je me souviens
DIVERS
+ DE 2 ANS
Le 10/11/2006 à 20h08
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Question d'origine :
Pourquoi la devise du Quebec est elle : "Je me souviens" ?
Réponse du Guichet
Le 13/11/2006 à 11h19
La devise du Québec, qui figure officiellement au bas des armoiries du Québec depuis 1939, fut le fruit de l'imagination et de l'initiative du concepteur de l'Hôtel du Parlement (Palais législatif de Québec, aujourd'hui l'Assemblée nationale), Eugène-Étienne Taché (1836-1912), alors architecte et sous-ministre des Terres de la Couronne.
Taché avait prévu de placer les armes de la province au-dessus de la porte principale de l'Hôtel du Parlement et d'y inscrire une devise de son cru : « Je me souviens ». Il prépara des plans qui furent annexés au contrat de construction passé en 1883 sous l'autorité d'un arrêté du Conseil exécutif.
C'est ainsi que la devise imaginée par Taché a été ratifiée par le gouvernement québécois : elle fut utilisée et désignée comme la devise du Québec durant plusieurs décennies. L'adoption en 1939 de nouvelles armoiries du Québec sur le listel (ornement extérieur à l'écu, qui porte la devise) desquelles elle figure, raffermit son caractère officiel.

"André Duval y voit la réponse d'un sujet canadien-français à la devise du marquis de Lorne, gouverneur général du Canada, qui se trouve dans le vestibule de l'Hôtel du Parlement : « Ne obliviscaris » (Gardez-vous d'oublier).
Conrad Laforte croit que Taché s'est inspiré du Canadien errant d'Antoine Gérin-Lajoie : « Va, dis à mes amis, que je me souviens d'eux »."
Ces interprétations récentes ne semblent pourtant pas correspondre à celles qui circulaient au tournant du siècle chez des contemporains du concepteur de la devise. En l'absence de textes où Eugène-Étienne Taché expliquerait ses intentions, c'est en se plaçant dans le contexte où il a créé cette devise qu'on peut le mieux en comprendre la signification.
"Dans un discours de 1890, le juge Jetté évoquait les sentiments des Canadiens lorsque le drapeau français réapparut sur le fleuve en 1855 : « Oui, je me souviens, ce sont nos gens ».
D'après Pierre-Georges Roy, cette devise affirme « clairement le passé, le présent et le futur de la seule province française de la Confédération canadienne ».
Ernest Gagnon, qui était secrétaire du département des Travaux publics à l'époque et qui a bien connu Taché, écrivit que cette devise résumait admirablement « la raison d'être du Canada de Champlain et de Maisonneuve comme province distincte dans la Confédération ». Selon lui, en concevant la décoration de l'Hôtel du Parlement, ce dernier voulait rendre hommage aux hommes et aux femmes qui avaient marqué l'histoire du Québec."
(d'après Wikipedia).
Par ailleurs, le site du Ministère de la Justice Québecois précise que :
"Taché a conçu la décoration de la façade de l'hôtel du Parlement comme un rappel de l'histoire du Québec. Il en a fait un véritable Panthéon.
Des bronzes y représentent les Amérindiens, les explorateurs, les missionnaires, les militaires et les administrateurs publics du Régime français, ainsi que des figures du Régime anglais, comme Wolfe, Dorchester et Elgin. D'autres éléments décoratifs évoquent des personnages ou des épisodes du passé et Taché avait prévu de l'espace pour les héros des générations à venir.
La devise placée au-dessus de la porte principale résume les intentions de l'architecte : Je me souviens... de tout ce que cette façade rappelle."
Si Taché n'a pas laissé d'explication quant au choix de cette devise, il a tout de même laissé un texte qui laisse percer son intention.
"Il s’agit d'une lettre adressée le 9 avril 1883, un mois après la signature du contrat, à Siméon Lesage, assistant-commissaire (sous-ministre) des Travaux publics, en réponse au mémoire de Napoléon Bourassa sur la décoration de l'Hôtel du Parlement.
(...) Il est essentiel, à défaut d’une explication plus claire, de se replacer dans le contexte du début des années 1880, quand Taché, après avoir fait les plans de l’édifice, s’appliquait à en faire un Panthéon. C’est parce qu’on ignore ou qu’on oublie dans quelles circonstances précises la devise a été conçue qu’on se pose des questions sur sa signification.
«En quelques mots, écrivait Taché, j'établirai ce que cette façade dans son développement complet doit contenir, puis je tâcherai, le plus brièvement possible, d'exposer les raisons sur lesquelles je m'appuie pour recommander de ne pas se départir du programme tracé.
Le campanile et les avant-corps qui le flanquent sont dédiés respectivement aux trois grandes personnalités qui s'identifient avec l'origine de notre histoire.
