Question d'origine :
Bonjour,
La politique de Transmigration en Indonésie fait suite à une politique similaire, la "Kolonisatie", menée par les hollandais au début du XXe siècle (même si la pratique sociale de transmigration est antérieure à ces programmes politiques). Sous l'autorité indonésienne, cette politique de développement (au sens large) du pays s'accompagne d'objectifs plus géopolitiques (mainmise sur le pays et des populations tribales, création d'une unité nationale, conquête des ressources par la dynamique de fronts pionniers, conquête territoriale sur l'actuel Timor Oriental etc. Ce programme a été arrêté au début des années 1990.
Ayant du mal à trouver des informations sur la suite de ce programme, je voulais savoir s'il y avait une autre politique dans la continuité de celle-ci ? Ou, quelles sont les conséquences/retombées/recompositions de cette politique depuis les années 1990 (surtout d'un point de vue géopolitique) ?
Merci beaucoup.
Réponse du Guichet

L’histoire de l’Indonésie, et en particulier la transmigration, est riche en événements et il ne nous est pas possible d’en produire un contenu exhaustif ou tout du moins pointu.
La transmigration en Indonésie ou transmigrasi est le programme politique à l’initiative du gouvernement colonial des Indes néerlandaises, destiné à déplacer des personnes des régions surpeuplées de Java, Bali et Madura, vers des régions moins peuplées du pays comme le sud-est de Célèbes et la Nouvelle-Guinée occidentale, soit les périphéries de l’archipel, dès 1905 et tout au long du XXè siècle.
Elle répondait à quatre objectifs :
- réduction de la pression démographique dans les régions les plus peuplées
- réforme agraire (expansion des surfaces cultivables mais aux dépens des espaces forestiers)
- développement des régions les moins peuplées
- intégration nationale
On estime à 3.6 millions le nombre de personnes déplacées entre 1903 et 1990.
Au début, l’administration coloniale néerlandaise souhaitait soulager les campagnes densément peuplées de Java, implanter de nouvelles populations dans les régions en pénuries de main d’œuvre et accroitre le ravitaillement en riz dans les diverses régions initialement surpeuplées. Entre 1905 et 1942, le programme Kolonisatie favorisa l’implantation de 200 000 colons, dont 80% dans la province de Lampung sur l’ile de Sumatra.
Après l’occupation japonaise puis l’indépendance du pays, le programme a perduré, sous le gouvernement de Soekarno, premier président de la République d’Indonésie (1945-1967), puis sous celui de Soeharto (1967-1998). Pendant les années 1980, le programme était financé par la Banque mondiale et la Banque asiatique de développement, ainsi que dans le cadre de programmes d’aide bilatéraux. La Banque mondiale a ainsi soutenu 7 projets du programme de transmigration pour un montant total de 560 millions de dollars. Notons que ce programme était aussi soutenu par les puissances occidentales comme les Etats-Unis et par le FMI, qui en pleine guerre froide voulaient montrer la supériorité du système économique capitaliste. De plus, le gouvernement de Jakarta fait appel à des consultants étrangers, dont l’Institut Français de Recherche Scientifique pour le Développement en Coopération (ORSTOM), soit l’actuel Institut de Recherche pour le Développement (IRD), pour des études prospectives.
Cependant, dans les dernières années, les nombres impliqués étaient loin des objectifs démographiques visés (par exemple, celui de ralentir la croissance démographique de Java) et les coûts des implantations demeuraient trop élevés (jusqu’à 8000 $ par famille) alors que les échecs et les retours à Java étaient fréquents. Ainsi, en août 2000, le programme a été officiellement interrompu.
Concernant le bilan de cette politique, il est complexe et différent selon les régions.
Pour résumer, à la fin des années 1990, avec notamment la crise monétaire de 1997, les transmigrants ont été en proie à des difficultés économiques importantes et travaillaient le plus souvent comme manœuvres pour le compte des compagnies forestières. Puis une fois l’exploitation industrielle du bois terminée et les concessions expirées, ils ont continué à exploiter les produits de la forêt mais, cette fois, pour leur propre compte, coupant ainsi jusqu’au moindre arbuste. A la même époque, la culture du palmier à huile connait un essor considérable, en particulier à Sumatra et Kalimantan Centre. L’Indonésie souhaite à terme devenir un des leaders mondiaux de la production de biocarburants et les industriels du secteur reçoivent un soutien actif du gouvernement. Ainsi germe l’idée d’associer transmigrants et industriels. Les premiers sont confrontés à la médiocre rentabilité de leurs exploitations tandis que les seconds ont besoin de main-d’œuvre pour mener à bien leurs projets de développement. En 1996, un système de coopération avec la société de plantations PT HATI PRIMA AGRO est proposé aux transmigrants de Tumbang Sangai (Kalimantan Centre).
Au vu de nos recherches, il apparait que les projets initiaux de développement d’une agriculture vivrière n’ont pas été réalisés en totalité, en partie parce que les transmigrants se sont vu offrir du travail par les compagnies forestières puis les sociétés de plantations, mais aussi parce que les sols sont moins fertiles qu’à Java, donc produisent un rendement agricole médiocre.
Cependant, concernant l’équilibre démographique, il semblerait que la transmigration soit plutôt un succès, notamment à Kalimantan Centre où la population a doublé entre 1980 et 2000. Cette croissance a engendré le développement des villes, la création d’agglomérations nouvelles mais également le développement d’un véritable réseau routier, qui a favorisé le mélange des ethnies.
Sur le plan économique, on constate une césure avec une forte production d’hévéas à l’est et celle de palmiers à huile à l’ouest.
Dans les années 1980, le programme était mal vu par les pays occidentaux (on accusait Java d’exporter sa misère et le gouvernement indonésien d’entreprendre une véritable « javanisation » de l’archipel, et d’exploiter sans retenue les richesses forestières des îles extérieures). Aujourd’hui, certes des pans entiers de forêt ont disparu mais les champs cultivés et plantations ont considérablement gagné en étendue. Le développement de ces espaces pionniers permet à l’Indonésie de faire face à l’accroissement de sa population. D’après les chercheurs, la première génération est en partie sacrifiée car elle a traversé des périodes difficiles pour permettre à la seconde, qui travaille dur, d’assurer le décollage du projet. On peut ensuite raisonnablement espérer que la condition matérielle de la troisième génération s’améliore nettement. Les historiens donnent en exemple le village de Tumbang Sangai/Agung Mulia qui montre que c’est sur trois générations qu’il faut juger de la pertinence de tels projets de développement.
Nous vous laissons le soin de compulser ces sources documentaires dont le contenu pointu vous apportera des connaissances approfondies sur ce sujet :
- L’Asie du Sud-Est, Rodolphe de Koninck, Armand Colin, 2012
- Migrations, colonisation agricole et terres neuves en Indonésie, Olivier Sevin, Institut de géographie et d’études régionales, Centre de recherches sur les espaces tropicaux, 2001
- Que sont devenus les transmigrants, Cahiers d’Outre-Mer, n°244, 2008, disponible en intégralité sur Revues.org
- Christian Huetz De Lemps, Les grands déplacements de population en Indonésie : transmigration et migrations spontanées, Annales de Géographie, 1998, vol. 107, n° 599, pp. 84-88 disponible en intégralité sur Persée.fr (ressource en ligne accessible également dans le réseau des Bibliothèques municipales de Lyon)
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