De quels départs de ballons parle cet écriteau à Fourvière ?
Question d'origine :
bonjour
que voulais dire ceci
les visiteurs qui desirent stationer ppur voir le depart des ballons ici 0'50
photos pris a Fourviere tour de la prudence
merci pour votre ravail de recherches
opacain
Réponse du Guichet
Bonjour,
En février 2026 nous avions répondu à la question Auriez-vous des informations sur les ballons lancés depuis la basilique de Fourvière ? Nous n'avions pas trouvé d'informations sur ces départs de ballons.
Nous pouvons simplement dire que stationner signifie ici rester sur la tour pour regarder le départ. Le tarif indiqué dont les visiteurs-spectateurs devront s'acquitter est de de 0,50 Francs. Mais cela ne prouve pas que les ballons décollaient de la basilique.
Le registre des 6 et 7 mars 1897 atteste des entrées à la tour ces jours-là mais pas qu’un départ de ballon ait eu lieu à ces dates. La brochure de l’Observatoire Panoramique de la Basilique de Fourvière publiée en 1896 selon le Musée de l'imprimerie, confirme en revanche que le belvédère était alors aménagé pour les visiteurs.
Nous pensons qu'il s'agissait d'ascensions aérostatiques publiques avec des aéronautes à bord, observées depuis Fourvière. À Lyon, pendant l’Exposition de 1894, le public pouvait voir des ascensions captives et des ascensions libres. Ce contexte plausible est confirmé par le Bulletin officiel de l'Exposition de Lyon : universelle, internationale et coloniale en 1894 / Léon Mayet rédacteur en chef, Léon Fournier directeur, mais rien ne permet de relier véritablement ce panneau à cet événement. Des ascensions libres, captives... sont repérées dans différents numéros de ce bulletin numérisés par Gallica. Le récit contemporain rapporté dans la « Chronique hebdomadaire » du Bulletin officiel de l’Exposition de Lyon, 2ᵉ année, nº 25, daté du jeudi 21 juin 1894, situe le départ d’un ballon libre au Parc de la Tête d’Or. Le chroniqueur écrit que « l’aérostat libre » emportait M. Boulade et M. Moitié, puis précise : « L’aérostat est parti du Parc à 11 h. 40 du soir ». Il rapporte que l’aéronef a ensuite atterri près de Mont-sous-Vaudrey, dans le Jura. Le bulletin indique aussi que le chroniqueur suivait son vol depuis le ballon captif de l’Exposition. Cette source atteste un départ de ballon libre habité depuis le Parc en 1894 mais ne prouve pas que ce soit le départ visé par le panneau de Fourvière ni que ce dernier se rapporte à cet événement. L'information du Bulletin officielle est à vérifier dés lors que le lien qui pointe vers ce document numérisé de la BmL refonctionnera.
Les ballons-sondes existaient déjà en 1897 — Météo-France en fait remonter l’invention à 1892 — donc on ne peut pas les exclure. Mais un tarif destiné aux visiteurs venus voir le départ évoque davantage un spectacle aéronautique qu’un lâcher météorologique. Le panneau ne permet pas de trancher davantage ni de savoir si le ballon était à air chaud ou à gaz.
Dans une recherche malmenée par le site de Gallica qui lui aussi fonctionne mal aujourd'hui, nous avons repéré plusieurs départs de ballons à différentes dates dont un à Lyon mais aussi partout en France. Quelques exemples :
Le Progrès, 4 mai 1884 :
Pour terminer, départ de ballons, feux d’artifices, etc
L'Avenir de la Mayenne, 12 juillet 1883 :
DEUXIÈME JOURNÉE
Dimanche 15, (l’Aéronaute Llioste n’ayant pu venir à Laval le Samedi 14 Juillet.)
ASCENSION D’UN BALLON MONTÉ
Programme de celte Fête aérostatique
Dimanche 15 Juillet, à l heure, place de la Mairie, Bombes Aériennes, annonçant l'ouverture de la Fête aérostatique.
