Où en est le plan de plantation massif d'arbres annoncé par le président de la république ?
Question d'origine :
Bonjour,
Le président de la république a annoncé un plan de plantage massif d'arbres.
Où en est ce programme ? Un plan de réalisation a-t-il été annoncé ? Est-ce qu'un organisme a été chargé de le réaliser ? Est-ce que des consignes ont été donné pour que le résultat ne soit pas une catastrophe écologique comme en Chine et au Chili ?
Merci d'avance.
Bonne journée.
Réponse du Guichet
Aujourd'hui, l’objectif de plantation d’un milliard d’arbres en dix ans avec l’objectif de renouveler 10 % de la forêt, est toujours affiché, sans pouvoir vérifier clairement si la France pourra l'atteindre d'ici 2032. Ce chantier national, appuyé par des dispositifs de financements publics comme "France Nation Verte" et de financement privés, ambitionne également de restructurer une filière bois jugée trop émiettée.
Cependant, l'avancement réel du programme fait l'objet de vives controverses, les chiffres officiels du gouvernement et ceux du SGPE divergeant. Des ONG comme Canopée, ainsi que le Haut Conseil pour le Climat, reprochent à ce plan une politique du chiffre favorisant excessivement les coupes rases au détriment d'une sylviculture raisonnée. La Cour des comptes a également souligné le sous-financement de la recherche et la vulnérabilité financière de nombreuses communes forestières face aux crises sanitaires et climatiques.
Sur le plan juridique, le Conseil d’État a annulé en juillet 2026 un décret clé organisant les aides au reboisement, le gouvernement ayant omis de consulter préalablement le public. Un nouveau décret a été publié en octobre 2026 pour rétablir les bases juridiques du dispositif sans toutefois revoir la stratégie. Pour vérifier que le programme évite les erreurs observées au Chili et en Chine, il faudrait suivre publiquement la survie des plantations, leur composition, les effets sur les sols, l’eau et la biodiversité, et pas seulement compter les arbres plantés.
Bonjour,
Le 28 octobre 2022, Emmanuel Macron a effectivement annoncé, lors d'un discours présidentiel à l'Élysée, la plantation d’un milliard d’arbres en dix ans en mobilisant l'ensemble des acteurs publics et privés, dans le cadre d’un chantier de renouvellement des forêts françaises, avec l’objectif de renouveler 10 % de la forêt dans le respect de la biodiversité :
Le dernier axe, le troisième que j'évoquais, c'est celui de reboiser et de gérer durablement. Il nous faut en effet, compte tenu de ce que nous avons vécu et de la vulnérabilité de nos forêts, réinventer en quelque sorte nos forêts françaises et planifier notre action. Je veux en effet, dans le cadre de cette planification écologique, avoir une planification de notre reforestation avec un cap clair. Je remercie le ministre d'être là et à ses côtés, la ministre déléguée et la secrétaire d’État, parce que c'est un axe d'aménagement de nos territoires, de nos collectivités, de notre biodiversité.
Notre cap, c'est de pouvoir replanter un milliard d'arbres en dix ans. Alors je vais ici essayer de clarifier les chiffres parce qu'on finit par ne plus retrouver ces petits ou tout au moins ces arbres. J'ai pris un engagement de campagne qui est de financer la capacité à replanter 140 millions d'arbres durant ce mandat. Ça, ce sont les dispositifs de financement public qui sont à notre main. Mais il se trouve que le mouvement qui est lancé est beaucoup plus grand, beaucoup plus fort. Et si on s'y prend bien, qu'on mobilise à la fois ce qu'on fait des collectivités publiques et des propriétaires privés, ce que nous devons faire, c'est cet objectif d'un milliard d'arbres à la fin de la décennie.
Cela veut dire renouveler 10 % de notre forêt. C'est à peu près ce que ça représente. C'est faisable et c'est même ce que nous devons faire. Parce qu'on le voit bien, notre vulnérabilité a souvent été de délaisser, de ne pas suffisamment replanter. Et donc il y aura des dispositifs, ils existent déjà, de financements publics, mais il doit y avoir une très large mobilisation sur ce sujet, avec une méthode que l'on travaille tous ensemble avec les professionnels, les collectivités, les opérateurs comme l’ONF et le Conservatoire du littoral, avec aussi nos jeunes pour réussir cette planification. Parce que c'est un formidable projet, un formidable chantier écologique, environnemental et d'aménagement de nos territoires, mais qui est un projet de biodiversité, d’entretien de nos territoires et de leurs équilibres, de capacité à valoriser des filières, sur lesquelles, je le rappelle, nous n’avons pas réussi à date à mettre en œuvre une vraie filière française.
