Question d'origine :
Passionné d'histoire moderne hispannique au XVII° siècle , et j'ai vu dans le livre de Phillippe Loupès et Dedieu dans Péninsule Ibérique à l'époque des Habsbourg.
J'aimerais avoir des précisions sur cette notion d' "asiento" dont j'ai du mal a comprendre le fonctionnement, on dirait une sorte de "lettre de change"effectué au nom du roi d'Espagne.
J'ai entendu parler aussi d'un asiento concernant le mercure sous Phillippe III en 1607. Pourriez vous me donnez quelques ouvrages concernant cela ou sur l'asiento en général au XVII° siècle car c'est assez complexe. Dans aucune encyclopédie cela n'est expliqué !
En vous remerciant par avance pour vos renseignements
Réponse du Guichet
Le 28/02/2008 à 11h37
"Les Espagnols ne pratiquaient pas la traite négrière directement ; ils avaient fait le choix de confier celle-ci à d'autres pays (Portugal, Hollande, France, Angleterre etc), l'ouverture de ce droit se faisant contre le paiement d'une redevance. Cette pratique s'appelle l'asiento. Les autres puissances européennes n'avaient pas recours à cette pratique.
L'asiento a en fait a un sens plus large en droit public espagnol. Les asientos de la monarchie espagnole concernent tous les aspects de la vie économique du pays. Il s'agit en réalité d'un contrat administratif dans lequel un particulier ou une société s’engage à accomplir à la place de l'État un service public en échange d'un droit. Il est possible de revendre ou de sous-traiter une partie de ce privilège. Il existe donc des asientos pour tous types de produits coloniaux, mais l'asiento des esclaves, destiné à fournir l'Amérique latine en main d'oeuvre, est de loin le plus important. En effet l'importance de ce marché explique la concurrence entre les grandes compagnies européennes pour détenir ce privilège au XVIIe et XVIIIe siècle."
Voir la suite de l’article (ébauche) Asiento sur Wikipedia.
« Les opérations financières dont nous allons nous occuper sont appelées, en langage du temps, asientos, terme que nous croyons indispensable de conserver. Il a acquis droit de cité dans notre vocabulaire historique pour désigner le privilège de la traite des noirs dans les colonies espagnoles d’Amérique, qui fut concédé à une compagnie anglaise par les traités d’Utrecht (1713). Dans le langage administratif des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles, il signifiait « contrat » ou « convention » et se traduisait en français par « parti » qui adonné « partisan » comme asiento a donné asentista.
D’innombrables asientos furent conclus entre la monarchie espagnole et tous les hommes d’affaires, plutôt qu’avec les seuls banquiers. Ceux qui concernent les noirs n’en constituent qu’une faible part. Certains intéressaient le bail à ferme des divers impôts ou des fournitures pour l’armée ou la marine. D’autres enfin, et ceux-là retiendront toute notre attention, ont trait à des avances d’argent.
S’agit-il donc d’emprunt ? Ce terme, employé par divers auteurs, nous paraît mal convenir. Il y a emprunt lorsque les fonds sont remboursables dans le même pays et avec la même monnaie. Un telle opération est susceptible de deux modalités : à court terme (dette flottante) et à long terme (dette consolidée). Dans le premier cas, nous avons affaire à un prêt (mutuum) et le contrat, selon la doctrine canonique, ne vaut entre particuliers que si l’on ne perçoit pas d’intérêts, mais pour des raisons d’utilité publique, il est admis sans restrictions quand l’état est emprunteur.
Dans le second cas, il s’agit d’un contrat de rente (census), très en faveur au Moyen Age et dans ce XVIe siècle encore si médiéval.
Si les opérations financières faites par la monarchie française comme le fameux « <grand Parti de Lyon » peuvent être considérés comme des emprunts, il n’en est pas de même des asientos espagnols. Ils sont, en général, d’une nature plus complexe et comportent à la fois une opération de crédit et une opération de transfert d’une monnaie à l’autre. On doit donc les assimiler plutôt à un contrat de change (cambium). La meilleure preuve est qu’on emploie souvent ce terme (cambio en espagnol) comme synonyme d’asiento. Nette différence avec le change entre particuliers : le taux fixé est, dans une très large mesure, indépendant du cours officiel et résulte d’un accord extérieur au marché. Mais ce point, d’ailleurs important, ne modifie pas la nature du contrat. »
Simon Ruiz et les « Asientos » de Philippe II, Henri Lapeyre, cité dans L’Espagne du XVIe siècle, Joseph Pérez, p. 171-172.
Si ces ouvrages concernent surtout le XVIe siècle, il ne semble pas que la pratique des asientos ait changé sous le règne de Philippe III, et elle pouvait se pratiquer en effet sur tous les produits commerciaux, y compris le mercure et les mines de mercure.
Voir aussi la définition du Manuel des consuls, p. 369-370-371.
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