux.
Concernant les différentes transformations opérées rue d'Algérie et plus précisément au n°22, nous vous conseillons de vous tournez vers les Archives municipales de Lyon qui conservent les différentes déclarations de travaux déposées.
Elles conservent également une riche iconographie composée de plans, cartes, photographies et cartes postales. Voici quelques documents consultables en ligne :
- Plan adopté en 1840 pour la régénération du quartier de la Boucherie des Terreaux
- Grand Bazar de l'Hôtel de Ville à Lyon. Plan d'ensemble du sous-sol
- Carte postale : Lyon - La place des Terreaux
Vous trouverez également de nombreuses cartes postales représentant la place des Terreaux sur notre base Numélyo. N'hésitez pas à parcourir notamment notre base Photographes en Rhône-Alpes sur laquelle on retrouve des photographies de la place des Terreaux à différentes époques :
On y trouve aussi quelques photographies relatives à la rue d'Algérie.
Notre Fonds Sylvestre illustre le patrimoine lyonnais depuis les années 1840 jusqu'au début des années 1960. Il est consultable en partie sur Numélyo. Voici quelques clichés de la Place des Terreaux.
Concernant ses occupants, l'immeuble est occupé par le Grand Bazar de l'Hôtel de Ville à partir de 1900. Dans une précédente réponse, nous indiquions :
Nous avons parcouru les photos de la base Photographes en Rhône-Alpes et sur celle-ci nous voyons bien l’existence du magasin dont vous parlez notamment grâce à l’inscription : Exposition des nouveautés de la saison Grand Bazar de l’Hôtel de Ville.
Nous avons consulté l’indicateur lyonnais Henry et l’Annuaire Fournier. Lyon et Rhône du début du XXe siècle jusqu’aux années 1970 afin de retrouver des renseignements.
Ainsi dès l’édition de 1900 de l’indicateur lyonnais Henry, nous trouvons mentionné à l’angle du 12 de la place des Terreaux et du 22 de la rue d’Algérie la Société anonyme du Grand Bazar de l’Hôtel de Ville avec comme précision M. Gente pour directeur puis en 1906 M. Parry.
A partir du début des années 1950, apparait à cette même adresse la Société des Magasins Réunis (SA) à Paris, puis dès 1952 le Palais des Arts Ménagers (Paris). En 1961, "appareils ménagers" est rajouté à la dénomination du magasin. Toujours répertorié en 1965, le Palais des Arts Ménagers n’apparait plus dans l’édition de 1968.

source : Numelyo : Lyon. - Place des Terreaux. - Fontaine Bartholdi
Notons la présence d'autres sociétés au cours des XIXe et XXe siècles dans les Annuaires Fournier et Indicateurs lyonnais Henry, comme les établissements Gelko (confection) puis le journal des Brodeuses, la Chambre syndicale des Maîtres coiffeurs du Rhône à partir de 1954 puis la Warner Bross SA location de films en 1956, La société lyonnaise d'Etudes commerciales industrielles et financières, (SOLEF) SARL, crédit immobilier en 1962, le Syndicat d'hygiène dermatologique de Vichy, ...
Le Lycée professionnel de coiffure a été créé en 1963, labellisé Lycée des métiers des arts de la coiffure en 2008, est devenu en 1979, un lycée privé sous contrat.
Dans un article du journal Le Progrès daté du jeudi 12 mai 2011, la directrice du lycée, Mireille Aubert, explique :
Les travaux devraient commencer dans la deuxième quinzaine de mai. Pour accueillir nos 300 élèves, les 200 m2 supplémentaires que le nouveau site propose -soit 20 % de surface en plus par rapport à notre installation actuelle- étaient une occasion à saisir. Ils seront transformés en ateliers, salles de cours et salle de réunion.
Un autre article du journal Le Progrès daté du lundi 14 novembre 2011 indique :
Un an après la fermeture de la librairie des Terreaux (rue d'Algérie) qui comptait 130 ans d'existence, Mireille Aubert, la directrice du lycée des métiers des arts de la coiffure, a ouvert, mercredi, des locaux transformés en salons d'application aux élèves du brevet professionnel. L'établissement, né en 1963, a donc acquis 190 m2 de plus. Coiffure, shampoing, chimie, cours et réunion viennent de remplacer les étagères de la famille Honoré.
Des particuliers exerçant tous types de professions (épicier, fabricant de dorure, confiseur, passementier, tailleur, employé en soieries, employé de commerce, dentiste, professeur de danse, etc.) habitaient également ces logements, vous pouvez consulter les recensements de population en ligne sur le site des archives départementales du Rhône, ou encore les Annuaires Fournier et Indicateurs lyonnais Henry pour en savoir plus.
Nous terminons par quelques photographies du quartier et du bâtiment :
- Grands travaux d'urbanisme du Second Empire : élargissement du débouché de la rue Saint-Pierre
- Lyon. - La Fontaine Bartholdi
- Lyon. - Place des Terreaux. - Quartier Saint-Vincent
- [Place des Terreaux, côté Ouest (13 février 1948)]
- Place des Terreaux, côté Ouest (13 février 1948)
- Une photographie à la source inconnue sur Facebook
Bonne journée
Lug, pionnier lyonnais des super-héros