Question d'origine :
Peut-on abandonner par voie de divorce une personne atteinte de maladie mentale? n'est-ce pas contraire à la morale et à la conscience ?
pouvez-vous me donner la référence de textes philosophiques qui puissent traiter de ce sujet?
je prépare actuellement une émission de télévision sur le thème : justice et maladie mentale. Par avance, je vous remercie de votre recherche.
Réponse du Guichet
Le 31/01/2006 à 14h43
Pour ce qui concerne le droit, nous vous joignons un extrait du Juris-classeur divorce consultable à la bibliothèque et nous vous précisons que le divorce n’est pas juridiquement qualifié comme un abandon comme pourrait le laisser supposer votre question.
( extrait numérisé)
Abordons les dimensions plus philosophiques de votre question maintenant. Précisons d’abord que vous ne trouverez pas de réflexions philosophiques en tant que telles sur la question que vous posez au départ : Peut-on abandonner par voie de divorce une personne atteinte de maladie mentale ?
Par contre un certain nombre de travaux philosophiques peuvent accompagner une réflexion plus générale sur la notion de morale d’une part, de maladie mentale d’ autre part.
La première question à approfondir serait donc celle de la morale et de l’éthique.
On peut reprendre quelques définitions classiques en la matière
La Morale est l’ensemble systématique des normes et des jugements relatifs aux comportements humains, individuels ou collectifs. Elle s’appuie généralement sur le concept de devoir, ou d’obligation, et revendique l’universalité des principes qu’elle élabore et leur indépendance par rapport aux contenus culturels et historiques que chaque individu peut poursuivre. Cet aspect normatif la distingue de l’éthique, qui se définit plutôt comme la recherche de la vie bonne. Il faut noter que cette distinction est largement conventionnelle et que les deux concepts d’éthique et de morale peuvent être souvent employés indifféremment.
On tend à utiliser le terme d’éthique pour désigner la réflexion de l’Antiquité et du Moyen Age sur l’action humaine, soulignant par là l’influence déterminante de sa définition aristotélicienne, qui s’organise autour de la recherche du bonheur. La morale, au sens où on l’entend aujourd’hui, est de fait dépendante de son acception kantienne. Kant définit la morale non comme l’étude de ce qui nous rend heureux mais comme l’élaboration de ce qui par le respect de la loi morale en nous, peut nous rendre digne de l’être (Critique de la raison pratique). Cette dimension avant tout normative de la morale, à laquelle Fichte demeure fidèle (Système de l’éthique) est sévèrement critiquée par Schopenhauer, puis par Nietzsche. Dans sa Généalogie de la morale, celui-ci considère que la morale n’est qu’une sémiologie des passions et qu’elle exprime la valorisation des conditions d’existence médiocres auxquelles une certaine catégorie d’hommes est condamnée, du fait de sa faiblesse. Bergson distingue pour sa part une morale close , qui n’a qu’une fonction sociale , de la morale ouverte , par laquelle un individu particulièrement remarquable prolonge le mouvement même de la vie , au-delà des normes et des contraintes ( Les deux sources de la morale et de la religion). Plus récemment, Habermas distingue les questions éthiques, qui concernent les choix personnels, des questions morales, qui ont trait à l’élaboration d’une procédure argumentative capable de dégager l’universalité des normes (Droit et démocratie).
Cet article du lexique de philosophie vous permet de faire un tour rapide de la réflexion philosophique sur la morale et sur l’éthique. Pour approfondir vous pouvez bien sûr vous référer aux ouvrages cités.
Si vous souhaitez une approche plus abordable par un grand public, vous pouvez consulter le livre d’André Comte-Sponville : Présentations de la philosophie, au chapitre : la morale. Une bibliographie complète cette introduction à la question.
Pour aller un peu plus loin, tout en restant dans de la vulgarisation de qualité, vous trouverez une réflexion plus approfondie dans Le traité du désespoir et la béatitude d’André Comte-Sponville, la partie 4, intitulée « les labyrinthes de la morale : par-delà le bien et le mal ? »
Sans doute, votre réflexion gagnerait à aborder les questions de la normalité et des normes, en particulier en ce qui concerne la question de la maladie et, de la maladie mentale…par exemple à partir du travail de Georges Canguilhem, à travers son œuvre «le Normal et le pathologique». «Son actualité tient également et peut-être surtout au fait que la médecine ne cesse et ne cessera de s’interroger sur la coexistence du normal et du pathologique, sur leur délimitation floue, sur le fait que l’exercice médial a lieu à l’intérieur de cet espace où normal et pathologique voisinent et s’entremêlent.» Georges Canguilhem, science et non-science .
Il faudrait bien sûr, dans ce domaine, aller à la rencontre de l’œuvre de Foucault «En se refusant à réduire la folie à une manifestation pathologique, il [Foucault] obligea la société toute entière à interroger son rapport à la norme et à ceux que l’on nomme pudiquement les "malades mentaux" "
Sciences humaines hors série N°3, mai-juin 2005. ( Foucault, Derrida, Deleuze)
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Réponse du Guichet
Le 31/01/2006 à 16h13
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