Question d'origine :

S.V.P. Pourriez-vous nous (m') indiquer une méthode ou surtout un ouvrage qui, à partir d'une expression supposée "Figure de style", pourrait indiquer à coup sûr : -d'abord, si cette expression est bien effectivement, une figure de style. - et ensuite et surtout, quelle identification et donc quel nom attribuer à cette dernière, s'il en est ? En effet, devant des figures de style , aussi rares que leur nom parait barbare, (bien que la plupart, d'origine grecque), on peut toujours, avec l'aide d'un dictionnaire assez complet , spécialisé ou non, découvrir et savoir ce que sont :une EPANALEPSE,un HENDIADYIN ou un EPIPHONEME . Mais, comment donc procéder à l'opération inverse ? Si je vous interroge à ce sujet, c'est que confronté à plusieurs questions, venant de moi-même et surtout d'autres, vous y avez répondu , comme si cela coulait de source et était très évident ! Sauf que d'avoir dans vos murs, un ou une collègue super grammairien, qui les aurait toutes en mémoire, comment donc procédez vous ? Quels sont vos astuces et outils ? Savez vous enfin combien on compte très approximativement de figures de style, en langue française et, dans le même esprit que ma question posée précédemment sur la MYTHOLOGIE, existe t il quelque part, un enseignement ad hoc, dédié aux figures de style ? Peut être au programme de l'agrégation de grammaire, si cette dernière existe toujours ! Je vous remercie par avance.

Réponse du Guichet

Avatar par défaut gds_ctp - Département : Equipe du Guichet du Savoir
Le 27/02/2015 à 12h36
Bonjour,

Depuis la période classique, les rhétoriciens et stylisticiens ont à leur disposition « le Gradus», Les Figures du discours de Fontanier, le Traité des tropes de Dumarsais. Dans les précédentes questions, sur la paronomase, sont aussi utilisé, le Grévisse, Les Figures de style, de Catherine Fromilhague ou Vocabulaire de l’analyse littéraire à visées pédagogiques.

Il y a des distinctions entre les figures de style, une sorte de classement, par exemple :
« 1- DEFINITIONS ET METHODE : Naissance et histoire - Positions - Construction. 2- LES FIGURES DE DICTION : Modification du mot - Figures de " continuité phonique ". 3- LES FIGURES DE CONSTRUCTION : La répétition - Disposition ; combinaison. 4- TROPES ET COMPARAISONS ; Définition des tropes - La synecdoque - La métonymie - Figure d'analogie : la métaphore ; Figure associée : la comparaison. 5- LES FIGURES DE PENSEE : Figures qui manipulent les relations logiques - Figure du double langage. »
Les plus connues, par leurs noms bizarres, sont de la catégorie des tropes.

Vous vous en doutez, dans la langue, il n’y a pas de solution « à coup sûr », mais une marge d’interprétation. Entre métonymie et synecdoque, souvent, l’interprétation balance… Quant à connaître toutes les figures répertoriées, il n’en est pas question évidemment, mais sur les 1200 analysées et exemplifiées dans le Gradus, un petit nombre revient régulièrement dans les questions qu’on nous pose, et d’ailleurs dans l’analyse universitaire courante.

La page Wikipédia en cite une quinzaine des plus courantes, à quoi nous ajouterons le zeugme, figure amusante que des auteurs modernes, comme Echenoz utilisent en clin d’œil (dans Je m’en vais par exemple). Souvent, pour retenir la figure on retient par cœur l’exemple des grands auteurs qui nous permet de vérifier rapidement si la figure que nous croyons avoir reconnue correspond, soit pour le zeugme :
Vêtu de probité candide et de lin blanc (de Victor Hugo).

