Que sait-on d'un prénommé Achard, jacobin lyonnais en fuite après Thermidor ?
Question d'origine :
Un nommé Achard, jacobin, en fuite après Thermidor, est assez présent dans les événements de la révolution française à Lyon*. Son nom apparait régulièrement dans différents documents sans qu'il soit réellement présenté. Il semble cependant que certaines archives non disponibles en ligne comprennent des informations sur lui **.
Que sait-on au juste sur lui, son statut, son milieu, ses agissements, sa disparition? Attention, le nom Achard est très courant et je ne suis pas sûr de son prénom. Plusieurs contre-révolutionnaires exécutés pendant la période portent aussi ce nom.
* Par exemple, dans une ressource en ligne, cette fiche wikipedia... peu explicite mais le mentionnant plusieurs fois. Chronologie de Lyon sous la Révolution — Wikipédia
** Par exemple le Cahier des Archives du Rhône - fonds 42 L 172-190) est mentionné comme comportant son nom. Il y en a sans doute d'autres... notamment dans ce qui tourne autour de la documentation du tribunal révolutionnaire.
Réponse du Guichet
Bonjour,
Le jacobin actif à Lyon lors de la Révolution est très probablement Jacques Achard. Les notices et pièces vérifiées l’appellent souvent simplement Achard ou Jacques Achard.
Notre recherche sur Geneanet nous a permis de trouver un Achard dans le Rhône, date indiquée 1734. Geneanet nous dirige vers un document numérisé par Gallica (bibliothèque numérique de la BnF), Recueil des actes du Comité de salut public avec la correspondance officielle des représentants en mission et le registre du Conseil exécutif provisoire. T. 6. 15 août 1793-21 septembre 1793 / publ. par F.-A. Aulard,... Convention nationale. Comité de salut public. Impr. nationale (Paris), 1889-1910. En page 216 nous pouvons lire :
2. Le Comité de salut public de la Convention nationale a nommé les citoyens Jacques-Joseph Achard, administrateur du directoire du département de Rhône-et-Loire, Claude Pilot, directeur de la poste aux lettres, et Claude Gravier, officier municipal de la commune de Lyon, patriotes lyonnais proscrits et ruinés par l'effet de la rébellion des contre-révolutionnaires de cette ville, pour se transporter dans le département de Rhône-et-Loire à l'effet d'y seconder les représentants du peuple en éclairant les citoyens, en fortifiant l'esprit public et en recherchant les conjurateurs qui auraient égaré celui des soldats et particulièrement de ceux de la garnison de Valenciennes. Ils donne- ront tous les renseignements qu'ils auront recueillis aux représentants du peuple et se concerteront avec eux sur les moyens de réduire les rebelles.
Il sera remis à chacun des citoyens Achard, Pilot et Gravier une somme de 3,000 livres par la Trésorerie nationale.
Le parcours d'Achard a fait l’objet d’une étude historique spécifique de Jean Rousset, publiée en 1964, Un chirurgien jacobin : l'infernal Achard. Cette étude permet de dépasser les mentions dispersées dans les chronologies révolutionnaires et de distinguer ce militant des autres Achard condamnés pendant la Terreur.