Je le dis parce que nous parlons là de la biodiversité dans les forêts, de nos paysages, de notre cadre de vie et de la beauté de ces paysages, mais on parle aussi d’activité économique, parce que valoriser nos forêts, c’est être capable de les entretenir, c’est être capable de couper, de valoriser le bois, de le transformer. Nous avons l’une des plus grandes forêts de d'Europe. Nous sommes un des plus grands importateurs de bois d’Europe. Cherchez l’erreur. Ça suppose aussi derrière d’aller vers, et je le dis d’autant plus que je n’ai pas réussi ces 5 dernières années, avec beaucoup d’humilité, ma structuration des filières et le changement des habitudes.
Nous avons aujourd’hui une filière de valorisation qui est trop émiettée, qui est sous capitalisée et qui donc ne sera, si on ne change pas les règles et notre organisation, jamais compétitive. On continuera à faire des beaux discours pour dire : il faut produire du bois et des meubles et des bâtiments avec du bois français mais on n’y arrivera pas. Ça suppose d’investir, de réorganiser, de changer les habitudes, de construire des acteurs plus compétitifs pour résister aux grands acteurs étrangers et rebâtir une filière. La forêt française, vous voyez donc, c'est une formidable source d'espoir si nous savons être au rendez-vous de cet axe. Mais si nous sommes lucides aujourd'hui, cette forêt, elle est en danger parce qu'elle est menacée de toute part par le changement climatique qui nous donnera demain un climat du sud de l'Espagne dans nos régions atlantiques ou provençales.
Comme je le disais, la forêt est essentielle pour notre biodiversité, pour notre climat, parce qu'elle capte environ 10 % de nos émissions de carbone et pour notre souveraineté en matière d'énergie, de matières premières, qu'il s'agisse de bois, d'énergie, de chauffage, mais aussi de transformation. Donc, il faut la penser dans toute cette chaîne et nous organiser pour ce faire. Alors à court terme, dans le cadre de cette mobilisation pour nos forêts, nous allons d'abord réparer, replanter. Cela passera par un dispositif de soutien à la reconstitution des forêts incendiées comme je m'y suis engagé cet été, qui sera intégré au mécanisme de renouvellement forestier France 2030 et qui a été conçu lors des Assises de la forêt et du bois. Je veux remercier toutes celles et ceux qui ont contribué à ces travaux.
Il y a d'abord un travail qui consiste à défricher les zones sinistrées et à les nettoyer qui va se faire dans les prochains mois et donc dès fin 2023, début 2024, nous organiserons ce travail pour replanter. Les moyens seront au rendez-vous pour faire face à ce nouveau défi. Au-delà de l'année prochaine, nous allons mettre en œuvre un cadre pérenne et stable de financement de ce dispositif reposant sur la finance carbone, la mobilisation privée et publique. Nous avons mis en place des instruments innovants qui peuvent y contribuer, qui doivent y contribuer. Ainsi, puisque chaque vol domestique doit obligatoirement compenser ces émissions, ce qu'on va demander aussi c’est à nos compagnies aériennes de s'en saisir et de nous aider à financer cet effort. C'est pour cela qu'au-delà des financements publics et des engagements strictement pris, nous allons faire en sorte que le carbone émis dans nos airs soit en quelque sorte pleinement capté par nos chaînes, nos forêts et financé par ceux qui produisent ce carbone. Avoir aussi une capacité à financer ces efforts.
Je vais le dire aussi très clairement, l'État sera à vos côtés pour replanter, mais nous ne replanterons pas à l'identique. Nous devons adapter nos forêts aux nouvelles conditions climatiques à travers davantage de diversification, une gestion plus durable et là aussi, un travail avec les scientifiques, les associations pour nous adapter aux changements. Ainsi, à moyen terme, nous devons parvenir à des forêts plus résilientes, plus fortes. Renouvelée à 10 % d'ici la fin de cette décennie. Et en préservant la beauté de nos paysages et notre biodiversité.