« Tropes majeurs
Selon la relation qui existe entre le sens propre du mot et son sens figuré on distingue plusieurs tropes majeurs qui sont d’abord ceux qui correspondent à des images :
•La métaphore
Trope par ressemblance pour Pierre Fontanier dans son ouvrage fondateur : Les Figures du discours. Elle consiste à employer « un mot dans un sens ressemblant à, et cependant différent de son sens habituel »4 comme dans :
« Le remords dévorant s'éleva dans mon cœur »
Fontanier insiste sur son universalité et sa grande productivité au sein du discours : « La métaphore s’étend bien plus loin sans doute que la métonymie et que la synecdoque, car non seulement le nom, mais encore l’adjectif, le participe et le verbe, et enfin toutes les espèces de mots sont de son domaine. »5. En raison de cette expansion particulière la catégorie de la métaphore est délicate à analyser, le lecteur se reportera à l’article métaphore.
•La métonymie
Trope par correspondance pour Pierre Fontanier, les deux objets mis en relation dans cette figure font chacun « un tout absolument à part »6 (Gérard Genette, leur rapport étant de dépendance externe. Elle désigne souvent le contenu par le contenant, l’effet par la cause (exemples : montrer les dents ; on prend un verre ?...).
•La synecdoque
Trope par connexion pour Pierre Fontanier, les deux objets en relation forment un ensemble tel que « l’existence ou l’idée de l’un se trouve comprise dans l’existence ou l’idée de l’autre » 7 via un rapport de dépendance externe qui consiste à désigner un tout par l'une de ses parties, ou vice-versa (exemples : jeter un œil, mettre le nez dehors, des millions de dents l'ont choisi).
•L’ironie (voisine de l’antiphrase)
L’ironie consiste à affirmer le contraire de ce que l’on veut faire entendre. Exemple : « Rien n’était si beau, si leste, si brillant, si bien ordonné que les deux armées ». Voltaire, Candide, chapitre troisième.
On notera que, si trope est un nom masculin, les quatre tropes cités portent un nom féminin.

Tropes mineurs
La comparaison, le symbole (la balance, symbole de la justice par exemple), l’allégorie qui est une composition symbolique, formée de plusieurs éléments, comme l’allégorie de la mort ou encore la parabole qui est un récit allégorique sont des tropes mineurs. On peut leur adjoindre également la périphrase (locution descriptive qui remplace un mot : l’« empereur à la barbe fleurie » est Charlemagne) et l’hypallage (transfert syntaxique : « l’odeur neuve de ma robe » (Valery Larbaud).
Trope de fonction ou trope grammatical
Il agit non pas sur les éléments sémantiques mais sur les fonctions grammaticales ; c'est le cas :
•De l’énallage (« idée cadeau », « acheter malin »).
•De l’hypallage : attribuer à certains mots d’une phrase ce qui convient à d’autres mots de la même phrase, souvent un transfert d’adjectif comme dans « Ce marchand accoudé sur son comptoir avide. » (Victor Hugo).
•De l’implication : « la Sicile perdue » pour « la perte de la Sicile ».
•De l’hendiadys qui est une forme d’ellipse où on remplace la subordonnée syntaxique d’un complément de nom par une coordination simple : « Respirer l’air du lac et la fraîcheur » (Jean-Jacques Rousseau).
•De la litote par exemple dans ce célèbre vers du Cid de Pierre Corneille : « va, je ne te hais point » pour « je t’aime ».
•De la metalepse au sens de litote de politesse comme dans : « je ne vais pas vous déranger plus longtemps » pour « je m’en vais ».

A l’université, ce sont les enseignements en analyse stylistique, voire en rhétorique, des cursus de littérature qui permettent cet apprentissage, la pratique régulière étant la clé du repérage et de l’identification des figures. Pour s’autoformer, le site Weblettres propose une webographie, dont un site pédagogique québécois pour jouer avec les principales figures, ou ce test sur le repérage d’une douzaine de figures. Le manuel Stylistique de la prose, qui resitue pour les étudiants l’analyse des figures dans l’ensemble de l’analyse littéraire (grammaticale notamment), nous semble bien fait pour tout passionné des figures de styles.

Enfin, vous pouvez lire en ligne le cours de Laurent Jenny à l'Université de Genève : "Les Figures de rhétorique".

Bonne journée.

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