La recension de l’étude de Jean Rousset présente Jacques Achard, surnommé « l’Infernal Achard » par ses adversaires, comme une figure importante du jacobinisme lyonnais. Issu d’un milieu modeste, ce chirurgien milite au Club central, puis accède en 1792 aux institutions départementales. Après son départ en mai 1793, il échappe aux arrestations consécutives à l’insurrection lyonnaise et rejoint l’armée conventionnelle pendant le siège de la ville. Devenu agent national de la Commune-Affranchie le 5 janvier 1794, il démissionne le 21 mars, en désaccord avec la Commission temporaire. Son parcours illustre le rôle et l’ascension de militants jacobins passés de l’action politique populaire vers des responsabilités politiques, administratives et révolutionnaires :
— J. Rousset. Un chirurgien jacobin, « L’infernal » Achard. Albums du Crocodile, 1964, n°* 1 et 2, 42 p. — Par un nécessaire retour aux sources et au prix d’une solide érudition, le docteur Jean Rousset réhabilite à juste titre l’un des Lyonnais les plus honnis depuis 1793, en fait victime de Courtois qui l’accable dans son rapport de nivôse an III. Chirurgien : entendons un petit bourgeois tenant une méchante boutique, place Grenouille, entre un apothicaire et un marchand d’habits. Jacques Achard appartenait au milieu social qui donna ses cadres à la sans-culotterie urbaine. Carrière exemplaire de militant révolutionnaire, prenant appui sur le club local, assez connu dès le printemps 1792 pour que ses discours soient imprimés. Electeur de 1792, il est élu en septembre membre du Conseil général du département, en novembre membre du Directoire : isolé, il déserta ces instances en mai 1793, quand se dessina l’épreuve de force. Militant de base actif, disposant de deux tribunes, le club des Jacobins régénéré en mars 1793 par les représentants en mission, et le Comité de salut public fondé en mai, Achard apparaît à l’auteur, beaucoup plus que Chalier, comme le pivot du jacobinisme lyonnais. Après l’insurrection contre-révolutionnaire du 29 mai, Achard échappe à l’arrestation; on le retrouve pendant le siège au quartier général de l'armée de la Convention. Agent national de Commune-Affranchie le 16 nivôse an II (5 janvier 1794), il se heurte à la Commission temporaire formée surtout de révolutionnaires parisiens. Démissionnaire le ler germinal (21 mars), chargé de porter une adresse de la société populaire à la Convention, il aurait contribué au rappel de Fouché : hypothèse vraisemblable, mais qu’aucun document précis ne vient appuyer. Achard fut englobé dans la répression anti-robespierriste ; il ne fut libéré qu’en octobre 1795. Sa trace se perd ensuite. « Petit personnage », écrit l’auteur, — mais combien significatif du personnel politique de l’an II à qui la République dut le maintien de son unité et de son indépendance.
Source : J. Rousset, Un chirurgien jacobin, « L’infernal » Achard, 1964. In: Annales historiques de la Révolution française, n°178, 1964. p. 530
D’après ce compte rendu, Achard n'a pas disparu dans la clandestinité après Thermidor. Il fut arrêté lors de la réaction thermidorienne puis libéré en octobre 1795.
La Chronologie de Lyon sous la Révolution de Wikipédia le donne comme receveur de la ville sous Dupuy en juin 1794 et indique que, pris dans la répression anti-robespierriste, il se cache et est recherché en août 1794. Rousset rapporte qu’il est ensuite libéré en octobre 1795. C’est après cette libération que sa trace se perd.
Dans « L’amitié dans la pensée et les pratiques politiques de Saint-Just ». L’amitié en révolution, 1789-1799, édité par Phillippe Bourdin et Côme Simien, Presses universitaires de Rennes, 2024, Marisa Linton mentionne Achard et un certain Claude Gravier avec qui il échangea une correspondance. Selon Linton, Achard était un patriote lyonnais intégré aux listes d'« hommes de confiance » établies par Robespierre et Saint-Just et introduit dans le cercle de Robespierre après avoir été recommandé par un autre citoyen de Lyon. Il faisait partie de ces alliés choisis pour occuper des responsabilités ou garantir la loyauté politique du régime tout en restant à l'abri de la corruption. Claude Gravier lui, était voisin et ami de Maurice Duplay (le logeur de Robespierre) et entre dans l'entourage du dirigeant montagnard par cette proximité du quotidien. Il représente l'intégration par la sphère privée et domestique parisienne :
Quelques patriotes lyonnais sont également entrés dans le réseau de Robespierre, dont Jean-Jacques Achard, qui avait été recommandé à Robespierre par un autre Lyonnais ; Claude Gravier, voisin ainsi qu’ami de l’ami et propriétaire de Robespierre, Maurice Duplay, était entré par ce moyen dans le cercle domestique de Robespierre.
Plusieurs textes attestent d'une correspondance entre Achard et Gravier.