C'est pourquoi notre territoire devra voir se massifier le nombre d'hectares soumis à un plan de gestion durable car chacun doit se rendre compte que nous devons là disposer de pare-feu, en particulier quand les incendies sont un risque, c'est-à-dire presque partout. Surtout, nous n'hésiterons pas à engager un vaste chantier de reprise en main des biens vacants et sans maître et des hectares forestiers des communes non gérées. Parce que l'un ne peut pas aller avec l'autre. Et nous allons sortir d'une forme d'hypocrisie qui parfois existe. Nous réduirons ainsi le morcellement des terres qui conduit fatalement à une dilution des responsabilités. Parce que je l'évoquai tout à l'heure en prenant l'exemple et le courage de notre préfète. Mais quand le feu survient, il est trop tard pour mettre en cause des négligences. Et la jachère désordonnée est le meilleur allié du feu.
Aussi, je crois profondément qu'une remise en gestion d'une partie de la forêt est nécessaire pour mieux lutter contre les incendies, maximiser nos capacités d'absorption carbone. C'est la cohérence de ce plan avec notre plan de prévention et de meilleure gestion des risques. Dans cette perspective, d'ici à 10 ans, conformément à nos engagements, nous aurons bien mis en œuvre, avec le plus grand plan de repeuplement français depuis l'après-guerre, la plantation d'un milliard d'arbres en mobilisant l'ensemble des acteurs publics et privés. Pour toutes les raisons que je viens d'évoquer, c'est un combat de la Nation. C'est un beau combat qui puise d'ailleurs dans notre histoire, dans nos racines, dans notre imaginaire, mais qui est aussi une ambition de résilience et d'avenir pour tous nos territoires.
Source : Discours présidentiel de l'Elysée, 28 octobre 2022.
Où en est-on ?
Une Question publiée dans le JO Sénat du 02/07/2026 met en avant que le Gouvernement avait notamment fixé un premier jalon de 467 millions d'arbres renouvelés ou plantés à l'horizon 2026. Or les données publiques disponibles demeurent lacunaires. Dans ce contexte, ladite question cherche à savoir si l'objectif d'un milliard d'arbres d'ici à 2032 pourra être atteint et quel est l'état d'avancement du programme forestier (le bilan actualisé de la mise en œuvre de cet engagement, le nombre d'arbres effectivement plantés ou régénérés depuis le lancement du programme, les surfaces concernées et les financements publics mobilisés).
Dans sa réponse publiée au Sénat le 17 septembre 2026, le Ministère de la transition écologique, de la biodiversité et des négociations internationales sur le climat et la nature, indique certaines avancées chiffrées, sans répondre précisément sur la part du milliard déjà accomplie et sans confirmer que le jalon de 467 millions en 2026 a été atteint :
- des aides de l’État au renouvellement forestier ont été mises en place, ainsi qu'un dispositif complémentaire, le Label-Bas-Carbone (LBC), drainant des fonds privés vers des investissements forestiers dynamisant le puits de carbone [...]
- à ce jour, 125 millions d'arbres ont été plantés ou le seront cet automne, reboisant une surface totale d'environ 100 000 hectares, soit grâce à l'aide de l’État, soit à celle des fonds privés labellisés du LBC [...]
- les financements de l’État mobilisés, dans le cadre de trois dispositifs d'aide au renouvellement forestier successifs, s'élèvent à environ 430 millions d'euros depuis 2021 [...]
- en moyenne annuelle sur les 5 dernières années, l'effort national total de renouvellement forestier peut être estimé à environ 200 millions de jeunes arbres. Il se divise en 60 millions d'arbres plantés (dont 23 millions grâce aux financements publics sur notamment 20 000 hectares de parcelles sinistrées par le changement climatique), auxquels peuvent être ajoutés 140 millions d'arbres issus de régénération naturelle [...]
- la réouverture du guichet des aides de l’État au renouvellement forestier, fermé temporairement en juin 2026, est envisagée en 2027, afin qu'il contribue à nouveau activement à l'atteinte de l'objectif présidentiel de plantation d'un milliard d'arbres d'ici 2032.
Source : Publiée dans le JO Sénat du 17/09/2026 - page 4488
Le cap d'un milliard d'arbres en dix ans reste donc incertain.
