Question d'origine :
Bonjour,
Pourquoi la Chine faisait-elle partie de la Conférence de Bandung (1955), composée des pays prônant le non-alignement, alors qu' à cette date la Chine n'avait pas encore rompu avec l'URSS?
Merci pour votre travail.
Réponse du Guichet
Le 14/03/2006 à 10h54
Votre question demande une mise en perspective historique, aussi nous aborderons deux aspects majeurs : (1) la politique extérieure de la Chine au début des années Cinquante et (2) sa participation à la Conférence de Bandung [article de Wikipedia en anglais].
Pour ce qui est des grandes lignes de la politique extérieure chinoise, la première moitié des années Cinquante, « verra la politique étrangère de la Chine prendre un tour à la fois plus pacifique, plus large et plus affirmé. La vocation asiatique de la Chine aura l’occasion d’apparaître au cours de trois conférences internationales majeures : celles de Genève (Corée et Vietnam) en 1954, celle de Bandung en 1955. L’année suivante, un long voyage de M. Chou En-lai [Zhou Enlai, (1898-1976)] dans onze capitales d’Asie et de l’Europe de l’Est illustrera en même temps la montée du prestige chinois et la place pris par Pékin dans les problèmes internes du camp socialiste.
Cependant, les rapports avec l’Union soviétique demeurent l’élément principal de la politique extérieure chinoise. La disparition de Staline au début de mars 1953 va permettre de leur donner un grand développement sur le plan économique tandis que les rapports idéologiques vont commencer à s’assombrir après le XXe congrès du P.C.U.S. en février 1956. Un voyage de Mao Tse-toung [Mao Zedong] à Moscou à l’automne de 1957 pour le 40e anniversaire de la Révolution d’Octobre semble avoir largement contribué aux grands changements intérieurs qui vont survenir en Chine en 1958 ». (Guillermaz, Jacques, Le Parti communiste chinois au pouvoir (1949-1979), p. 200).
Comme il le dit une autre spécialiste de l’histoire moderne de la Chine, Marie-Claire Bergère, « la solidarité sino-soviétique s’est affirmée lors de la guerre de Corée, se maintient après l’armistice de Panmunjon (juillet 1953) dans le contexte de la guerre froide. Cette solidarité, cependant, n’empêche pas la Chine de poursuivre une politique extérieure originale. De la conférence de Genève (juin 1954) à la conférence de Bandung (avril 1955), la Chine cherche et réussit à donner d’elle l’image d’une puissance à la fois révolutionnaire et raisonnable, pacifique, désireuse de contribuer à la stabilité des relations internationales en Asie et dans le monde. Le ralliement de la Chine à la coexistence pacifique s’amorce avec le traité sino-indien, signé en avril 1954. Ce traité, qui règle divers problèmes commerciaux bilatéraux, consacre en outre la reconnaissance formelle par l’Inde de la souveraineté de la Chine sur le Tibet et l’acceptation par la Chine des principes de non-ingérence et de non-aggression que cinq pays d’Asie méridionale (Inde, Birmanie, Ceylan, Indonésie, Pakistan) réunis à Colombo quelques semaines plus tard allaient proposer comme base de la coexistence pacifique. Abandonnant son discours sur les ‘chiens courants du capitalisme’, la Chine étend sa politique de détente à d’autres pays d’Asie méridionale, tels que l’Indonésie ou la Birmanie […] Toutes ces initiatives diplomatiques tendent à conférer à la Chine un rôle spécifique et original, à l’échelle régionale du moins. Son appartenance à la communauté des pays asiatiques et sous-développés dont l’Union soviétique (qui n’a pas été invitée à la conférence de Bandung) est exclue, la situe à part dans le camp socialiste : c’est ce que confirme le refus chinois d’adhérer au pacte signé en mai 1955 à Varsovie pour assurer la défense de l’Est européen. Partie intégrante du camp socialiste, la Chine n’en préserve pas moins dans sa politique extérieure une certaine autonomie liée à sa nature d’Etat-continent et à l’expérience de l’humiliation coloniale et du sous-développement économique qui la rapproche des pays du Tiers Monde. » (La Chine de 1949 à nos jours, par Marie-Claire Bergère, p. 87-88).
« L’origine du mouvement afro-asiatique remonte aux années [19]20 mais son poids politique ne date que de la ‘décolonialisation’. C’est alors que le mouvement trouve son expression à travers une organisation limitée dans un premier temps aux pays d’Asie, dans laquelle la Chine n’a pas sa place. Cette situation se prolongera jusqu’à ce que, convaincus par Nehru que la Chine est capable d’affirmer son indépendance et d’assouplir sa ligne politique, l’Indonésie, le Pakistan, la Birmanie, Ceylan et l’Inde l’invitent à une conférence des pays d’Asie et d’Afrique prévue à Bandung en avril 1955.
Sans tarder, la Chine manifeste un intérêt pour un tel projet. On assiste même à une tentative de sa part pour se faire passer pour puissance
Partant de là […] Zhou Enlai fait les concessions nécessaires. Aux attaques violents contre le colonialisme des pays de l’Est – qui vise l’URSS – allusives puis explicites dans le discours du premier ministre ceylanais, il répond que ce discours n’est pas dépourvu de ‘passages constructifs’. […] L’esprit de conciliation des Chinois ne connaîtrait-il pas aucune limite ? A vrai dire, seule est inacceptable pour les Chinois la motion d’origine pakistanaise qui réclamait la condamnation du colonialisme sous toutes ses formes
Si Zhou Enlai quitte Bandung auréolé d’un grand prestige, il n’a évité ni la mise en accusation de la Chine, ni l’affirmation du rôle réservé dans le développement aux anciennes puissances coloniales, ni le rappel au droit de défense individuelle et collective plus propre à satisfaire l’Occident que le camp socialiste. C’est pourquoi Zhou Enlai, de retour à Pékin, devra expliquer au Congrès national du peuple que ‘
En plus des références citées ci-dessous, vous consulterez avec profit :
a/ Ouvrages
* Bandoung et le réveil des peuples colonisés.
* L'U.R.S.S. et la Chine devant les révolutions dans les sociétés pré-industrielles.
b/ Sur l'Internet :
* Bandung ou la fin de l’ère coloniale(par Jean Lacouture, Le Monde diplomatique).
* Dossier de Radio China International établi pour le 50e anniversaire de la Conférence de Bandung.
* Prime Minister Nehru: Speech to Bandung Conference Political Committee, 1955
* President Sukarno of Indonesia: Speech at the Opening of the Bandung Conference, April 18 1955.
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