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66 cours lafayette

par gilsand, le 24/03/2021 à 19:04 - 508 visites

Bonjour,
dans le recensement de 1936, je trouve une sage-femme au n° 66 Cours Lafayette. Et dans un article du 15/5/1939 du Journal "L'oeuvre", on peut y lire qu'une clinique y avait été montée.
Existe-t-il des archives de cette clinique ? était-elle rattachée à un hôpital ? les sage-femmes qui déclaraient la naissance des nouveaux-nés à la Mairie les déposaient ensuite dans un orphelinat ?
Merci par avance pour votre aide
bien cordialement

Réponse du Guichet du savoir

par gds_et, le 25/03/2021 à 17:47

Bonjour,

Précisons qu’en raison de la situation sanitaire, nous sommes actuellement en télétravail. Pour vous répondre, nous devons nous contenter des ressources disponibles en ligne.

Nous n’avons pas retrouvé d’archives correspondant à cette clinique dans les inventaires des Archives Municipales.

L’immeuble d’habitations actuel qui occupe le 66 cours Lafayette a été construit en 1932.

Nous avons consulté l’article que vous citez en référence : « Lyon. – Samedi, la Sûreté lyonnaise a arrêté un médecin, une sage-femme et une logeuse, tous trois compromis dans une grave affaire d’avortements. Aujourd’hui, elle a appréhendé une autre sage-femme, Emma Dulac, 46 ans, qui avait monté une clinique cours Lafayette. »
Le Journal des débats politiques et littéraires du 2 août 1939 rapporte qu’Emma Dulac a été condamnée à 4 ans de prison.
Ce sont les seules informations que nous avons trouvées sur Emma Dulac.

Vraisemblablement la « clinique » mentionnée n’était que le cabinet de cette sage-femme. Il est loin d’être certain qu’une structure si petite ait laissé des archives. En revanche, des archives hospitalières peuvent permettre de retrouver des registres des femmes enceintes et en couches envoyées chez les sage-femmes. C’est donc bien du côté des archives municipales qu’il faudrait chercher…

Malheureusement pour les raisons précisées plus haut, nous n’avons pas pu consulter l’ouvrage de Martine Fauconnier Chabalier Les destins croisés des pupilles et de leurs familles (1914-1939), dont l’extrait consultable dans Cairn suggère qu’y est décrit le scénario « classique » de l’abandon d’enfant au début du XXe siècle et le rôle qu’y joue éventuellement la sage-femme (qui en tant que déclarante, peut taire le nom des géniteurs, voire être la personne qui conduit l'enfant au bureau de l'Assistance Publique si la mère l'a abandonné chez elle) :

« La catégorie dite « des enfants trouvés » fait penser à des enfants découverts par hasard dans la rue, dans un champ, dans un couloir, sous le porche d’une église ou à la porte d’un hôpital. Cela renvoie aux enfants exposés des siècles passés.
La réalité du début du xxe siècle est différente. Les enfants trouvés se caractérisent par l’absence de filiation à l’état civil. Un enfant découvert par un tiers sous un porche d’église dont la filiation est établie (soit grâce à des documents identifiants portés par l’enfant, soit parce que la mère est rapidement retrouvée) est immatriculé, au titre des enfants abandonnés. Et contrairement aux siècles précédents, les situations d’enfants exposés, qui plus est non identifiés, sont rarissimes pendant la première moitié du xxe siècle. Dans ce cas d’ailleurs, la personne qui découvre l’enfant peut demander à s’en charger sans passer par l’AP. La très grande majorité des enfants trouvés sont amenés dans un des « bureaux ouverts » instaurés par la loi du 27 juin 1904. Ces services se trouvent au chef-lieu de département. La quasi-totalité des enfants ont été déclarés à l’état civil. Un nom et un prénom leur ont été donnés par le déclarant (souvent la sage-femme qui a assisté à l’accouchement) ou à défaut par l’officier d’état civil, mais les noms de ses géniteurs ne sont pas indiqués même s’ils sont connus du déclarant. Le bébé est conduit au bureau de l’AP par un adulte qui apporte les éléments d’état civil officiel mais qui peut connaître la réalité de la filiation maternelle… »

Nous consulterons cet ouvrage à notre retour à la bibliothèque et complèterons éventuellement notre réponse si nous y trouvons d’autres précisions.

