Question d'origine :
Bonjour,
Je voudrais savoir que est le nombre de parisiens touchés par la tuberculose au début des années 1920, et quelle est l'année où cette maladie a le plus sévit.
Je vous remercie.
Très cordialement.
Réponse du Guichet
Le 05/07/2016 à 14h37
Bonjour,
Nous vous invitons à consulter le document intitulé Analyse de l'évolution de la mortalité par tuberculose du XVIIIe au XXe siècle dans quatre grandes villes françaises de S. Bello, M. Signoli, O. Dutour qui décrit l'évolution de la mortalité par tuberculose.

Pour la ville de Paris, la mortalité moyenne de 4,6 pour la période allant de 1872 à 1900, décroît à 2,3 pour la période 1901-1925. […]
Pour l’ensemble de la communauté urbaine parisienne, on peut par ailleurs observer une augmentation de la mortalité par tuberculose pour toute la seconde moitie du XIXe siècle. Dans le premier tiers du XXe siècle, la diminution de la mortalité par tuberculose est contemporaine de la réalisation de travaux d’urbanisme, de l’amélioration progressive des conditions de travail, de l’assainissement des logements et de l’élévation relative du niveau de vie. Cette diminution de la mortalité par tuberculose est déjà objective avant la fin du XIXe siècle dans les quartiers les plus aises, cependant elle ne devient patente pour les autres quartiers qu’a partir de la période 1921-1934.
Notons toutefois que ces données sont liées à la qualité des statistiques démographiques :
la mortalité tuberculeuse est une réalité non saisissable en raison des lacunes de la statistique.
La première statistique générale des décès, établie en 1886, ne concerne que les villes de plus de 5 000 habitants, excluant ainsi la France rurale, soit plus de 60 % de la population. Il faut attendre 1906 pour disposer de données statistiques couvrant l'ensemble de la France - urbaine et rurale. D'autre part, l'incertitude des diagnostics de la pathologie respiratoire, l'imprécision ou l'absence fréquente des certificats de décès, la dissimulation (réelle ou supposée) du diagnostic de tuberculose, font de ces données lacunaires des documents incertains et peu fiables. La morbidité tuberculeuse n'est pas mieux connue, la tuberculose ne figurant pas sur la liste des maladies contagieuses soumises à déclaration obligatoire (loi du 30 novembre 1892 et arrêté ministériel du 23 novembre 1893). Ce vide statistique est propice aux exagérations, dans un contexte historique favorable à la surenchère sur les risques réels ou imaginaires que la tuberculose fait courir à la société.
source : Mouret Arlette. La légende des 150 000 décès tuberculeux par an. In: Annales de démographie historique, 1996. Morbidité, mortalité, santé. pp. 61-84.
La répartition des cas de tuberculose n'est pas uniforme sur l'ensemble de la ville de Paris. Certains quartiers sont plus touchés que d'autres.

C'est un fait général. Nous le retrouverons par la suite. Les revenus sont faibles (fig. 5). Ces arrondissements sont parfois aussi surpeuplés. Ainsi dans le quartier Saint-Gervais dans le IVe qui est réputé pour ses îlots tuberculeux (1), les logements ont en moyenne 1,9 pièce et 2,3 personnes (2). Ils comportent beaucoup de meublés : 53 000 chambres en hôtels meublés — sans compter les petits meublés — dans les sept arrondissements les plus affligés. Or une étude précise de 1946 a montré que la mortalité tuberculeuse des hôtels meublés est 6 fois plus forte que celle de l'ensemble de la capitale et 28 fois plus que les Champs-Elysées. Quand la mortalité tuberculeuse est forte, elle l'est quelle que soit la classe d'âge considérée. L'inverse est vrai aussi.
A l'opposé, l'ouest de la capitale, assez bien logé, aisé au point de vue financier, où les cadres supérieurs de l'industrie et du commerce et les professions libérales sont plus nombreux qu'ailleurs est épargné, comme il l'était pour la mortalité infantile, avec en tête les VIIIe et XVIe arrondissements. En 1900, le IXe y était inclus. Cinquante ans plus tard, il est exclu au profit du XVe parce que c'est un des arrondissements dont le taux de mortalité s'est le moins abaissé. Les VIIIe et XVIe sont également des secteurs où la situation ne s'est pas non plus beaucoup améliorée, elle était bonne.