Dans Robespierre et la « Mère de Dieu », 1926, G. Lenotre rapporte des lettres dans lesquelles Achard rend compte à Gravier de la répression menée à Lyon. Celles-ci témoignent de la tonalité très radicale de la correspondance attribuée à Achard. Il faut toutefois garder à l'esprit que Lenotre écrit au début du XXe siècle et qu'il convient de revenir aux documents et à leur édition critique pour établir leur contexte exact. On y lit notamment :
Précieuses, ces lettres ; tous sont en relations suivies avec Robespierre, Duplay, Renaudin, Nicolas et autres, car cette correspondance implique avec ceux-ci une grande intimité et une parfaite conformité de vues. Achard tient Gravier au courant des travaux du tribunal lyonnais : « Qu’il est grand ! Qu’il est sublime ! Tous les jours il en passe, tant fusillés que guillotinés, au moins une cinquantaine… » Pilot donne des nouvelles de sa santé, fort atteinte, mais « qui se rétablit chaque jour par l’effet de la destruction des ennemis de notre commune patrie… Mon ami ! Je t’assure que cela va on ne peut mieux… Tu apprendras sous peu des expéditions de deux ou trois cents à la fois… » – « La fusillade ne va pas mal : soixante, quatre-vingts, deux cents à la fois… et tous les jours on a le plus grand soin d’en mettre de suite en état d’arrestation pour ne pas laisser de vide aux prisons. » Et Achard renchérit : « Encore des têtes et chaque jour des têtes tombent. Quelle majesté ! Quel ton imposant ! Tout édifiait ! Quel ciment pour la République !… En voilà cependant déjà plus de cinq cents : encore deux fois autant, et puis ça ira ! »
Source : G. Lenotre, Robespierre et la « Mère de Dieu », Perrin et Cie, 1926 (p. 223-276). La Séquelle de Robespierre, Wikisource
Ces lettres nous ont également été transmises dans le rapport thermidorien de Courtois, Edme-Bonaventure Courtois, Rapport fait au nom de la Commission chargée de l’examen des papiers trouvés chez Robespierre et ses complices, prononcé dans la séance du 16 nivôse an III [5 janvier 1795], Paris, Imprimerie nationale des lois, nivôse an III. Le rapport donne des extraits choisis, notamment :
Mais que sont tous ces malheureux, auprès d'un vil scélérat nommé Achard, dont la moindre bassesse sans doute est d'être le fournisseur de la famille Duplay et de Robespierre, auxquels il envoie bas, huile et savon; qui nous développe tous les secrets des furies dans sa dégoûtante correspondance, et qui veut « qu'on colonise ce pays (mot qu'il a retenu de son maître ), attendu (145) qu'il en coute quatre cent mille livres, par décade, pour les DEMOLITIONS ; qui, plein du dieu qui l'inspire, s'écrie (146) : Encore des têtes, et chaque jour des têtes tombent. Quelles délices tu aurais goûtées, si tu eusses vu avant-hier cette justice nationale de deux cent neuf scélérats !.... Quel ciment pour la République! En voilà déjà plus de cing cents, encore deux fois autant y passeront sans doute, et puis ça ira.
Tous ces barbares s'étaient donné la main pour troubler le repos vers lequel Lyon, brisé par les orages révolutionnaires, étendait ses bras défaillans. Ce n'étaient point des Français, c'étaient d'odieux mercenaires que l'espoir du butin attirait dans cette malheureuse ville. Ces scélérats, comme vous le pouvez voir, n'égorgeaient que pour piller.
J'ai rendu le cheval rouge qui me servait (dit Achard à Gravier) (147) ; ton frère a celui de Bissuel Saint-Victor, qui a subi le joug de la loi.... Il accuse la réception de quatorze cents livres ; il fera le plus digne emploi de cette somme, celui de soutenir avec courage les principes d'une société républicaine.
C'est Gravier qui fait passer cet argent ; de qui le tenait-il lui-même ! si ce n'est de ceux dont l'intérêt était de semer le trouble, pour réaliser la destruction de cette cité riche et commerçante, dont l'existence gênait le cours de l'homicide niveau.