En attendant, peut-être trouverez-vous des éléments de réponse à vos interrogations dans les réponses du GDS sur la prise en charge des enfants abandonnés à Lyon listées ici : asile d’enfants et en particulier dans cette fiche récapitulative : Enfant de la Charité ou de l’Assistance.


Bonne journée.

Réponse du Guichet du savoir

par gds_et, le 26/03/2021 à 16:22

Bonjour,

De retour momentanément à la bibliothèque, nous avons pu consulter l'ouvrage de Martine Fauconnier Chabalier Les destins croisés des pupilles et de leurs familles (1914-1939), dont voici un extrait qui mentionne explicitement le rôle d'intermédiaire des sages-femmes, qui confiaient souvent elles-mêmes les enfants au bureau de l'AP afin que la mère conserve son anonymat :

"Une sage-femme très souvent intermédiaire

Pour cacher la naissance de leur enfant, les mères des enfants trouvés recourent à l'anonymat, loin de leur entourage, contrairement à la plupart de leurs contemporaines qui accouchent chez elle. [...]

Ces mères accouchent en général chez une sage-femme. L'étude des dossiers montre que seules certaines sages-femmes pratiquaient l'accouchement à leur domicile. [...] Ce choix plutôt que celui d'une maternité peut s'expliquer par le souci de ne pas côtoyer d'autres femmes enceintes ou du personnel soignant et des visiteurs qui pourraient les reconnaître. Moins d'un tiers des départements possèdent un établissement accueillant dans des locaux spécifiques les femmes enceintes désireuses de cacher leur grossesse et d'accoucher clandestinement.

D'autres éléments justifient le non-recours à l'hôpital. Certes, comme le rappelle Mme Guinard, la maternité de l'hôpital est pour les plus démunis, mais la possibilité de celer son identité n'est garantie que dans certains établissements. Il faut attendre 1939 pour que soit instituée l'obligation de prévoir dans chaque département une maison maternelle qui puisse accueillir les femmes enceintes qui demandent le secret. En outre, la gratuité n'est pas prévue. Elle ne date légalement que de 1941. Or, l'obtention de l'aide médicale suppose de décliner son identité pour constituer le dossier. L'avis du maire de la commune était alors systématiquement sollicité. Le tarif d'un accouchement par une sage-femme pour une personne aux revenus modestes était de 6F en 1918, mais il pouvait être plus élevé. Cette même année, le coût d'un séjour à la maternité de Rennes était de 2F par jour et donc de 20F pour 10 jours. Par ailleurs, la durée d'un séjour pour un accouchement n'est pas la même : elle est en moyenne à cette époque d'une dizaine de jours à l'hôpital, tandis que chez la sage-femme, la mère ne reste que 24 heures, juste le temps strictement nécessaire à l'accouchement avant de reprendre aussitôt ses activités en taisant la naissance. En outre, la sage-femme peut être aussi vécue comme moins anonyme, plus chaleureuse. [...]

Quasiment tous les enfants trouvés dont nous avons étudié les dossiers ont été confiés au bureau de l'AP par un tiers. Par cet intermédiaire, la mère conserve son anonymat. Généralement, c'est la sage-femme chez qui la mère a accouché qui vient elle-même. Cette pratique n'est pas nouvelle puisque déjà au XVIIIe siècle, Jean-Jacques Rousseau fait appel à une sage-femme pour l'abandon de ses enfants, mais cette médiation restait clandestine et minoritaire. Là, la sage-femme est identifiée. Elle donne son nom et son adresse qui est également le lieu de l'accouchement. Son âge est mentionné. [...] La sage-femme peut aussi confier à une personne de confiance le bébé pour le conduire à l'AP. Cette pratique se rencontre surtout dans les communes éloignées du chef-lieu de département. Les sage-femmes sont très sollicitées et leur éloignement, même une journée, est difficile."


Bonne journée.
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