Question d'origine :
Bonjour, pourquoi mange-t-on sucré (en France) le matin et depuis quand ?
Merci.
Réponse du Guichet
Le 21/01/2016 à 16h54
Bonjour,
Le menu de notre petit-déjeuner est la résultante d'une culture et d'une histoire propres à notre pays.
Se nourrir n'est pas qu'un besoin biologique. C'est aussi une activité sociale, culturelle, symbolique et cognitive. Car manger nécessite de mobiliser des représentations qui orientent et guident nos choix alimentaires.
source : « La vraie valeur des repas : manger et imaginer. » / Lahlou Saadi (Sciences humaines 6/2002 (N°128) , p. 28-28)
Le petit-déjeuner sucré, aussi appelé "petit-déjeuner continental" ou "à la française" est relativement récent puisqu'il s'est généralisé au milieu du XXe siècle mais tendrait à perdre de son importance car de plus en plus souvent boudé par les français ...
Tout d'abord un peu d'histoire :
"Le modèle traditionnel auquel on se réfère dans les études sociologiques actuelles est un modèle à trois repas : celui du matin, celui du milieu de journée et celui du soir. Or les textes antérieurs au XIXe siècle nous parlent tantôt de de quatre repas quotidiens, tantôt de deux, voire d'un seul vrai repas, mais rarement de trois", constate Jean-Louis Flandrin (1996, 2000). Ainsi, la journée alimentaire au XVe siècle comprend deux repas : un dîner qui se consomme en fin de matinée et un souper en d'après-midi. Au XVIIIe siècle, on prend trois repas : le déjeuner en début de matinée, le dîner vers midi et le souper en soirée. [...]
Comment le modèle des trois repas s'impose comme norme au XXe siècle ?
Comment va-t-on passer en France d'une alimentation fortement diversifiée à un modèle alimentaire unique s'imposant comme la norme pour l'ensemble de la société française ? Trois mécanismes entrent en jeu : le processus de distinction sociale, le mythe égalitaire et la montée de la pensée hygiéniste. [...]
[voir pages 36 à 38]
LE PETIT DEJEUNER
Pendant longtemps, le premier repas de la journée se nommait le déjeuner, qui signifiait « sortir du jeûne ». Ce déjeuner s'est peu à peu décalé de l'heure du lever jusque tard dans la matinée, au point qu'il a fini par être précédé d'une petite prise alimentaire qui deviendra le petit déjeuner que nous connaissons. L'expression actuelle de petit déjeuner « apparaît à la fin du XIXe siècle, dans quatre monographies réalisées de 1890 à 1894 » (Grignon, 1996, 291), et ne s'impose qu'au milieu du XXe siècle.
Le petit déjeuner qui s'organise aujourd'hui autour d'une boisson chaude tels le café, le thé ou le chocolat est à l'échelle de l'histoire extrêmement récente. Du point de vue de son contenu, le premier repas de la journée en France semble avoir beaucoup bougé. Jusqu'au XVIIIe siècle, deux variantes existent dans les nombreux documents historiques qui le décrivent : du pain et du vin ou une soupe, auxquels s'ajoutent une série d'aliments cuisinés. Peu de temps avant la Révolution apparaissent les « déjeuners à la fourchette » (Aron, 1976), qui comportent davantage d'aliments solides et cuisinés et qui vont donner naissance à notre déjeuner actuel (repas de midi).
Jusqu'au début du XXe siècle, dans bon nombre de milieux sociaux, le petit déjeuner se compose encore soit d'une soupe, soit de pain trempé dans du vin (Grignon, 1993). La diffusion du café dans la société française et son usage pour le petit déjeuner se sont opérés en plusieurs étapes. Ils ont d'abord concerné les milieux aristocratiques, à partir de la fin du XVIIIe siècle, et n'ont pénétré les milieux populaires que grâce au service militaire obligatoire et à son usage dans l'alimentation militaire. Progressivement, le café semble s'être substitué au vin dans la formule « verre de vin et morceau de pain » pour donner naissance au petit déjeuner « continental » consommé en France et ailleurs . Aujourd'hui encore, le vocabulaire reste flottant et certaines personnes continuent d'utiliser simultanément le terme « déjeuner » pour le petit déjeuner et le repas de midi.
Depuis une quinzaine d'années, le petit déjeuner est fortement valorisé et fait l'objet de campagnes d'information, notamment à l'école, dans le but d'éviter le fameux « coup de pompe de onze heures ».
source : Manger aujourd'hui : attitudes, normes et pratiques / Jean-Pierre Poulain
Au début du XX° siècle, les habitants des villes ont tous adopté le « petit-déjeuner à la française » tel que nous le connaissons aujourd’hui : tartines de pain beurrées accompagnées de café au lait (ou de lait nature pour les enfants, le chocolat demeurant une boisson coûteuse).
En revanche, dans les campagnes, il est toujours d’usage de consommer, au réveil, du pain trempé dans la soupe ou, parfois, le vin. Cette habitude perdurera jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale.
In fine,ce n’est qu’à partir de 1945 que notre petit-déjeuner « traditionnel » fait partie du quotidien de tous les Français (cette année-là, un petit-déjeuner est offert aux enfants lors de leur arrivée en classe le matin). Et dix ans plus tard (en 1954), Pierre Mendès-France, Président du Conseil, instaure la distribution de lait dans les écoles.
