Question d'origine :
Que dit clairement le Coran, quant à la consommation d'alcool?
Peut etre pouvez vous me répondre? Inch'Allah...
Réponse du Guichet
Le 03/10/2007 à 15h50
Il est un quiproquo qu’il faut lever définitivement : le vin n’a jamais cessé couler dans les pays arabes, pas plus qu’il n’a manqué d’amateurs pour le savourer et de poètes bachiques pour en chanter les délices. Bien sûr, l’interdiction coranique du vin et de toute boisson alcoolisée est un fait incontestable. Elle est clairement formulée dans plusieurs versets. Dans l’un d’eux (Coran V, 90), le vin est présenté comme une abomination et une œuvre du démon, au même titre que les jeux de hasard et la magie. Toutefois, la doctrine musulmane ne fut pas au début, aussi affirmative…(Malek Chebel)
Le Coran énonce un certain nombre d'interdits dont les principaux sont regroupés dans ces deux versets(1) :
Dis : « Venez, je vais réciter ce que votre Seigneur vous a interdit : ne Lui associez rien ; et soyez bienfaisants envers vos père et mère. Ne tuez pas vos enfants pour cause de pauvreté. Nous vous nourrissons tout comme eux. N'approchez pas des turpitudes ouvertement, ou en cachette. Ne tuez qu'en toute justice la vie qu'Allah a fait sacrée. Voilà ce qu'Allah vous a recommandé de faire ; peut-être comprendrez-vous.
Et ne vous approchez des biens de l'orphelin que de la plus belle manière, jusqu'à ce qu'il ait atteint sa majorité. Et donnez la juste mesure et le bon poids, en toute justice. Nous n'imposons à une âme que selon sa capacité. Et quand vous parlez, soyez équitables même s'il s'agit d'un proche parent. Et remplissez votre engagement envers Allah. Voilà ce qu'Il vous enjoint. Peut-être vous rappellerez-vous. ».
Le Coran rappelle que `Issa (Jésus) avait levé les interdits alimentaires, mais l'islam va en conserver certains(2) :
Et je confirme ce qu'il y a dans la Thora révélée avant moi, et je vous rends licite une partie de ce qui était interdit. Et j'ai certes apporté un signe de votre Seigneur. Craignez Dieu donc, et obéissez-moi.
Dieu est mon Seigneur et votre Seigneur. Adorez-Le donc : voilà le chemin droit.
Le mot alcool, (arabe : كحول [koḥôl], alcool) a un sens assez amusant, il vient d'une même racine (كحل [kaḥala], avoir les yeux cernés, avoir mal dormi) que l'on retrouve dans le fard noir à paupières à base d'antimoine (كحل [koḥol], khôl ; fard noir à paupières), parce que les deux donnent des yeux cernés, le regard fatigué.
Comme le miel, le lait et l'huile, le vin est au croisement de deux types d'industries: une industrie naturelle, qui fait croître le raisin jusqu'à sa cueillette, et une industrie humaine, qui le transforme pour en faire cette boisson enivrante. Les fruits de la vigne et du palmier sont permis, mais le vin qu'on en tire est interdit.
Des fruits des palmiers et des vignes, vous retirez une boisson enivrante et un aliment excellent. Il y a vraiment là un signe pour des gens qui raisonnent.(3)
Au début de la prédication le Coran se limite à dire aux musulmans de ne pas arriver ivres à la prière. Mais le vin comporte même une certaine utilité.
Ils t'interrogent sur le vin et les jeux de hasard. Dis : « Dans les deux il y a un grand péché et quelques avantages pour les gens; mais dans les deux, le péché est plus grand que l'utilité ». Et ils t'interrogent : « Que doit-on dépenser (en charité) ? » Dis : « L'excédent de vos bien. »(4)
Un peu plus tard, la consommation de vin (et plus généralement de boisson fermentées) n'est interdite qu'à cause des conséquences de l'ivresse, les conséquences de l'ivresse disparaissent au paradis et la consommation du vin y est permise.
Ô les croyants ! N'approchez pas de la Salat alors que vous êtes ivres, jusqu'à ce que vous compreniez ce que vous dites, et aussi quand vous êtes en état d'impureté [pollués] – à moins que vous ne soyez en voyage – jusqu'à ce que vous ayez pris un bain rituel. Si vous êtes malades ou en voyage, ou si l'un de vous revient du lieu où il a fait ses besoins, ou si vous avez touché à des femmes et vous ne trouviez pas d'eau, alors recourez à une terre pure, et passez-vous-en sur vos visages et sur vos mains. Dieu, en vérité est Indulgent et Pardonneur.(5)
Plus tard encore, ce verset est abrogé et l'interdiction se généralise et se durcit. Le verset suivant est un verset abrogeant le précédent ; il ne faut pas boire de boisson fermentée à cause des conséquences sur le comportement du buveur.
Ô les croyants ! Le vin, le jeu de hasard, les pierres dressées, les flèches de divination ne sont qu'une abomination, œuvre du Diable. Ecartez-vous en, afin que vous réussissiez.(6)
Ces trois versets font partie de sourates dites médinoises que la tradition place respectivement 87e, 92e et 112e dans l'ordre de la révélation.
Dans la Perse islamisée, le vin était resté (et le reste, mais de manière officieuse) en usage, il suffit de lire les poètes comme Khayyâm (1048 - 1123) ou Hafez (1320 - 1389), ou Rûmi (1207 - 1273).
Pour les soufis, l'ivresse est un moyen de parvenir à l'extase, à la connaissance suprême, elle permet une élévation de l'âme à la connaissance spirituelle.
Ainsi, le vin est l'accompagnateur des cérémonies soufies qui trouvent en lui tous les artifices de départ, d'élévation et d'émotion, conditions requises pour l'émergence de l'extase. Les métaphores qui associent le vin à l'extase mystique, voire à l'amour de Dieu, sont nombreuses.
1. Le Coran (sourate 6, Al-‘an âm, Le bétail ; versets 151-152), trad. De Mouhammad Hamidullah.
2. Le Coran (sourate 3, Al Imrân, La famille d’Imran ; versets 50-51)
3. Le Coran (sourate 16, An-na 1, Les abeilles, verser 67)
4. Le Coran (sourate 2, Al-baqara, La génisse, verset 219)
5. Le Coran (sourate 4, An-Nisa’, les femmes, verset 43)
6. Le Coran (sourate 5, Al-Mâ’isa, la table servie verset 90)
(Un article de wikipédia)
A lire aussi :
Dictionnaire des symboles musulmans, par Malek Chebel
Dictionnaire amoureux de l’islam, par Malek Chebel
Islam et interdits alimentaires, par Mohammed, Hocine Benkheira
L’éloge du vin, par l’un des plus grands poètes de la langue arabe, Ibn Al Faridh.
DANS NOS COLLECTIONS :
Commentaires 0
Connectez-vous pour pouvoir commenter.
Se connecter
L’écho des savantes