Eh ! le mot d'ordre avait été si bien donné par les chefs, et si bien retenu par les agens, que le détestable Achard, dans un discours prononcé à la société de Commune-Affranchie, a l'impudence d'en faire, en ces termes, l'aveu public (148) :
« Est-ce parce qu'en 1793 vous avez combattu de front, les armes à la main, la foudre à vos côtés, cette classe d'êtres monstrueux, vampires de la société, sangsues de tous les peuples, êtres vils et méprisables que l'on nomme négocians... que l'on vous calomnie !
Les lettres et l'extrait d'un discours d'Achard peuvent être lus grâce à Internet Archive qui a numérisé le rapport :
N.° XCVII. Lettre d'Achard à Gravier
N.° XCVIII et N.° XCIX. EXTRAITS de lettres écrite par Achard à Gravier
Ces extraits de lettres reproduite dans le rapport Courtois, publication politique postérieure à Thermidor, sont d'autant plus intéressantes que le compte rendu de Rousset indique qu'Achard y fut sévèrement mis en cause. Rousset estime qu'il fut victime de cette présentation à charge. Ce rapport est une source utile pour retrouver les textes et leur transmission, pas un commentaire neutre de leur portée. On peut exploiter les propos attribués à Achard tout en se méfiant du cadre accusatoire dans lequel ils ont été publiés. D'où l'intétêt de comparer les lettres originales, leur publication par Courtois et les pièces judiciaires conservées à Lyon.
Pour retrouver les lettres plus développées d’Achard à Gravier, la source à consulter est Papiers inédits trouvés chez Robespierre, Saint-Just, Payan, etc., supprimés ou omis par Courtois, Paris, Baudouin frères, 1828, t. II, pp. 218-239.
Aux archives, plusieurs pistes sont identifiables dont certaines concernent directement Achard. Le document intitulé Tribunaux révolutionnaires créés après le siège de Lyon 1789-an II, cote 42 L 1-190, publié par les Archives du département du Rhône et de la métropole de Lyon, donne plusieurs références particulièrement intéressantes. L'inventaire cite explicitement Achard :
42 L 56 : Procédures engagées contre les Lyonnais fidèles à la Convention (juin-octobre 1793).
Chalier, Dodieu, Achard, Bertrand, Carteron, Chilliard, Collot, Clavel.
C’est une piste directe pour l’Achard engagé du côté de la Convention. La description ne donne ni prénom ni contenu précis de sa pièce.
42 L 62 A :
Achard, Acquiébard, Acquis, Adam, Adrianon, Aillaud, Alais, Allerdut, Albert, Alex, Aillaud, Allard, Alisse, Allezard, Allier, Alzine, Amalbert, Ambroise, Ampère, (Jean-Jacques), André, Angelot, Appert, Arnaud, Aubry, Audras, Audin, Augay, Auquier, Aurouge, Avinal, Avon, Ayette, Aymard, Aynard.
L’index ne fournit pas le prénom d'Achard.
42 L 138* : Dossiers n° 873-901.
Pernin ; Guignier ; Orcelet ; Favier et Pine ; Sergent ; Drapier ; Pèrin ; Brossette ; Dolbo ; Desblaches ; Gobron ; Gordia ; Perrier ; Dominguet ; Colonge et Gage ; Mognat ; Saignemorte ; dilapidation chez Terrasson ; Chrétien ; Achard ; Meunier ; Berger et Signoret ; Banquis ; Perrochin ; Daubierre ; Bottu ; Planchet, Battefin et Jar ; Férus ; Montfray et Broudet
42 L 142* : Dossiers n° 1001-1027.
Rey ; Perrau ; Pétardy ; Plaisant ; Faurre ; Daillant ; Degraix et Compte ; Populi ; renseignements de la commune d’Ambierle ; Beignière ; procès-verbal d’arrestation des sœurs de la congrégation à Mornant ; Boulard ; Bedot ; Faurre ; Papillon ; Chambodue ; Achard ; Rabot ; Cabre ; Buisson ; Osterwald et Jacquenod ; Bouchetat ; Revel ; Paulliant ; Menet et Limozin ; Tacussian ; Fuzier
42 L 172* A :
Achard, Aguiraud, Alesmonière, Alabernade, Allais, Apinac, Antoine, Apothicaire, Ardaillon, Arnaud, Arnoux, Arthaud, Aubry, Auguier, Badefoy, Barberaud, Barbier, Bardet, Barge, Barrieu, Barrot, Basset, Beauchamp, Béates, Bechet, Bedos, Befort, Belfond, Bellieux.