La tuberculose n'est pas une maladie à déclaration obligatoire, par suite des chiffres précis sur sa morbidité ne peuvent être donnés. Mais elle est certainement élevée. Les dispensaires de l'Office public d'hygiène sociale diagnostiquent régulièrement 15 000 bacillifères chaque année. Les antibiotiques permettent en effet aux malades d'abréger les cures de repos, ils rentrent mal guéris des sanas et contaminent leur entourage. La généralisation du B.C.G. la fera baisser.
source : Grisez Louisette. Les causes de décès à Paris depuis le début du siècle. In: L'information géographique, volume 25, n°1, 1961. pp. 1-9.
Selon Landouzy, les chiffres prouvent que la tuberculose frappe en priorité « dans les quartiers maudits, dans les maisons maudites et jamais ensoleillées ». La mortalité tuberculeuse à Paris est en moyenne de 50 pour 10 000. Or, pour les quartiers des Epinettes, de Plaisance, de Javel et de Grenelle, elle atteint 104 pour 10 000. En revanche, dans des quartiers fortunés comme la Madeleine, elle tombe à 20 pour 10 000, et même à 11 pour 10 000 « pour des espaces plus libres encore » comme les Champs-Elysées. La démarche consistant à rapprocher taux de mortalité pour une maladie donnée et conditions locales est ancienne. […]
Comme Landouzy, Risler signale des variations importantes du taux de mortalité tuberculeuse selon les quartiers. Il fait référence aux travaux de Paul Juillerat, chef du bureau administratif des services d’hygiène de la ville de Paris et membre de la Section d’hygiène. Fonctionnaire de la préfecture de la Seine, Juillerat est un acteur de premier plan dans la lutte contre la tuberculose. Il est responsable du Casier sanitaire des maisons de Paris. Créé en 1893, ce service municipal a pour mission de recenser, immeuble par immeuble, les cas de maladies contagieuses à déclaration obligatoire.
source : Les fortifications de Paris: De l'hygiénisme à l'urbanisme, 1880-1919 / Marie Charvet
Des Rapports sur la répartition de la mortalité par tuberculose pulmonaire dans les maisons de Paris ont été publiés régulièrement.
Lire aussi : Fijalkow Yankel, « L'enquête sanitaire urbaine à Paris en 1900. Le casier sanitaire des maisons», Mil neuf cent. Revue d'histoire intellectuelle 1/2004 (n° 22) , p. 95-106
et Les causes de décès à Paris depuis le début du siècle / L. Grisezsem-link - L'information géographique Année 1961 Volume 25 Numéro 1 pp. 1-9
Bonne journée.
Nous vous invitons à consulter le document intitulé Analyse de l'évolution de la mortalité par tuberculose du XVIIIe au XXe siècle dans quatre grandes villes françaises de S. Bello, M. Signoli, O. Dutour qui décrit l'évolution de la mortalité par tuberculose.

Pour la ville de Paris, la mortalité moyenne de 4,6 pour la période allant de 1872 à 1900, décroît à 2,3 pour la période 1901-1925. […]
Pour l’ensemble de la communauté urbaine parisienne, on peut par ailleurs observer une augmentation de la mortalité par tuberculose pour toute la seconde moitie du XIXe siècle. Dans le premier tiers du XXe siècle, la diminution de la mortalité par tuberculose est contemporaine de la réalisation de travaux d’urbanisme, de l’amélioration progressive des conditions de travail, de l’assainissement des logements et de l’élévation relative du niveau de vie. Cette diminution de la mortalité par tuberculose est déjà objective avant la fin du XIXe siècle dans les quartiers les plus aises, cependant elle ne devient patente pour les autres quartiers qu’a partir de la période 1921-1934.
Notons toutefois que ces données sont liées à la qualité des statistiques démographiques :
la mortalité tuberculeuse est une réalité non saisissable en raison des lacunes de la statistique.
La première statistique générale des décès, établie en 1886, ne concerne que les villes de plus de 5 000 habitants, excluant ainsi la France rurale, soit plus de 60 % de la population. Il faut attendre 1906 pour disposer de données statistiques couvrant l'ensemble de la France - urbaine et rurale. D'autre part, l'incertitude des diagnostics de la pathologie respiratoire, l'imprécision ou l'absence fréquente des certificats de décès, la dissimulation (réelle ou supposée) du diagnostic de tuberculose, font de ces données lacunaires des documents incertains et peu fiables. La morbidité tuberculeuse n'est pas mieux connue, la tuberculose ne figurant pas sur la liste des maladies contagieuses soumises à déclaration obligatoire (loi du 30 novembre 1892 et arrêté ministériel du 23 novembre 1893). Ce vide statistique est propice aux exagérations, dans un contexte historique favorable à la surenchère sur les risques réels ou imaginaires que la tuberculose fait courir à la société.
source : Mouret Arlette. La légende des 150 000 décès tuberculeux par an. In: Annales de démographie historique, 1996. Morbidité, mortalité, santé. pp. 61-84.
