Quel est le rôle de l’information dans la vie quotidienne des citoyens marocains ?
Question d'origine :
Quel est le rôle de l’information dans la vie quotidienne des citoyens marocains ?
Réponse du Guichet
L’accès à l'information est un droit fondamental au Maroc, garanti par la Constitution, qui permet aux citoyens d’accéder aux informations publiques et de renforcer la transparence de la vie politique et administrative. Il favorise la participation citoyenne, le contrôle des institutions et la prise de décisions éclairées. Cependant, malgré les progrès réalisés, l'application de la loi n° 31-13 reste inégale et certaines administrations continuent de limiter l’accès à l’information. Les médias jouent un rôle essentiel dans la diffusion de l’information et la sensibilisation des citoyens, bien que la liberté de la presse, garantie par la Constitution, reste limitée dans la pratique par des pressions et un manque d’indépendance. Les médias numériques séduisent davantage les jeunes citadins.
Bonjour,
Les citoyens marocains disposent du droit à l'information détenue par les pouvoirs publics. Cet accès à l’information est un droit primordial pour instaurer un environnement de transparence et de confiance dans l'Etat marocain.
"Les citoyennes et les citoyens disposent du droit d’accéder à l’information détenue par l’administration publique, les institutions élues et les organismes investis d’une mission de service public" :
L’accès à l’information est un droit fondamental garanti par l’article 27 de la Constitution du Maroc, ce Droit est régi par la loi n° 31-13 adoptée le 22 février 2018 et publiée le 12 mars 2018 au Bulletin officiel, c’est une réponse aussi aux engagements internationaux du Maroc et la conformité et le respect des instruments internationaux en la matière, notamment :
L’article 19 de la Déclaration universelle des droits de l’homme ;
L’article 19 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques ;
L’article 10 de la Convention des Nations Unies de lutte contre la corruption
Le droit d’accès à l'information permet aux citoyennes et citoyens marocains, ainsi qu'aux étrangers résidant légalement au Maroc, d'obtenir les informations détenues par les administrations et institutions publiques, ainsi que par les institutions et organismes élus qui assurent le service public.
Ce droit vise à permettre aux citoyennes et citoyens d'avoir un meilleur accès aux services publics, un meilleur suivi des politiques publiques et vise également à renforcer la transparence et l'ouverture.
Dans le cadre de la mise en œuvre des dispositions de la loi 31.13, les institutions concernées publient de manière proactive le maximum d'informations par tous les moyens de publication disponibles, notamment électroniques, y compris les portails nationaux de données publiques. Si les informations ne sont pas publiées, une demande d'obtention des informations peut être adressée à l'institution ou l'organisme qui en dispose.
source : Ministère de l'Intelligence artificielle, de la transformation numérique et de la réforme de l'administration du Royaume du Maroc
Un guide édité par l'Organisation des nations unies pour l'éducation, la science et la culture intitulé "GUIDE PRATIQUE POUR PROMOUVOIR L’ACCÈS À L’INFORMATION PUBLIQUE AU MAROC" explique :
POURQUOI EST-CE IMPORTANT D’AVOIR ACCES A L’INFORMATION ?
Le libre accès aux informations publiques contraint les gouvernements et responsables publiques à la reddition des comptes et à la transparence. La mise en œuvre effective du DAI est un pré-requis dont dépend la voix et la participation effective de la population, conditions nécessaires de l’exis-tence des sociétés démocratiques. Sans le DAI, l’instauration au sein des Etats et des gouvernements d’une culture de transparence et de responsabilité sociale demeure limitée.
Le DAI permet un meilleur contrôle de l’action publique par les citoyens qui peuvent se renseigner sur les actions et les décisions prises en leur nom par les responsables publics. Cela leur permet de s’impliquer davantage dans l’évaluation de la gestion des affaires publiques. Le DAI permet de développer une culture de reddition des comptes chez les responsables publics, qui se voient ainsi obligés de mettre leurs actions au service de l’intérêt public. Le DAI est un moyen pratique permettant aux citoyens de contrôler l’action gouvernementale et de renforcer la transparence de l’Etat et la responsabilisation des fonctionnaires et des élus.