Le nom seul ne permet pas de relier cette entrée au jacobin. Il faut lire le dossier et relever ses dates, fonctions, domicile et éventuelles relations.
L'inventaire seul ne permet pas d'affirmer que son contenu concerne le chirurgien jacobin plutôt qu'un homonyme. Il faut examiner les dossiers eux-mêmes pour pouvoir comparer les noms, les fonctions, les dates et les faits reprochés avant de les attribuer au même homme.
Une autre piste, très riche, se trouve dans le fonds Coste qui réunit les manuscrits de la Bibliothèque municipale de Lyon. Le Catalogue général des manuscrits des bibliothèques publiques de France, consultable dans le Catalogue collectif de France (CCFr), signale plusieurs pièces relatives à Achard. Deux notices établissent l'existence de pièces signées ou attribuées à Achard :
- Ms Coste 545 : Lettre d'Achard, administrateur du département du Rhône, et de Gaillard, juge du district, aux citoyens Dupuy, Claude Javogues, Pressavin, Pointe et Dubouchet, députés sans-culottes du département de Rhône-et-Loire, sur la situation morale et politique de Lyon, 11 février 1793 - 18 février 1793
Une autre source, Bibliographie lyonnaise / Abbé Jean-Baptiste Martin, 1922, signale une référence ancienne à l’entrée consacrée à Achard, p. 140. Elle décrit le document ainsi :
Lettre autogr. aux commissaires de la Convention à Lyon, dangers qui menacent cette ville. Lyon, 17 mars 1793. Signat. d’Achard et Gaillard, dans 2, Coste, ms. 600, ancien 4224, 4°, 2 p.
L'accès à ces collections patrimoniales est soumis à une autorisation préalable. Les conditions d’accès, les modalités de consultation et de reproduction en salle sont développées par la BmL sur la page Consulter / emprunter de son site. Pour faire la demande de consultation il est et recommandé de citer les pièces sous la forme « Bibliothèque municipale de Lyon, Ms Coste X, [numéro de pièce ou de feuillet] ». L'adresse du fonds ancien est fondsancien@bm-lyon.fr.
Achard (Alexandre) , âgé de 24 ans, natif de Jure , dép. du Jura, ouvrier en soie , dom. à Lyon , dép. du Rhône , cond. à mort comme cont.-révol. , le 13 frim. an 2 , par la com. milit. séante à Lyon.Achard fils (Hubert) , dom. à St.-Bernin, canton de Brioude, dép. de la h.-Loire , cond. à mort comme cont.-révol. , le 29 vent, an 2 , par lé trib. crim. du dép. de la Haute-Loire.Achard 5e. fils (Jean-Louis), cultiv.,dom. à St.-Bernin , cant. de Brioude, dép. de-la h.-Loire, cond. à mort comme cont.-rév. , le 29 ventôse an 2 , par le trib. crim. du dép. de la h.-Loire.Achard (Pierre) ,-laboureur , dom. à S. Nicolas de Brein,cant. •des Sables , dép. de la Vendée , cond. à mort comme brig. de .la Vendée,le 18 avril 1793 , par la :Com. milit. séante aux Sables.Achard (Franc.),poissonnier, dom. à Martigues, cant. id. dép. -des Bouches-du-Rhône, cond. à mort par le trib. crim. dud. dép. , comme cont.-rév.,1e lôniv. an 2.
Certaines publications tardives ou polémiques au sujet d'Achard établissent qu'Achard était perruquier. Par exemple Histoire des tribunaux révolutionnaires de Lyon et de Feurs, établis en 1793 par les représentants du peuple, et liste des contre-révolutionnaires mis à mort / Salomon de La Chapelle, 1879, p.151 : (Achard était perruquier place Grenouille). Voir version numérisée sur Internet Archive et La Compagnie de Jéhu. Épisodes de la réaction lyonnaise. 1794-1800 / G. Lenotre, 1931.
