Le personnage réaliste
Le 12/12/2007 à 11h32
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Question d'origine :
Bonjour,
J'aimerais savoir si on sait quand la notion de personnage "réaliste" est apparue en littérature et dans les autres arts . Doit-on penser que cette apparition coïncide avec la naissance du Réalisme ? Ou peut-on considérer par exemple qu'un La Bruyère dans ses portraits campe aussi des personnages réalistes ? Y a-t-il des ouvrages (ou des sites) qui traitent de ces questions ? Merci dans ce cas de me les indiquer.
Bien cordialement
Réponse du Guichet
Le 14/12/2007 à 11h05
Le Dictionnaire des termes littéraires nous donne la définitions suivante du réalisme :
« Terme d’origine philosophique, employé pour la première fois au sujet de la littérature en 1826, dans le Mercure de France, le réalisme y est décrit comme la littérature du vrai. Trente ans plus tard, G. Courbet, pour protester contre son exclusion de l’Exposition universelle de 1855, expose sous l’enseigne « Du réalisme » des œuvres qui peignent sur le vif des scènes quotidiennes. Champfleury, auteur d’un recueil d’articles intitulé Le réalisme (1857), et Duranty, fondateur d’une revue éphémère du même nom, font écho au geste du peintre. La bataille du réalisme est lancée.
1. Selon la première acceptation, le réalisme est le mouvement qui succède au romantisme et prépare le naturalisme (1830-1880)…
L’une des tâches principales de l’écrivain réaliste était de rendre la réalité de tous les jours (personnes, événements, situations sociales) objectivement et avec précision, sans céder à l’idéalisation. L’attrait du concret et du matériel peut être compris comme une réaction contre le romantisme dominant et contre les derniers soubresauts du classicisme…
2.
Le Dictionnaire culturel en langue française consacre une dizaine de pages au mot réalisme ; voici un extrait de "réalisme et naturalisme en littérature" :
« Avant de la considérer comme un mouvement historique bien circoncit,
Quant au personnage "réaliste", sur le site Histoire de la littérature française, nous trouvons sa caractéristique:
« Le réalisme, dans sa façon de représenter la réalité sociale, a absolument besoin du personnage : c’est par lui qu’on peut montrer sa science. De ce fait,
Au vu de tout ceci, il semble que le personnage "réaliste" est apparu bien avant la seconde moitié du XIXè siècle. Quelques références pour aller plus loin dans cette recherche :
livres :
- Poétique du personnage de roman
- Le personnage de roman, numéro 1 (2005) de la revue Etudes françaises
- Littérature et réalité : recueil de textes extraits de diverses publications
sites :
- le chapitre "Etudes théoriques sur le personnage de roman" sur Le portail de l'enseignement des lettres
- Le moment réaliste du roman : à propos du livre "Frontière du roman, le personnage réaliste et ses fictions" / Isabelle Daunais
- Réalisme, naturalisme, impressionisme : documents pour une approche interdisciplinaire.
Réponse du Guichet
Le 14/12/2007 à 13h46
Afin de compléter la réponse du Département Littérature d’un point de vue artistique, nous vous proposons la notice que consacre le Dictionnaire Larousse de la peinture au terme réalisme :
Les mots réalisme, réaliste, réalité sont d’une utilisation courante mais assez délicate : ils peuvent, en effet, définir plusieurs degrés de référence au réel. Souvent ils sous entendent l’observation scrupuleuse, par l’artiste, du modèle représenté (figure, visage, nature morte). On peut ainsi citer les portraits depuis le Moyen Age (s’efforçant de traduire la ressemblance et la personnalité), l’Adam et Eve de Van Eyck, les Venus nues de Cranach, les costumes de Pisanello, Signorelli ou Durer, les tables de cuisine de Chardin, Van der Weyden, Ghirlandaio, Philippe de Champaigne…
Le terme réalisme s’emploie plus volontiers lorsque l’artiste ajoute au rendu fidèle des œuvres un désir d’ennoblissement du monde quotidien (le réalisme des frères Le nain, Murillo, les peintres néerlandais du 17° siècle, Chardin, Ribera). Toute autre est la démarche de Courbet, du Caravage, de Goya.
Au 19° siècle, la France emploie le terme réalisme dans une acception purement historique, universellement acceptée mais aussi fort discutable. Le terme est apparu en 1836, dans la Chronique de Paris, sous la plume de Gustave Planche qui, influencé par Balzac, y voit une possibilité de régénération de l’art.
On retrouve ensuite le terme dans les critiques de Champfleury qui est un des promoteurs du roman réaliste et qui prône le recours au réel pour se libérer de la peinture littéraire troubadour et s’opposer à « l’art pour l’art » de Théophile Gautier.
