Venise, ville des amoureux
DIVERS
+ DE 2 ANS
Le 13/05/2007 à 14h29
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Question d'origine :
Coucou, cher guichet!
Je me demande depuis quand et pourquoi et comment et qui a décidé que... Venise était la ville des amoureux?
Il me semble que pour les Américains, ou les Japonais, c'est plutôt Paris qui correspond à cette "définition", mais depuis quand, chez nous, a-t-il été décrété que c'était Venise, la ville des amoureux?
A tout prendre, pourquoi n'a-t-on pas choisi Vérone, cela aurait été plus logique, non?
A moins qu'il n'y ait eu à Venise des histoires d'amour légendaires que je ne connaîtrais pas...?
Merci d'avance de ta réponse, mon guichet chéri que j'aime!!!
G
Réponse du Guichet
Le 15/05/2007 à 09h26
Aucun événement particulier ne justifie que Venise soit, assez mondialement d'ailleurs, connue comme la ville des amoureux. Plus généralement, la Venise du XVIIIème siècle était considérée comme une ville aux moeurs légères, voire luxurieuses... Cet article du site e-Venise résume assez bien son histoire amoureuse :
Venise, ville de l'amour, qui en douterait ! Amours et amoureux célèbres, toute l'histoire de Venise est intimement liée à Cupidon.
Romantisme et érotisme, amour sacré ou amour profane, Cupidon règne ici en maître, toujours prêt à décocher ses flèches aux parfums enivrants.
En parlant d'érotisme et de libertinage, on pense bien évidemment à Giacomo Casanova ou encore à Giorgio Baffo et à la tradition bien vénitienne des courtisanes, souvent lettrées tout en étant légères.
On ne peut pas non plus oublier l'autre tradition locale, celle du sigisbée, galant de Madame avec le consentement de Monsieur, souvent plus âgé qu'elle et qui, plutôt que de ne pas savoir où se satisfera Madame, préfère la savoir dans des bras connus et... plus contrôlables.
Molmenti, dans son étude des moeurs vénitiennes, nous présente le Grand Canal, au soleil couchant du printemps :
"Les patriciennes étaient souvent accompagnées par leurs femmes de chambre, et elles échangeaient avec les gentilshommes, qui les suivaient sur une autre gondole, des oeillades et des sourires, nouant des intrigues d'amour dans cette rue unique au monde, entre les palais bruns de marbre, l'eau et le ciel aux riantes couleurs. La nuit, les sérénades parcouraient le Grand Canal, et l'on voyait d'élégantes figures de femmes se dessiner sur les balcons lumineux."
Molmenti - Vie Privée à Venise 1882
Si Venise était une ville de luxure elle est aussi la ville de l'amour sublime, de l'amour du beau, de l'amour pur et romantique. Les amours célèbres de Georges Sand avec Alfred de Musset, de Lord Byron, de Gabriele d'Annunzio et de bien d'autres encore, ont donné leurs lettres de noblesse amoureuses à Venise.
Voici ce que disait de l'amour, Georges Sand, séjournant alors à Venise, dans une lettre du 25 juin 1834 à son ami Émile Paultre :
"La vie est la plus belle chose du monde quand on aime, et la plus détestable quand on cesse d'aimer. C'est-à-dire que selon moi, l'amour est tout [...] Le véritable amour, c'est quand le coeur, l'esprit et le corps se comprennent et s'embrassent."
Giacomo Casanova, célèbre libertin et aventurier du XVIIIème siècle, a fréquemment revendiqué ses origines vénitiennes. Giorgio Baffo, contemporain du premier et sénateur de la République de Venise, est surtout connu pour ses 760 sonnets publiés sous le titre d'Oeuvres érotiques. La coutume du sigisbée (ou cisisbée) était répandu dans l'ensemble de l'Italie du XVIIIème mais c'est à Venise que de simple cavaliere servente, il devint l'amant en titre, quand il ne faisait pas partie du contrat de mariage :
Mais il ne faut pas imaginer que la vie de Sigisbée n'était que bonheur et plaisir, et si l'on en croit l'analyse de Molmenti, les Sigisbées devinrent en fait une sorte d'esclave sexuel des dames vénitiennes...
“Là où manquait l'amour sincère, le mari était remplacé par le sigisbée. La galanterie des femmes avait, comme nous l'avons dit, sa douceur et son charme; mais le sigisbéisme fut un métier, une passion ignoble formée de qualités négatives et peu viriles.
Quand la mode, au commencement du XVIIe siècle, prescrivit que les affections domestiques ne devaient pas s'étaler en public, on inventa les Cavalieri serventi, souvent même on les exigea dans les contrats de mariage.
Cette institution était peut être d'abord inoffensive, mais elle devait fatalement passer la mesure. On ne tarda pas à voir paraître les sigisbées, dont les gondoliers et les soubrettes étaient les confidents secrets.
Les sigisbées, martyrs de la galanterie, esclaves du beau sexe, nerveux comme lui, se pâmaient d'amour, devinaient pour les satisfaire, les moindres désirs de leurs dames, les accompagnaient aux conservatoires ou aux théâtres pour y applaudir quelque cantatrice, quelque comédienne célèbre, et même à l'église pour y entendre la messe ou quelque fameux prédicateur.”
Molmenti - Vie Privée à Venise 1882
source : e-Venise.
Nous vous engageons à lire en ligne l'oeuvre de Pompeo Molmenti, La vie privée à Venise depuis les premiers temps jusqu'à la chute de la République (1882). De nombreux chapitres traitent de la corruption des moeurs, de la galanterie, des femmes, des divorces, des sigisbées, des courtisanes...
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