Mer violette chez Homère
DIVERS
+ DE 2 ANS
Le 20/09/2011 à 21h37
822 vues
Question d'origine :
Bonjour,
Je m'interroge depuis quelques temps sur une expression étrange pour moi dans une traduction de l'Odyssée d'Homère. En effet, la mer y est dite "violette" mais je ne saisis pas d'où cela vient. La mer n'est pas violette. Elle peut être bleue, verdâtre, noire, émeraude...mais jamais je ne l'ai vue violette...S'agit-il d'une expression à valeur symbolique? D'un reflet d'une réalité environnementale de l'époque aujourd'hui disparue? Tout simplement d'une traduction approximative?
Merci de m'éclairer.
Réponse du Guichet
Le 21/09/2011 à 12h47
Réponse du service Guichet du Savoir
Bonjour,
Votre interrogation trouve un écho dans le titre de cet ouvrage : Sur la mer violette : naviguer dans l'Antiquité. Composé de textes anciens sur la navigation, il s'ouvre sur une préface de l'amiral Yves Goupil qui, à la question :
Le titre de cet ouvrage, "Sur la mer violette", est un hommage à un célèbre vers d'Homère dans l'Odyssée. Pour vous, de quelle couleur est la mer ?
... répond :
Tout dépend d'où l'on se trouve § En Atlantique ou en Manche, on rencontre toutes les nuances de vert, d'opale, de gris ; sous les tropiques, c'est autre chose. Mais c'est vrai qu'en Méditerranée le bleu est si intense, si sombre parfois, qu'on ressent bien ce que voulait dire Homère.
Mais...
Si la mer n'est ni bleue ni verte mais violette ou vineuse, c'est parce qu'elle est avant tout inquiétante et dangereuse. Cela vaut pour tous, pour les Grecs, grands marins, comme pour les Romains, solides terriens. (cf. lexpress.fr)
Quant au site booksmag.fr, il donne un début d'explication que l'on ne peut compléter sans s'abonner au site :
La mer est rouge comme une violette
Pour Homère, les visages étaient verts, tout comme le miel et le bois. Ni lui ni les Hébreux ne mentionnaient le bleu du ciel. La perception des couleurs varie-t-elle selon les époques et les régions du monde ?
Dix ans avant de devenir Premier ministre de la reine Victoria, lord William Gladstone fit une découverte étrange dans les textes d’Homère, mais la publication de ses recherches fut accueillie avec une certaine méfiance. C’était en 1858, année où il était parti gouverner les îles Ioniennes en tant que haut-commissaire de la Couronne, et avait adressé un discours en grec ancien à ses sujets italianophones stupéfaits. Pourtant, même si Gladstone était le fou que décrivaient ses adversaires politiques, il avait incontestablement raison de souligner l’usage extrêmement curieux de la couleur qui est fait chez Homère.
Gladstone relève, par exemple, l’expression « la mer sombre comme le vin » et remarque que le poète grec utilise l’épithète oinops, « semblable au vin », pour qualifier non seulement la mer, mais également les bœufs. Ioeis, violet (du nom de la fleur), est employé pour qualifier, lui aussi, la mer, mais tout aussi bien la laine et le fer. Chloros, vert, peut s’appliquer au miel, aux visages et au bois.
Comment expliquer une perception aussi étrange des couleurs ? Le problème n’est pas lié à la cécité d’Homère (si tant est qu’Homère ait réellement existé), puisqu’on rencontre des emplois similaires chez d’autres auteurs grecs.
De l'ouvrage "Couleurs et vision dans l'Antiquité classique", qu'il conviendrait de lire pour approfondir la question, un résumé nous est proposé sur eriac.fr
Collectif consacré à l’analyse de la notion de couleur et de vision chez les Grecs anciens. L’ouvrage rend compte d’un paradoxe de départ : alors que le primat de la vue sur les autres sens ne cesse d’être affirmé par la philosophie antique, les modernes ont insisté sur la pauvreté du vocabulaire des couleurs chez les Grecs. La notion de couleur exprime tantôt un état d’âme (plus qu’une réalité) tantôt le résultat d’une observation (dans la littérature technique) comme celle que peut relever un médecin ou un botaniste.