Le DAI permet à l’individu de mieux jouir de ses droits civils et politiques, économiques, sociaux et culturels dans la mesure où il lui permet de faire de meilleurs choix. Le DAI a de nombreuses répercussions sur la satisfaction des besoins des individus et des groupes dans toute société. Cela va des services de base (santé, éducation, logement, travail, etc.) aux plus concrets (droit de vote, participation à la vie publique et politique, demande de comptes aux élus et responsables de l’Etat, etc.). Informer le citoyen constitue une obligation principale de l’Etat selon plusieurs conventions et normes internationales.
Ce document développe ensuite les idées suivantes. Nous vous laissons le consulter dans son intégralité :
1. Améliorer la performance du secteur privé grâce au DAI [...]
2. Gouvernance locale et accès à l’information : autorisation de construire [...]
3. L’accès à l’information pour lutter contre l’injustice [...]
4. Egalité des genres: le DAI pour demander «Un salaire égal pour un travail égal» [...]
5. Le DAI et l’égalité des chances [...]
A lire aussi cet autre guide : Le droit d’accès à l’information Guide relatif à la loi no 31.13, dont voici un court extrait :
Le droit d’accès à l’information publique est essentiel au fonctionnement démocratique des sociétés, favorise le développement, améliore les performances économiques et rend les autorités publiques redevables pour leur action et leur gestion des deniers publics. Le droit d’accès à l’information est également crucial pour renforcer la participation citoyenne pour l’amélioration de la qualité des services publics.
Qu'est-ce que ça change concrètement pour les citoyennes et citoyens marocains ? Un blog juridique explique quelles sont les apports effectifs de cette loi :
Demander un document à l’administration marocaine a longtemps relevé du parcours d’obstacles. Un citoyen voulait consulter un procès-verbal de conseil communal, un entrepreneur cherchait une convention signée avec une société délégataire, un journaliste demandait des statistiques publiques : très souvent, la réponse était orale, floue, parfois sèche. Pourquoi vous voulez ce document ? Revenez plus tard. Ce n’est pas communicable. En clair, l’opacité était la règle, la transparence l’exception.
Depuis la Constitution de 2011, puis surtout avec la loi n°31-13 relative au droit d’accès à l’information, le cadre juridique a changé. Le droit d’accès à l’information n’est plus une faveur accordée par un fonctionnaire conciliant. C’est un droit opposable, encadré par des délais, des procédures et des recours. La loi a été publiée au Bulletin Officiel n°6655, puis son entrée en vigueur effective a été différée de deux ans, jusqu’au 12 mars 2020, pour laisser aux administrations le temps de s’organiser.
Sur le terrain, toutefois, il faut rester lucide. Le Maroc s’est doté d’un texte important, même pionnier dans la région, mais l’application reste inégale. Certaines administrations répondent correctement, surtout au niveau central. D’autres ignorent les demandes, confondent droit d’accès et faveur discrétionnaire, ou invoquent abusivement le secret professionnel, la confidentialité ou la protection des données personnelles. C’est précisément pour cela qu’il faut connaître la procédure, les délais et les recours.
L’actualité a remis le sujet sur le devant de la scène avec le déploiement du Portail National du Droit d’Accès à l’Information, le PNDAI, accessible à l’adresse www.pndai.ma. Ce portail change beaucoup de choses. Il facilite le dépôt des demandes, il horodate les démarches et il évite un problème très marocain en pratique : la demande qui “n’aurait jamais été reçue”.
Concrètement, si vous êtes citoyen, chef d’entreprise, étudiant, journaliste, association ou même société installée au Maroc, vous pouvez demander l’accès à des rapports, études, statistiques, circulaires, contrats, conventions ou marchés publics, sous réserve des exceptions prévues par la loi. Encore faut-il savoir comment s’y prendre. C’est l’objet de cet article.
[...]
Sans accès à l’information, la participation citoyenne reste abstraite. On ne contrôle pas une politique publique sans chiffres. On ne discute pas sérieusement d’un budget communal sans documents. On ne vérifie pas la régularité d’un marché public sans pièces.
La liberté d’information maroc constitution 2011 a donc ouvert une brèche démocratique réelle.
source : Droit d’accès à l’information au Maroc : comment obtenir un document administratif et contester un refus / Hicham Ouazzani - 27 mai 2026
Un Rapport de la CDAI 2019-2024 indique que ces réformes peinent encore à s'imposer face à la culture du secret de certaines administrations. La loi ne suffit pas à changer les mentalités.