A 1 heure et demie. — Préparatifs du gonflement, démonstration et attache de dépêches aux pigeons voyageurs.
2 heures. — Gonflement de ballons pilotes de 1 mètre de hauteur.
2 heures et demie. — Départ de ballons pilotes* avec banderoles, flottilles aériennes, recherches des courants.
3 heures. — Enlèvement de personnages grotesques et comiques en baudruche
*Un ballon-pilote ou PIBAL (de l'anglais Pilot Balloon) est utilisé pour estimer la vitesse et la force du vent en altitude (voir Ballon-plafond, Wikipédia).
La Cocarde, 15 octobre 1897 :
Aérodrome du bois de Boulogne (rue Spontini). - Ballons captifs, course de ballons, départ de ballons libres montés, lâchers de pigeons voyageurs. Café-Bar.
Le Courrier de Saône-et-Loire, 25 septembre 1884 :
Dimanche à 3 heures, jeux de toutes espèces, à 4 heures départ de ballons grotesques* et montgolfière, à 8 heures et demie, feu d’artifice et départ d’un ballon à flammes de bengales
*Ballons grotesques désigne vraisemblablement des ballons de forme fantaisiste ou caricaturale, conçus pour amuser le public. Le site patrimonial de la ville de Nantes, dans son étude sur les fêtes aérostatiques, décrit précisément ces ballons. Ils représentaient des animaux, des gladiateurs ou des personnages comiques, comme Robert Macaire ou la mère Michel et son chat. Fabriqués en baudruche, ils pouvaient mesurer de 30 centimètres à 8 mètres de hauteur.
La Presse illustrée, 24 avril 1875, qui retrace les ascensions scientifiques du ballon Zénith, menées notamment par Sivel, Crocé-Spinelli et Gaston Tissandier dans les années 1870. Ces aéronautes étudient les effets de la haute altitude sur l’organisme, la météorologie, l’électricité et le spectre solaire. Le 15 avril 1875, une nouvelle ascension tourne au drame : Sivel et Crocé-Spinelli meurent, victimes du manque d’oxygène, tandis que Tissandier survit. Malgré cette tragédie, l’aéronautique continue de susciter l’enthousiasme des scientifiques et des aventuriers, déterminés à repousser les limites de la connaissance :
De quoi voulez-vous qu’on parle, si ce n’est de ce drame mystérieux, entre ciel et terre, là-haut, à huit ou dix mille mètres ?
Bien n’est passionnant comme la science aéronautique. Cette science a fait déjà de nombreuses victimes, et pourtant, jusqu’à cette heure, disent les ignorants et les oublieux, quels résultats a-t-elle donnés ?
Quels résultats ? Demandez à l’Académie des sciences ! Demandez aux Parisiens du siège ! Demandez à la province, avec quelle fièvre, avec quelle anxiété elle attendait la poste aérienne !
Les Sivel, les Croco Spinelli, les Tissandier ont rendu de grands services, même au point de vue purement scientifique. Leur objectif, dans ces dernières années, était Y ascension perpendiculaire, le voyage au zénith. Ils l’avaient dit assez nettement, certes, par le baptême du ballon de Sivel.
Ils firent, le 22 mars 1871, dans la nacelle du Zénith, des expériences qui les encouragèrent vivement.
Si les nouveaux explorateurs, écrivait alors M. Eugène Muller, n’ont pas dépassé, ni même atteint les altitudes qui furent visitées par leurs devanciers, au moins ont-ils dû à une ingénieuse précaution, non-seulement de mettre à profil leur séjour, d’ailleurs assez prolongé, dans ces régions, mais aussi de démontrer qu’il est possible de s’aventurer plus loin encore dans l’espace qu’on pourrait, en quelque façon, nommer super-atmosphérique.