Le campanile à Jacques Cartier, dont la statue domine tout l'ensemble; l'avant-corps de droite (en regardant l'édifice) à Champlain, celui de gauche à de Maisonneuve. Ensuite, à cause de l'influence suprême du clergé sur nos destinées, je fais entrer dans la première série de niches comprises dans le 2me [sic] étage de cette partie de notre édifice ci-dessus décrite, l'image des hommes les plus marquants de nos annales religieuses: Laval, Bréboeuf [Brébeuf], Marquette et Olier.
Dans le premier étage, au-dessous de ces derniers, figurent les grands capitaines: Frontenac, Wolfe, Montcalm et Lévis.
Enfin, je réserve une des niches formant partie du rez-de-chaussée des avant-corps, à la statue de Lord Elgin, dont la mémoire sera toujours vivante au milieu de nous.
La fontaine, embrassée par une rampe semi-circulaire donnant accès à l'entrée principale, avec niche et fronton, est destinée à rappeler le souvenir des nations sauvages, la plupart disparues de cette terre que nous habitons, autrefois leur domaine.
Sur ce roc, site de l'ancienne bourgade de Stadaconé, il n'est pas, il me semble, hors de propos de rappeler ce souvenir.
En premier lieu, je m'étais arrêté là.
Après mûre réflexion, présumant que nos descendants seraient aussi jaloux de payer leur tribut de reconnaissance à ceux des hommes de notre siècle, qui ont le plus contribué au bonheur et à la grandeur de notre pays, j'ai disposé dans les ailes réunissant les avant-corps susdits aux pavillons d'angle de l'édifice, huit piédestaux lesquels, avec la niche correspondante à celle vouée à Lord Elgin, qui n'a pas encore de destination, pourront être remplis par une autre génération avec beaucoup plus de justice, de discernement et avec moins de parti pris que nous ne le saurions faire aujourd'hui.
Dans les trumeaux compris entre les ouvertures du premier étage des ailes en question, j'ai ajouté les armes des principaux Gouverneurs du régime Français, savoir: D'Argenson, Tracy, Callières [sic] et Vaudreuil.
Celles du chevalier de Montmagny et du Marquis d'Aillesbout [sic] étant aussi intercalées dans la décoration du campanile.
De l'autre côté, comme pendant à la partie ci-dessus décrite, je fais entrer les armoiries des Gouverneurs Anglais les plus sympathiques à notre nationalité: Murray, Dorchester, Prevost et Bagot.
Au-dessus, dans le 2me [sic] étage, sur des cartouches compris dans des panneaux disposés d'une manière analogue à ceux déjà indiqués, j'inscris les noms suivants: Iberville, Joliette, Lassalle [sic], Boucher, Nicolet, de Beaujeu, Hertel et Laverandrye [sic]
Telle est à peu près cette partie de l'ensemble des souvenirs que je veux évoquer, tout en laissant à nos descendants l'occasion et le soin de le compléter.»"
(Source : Encyclopédie de l'Agora)
Il existe une thèse selon laquelle "Je me souviens" ne serait que le début d'une phrase plus longue "Je me souviens que né sous le lys, je croîs sous la rose."
C'est une thèse tardive (1991) qui limite l'aspect "revanchard" du "Je me souviens" tel qu'il a pu être interprété dans les années 70 (le lys représentant la France et la rose l'Angleterre). Elle s'appuie sur la théorie de la «conquête providentielle», idée à la mode à la fin du XIXe siècle : en 1759, la Providence aurait voulu que la civilisation britannique vienne préserver les Canadiens français de grands malheurs comme la Révolution française.
Il semble cependant qu'aucune source sérieuse ne vienne l'étayer. il existe au contraire de nombreux témoignages selon lesquels la devise se limite à ces trois mots :
"On pourrait citer d’autres sources qui précisent (...) que cette devise «n’a que trois mots». Ainsi, lors d’une fête donnée en l’honneur de Taché le 13 novembre 1911, Boucher de la Bruère déclarait : «Vous n’avez écrit que trois mots, il est vrai, mais trois mots qui valent un livre, et trois mots qui sont tout un poème17». En 1939, dans une lettre adressée au ministre des Travaux publics, un gendre de Taché, le lieutenant-colonel Étienne-Théodore Pâquet, estimait que «celui qui a synthétisé dans trois mots l’histoire et les traditions de notre race mérite d’être reconnu18» autant que Routhier et Lavallée qui ont composé l’hymne Ô Canada."
Les chercheurs francophones rejettent cette thèse ; Gaston Deschênes, Directeur des études documentaires de l'Assemblée Nationale du Québec, la qualifie de rumeur et démontre son inanité dans un long et passionnant article, auquel nous vous laissons vous référer si cette querelle vous intéresse.
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