Si le gouvernement a communiqué dans le Compte rendu du Conseil des ministres du lundi 27 juillet 2026 sur près de 300 millions d’arbres plantés depuis 2021, le tableau de suivi officiel du Secrétariat général à la planification écologique (SGPE) disponible sur son site, n’en comptabiliserait que 90,3 millions en cumul depuis 2021, selon l'article de Reporterre :
Emmanuel Macron avait promis de planter un milliard d’arbres d’ici 2032. Cette politique est le reflet d’une vision productiviste de la forêt, dénoncée sans relâche par les défenseurs d’une sylviculture raisonnée et de la biodiversité forestière. Les chiffres relayés par le gouvernement sont également trompeurs.
Alors que le gouvernement a communiqué sur un bilan provisoire de « près de 300 millions d’arbres […] plantés depuis 2021 », le tableau de suivi du Secrétariat général à la planification écologique (SGPE), repéré par Contexte et disponible sur son site, comptabilise seulement 90,3 millions d’arbres plantés, en cumul depuis 2021.
« Replanter ? C’est exactement ce qu’il ne faut pas faire immédiatement après un incendie, c’est la doctrine de l’ONF », dénonçait Sylvain Angerand, directeur de l’association Canopée, interrogé par Reporterre le 22 juillet suite à l’incendie de Fontainebleau. Il préconise plutôt la régénération spontanée, avec le maintien du bois mort sur place, pour nourrir le sol.
Là aussi, les chiffres traduisent un retard à l’allumage. Ce sont 75 000 d’hectares qui ont bénéficié d’aides au renouvellement depuis 2021, pour une cible de 300 000 d’hectares d’ici à 2030. Quitte à replanter, il faut, selon Sylvain Angerand, « au moins 8 à 10 000 euros par hectare pour replanter du chêne et autres feuillus ». Avec un total de 115 000 hectares détruits par les flammes en 2026, il faudrait plus d’un milliard d’euros pour tout replanter de manière durable. C’est trois fois plus que la somme évoquée le 24 juillet par la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, pour reconstruire les massifs.
Source : Arbres replantés : on est très loin du milliard promis par Emmanuel Macron (28 juillet 2026).
Les critiques portent sur les chiffres mais également sur la qualité. L'ONG Canopée reproche à ce plan une politique du chiffre qui privilégie trop souvent les coupes rases suivies de plantations, plutôt que l’adaptation progressive des forêts existantes. Les analyses du Haut Conseil pour le Climat (HCC) rejoignent les alertes de l'ONG Canopée. La recommandation 4.34 demande de réviser le cahier des charges du renouvellement forestier au regard des meilleures données scientifiques (diversification des essences, encadrement des coupes rases, etc.) afin de garantir l’efficacité des aides publiques :
4.34 Réviser le cahier des charges du renouvellement forestier au regard des meilleures données scientifiques disponibles (diversification des essences, provenances, sylvicultures, encadrement des coupes rases, etc.) et coupler les moyens dédiés à l’investissement à de l’animation, afin de garantir l’efficacité des aides publiques déployées et cibler l’action sur les peuplements vulnérables (Ministères chargés de la forêt, et de la transition écologique, de l’économie et des finances ; Recommandation 2025 modifiée).
Source : Rapport annuel 2026 du Haut conseil pour le climat (juillet 2026).
Le rapport public annuel de la Cour des Comptes 2024 détaille l'ensemble des données chiffrées sur le dépérissement des arbres, les statistiques de surpopulation des cervidés, ainsi que ses recommandations pour restructurer la gestion de la forêt française. Selon le média ID, la Cour des comptes juge insuffisant le soutien public à la recherche sur l’adaptation de la forêt :
L'institution appelle à des "regroupements forestiers" pour "améliorer l'efficacité de la gestion des forêts privées" et à un soutien renforcé aux communes forestières. Alors que les deux tiers des 3,3 millions de propriétaires privés possèdent des surfaces inférieures à un hectare, la Cour plaide pour une gestion par "une structure intercommunale", créée avec l'aide de l'État, qui permettrait des "économies d'échelle" dans l'élaboration des plans de gestion et de "mutualiser les risques".
La situation est d'autant plus critique que les forêts productives de résineux du Grand-Est ont été décimées par des attaques de scolytes, des insectes xylophages. "Entre 8 et 12%" des 15.000 communes forestières présentent aujourd'hui "un risque fort de dégradation de leurs comptes": certaines sont déjà "en grande difficulté financière" et les aides publiques sont loin de compenser la perte de revenus liée aux produits forestiers, souligne la Cour des comptes.