Nantis, au départ, de ballons remplis de divers mélanges d’oxygène et d’azote, en aspirant cet air factice par un tube tenu dans la bouche, ils ont pu, dans un milieu où la colonne de mercure du baromètre ne subissait plus qu’une pression égale à 30 centimètres, défier la raréfaction de l’air vital et continuer les observations commencées dans les régions inférieures.
Observations curieuses en tous points, et touchant à toutes les importantes questions de la science moderne.
Aux météorologistes, par exemple, ils ont signalé la présence, vers 4,500 mètres, d’une sorte de couche de cristaux de glace flottants, d’une translucidité telle que, tout en scintillant sous les rayons du soleil, ils ne voilaient aucun des détails du panorama terrestre.
Aux physiologistes, ils ont rapporté le tableau varié de leurs impressions, aux divers degrés d’altitude : malaises, sensation de froid, aberration du sens visuel dans l’air raréfié; vitalité rendue par les inhalations oxi-azotiques ; accélération du pouls ; accroissement de la gravité pondérale lors du soulèvement d’un fardeau ; modification du mécanisme du vol chez les pigeons, etc. (car ils avaient des pigeons avec eux).
Aux spcctroscopist.es, aux spectroscopistes, dis-je, ils ont offert la confirmation de certaines idées qui ne pouvaient être vérifiées qu'en se plaçant à pareille distance du niveau terrestre.
Un savant, M. Jansen, se croyait en droit de dire que telles bandes du spectre solaire étaient dues à la vapeur d’eau atmosphérique; le père Secchi, l’historiographe émérite du soleil, voulait quelles fussent produites par les vapeurs aqueuses solaires. Or, voilà la question tranchée par des hommes compétents, qui sont allés observer les manifestations du spectre au delà des régions humides de notre atmosphère, et qui affirment que là-haut les bandes susdites ne se montrent plus.
Pour les physiciens purs, ils ont constaté, grâce à un électromètre des plus sensibles cependant, que, du moins ce jour-là, l’électricité était à peu près absente de ces parages éthérés ; quittes à revenir un autre jour sur ce procès-verbal de carence.
Le 23 mars 1873, ils faisaient une seconde ascension avec le Zénith. C’est celle que représente notre gravure. Crocé-Spinelli et Sivel s’étaient adjoint deux des frères Tissandier.
Le voyage fut très-long, un voyage de vingt-trois heures. Le ballon de Norvège n’avait navigué que quinze heures ; celui de Nassau, dix-sept.
Les quatre aéronautes descendirent dans les landes, aux environs d'Arcachon, après avoir fait de très-curieuses expériences électriques et spectroscopiques.
Le 13 avril, Sivel, Crocé-Spinelli et Gaston Tissandier repartaient. Cette fois, ils voulaient résoudre les grands problèmes. Ils voulaient voir ce que n’avaient pu voir Robertson, Gay-Lussac, Glaisher et Coxwell, pénétrer dans ces régions où l’homme ne respire plus, atteindre les redoutables limites de l'inconnu.
Le sphinx n’a pas livré son secret. Il a tué deux des hardis voyagent. Le troisième, Gaston Tissandier, — le plus faible ! — est redescendu à terre vert du sang de ses compagnons dont il reconn... cadavres.
Croyez-vous que cette leçon terrible aura éteint la soif de savoir ?
Non ! Depuis le fatal événement, huit ou dix audacieux ont manifesté l’intention de livrer de nouveaux combats.
M. Hureau de Villeneuve le disait dans son discours si généreusement ému :
Nous entrerons dans la carrière
Quand nos aînés n’y seront plus.
Jules Godard assistait aux funérailles des victimes du Zénith. Il revenait de Nantes, la tête couverte de bandelettes qui cachaient des blessures ... mal cicatrisées.
— Voyez-vous, nous disait-il avec sa rond... ...homie, dans ces derniers temps, je ne trouvais plus guère de compagnons de voyage. Maintenant comme les directeurs de théâtres pour les p... succès, je suis obligé de refuser du monde !
Bonne journée
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