Vous nous demandez quel est le rôle de l’information dans la vie quotidienne des citoyens marocains. Il est probablement le même dans n'importe quelle société démocratique. De manière générale, l'information joue un rôle central dans notre vie de citoyen. Elle nous permet d’accéder à nos droits et aux services publics, à connaître les démarches, procédures et prestations dans des domaines essentiels comme la santé, l’éducation, l’eau, le logement ou l’emploi. Comme il a été dit, l’accès à l’information permet un meilleur contrôle de l’action des institutions. Il renforce la transparence et la redevabilité. Il aide les citoyens à évaluer la qualité des services publics, à suivre les politiques menées et à demander des comptes aux fonctionnaires et élus.
L’accès à l’information permet de participer à la vie publique en accédant à une meilleure appréhension des décisions publiques, de débattre des priorités locales et nationales, et d’interpeller les élus ou les administrations. L'information a aussi une dimension économique : mieux informé, un citoyen peut prendre des décisions plus avisées, notamment en matière de consommation, d’emploi ou d’investissement.
Les médias jouent ici un rôle d’intermédiaire en relayant l’information. Ils mobilisent l’opinion et contribuent à faire émerger un débat public. Ils permettent aux citoyens de suivre l’actualité nationale et internationale et de mieux comprendre leur environnement, les événements qui les entourent et les sensibilisent aux problèmes de la société.
La Constitution marocaine consacre la liberté d'expression et garantit la liberté de la presse :
Article 25.
Sont garanties les libertés de pensée, d'opinion et d'expression sous toutes ses formes.
Sont garanties les libertés de création, de publication et d'exposition en matière littéraire et artistique et de recherche scientifique et technique.
[...]
Article 28.
La liberté de la presse est garantie et ne peut être limitée par aucune forme de censure préalable.
Tous ont le droit d'exprimer et de diffuser librement et dans les seules limites expressément prévues par la loi, les informations, les idées et les opinions.
Les pouvoirs publics favorisent l'organisation du secteur de la presse de manière indépendante et sur des bases démocratiques, ainsi que la détermination des règles juridiques et déontologiques le concernant.
La loi fixe les règles d'organisation et de contrôle des moyens publics de communication. Elle garantit l'accès à ces moyens en respectant le pluralisme linguistique, culturel et politique de la société marocaine.
Conformément aux dispositions de l'article 165 de la présente Constitution, la Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle veille au respect de ce pluralisme.
Malgré son inscription dans la Constitution, cette liberté reste limitée dans la pratique. Certains journalistes peuvent faire face à des pressions, à des poursuites judiciaires ou à des restrictions lorsqu'ils abordent des sujets sensibles. Reporter sans frontière dresse le bilan des 5 dernières années dans un article intitulé : "Au Maroc, cinq ans sous tension : RSF revient sur cinq entraves majeures au journalisme au cours de la dernière législature" et adresse ses huit recommandations au nouveau gouvernement dirigé par Fatima Ezzahra El-Mansouri.
Le Digital News Report 2025, publié par le Reuters Institute montre que la défiance des marocaines et marocains envers la presse est prégnante. La confiance envers les médias marocains est faible : 28%. Ce taux très bas s’explique par une perception généralisée de proximité avec les pouvoirs publics, un traitement partiel des sujets sensibles, et une dépendance persistante aux subventions étatiques, notamment pour la presse papier. Nombre de Marocains ne considèrent pas les médias comme véritablement indépendants car ils reflètent principalement les points de vue et les perspectives du gouvernement.
Les marocaines et marocains se tournent plus volontiers vers l'information numérique en ligne à 78%. Internet et les réseaux sociaux demeurent des sources d’information prisées surtout pour les personnes instruites et davantage citadines ; toutefois, la télévision et la presse écrite restent importantes auprès des générations plus âgées et des personnes qui ne sont pas présentes en ligne.
L’audience marocaine se caractérise par sa jeunesse et sa grande mobilité numérique. Selon les données du rapport, 72% des moins de 35 ans au Maroc consultent quotidiennement l’actualité via leur smartphone, ce qui place le pays parmi les plus dynamiques d’Afrique dans ce domaine. Cette mobilité, couplée à une forte connectivité urbaine, explique en partie l’essor des formats courts (vidéos verticales, stories, reels) et la popularité croissante des podcasts, notamment sur Spotify, YouTube et Apple Podcasts.