La répartition des cas de tuberculose n'est pas uniforme sur l'ensemble de la ville de Paris. Certains quartiers sont plus touchés que d'autres.

C'est un fait général. Nous le retrouverons par la suite. Les revenus sont faibles (fig. 5). Ces arrondissements sont parfois aussi surpeuplés. Ainsi dans le quartier Saint-Gervais dans le IVe qui est réputé pour ses îlots tuberculeux (1), les logements ont en moyenne 1,9 pièce et 2,3 personnes (2). Ils comportent beaucoup de meublés : 53 000 chambres en hôtels meublés — sans compter les petits meublés — dans les sept arrondissements les plus affligés. Or une étude précise de 1946 a montré que la mortalité tuberculeuse des hôtels meublés est 6 fois plus forte que celle de l'ensemble de la capitale et 28 fois plus que les Champs-Elysées. Quand la mortalité tuberculeuse est forte, elle l'est quelle que soit la classe d'âge considérée. L'inverse est vrai aussi.
A l'opposé, l'ouest de la capitale, assez bien logé, aisé au point de vue financier, où les cadres supérieurs de l'industrie et du commerce et les professions libérales sont plus nombreux qu'ailleurs est épargné, comme il l'était pour la mortalité infantile, avec en tête les VIIIe et XVIe arrondissements. En 1900, le IXe y était inclus. Cinquante ans plus tard, il est exclu au profit du XVe parce que c'est un des arrondissements dont le taux de mortalité s'est le moins abaissé. Les VIIIe et XVIe sont également des secteurs où la situation ne s'est pas non plus beaucoup améliorée, elle était bonne.
La tuberculose n'est pas une maladie à déclaration obligatoire, par suite des chiffres précis sur sa morbidité ne peuvent être donnés. Mais elle est certainement élevée. Les dispensaires de l'Office public d'hygiène sociale diagnostiquent régulièrement 15 000 bacillifères chaque année. Les antibiotiques permettent en effet aux malades d'abréger les cures de repos, ils rentrent mal guéris des sanas et contaminent leur entourage. La généralisation du B.C.G. la fera baisser.
source : Grisez Louisette. Les causes de décès à Paris depuis le début du siècle. In: L'information géographique, volume 25, n°1, 1961. pp. 1-9.
Selon Landouzy, les chiffres prouvent que la tuberculose frappe en priorité « dans les quartiers maudits, dans les maisons maudites et jamais ensoleillées ». La mortalité tuberculeuse à Paris est en moyenne de 50 pour 10 000. Or, pour les quartiers des Epinettes, de Plaisance, de Javel et de Grenelle, elle atteint 104 pour 10 000. En revanche, dans des quartiers fortunés comme la Madeleine, elle tombe à 20 pour 10 000, et même à 11 pour 10 000 « pour des espaces plus libres encore » comme les Champs-Elysées. La démarche consistant à rapprocher taux de mortalité pour une maladie donnée et conditions locales est ancienne. […]
Comme Landouzy, Risler signale des variations importantes du taux de mortalité tuberculeuse selon les quartiers. Il fait référence aux travaux de Paul Juillerat, chef du bureau administratif des services d’hygiène de la ville de Paris et membre de la Section d’hygiène. Fonctionnaire de la préfecture de la Seine, Juillerat est un acteur de premier plan dans la lutte contre la tuberculose. Il est responsable du Casier sanitaire des maisons de Paris. Créé en 1893, ce service municipal a pour mission de recenser, immeuble par immeuble, les cas de maladies contagieuses à déclaration obligatoire.
source : Les fortifications de Paris: De l'hygiénisme à l'urbanisme, 1880-1919 / Marie Charvet
Des Rapports sur la répartition de la mortalité par tuberculose pulmonaire dans les maisons de Paris ont été publiés régulièrement.
Lire aussi : Fijalkow Yankel, « L'enquête sanitaire urbaine à Paris en 1900. Le casier sanitaire des maisons», Mil neuf cent. Revue d'histoire intellectuelle 1/2004 (n° 22) , p. 95-106
et Les causes de décès à Paris depuis le début du siècle / L. Grisezsem-link - L'information géographique Année 1961 Volume 25 Numéro 1 pp. 1-9
Bonne journée.
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