Ainsi, les communes de Bourgogne-Franche-Comté "ont bénéficié d'une aide de 300.000 euros quand leurs produits forestiers ont diminué de 20 millions d'euros par rapport à leur montant moyen".
Y a-t-il un plan et un organisme chargé de l’exécuter ?
Le rapport Objectif Forêt, remis le 26 juillet 2023, a donné une orientation : adapter les forêts au climat, diversifier les essences et préserver la biodiversité, les services écosystémiques et les sols. Sa mise en œuvre s’est ensuite appuyée sur des dispositifs successifs de financement : "France Relance", "France 2030", puis "France Nation Verte". Le rapport "Objectif Forêt" peut être consulté directement en ligne sur le site officiel du Ministère de l'Agriculture et de la Souveraineté alimentaire ainsi que sur la plateforme de référence des documents administratifs Vie-publique.fr.
Notons qu'il n’y a pas un organisme unique responsable de toutes les plantations. Pour les forêts domaniales de l’État, l'Office Nationale des Forêts (ONF) met en œuvre les opérations aidées. Pour les forêts privées et celles des collectivités, les dispositifs passent notamment par les Directions départementales des territoires ou de la mer (DDT(M)), les Directions Régionales de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Forêt (DRAAF) et l’Agence de la transition écologique (ADEME), tandis que les propriétaires forestiers réalisent les travaux.
Nous vous invitons à lire à ce sujet l'article Les dispositifs de financement « Forêt-Bois » de la Planification écologique disponible sur la Plateforme gouvernementale France Nation Verte (11 juin 2026) ainsi que l'article Renouvellement forestier, la mobilisation continue sur le site de l'ONF :
Lancé en 2024, France Nation Verte est un dispositif inscrit dans la planification écologique pour financer le renouvellement de 9 000 hectares supplémentaires de forêts domaniales. En complément des plantations et des régénérations naturelles adaptées aux conditions climatiques futures, les travaux sylvicoles destinés à améliorer les jeunes peuplements en place et à renforcer leur résilience y sont désormais pleinement intégrés. Le dispositif est mis en œuvre pour les forêts des collectivités.
Un guichet d’aide est instauré par l’État pour financer les projets déposés par les collectivités locales et les propriétaires privés. Les équipes de l’ONF apportent leur concours aux élus locaux pour déposer des projets éligibles à ce guichet. Fin 2025, 94 dossiers, couvrant 400 hectares de renouvellement, avaient été déposés.
Source : Renouvellement forestier, la mobilisation continue (site de l'ONF)
Le 15 juillet 2026, le Conseil d’État, saisi par Canopée, a annulé le décret du 2 mai 2025 qui organisait les aides au plan de renouvellement forestier. Le gouvernement avait fixé ces critères sans consulter le public, alors que ces aides influencent les choix de reboisement et donc l’adaptation des forêts au climat :
Le Conseil d’État a rendu sa décision le mercredi 15 juillet concernant la validité du décret du 2 mai 2025 relatif au régime d’aide du plan de renouvellement forestier : ce dernier est annulé. Le Gouvernement avait fixé les critères de ce plan sans consulter le public alors que ces subventions sont le cœur du dispositif d’adaptation des forêts au changement climatique.
Dans sa décision, le Conseil d’État constate que “[Les] dispositions [du décret] sont susceptibles d’avoir un effet d’incitation significatif sur le choix des travaux de reboisement opérés par les acteurs de la filière forêt-bois qui ont eux-mêmes une incidence directe sur l’adaptation des forêts au changement climatique et, en conséquence, sur l’optimisation du stockage de carbone.”
L’annulation du décret prive de fondement l’arrêté et le cahier des charges qui fixaient les conditions d’attribution des aides. “Monique Barbut, la ministre de la transition écologique ne peut donc pas simplement régulariser le dispositif existant, explique Sylvain Angerand, le directeur de Canopée, elle doit revoir sa stratégie. »
Depuis 2020, Canopée dénonce une politique du chiffre qui privilégie trop souvent les coupes rases suivies de plantations, plutôt que l’amélioration et l’adaptation progressive des forêts existantes [1]. Des critiques également formulées par le Haut Conseil pour le Climat [2] et la Cour des Comptes [3].
Profitant de l’instabilité gouvernementale, et de l’arrivée de Monique Barbut à la place d’Agnès Pannier-Runacher, la filière a fait pression, et trouvé un relai auprès du ministre délégué Mathieu Lefèvre, pour ajourner la révision du cahier des charges qui était pourtant bien engagée.