Le petit-déjeuner traditionnel : pilier du « modèle alimentaire français »
A partir du milieu du XX° siècle, le petit-déjeuner traditionnel devient un des piliers du « modèle alimentaire français ». Par cette expression, on désigne un ensemble de représentations, d’attitudes et de comportements vis-à-vis de l’alimentation dont la caractéristique est d’être spécifique à nos concitoyens (notre culture alimentaire est en effet sensiblement différente de celle d’autres nations développées, notamment les pays anglo-saxons).
source : i-dietetique.com
Les Français sautent de plus en plus le petit-déjeuner. [...]
Face au déclin du petit-déjeuner à la française et à ses conséquences en matière de santé publique, les professionnels concernés - jus de fruits, lait, pain et confitures – sont mobilisés. Ils ont ainsi appelé acteurs publics et privés à s’engager à travers la signature de leur manifeste en faveur de la promotion du « petit-déjeuner à la française ».
voir cet article : Préservons le petit-déjeuner à la française !
Bonne journée.
Le menu de notre petit-déjeuner est la résultante d'une culture et d'une histoire propres à notre pays.
Se nourrir n'est pas qu'un besoin biologique. C'est aussi une activité sociale, culturelle, symbolique et cognitive. Car manger nécessite de mobiliser des représentations qui orientent et guident nos choix alimentaires.
source : « La vraie valeur des repas : manger et imaginer. » / Lahlou Saadi (Sciences humaines 6/2002 (N°128) , p. 28-28)
Le petit-déjeuner sucré, aussi appelé "petit-déjeuner continental" ou "à la française" est relativement récent puisqu'il s'est généralisé au milieu du XXe siècle mais tendrait à perdre de son importance car de plus en plus souvent boudé par les français ...
Tout d'abord un peu d'histoire :
"Le modèle traditionnel auquel on se réfère dans les études sociologiques actuelles est un modèle à trois repas : celui du matin, celui du milieu de journée et celui du soir. Or les textes antérieurs au XIXe siècle nous parlent tantôt de de quatre repas quotidiens, tantôt de deux, voire d'un seul vrai repas, mais rarement de trois", constate Jean-Louis Flandrin (1996, 2000). Ainsi, la journée alimentaire au XVe siècle comprend deux repas : un dîner qui se consomme en fin de matinée et un souper en d'après-midi. Au XVIIIe siècle, on prend trois repas : le déjeuner en début de matinée, le dîner vers midi et le souper en soirée. [...]
Comment le modèle des trois repas s'impose comme norme au XXe siècle ?
Comment va-t-on passer en France d'une alimentation fortement diversifiée à un modèle alimentaire unique s'imposant comme la norme pour l'ensemble de la société française ? Trois mécanismes entrent en jeu : le processus de distinction sociale, le mythe égalitaire et la montée de la pensée hygiéniste. [...]
[voir pages 36 à 38]
Pendant longtemps, le premier repas de la journée se nommait le déjeuner, qui signifiait « sortir du jeûne ». Ce déjeuner s'est peu à peu décalé de l'heure du lever jusque tard dans la matinée, au point qu'il a fini par être précédé d'une petite prise alimentaire qui deviendra le petit déjeuner que nous connaissons. L'expression actuelle de petit déjeuner « apparaît à la fin du XIXe siècle, dans quatre monographies réalisées de 1890 à 1894 » (Grignon, 1996, 291), et ne s'impose qu'au milieu du XXe siècle.
Le petit déjeuner qui s'organise aujourd'hui autour d'une boisson chaude tels le café, le thé ou le chocolat est à l'échelle de l'histoire extrêmement récente. Du point de vue de son contenu, le premier repas de la journée en France semble avoir beaucoup bougé. Jusqu'au XVIIIe siècle, deux variantes existent dans les nombreux documents historiques qui le décrivent : du pain et du vin ou une soupe, auxquels s'ajoutent une série d'aliments cuisinés. Peu de temps avant la Révolution apparaissent les « déjeuners à la fourchette » (Aron, 1976), qui comportent davantage d'aliments solides et cuisinés et qui vont donner naissance à notre déjeuner actuel (repas de midi).
Depuis une quinzaine d'années, le petit déjeuner est fortement valorisé et fait l'objet de campagnes d'information, notamment à l'école, dans le but d'éviter le fameux « coup de pompe de onze heures ».
source : Manger aujourd'hui : attitudes, normes et pratiques / Jean-Pierre Poulain
Au début du XX° siècle, les habitants des villes ont tous adopté le « petit-déjeuner à la française » tel que nous le connaissons aujourd’hui : tartines de pain beurrées accompagnées de café au lait (ou de lait nature pour les enfants, le chocolat demeurant une boisson coûteuse).
En revanche, dans les campagnes, il est toujours d’usage de consommer, au réveil, du pain trempé dans la soupe ou, parfois, le vin. Cette habitude perdurera jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale.
In fine,
A partir du milieu du XX° siècle, le petit-déjeuner traditionnel devient un des piliers du « modèle alimentaire français ». Par cette expression, on désigne un ensemble de représentations, d’attitudes et de comportements vis-à-vis de l’alimentation dont la caractéristique est d’être spécifique à nos concitoyens (notre culture alimentaire est en effet sensiblement différente de celle d’autres nations développées, notamment les pays anglo-saxons).
source : i-dietetique.com
Les Français sautent de plus en plus le petit-déjeuner. [...]
Face au déclin du petit-déjeuner à la française et à ses conséquences en matière de santé publique, les professionnels concernés - jus de fruits, lait, pain et confitures – sont mobilisés. Ils ont ainsi appelé acteurs publics et privés à s’engager à travers la signature de leur manifeste en faveur de la promotion du « petit-déjeuner à la française ».
voir cet article : Préservons le petit-déjeuner à la française !
Bonne journée.
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