Cette évolution influe directement sur les pratiques éditoriales : plusieurs médias marocains en ligne investissent désormais dans des formats vidéo courts, pensés pour les réseaux sociaux, au détriment des articles longs. Si cela permet de capter une audience volatile, cela soulève néanmoins des inquiétudes quant à la profondeur de l’information transmise.
Autre donnée clé : les Marocains consomment les informations à travers une multiplicité de plateformes. TikTok, bien que moins utilisé que Facebook ou Instagram, connaît une progression rapide (+8 points par rapport à 2024), notamment chez les 18-24 ans. Cette tendance s’accompagne d’un scepticisme accru quant à la fiabilité des contenus qui y circulent : 63% des répondants jugent l’information diffusée sur TikTok peu fiable, contre 48% pour Facebook et 44% pour YouTube.
La montée des contenus sponsorisés, des placements de produits et des fausses interviews ou témoignages suscite une vigilance croissante. D’où l’importance, selon les experts interrogés par le Reuters Institute, d’intégrer des mécanismes de signalement efficaces et d’encourager les plateformes à jouer un rôle plus proactif dans la modération des contenus.
source : Médias au Maroc : La révolution digitale redéfinit les repères du secteur / Yassine ELALAMI - L'opinion - 20 juin 2025
Pour aller plus loin, deux articles :
Le droit d’accès à l’information au Maroc à l’ère du digital : Etat des lieux et perspectives / BOUTAYBA Abdelali et BENYAHOUD Zineb
Notre société vit aujourd’hui une véritable révolution, l’ère du numérique a causé de profondes transformations dans les pratiques des organismes, notamment à la gestion de l’information et de la communication. Dans ce sens, le droit d’accès à l’information a connu des changements significatifs. Les apports de la technologie ont favorisé le passage de la communication traditionnelle des documents à la diffusion, ainsi le numérique a changé les dispositions de l’accès à l’information en général et aux données publiques en particulier.
Notre travail s’intéresse à l’open data comme nouvelle forme numérique de concrétisation du droit d’accès à l’information. L’objectif est d’établir un état des lieux et un rapprochement entre les pratiques et tendances de la digitalisation avec le processus d’accès à l’information et de communication des données publiques au Maroc, notamment après l’entrée en vigueur en 2020 de toutes les dispositions de la loi marocaine n° 31.13 relatives au droit d'accès à l'information ainsi que le plan d’action national du partenariat pour un gouvernement ouvert 2021-2023.
Le journalisme d’investigation au maroc a la recherche de l’identité perdue / Hassan HABIBI & Hassnaa CHERGUI
Cet article prend comme point de départ le contexte actuel des mutations du journalisme au Maroc et les nombreux discours annonçant la crise d'une profession perçue comme « menacée ». Les qualités d’un journaliste sont plus que jamais d’actualité, qualité d’écriture, de reportage, goût et don pour l’enquête, déontologie. Dans un environnement où l’audience a accès gratuitement à un flux d’informations et où le hiatus entre l’offre médiatique et la demande s’agrandit, la consommation des informations par le public tend à se réduire. Les nouvelles technologies renforcent la confusion entre professionnel et nonprofessionnel de sorte que chacun devient éditeur et tout le monde est « média ». L’émergence du « journalisme citoyen » illustre ce nouveau rapport qui se tisse entre le journaliste et son public construisant ainsi un modèle de co-production de l’information. À cette fin, la présente recherche repose sur une approche empirique basée sur une méthode qualitative de 100 entretiens menés, auprès des journalistes marocains ayant déjà effectué des travaux d’investigation et visant à sonder leurs représentations par rapport au journalisme d'investigation. Comment les journalistes qui sont amenés à pratiquer l’investigation se représentent-ils dans ce contexte de mutation ? Comment ces journalistes légitiment-ils cette pratique auprès des entreprises de presse et de leur public ?
Si le sujet vous intéresse voici un rapport français du Sénat récent sur Les zones grises de l'information - Mieux réguler pour protéger la démocratie.
Bonne journée.
Le passé ne s’invente pas