Dans un contexte de restriction budgétaire et alors que des milliers d’hectares de forêts sont ravagés par les incendies, à Fontainebleau, dans la Drôme et dans les Pyrénées Orientales, la priorité devrait être de reconstituer les forêts sinistrées plutôt que de financer des coupes rases et des reboisements dans des forêts saines.
Téléchargez la décision du Conseil d’État : https://www.canopee.ong/wp-content/uploads/2026/07/20260715-decision-conseil-detat.pdf[1] https://www.canopee.ong/le-media/analyses/plan-de-renouvellement/
[2] https://www.hautconseilclimat.fr/wp-content/uploads/2026/07/RANC2026-Chapitre-4.pdf
Cf page 104, la recommandation 4.34 du 8e rapport du HCC, publié le 9 juillet 2026.[3] https://www.ccomptes.fr/sites/default/files/2024-04/RPA-2024-volume-2_0.pdf
Depuis ce revers juridique, le décret n° 2026-937 du 8 octobre 2026 a réintroduit dans le code forestier les bases juridiques du régime d’aides au renouvellement forestier. Si une consultation publique en bonne et due forme a été organisée du 8 au 31 août 2026 sur les nouveaux projets de décret et d’arrêté, le gouvernement n’a toutefois pas revue à cette occasion sa stratégie comme l’espérait l’ONG :
Un décret paru ce 10 octobre - accompagné d’un arrêté - réintroduit dans la partie réglementaire du code forestier les bases juridiques du régime d'aides en faveur du renouvellement forestier portant application de l’article L. 121-6. Il fait suite à l’annulation du précédent texte (décret n° 2025-401 du 2 mai 2025) par le Conseil d’Etat en juillet dernier en raison de l’absence de procédure de consultation du public au titre du code de l’environnement (lire notre article).
A l’origine du recours, l’association de protection des forêts Canopée a fait vaciller un pilier du plan visant à planter un milliard d’arbres d’ici 2032, souhaité par le président de la République, Emmanuel Macron. Dès le départ, l’ONG en a dénoncé la logique qui repose sur la promotion de la coupe rase et le remplacement des forêts existantes par de nouvelles plantations. Des critiques également formulées par le Haut Conseil pour le Climat (lire notre article du 9 juillet 2026) et la Cour des comptes dans son rapport annuel de 2024, relève l’ONG.
L’annulation du décret avait également privé de fondement l’arrêté et le cahier des charges qui fixaient les conditions d’attribution des aides. Et les services déconcentrés de l’Etat ont donc été contraints d'arrêter la contractualisation des aides de ce dispositif depuis cette date. Une consultation publique en bonne et due forme a été organisée du 8 au 31 août 2026 sur les nouveaux projets de décret et d’arrêté. Le gouvernement n’a toutefois pas revue à cette occasion sa stratégie comme l’espérait l’ONG. Les deux textes visent simplement à "régulariser" le dispositif existant (pour une présentation des conditions d'aides, lire notre article du 6 mai 2025). Les dispositions prévues sont ainsi "identiques à celles publiées en 2025 pour tous les dossiers déjà déposés avant le 10 juin 2026", appuie le ministère de la Transition écologique. "Du fait du succès du dispositif avec une enveloppe budgétaire contrainte, le guichet de dépôt des dossiers a été arrêté le 10 juin 2026", rappelle-t-il. Concrètement, pour "garantir une égalité de traitement entre tous les bénéficiaires ayant déposé un dossier sur la base du cahier des charges du 6 mai 2025", le texte reprend le contenu du décret annulé, et recouvre les mêmes critères d’éligibilité que ce cahier des charges. L'arrêté associé précise les critères d’éligibilité et les modalités financières et techniques de mise en œuvre du dispositif. "Pour les nouveaux dossiers à venir, en cas de réouverture du guichet, un ajustement des critères d’éligibilité du dispositif aura lieu ultérieurement via un autre décret et un autre arrêté, qui seront également soumis à la consultation du public", précise le ministère. Le champ d’application est donc volontairement restreint aux demandes d’aides transmises aux services instructeurs avant le 10 juin 2026.