Les contributions du volume portent à la fois sur les faits de langue, l’utilisation des couleurs en médecine et sur le symbolisme des couleurs dans l’interprétation des rêves. Il s’achève sur deux études consacrées à la vision, notamment la vision panoptique.
Voir aussi : Peinture et couleur dans le monde grec antique (extraits à lire sur Google books)
Bonjour,
Votre interrogation trouve un écho dans le titre de cet ouvrage : Sur la mer violette : naviguer dans l'Antiquité. Composé de textes anciens sur la navigation, il s'ouvre sur une préface de l'amiral Yves Goupil qui, à la question :
Le titre de cet ouvrage, "Sur la mer violette", est un hommage à un célèbre vers d'Homère dans l'Odyssée. Pour vous, de quelle couleur est la mer ?
... répond :
Tout dépend d'où l'on se trouve § En Atlantique ou en Manche, on rencontre toutes les nuances de vert, d'opale, de gris ; sous les tropiques, c'est autre chose. Mais c'est vrai qu'en Méditerranée le bleu est si intense, si sombre parfois, qu'on ressent bien ce que voulait dire Homère.
Mais...
Si la mer n'est ni bleue ni verte mais violette ou vineuse, c'est parce qu'elle est avant tout inquiétante et dangereuse. Cela vaut pour tous, pour les Grecs, grands marins, comme pour les Romains, solides terriens. (cf. lexpress.fr)
Quant au site booksmag.fr, il donne un début d'explication que l'on ne peut compléter sans s'abonner au site :
La mer est rouge comme une violette
Pour Homère, les visages étaient verts, tout comme le miel et le bois. Ni lui ni les Hébreux ne mentionnaient le bleu du ciel. La perception des couleurs varie-t-elle selon les époques et les régions du monde ?
Dix ans avant de devenir Premier ministre de la reine Victoria, lord William Gladstone fit une découverte étrange dans les textes d’Homère, mais la publication de ses recherches fut accueillie avec une certaine méfiance. C’était en 1858, année où il était parti gouverner les îles Ioniennes en tant que haut-commissaire de la Couronne, et avait adressé un discours en grec ancien à ses sujets italianophones stupéfaits. Pourtant, même si Gladstone était le fou que décrivaient ses adversaires politiques, il avait incontestablement raison de souligner l’usage extrêmement curieux de la couleur qui est fait chez Homère.
Gladstone relève, par exemple, l’expression « la mer sombre comme le vin » et remarque que le poète grec utilise l’épithète oinops, « semblable au vin », pour qualifier non seulement la mer, mais également les bœufs. Ioeis, violet (du nom de la fleur), est employé pour qualifier, lui aussi, la mer, mais tout aussi bien la laine et le fer. Chloros, vert, peut s’appliquer au miel, aux visages et au bois.
Comment expliquer une perception aussi étrange des couleurs ? Le problème n’est pas lié à la cécité d’Homère (si tant est qu’Homère ait réellement existé), puisqu’on rencontre des emplois similaires chez d’autres auteurs grecs.
De l'ouvrage "Couleurs et vision dans l'Antiquité classique", qu'il conviendrait de lire pour approfondir la question, un résumé nous est proposé sur eriac.fr
Collectif consacré à l’analyse de la notion de couleur et de vision chez les Grecs anciens. L’ouvrage rend compte d’un paradoxe de départ : alors que le primat de la vue sur les autres sens ne cesse d’être affirmé par la philosophie antique, les modernes ont insisté sur la pauvreté du vocabulaire des couleurs chez les Grecs. La notion de couleur exprime tantôt un état d’âme (plus qu’une réalité) tantôt le résultat d’une observation (dans la littérature technique) comme celle que peut relever un médecin ou un botaniste.
Les contributions du volume portent à la fois sur les faits de langue, l’utilisation des couleurs en médecine et sur le symbolisme des couleurs dans l’interprétation des rêves. Il s’achève sur deux études consacrées à la vision, notamment la vision panoptique.
Voir aussi : Peinture et couleur dans le monde grec antique (extraits à lire sur Google books)
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