Courbet adopte définitivement le terme dans le catalogue qu’il rédige pour son exposition particulière dans une baraque de l’Avenue Montaigne « Exhibition de 40 tableaux » de son œuvre à proximité de l’Exposition universelle de 1855 qui avait repoussé « Un enterrement à Ornans ». Il reprend le terme pour son exposition personnelle « Du réalisme ».
Daumier est le seul réaliste qui puisse partager avec Courbet l’acception purement historico-politique du terme.
Le réalisme, dan son acception historique, ne recouvre donc, en somme, ni une véritable école ni une réelle vérité picturale fondée sur la conception même de l’art, mais il exprime un élan socialisant et humanitaire qui a poussé certains artistes, après la révolution de 1848, à se pencher sur la vie quotidienne du peuple.
Si nous élargissons cette notion de réalisme historique, nous pouvons leur rattacher les peintres « pompiers » naturalistes. Mais on ne doit utiliser le terme de réaliste que pour les artistes académiques qui, dans la tradition de Courbet et des artistes de 1848 peignent des sujets sociaux. L’ensemble de l’art « pompier », s’il imite scrupuleusement le réel, relève plutôt de la notion de Vérisme à la manière du 16° siècle et sans aucune implication polémique ou politique.
Si l’influence de Courbet se sent encore dans certains aspects de l’expressionnisme européen et des réalismes politiques du 20° siècle, tous ceux qui se réclament du Réalisme pour sauvegarder l’art figuratif se rattachent aux traditions formelles antérieures, comme le groupe vériste des Peintres de la réalité au trompe l’œil du 17° siècle. Seuls, sans doute, les artistes du Pop’ Art et du Nouveau Réalisme peuvent en un sens, relever du réalisme social de Courbet par leur conception de l’art comme manifeste et prise de parti.
Nous vous conseillons la lecture de l’article que consacre l’Encyclopédie Universalis (lecture en ligne à la BM de Lyon) au réalisme. En voici quelques extraits :
Tout comme en littérature, le réalisme a été le mouvement dominant en art pendant la seconde moitié du XIXe siècle. L'étude du réalisme se heurte à plusieurs difficultés. La première est d'ordre sémantique : le terme de réalisme est utilisé de façon vague par le grand public et aussi, malheureusement, par les spécialistes. Il sert souvent à décrire, pour n'importe quelle période, toute forme d'art représentatif ; on le donne comme synonyme de naturalisme quand on ne le confond pas purement et simplement avec ce dernier terme, qui ne désigne, dans le meilleur des cas, qu'une phase tardive du réalisme. Qui plus est, le terme de réalisme nous confronte à cet important problème philosophique : « Qu'est-ce que la réalité ? »
La seconde difficulté tient à l'approche doctrinaire du mouvement par les historiens d'art. En sorte que, tant en France qu'à l'étranger, l'attention accordée au mouvement réaliste s'est centrée sur les réalistes de la « voie principale du progrès » : Courbet, Manet et les impressionnistes. Le même préjugé a conduit à limiter la « période » du réalisme, de manière à le situer commodément entre le romantisme et le symbolisme.
Le réalisme était fondé sur l'idée que la nature, ou le monde extérieur, a une existence objective, que la nature est visiblement soumise à la causalité physique, et que l'homme, en tant que partie de la nature, est soumis aussi aux lois de la causalité.
Pour découvrir les peintres réalistes qui œuvrèrent dans le monde occidental entre 1850 et 1900, il nous faut cerner un art qui fut anti-idéaliste ou révolutionnaire dans le style comme dans les sujets, et objectif dans sa description de l'homme et de la nature, qu'on accédât à cette objectivité en se soumettant à des méthodes scientifiques ou simplement à l'aide d'une observation réglée.
En complément, nous vous conseillons les ouvrages suivants :
- Dictionnaire critique d'iconographie occidentale sous la direction de Xavier Barral I Altet qui dresse un panorama de ce que peut signifier ce terme dans le domaine artistique, du Moyen Age à l’époque contemporaine
- le Réalisme de Champfleury
- Du réalisme à nos jours, tome 4 de L’encyclopédie de l’histoire de l’art (La Pléiade)
Réponse du Guichet
Le 23/12/2007 à 15h31
Je n'ai pas de question aujourd'hui mais je tiens à remercier les géniaux bibliothécaires des département Littérature et Arts et Loisirs qui ont répondu à la dernière que j'ai posée.
Bonnes fêtes et bon début d'année à vous.
Bien cordialement
Bonnes fêtes et bon début d'année à vous.
Bien cordialement
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