La reconstitution des forêts sinistrées fait partie des objectifs affichés du renouvellement forestier, mais il n’existe pas de mécanisme dédié distinct, et c’est là que les critiques se concentrent. Après la saison 2026, une proposition de loi déposée le 23 juillet 2026 constate que la reconstitution des massifs sinistrés repose essentiellement sur des dispositifs budgétaires d’aide au renouvellement forestier, et propose une souscription nationale. Reporterre cite l’ONG Canopée selon laquelle il faudrait au moins 8 000 à 10 000 euros par hectare pour replanter du chêne et d’autres feuillus, soit trois fois plus que la somme évoquée par la ministre de la Transition écologique.
Le projet de budget 2027 prévoit 70 millions d’euros pour le renouvellement forestier, soit 5 millions de plus qu’en 2026, et environ 100 millions du Fonds vert pour la forêt. Le financement de l’ONF serait porté à 236 millions d’euros contre 231 millions en 2026 :
Le gouvernement va porter à 236 millions d'euros le financement de l'Office national des forêts (ONF) et les effectifs seront préservés, selon le projet de budget 2027 dévoilé jeudi, après un été marqué par la sécheresse et les incendies.
Le financement est porté à 236 millions d'euros, "renforçant notamment les moyens alloués à la prévention des risques, à la protection de la biodiversité et à l'adaptation des forêts au changement climatique", selon le document. Ce financement s'élevait à 231 millions pour 2026, a précisé le cabinet du ministère de la Transition écologique.
"Les moyens dédiés au renouvellement forestier" seront augmentés à 70 millions d'euros, soit 5 millions de plus qu'en 2026, "pour assurer la reconstitution des peuplements forestiers dans un contexte de forte vulnérabilité aux effets du changement climatique", indique le document.
Source : Budget 2027: un peu plus d'argent pour l'Office national des forêts, effectifs maintenus (le média ID, 1er octobre 2026).
Votre dernière question (Est-ce que des consignes ont été données pour que le résultat ne soit pas une catastrophe écologique comme en Chine et au Chili ?) fait référence aux conséquences préoccupantes des programmes de restauration forestière chinois et chiliens, dans certains contextes régionaux.
En Chine, plusieurs grands programmes de restauration ont produit des gains, notamment sur la couverture végétale et l’érosion. Mais les études montrent aussi des dommages écologiques sérieux dans certains contextes, ce qui témoigne de l'importance de ne pas planter au mauvais endroit, de ne pas confondre couvert arboré et restauration écologique, et de suivre l’eau ainsi que la biodiversité.
Une étude de terrain dans le Shaanxi a notamment conclu que, dans certains sites fragiles, la plantation avait des effets moins favorables que la régénération naturelle et la réduction du pâturage : Impact of China's Grain for Green Project on the landscape of vulnerable arid and semi-arid agricultural regions: a case study in northern Shaanxi Province [Impact du projet chinois « Grain for Green » sur le paysage des régions agricoles arides et semi-arides vulnérables : une étude de cas dans le nord de la province du Shaanxi], 28 avril 2009.
Une étude de Science Advances sur le bassin de la Haihe associe aussi la restauration forestière à une baisse du ruissellement et à des pressions sur les eaux souterraines dans la zone étudiée : Ruonan Li et al.,Time and space catch up with restoration programs that ignore ecosystem service trade-offs [Le temps et l'espace finissent par rattraper les programmes de restauration qui ne tiennent pas compte des compromis liés aux services écosystémiques] (2021).
Le cas chilien renvoie surtout à l’expansion de plantations commerciales de pins et d’eucalyptus, et non à un programme national identique à l’objectif français. Des études en Chili central constatent que les plantations abritent moins de plantes natives que les forêts proches et que la conversion des habitats naturels a fragmenté des zones de biodiversité. Voir ces deux études :
- Braun, A. and Vogt, J. (2014) A Multiscale Assessment of the Risks Imposed by Plantation Forestry on Plant Biodiversity in the Hotspot Central Chile [Évaluation à plusieurs échelles des risques que représente la sylviculture de plantation pour la biodiversité végétale dans la zone sensible du centre du Chili] Open Journal of Ecology, 4, 1025-1044.
