Question d'origine :

Bonjour à toute l'équipe des guichets Sur un relevé généalogique il est écrit à propos d'un mariage célébré le 4/02/1727 à propos de l'épouse : "fille du corps des Thérèses de l'aumone générale de la Charité de Lyon" Pouvez m'en dire plus ? Par avance je vous en remercie

Réponse du Guichet

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Le 25/02/2010 à 10h39
Réponse de la Documentation Lyon et Rhône-Alpes

L’origine de « La Charité » de Lyon est l’Aumône générale, fondée en 1533 pour venir en aide aux malheureux chassés de la campagne en raison d’une famine persistante. Elle était donc au départ une institution de bienfaisance, devenue au fil des siècles « hospice » puis « hôpital ». Le vaste bâtiment servant d’hospice destiné aux déshérités et dont il ne reste que le clocher actuel, place Antonin Poncet, est construit ultérieurement et achevé en 1633.

Le terme de « Thérèses de l’aumone générale de la Charité de Lyon » renvoie spécifiquement au placement des enfants abandonnés, dont l’accueil est l’une des missions de cette institution. L’ouvrage très complet L’histoire de l’hôpital de la Charité de Lyon permet d’en savoir plus sur ce sujet.

En l’an 1533, les garçons orphelins sont placés à l’hôpital Saint-Martin de la Chana, dit hôpital de la Chanal (vers la place Saint-Georges) et les filles orphelines à l’hôpital Sainte-Catherine du Val (aux Terreaux) ainsi qu’au couvent des Cordeliers et au couvent des Jacobins. Une fois construite, c’est ensuite La Charité qui sert de lieu d’accueil : le transfert des enfants adoptifs est réalisé le 21 mars 1629 pour les filles de Sainte-Catherine et le 14 août 1636 pour les garçons de la Chanal. Ce nouveau bâtiment héberge également les Thérèses car les enfants sont distingués les uns des autres.

Ainsi, l’hôpital de la Charité de Bellecour abrite trois catégories d’enfants :
- des enfants légitimes, orphelins, adoptés par les recteurs : garçons de la Chanal et filles de Sainte-Catherine
- des enfants légitimes abandonnés : Petits Passants et Petites Passantes
- des enfants illégitimes : Petits garçons et Filles de Sainte-Thérèse.

Les différents règlements les régissant sont semblables mais une différence majeure concerne leur possibilité d’adoption (ou non), non autorisée pour les petits garçons et les filles de Sainte-Thérèse.
D’après le règlement catégorique de 1605, « aucuns bastards et illégitimes ne peuvent être receuz et adoptés en ladicte Aumosne, en détestation du péché de leurs progénitures et pour l’exemple de ne les mesler avec les légitimes et nés de loyal mariage ».

Le règlement de 1614 stipule que les enfants orphelins élevés à l’Hôtel-Dieu sont remis à l’Aumône à l’âge de sept ans. Puis un nouveau traité avec l’Hôtel-Dieu du 26 novembre 1626 spécifie que les enfants exposés sont, après l’âge de sept ans, admis à l’Hôpital de la Charité, qui vient d’être construit, pour y être nourris comme les autres. A partir de cette époque, les enfants trouvés formèrent les deux communautés des petits garçons et des filles Thérèses, fonctionnant sur le même mode que celles de la Chanal et de Sainte-Catherine, sans bénéficier cependant des avantages de l’adoption. A partir de 1675, les Thérèses reçurent également une dot à leur mariage (25 puis 50 livres), définitivement supprimée en 1765.

Au cours des 17ème et 18ème siècle, les six communautés d’enfants vivent à la Charité séparément, sans contact entre elles : occupation de bâtiments distincts, vêtements différents, règlements particuliers. Ces derniers permettent de savoir comment ils sont occupés, instruits, nourris, vêtus et placés à la ville ou à la campagne. On apprend notamment que tout enfant accueilli est soumis à un examen médical à son entrée. Pendant son séjour, l’enfant suit un emploi du temps strict où les temps de prière et ceux consacrés à la messe rythment la journée. L’instruction est rudimentaire (lecture, écriture, étude du catéchisme). Surtout, une grande importance est apportée à la vêture des administrés, qui doit éviter toute fantaisie et permettre leur distinction. Le bleu est la couleur réservée aux enfants adoptifs. En 1773, les différences de costumes entre communautés, auparavant plus détaillée, se restreignent à la couleur : bleu, musc, gris blanc naturel.
Les punitions sont également prévues (privation de souper, de sortie, pancarte infamante…).
La discipline sévère, jugée nécessaire au maintien de l’ordre, est tempérée par quelques fêtes. Chaque communauté d’enfants a sa fête patronale, jour de liesse et de festin : la Sainte-Catherine et la Sainte-Thérèse pour les filles, la Saint-Martin pour les enfants de la Chanal et la Saint-Nicolas pour les petits garçons. Les Catherines apprennent la musique, puis également les Thérèses qui sont douées.

A l’origine, seuls les enfants non adoptifs sont placés aux champs puis la pratique se généralise au 18ème siècle, sauf pour les infirmes. Pour les garçons, l’entrée en apprentissage varie en fonction de leur statut.

Et quoi qu’il en soit, tous les enfants illégitimes (filles et garçons) sont soumis à une discipline plus rude que celle de leurs camarades car, selon les règlements « rien n’est si difficile que de dresser à la vertu des personnes nourries dans la liberté de tout faire sans censure et dont les pères ne surent jamais ce que c’est que le bien ».

En 1722, on compte à l’intérieur de la Charité 985 enfants ainsi répartis : 69 orphelins de la Chanal, 174 Catherines dont 36 infirmes, 215 petits garçons dont 10 infirmes, 410 Thérèses dont 60 infirmes, 32 passants et 85 passantes.

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