Question d'origine :
Bonjour,
Je fais actuellement des recherches sur la Danse de Chagall (1950-1952, exposé à Nice). Connaissez-vous des interprétations de ce tableau ?
Merci par avance,
Frédérique Maréchal
Réponse du Guichet
Le 21/09/2016 à 13h15
Bonjour,
Il n'y a pas pléthores d'analyses de cette œuvre. Dans nos collections, seul l’ouvrage Chagall entre guerre et paix propose une notice qui ouvre des pistes d'interprétation :
"En 1948, Chagall reçoit commande de deux grandes compositions destinées au foyer du Watergate Théâtre à Londres. Quoique le projet soit finalement abandonné par le commanditaire, l’artiste conçoit deux œuvres monumentales auxquelles il travaille de 1950 à 1952, le Cirque et la Danse.
La Danse comme le Cirque est un thème familier à Chagall.
La culture hassidique et biblique dont il est imprégné l’assimile à une prière ou à une action de grâce. Mettre en mouvement toutes les ressources physiques du corps pour que le geste soit analogue à la fumée sacrificielle s’élevant vers le ciel, telle est la finalité de la danse ainsi que du chat et de la danse de Myriam à la sortie d’Egypte, dont on peut reconnaître le tambourin au premier plan du tableau. L’évocation ici s’actualise en ronde paysanne, sur le village de Vence reconnaissable à la circularité de son enceinte et à son clocher. Le paysage est méditerranéen ; sur la mer proche, une voile se profile.
Sur le fond d’un jaune éclatant paré des ors du soleil, parfois rehaussé de rouge qui structure les formes, Chagall organise la chorégraphie de ses personnages. N’est-il pas lui-même en scène dansant devant son tableau, palette à la main et prêt à s’envoler ?
Peintre à la tête renversée, il est, du miroir de sa toile, l’ordonnateur de la fête picturale qui nous est offerte. La couleur modulant la lumière et les entrelacs de la ligne se conjuguent pour animer l’espace. Un mouvement tournoyant emporte les personnages.
Au centre de la composition, un être hybride, danseur et musicien, mène la danse.
Son collant d’un rouge intense, le bord aérien qui le soulève, n’est pas sans évoquer Nijinsky que Chagall avait vu à Paris en 1912 dans le Spectre de la rose. Mais l’hybridité même de cet être fabuleux à tête d’animal rend métaphoriquement présente la force créatrice au sein de la peinture elle-même, à la fois mouvement et sonorité. Comme engendrés par un astre solaire, une corbeille de fruits et un poisson évoquent la luxuriance de la vie.
La couleur fondamentale, le jaune, permet la musicalité de notes graves ou aigues, telle que le vert, le bleu ou le violet. La toile résonne d’une partition qui est aussi chorégraphie. Le bouquet de pourpre et de nuit que tend au musicien danseur la jeune femme en vert à la longue chevelure bleue est l’hommage somptueux que rend le peintre à la musique et à la danse ainsi que l’hymne qu’il dédie à la liberté et à la vie."
Le site du Musée Chagall propose également quelques lignes sur cette toile:
« La Danse, au contraire, avec sa lumière solaire, évoque un moment trépidant par le jeu de deux diagonales croisées formées par la figure du danseur rouge et la silhouette féminine en vert. Les couleurs sont volontairement stridentes et les formes acérées du haut du tableau, rayons de lumière, cornes du danseur, feuilles des ornements végétaux autour de sa tête, accentuent l’impression de dynamisme violent.
En haut à droite, Chagall s’est représenté au chevalet. Le tableau qu’il peint représente un Christ en Croix, soulignant le caractère sacré de la danse. Il étreint un coq rouge, symbole de vitalité et de créativité, qui met en lumière le rôle du peintre. La ronde de jeunes filles tout en bas insiste sur la dimension sacrée et peut être une allusion à la danse de Marie, sœur de Moïse, pour célébrer la sortie d’Egypte.
Détenteur de l’œuvre, le musée possède habituellement un dossier sur celle-ci et pourrait vous communiquer des pistes.
Construits sur des diagonales et sur l'usage des couleurs fondamentales, bleu, rouge, jaune, et le vert, ces deux œuvres opposent l’atmosphère nocturne et mystérieuse de l’un à l’atmosphère dynamique et solaire de l’autre. »
Nous vous invitons également à la lecture de ces deux ouvrages qui embrassent le travail de l’artiste et donnent des clés de compréhension de l’œuvre en général:
Marc Chagall de Franz Meyer
Chagall de Jacob Baal-Teshuva
DANS NOS COLLECTIONS :
Ça pourrait vous intéresser :
Commentaires 0
Connectez-vous pour pouvoir commenter.
Se connecter
Trahir et être trahi. Analyse psycho-sociale du coup...