De tous les amis lyonnais de Chalier, il en est un du moins qui ne voulut pas abdiquer : c'est Achard, le barbier-chirurgien de la place Grenouille, le cynique et remuant amoureux de la guillotine. On a cité plus haut quelques passages de ses lettres trouvées dans les papiers de Robespierre et qui témoignent d'une fureur sanguinaire poussée jusqu'à la démence. Disparu de Lyon dès l'annonce de la révolution de Thermidor, il vint se perdre dans Paris où, bientôt découvert, il fut arrêté, passa un an dans diverses prisons, puis, s'établit limonadier dans la rue de Bretagne. Mais quand, suivant le mot de Reverchon, on a rêvé de confisquer à son profit « la fortune lyonnaise », on ne se satisfait pas des maigres profits d'un estaminet d'ouvriers, et Achard adjoignit à son commerce celui des dénonciations calomnieuses en lequel il était expert. Une étude de M. L. Grasilier nous montre le sans-culotte lyonnais, assisté d'un autre - adorateur de Chalier, mijotant une affaire qui promet de très gros bénéfices, mais dont la réalisation exige la disparition de toute une famille, celle du riche banquier Petit du Petitval, propriétaire de la noble maison qu'en voit encore à l'angle du quai Voltaire et de la rue des Saints-Pères, et habitant, durant les beaux jours, le magnifique château - aujourd'hui démoli, - Vitry-sur-Seine. C'était un homme, - assez malingre, - et cinq femmes à supprimer. Le matin du 2 floréal an IV on découvrit à Vitry les six cadavres et, malgré les insinuations pressantes du Journal des Hommes libres, imputant ce crime aux Chouans et aux Enfants de Jésus, on ne découvrit jamais les coupables. Le résultat fut moins lucratif que ne l'avaient escompté Achard et son acolyte; mais le premier disposait « de grosses influences » et n'était pas à court de combinaisons; le règne du Directoire, fécond en intrigues et en tripotages, - ne se passa pas sans que Achard se fût « remplumé ». Changea-t-il de nom? Vécut-il en bourgeois aisé? On ne le dit pas.En 1822 débarquait à Carthagène, en Colombie, un étranger qui se présenta sous le nom d'Argereil et se disait chirurgien. Ou sut qu'il était Français et porteur d'un passeport au nom de Jean-François Achard. Le sans culotte lyonnais se prénommait Joseph : il n'y a donc pas identité entre ces deux individus.
Le terroriste Achard avait un frère, car, parmi les victimes des vengeurs lyonnais on compte un garçon de ce nom, tué, lors des réactions, à Saint-Genis-Laval et mentionné comme étant « le neveu du fameux Achard ». En 1804, la police impériale suivit jusqu'en Portugal la piste d'un Achard, accusé de faux ; les prénoms ne sont pas indiqués. C'est bien probablement celui-là; il se prétendait lieutenant de vaisseau et passa en Amérique1. Était-ce Joseph, le chirurgien-barbier, l'ami de Chalier, muni d'un passeport au nom de son frère JeanFrançois? Etait-ce ce frère lui-même, ce qui paraît plus probable? Voilà ce qui reste à découvrir. Quoi qu'il en soit les Mémoires de l'un ou de l'autre, s'ils existent, constitueraient un document précieux pour l'Histoire de la Terreur lyonnaise et il paraît facile de vérifier si le manuscrit en a été réellement déposé dans l'une de nos bibliothèques, ou si ce n'est là que la mystification d'un maniaque vaniteux soucieux de faire parler de lui.1. E. d'Ilauterive, La Police secrète du Premier Empire, l. nos 728-766.*
Jacques Achard est identifiable comme un militant jacobin lyonnais issu d'un milieu artisanal ou de petite bourgeoisie, devenu responsable politique et administratif pendant la Révolution. Son parcours jusqu'à sa libération en octobre 1795 est relativement bien résumé par l'historiographie. En revanche, sa vie ultérieure et les circonstances de sa disparition restent à établir à partir des archives originales.
Bonne journée
Tekoha.