- Braun, A.C., Faßnacht, F., Valencia, D. et al. Consequences of land-use change and the wildfire disaster of 2017 for the central Chilean biodiversity hotspot [Conséquences du changement d'affectation des sols et de la catastrophe des feux de forêt de 2017 sur le « hotspot » de biodiversité du centre du Chili]. Reg Environ Change 21, 37 (2021)
Des travaux sur des fragments de forêt native menacés par les incendies et l’invasion de pins montrent des conséquences écologiques préoccupantes : González ME, Galleguillos M, Lopatin J, et al. Surviving in a hostile landscape: Nothofagus alessandrii remnant forests threatened by mega-fires and exotic pine invasion in the coastal range of central Chile [Survivre dans un environnement hostile : les vestiges de forêts de Nothofagus alessandrii menacés par les méga-incendies et l'invasion de pins exotiques dans la chaîne côtière du centre du Chili]. Oryx. 2023;57(2):228-238.
En France, il existe des orientations émises par le rapport Objectif Forêt en juillet 2023, en vue d'élaborer un plan contraignant, mais le Haut Conseil pour le climat recommandait encore, dans son rapport 2025, de publier et mettre en œuvre ce plan. La réponse du gouvernement publiée en janvier 2026, répond à la recommandation du HCC ainsi :
Face à la forte dégradation du puits forestier au cours de la dernière décennie, liée à la succession de crises sanitaires et d’épisodes climatiques inédits, la nécessité d’accompagner le renouvellement forestier de manière pérenne s’est concrétisée dans le cadre de France Nation Verte, avec notamment l’ouverture du guichet d’aide destiné aux propriétaires forestiers privés et aux collectivités territoriales le 5 novembre 2024.
Dans le cadre de l'exercice budgétaire 2025, des moyens sans précédent ont été dévolus à ce dispositif, pour un total à date de 414 M€ (France Relance, France 2030, France Nation verte). Des financements sont aussi prévus en 2025 dans un contexte budgétaire plus contraint. Cette mesure contribue à l’adaptation des forêts françaises aux nouvelles conditions climatiques. Elle implique la réalisation de diagnostics préalables et la sélection pour le reboisement d’essences diversifiées adaptées aux conditions pédoclimatiques actuelles et futures. L’instruction des nombreux dossiers déposés à ce guichet d’aide est en cours.
Le troisième Plan national d’adaptation au changement climatique (PNACC 3), publié en mars 2025, prévoit, dans sa mesure 38 dédiée à la résilience des forêts et de la filière bois, le prolongement du financement dédié au renouvellement forestier avec une révision du cahier des charges en 2025.
Entre chacun des dispositifs d’aide (plan de relance, France 2030 puis France Nation Verte), le cahier des charges a fait l’objet d’évolutions notables, notamment pour favoriser la diversification et la résilience des écosystèmes forestiers. Les retours d’expériences permettront de poursuivre cette dynamique d’amélioration.
Source : Réponse du gouvernement au rapport annuel 2025 du haut conseil pour le climat, p. 63
Au delà des règles contraignantes pour les opérations aidées par l’État, comme le décret du 8 octobre 2026 qui fixe les conditions des aides au renouvellement forestier, il y a aussi un cadre européen plus large : le règlement sur la restauration de la nature impose des objectifs de restauration écologique. Le projet français "Agir pour restaurer la nature", qui comprend un volet forêt, a été soumis à la Commission européenne le 9 octobre 2026. Il doit encore être évalué et finalisé d’ici septembre 2027.
Pour aller plus loin avec nos collections :
La planification écologique [Livre] / Mathilde Viennot, 2025 ;
Stratégies pour une révolution écologique et populaire [Livre] / Peter Gelderloos, 2023 ;
Des forêts, des arbres et des hommes [Livre] / André-Jean Guérin et Paul Mathis ; préface d'Allain Bougrain-Dubourg, 2024 ;
Quelles forêts pour demain ? [Livre] : éléments de stratégie pour une approche rénovée du développement durable / Hervé Brédif, Pierre Boudinot ; préf. Serge Antoine, 2021 ;
La santé des forêts [Livre] : diagnostic, prévention et gestion / Bernard Boutte, Morgane Goudet, Claude Husson... [et al.] ; sous la coordination de François-Xavier Saintonge et Louis-Michel Nageleisen, 2023 ;
Les forêts du monde [Livre] / Jérôme Chave, Sassan Saatchi, Herman Shugart... [et al.] ; préface de Bruno David, 2023 ;
Dictionnaire amoureux des arbres [Livre] / Alain Baraton ; dessins d'Alain Bouldouyre, 2021.
Bien à vous
Le passé ne s’invente pas