Les vases d'aisance pouvaient-ils être déposés au bord des fenêtres ?
Question d'origine :
Bonjour,
ma question
J'ai lu qu'au Moyen Age, les vases d'aisance, pouvaient être déposés sur des consoles en pierre installées au niveau des fenêtres., merci de me renseigner.
Avec mes remerciements,
Cordialement,
Réponse du Guichet

En dépit de nos recherches, nous n’avons pas trouvé d’information qui confirmerait votre lecture. En effet, les pots de chambre sont plutôt disposés près des lits ; lorsqu’il y en a puisque plusieurs systèmes de «réception» des excréments existent au Moyen Age, en fonction notamment de la catégorie sociale des habitants.
Sur son site Passerelles, la Bibliothèque Nationale de France fait un point très clair sur les latrines au Moyen Age. Le dossier présente celles des châteaux « en général installées dans une tour ou dans une tourelle en surplomb d’un fossé, le plus loin possible de la façade principale. Ces latrines en encorbellement, dont l’installation est peu coûteuse, n’ont pas besoin de conduits ni de fosses : les matières fécales tombent directement dans un fossé ou dans un espace isolé, au pied de la muraille, où les jardiniers peuvent les récupérer pour le compost ». A la campagne, en revanche, pas besoin de latrines : les personnes se soulagent en pleine nature ou dans les étables ! »
Quant aux maisons de ville, pour les personnes les plus aisées, « les sièges donnent sur un conduit en terre cuite, ou en moellons liés au mortier de chaux. Il est intégré aux murs, et sa pente verticale et sa largeur (jusqu’à 75 cm de diamètre) doivent suffire à l’évacuation des produits faisant fonction de papier hygiénique : feuilles de plantes appréciées pour leur dimension et leur velouté (le bouillon-blanc), paille, coton chez les aristocrates, papier usagé à partir du 16e siècle… »
Enfin, dans les habitations plus modestes, « les latrines sont souvent construites au niveau des greniers, entre deux maisons qui en partagent l’usage. On les voit en surplomb au-dessus de ruelles condamnées et transformées en vides sanitaires ou en fosses d’aisance en plein air. Il existe aussi des latrines publiques, appelées “retraits”, situées sur les ponts ou sur les murs d’enceinte et qui sont mises à disposition de tous. Ces toilettes donnent généralement sur des voies d’eau, qui favorisent l’évacuation ».
Qu’en est-il des pots de chambre ?
Martin Monestier dans son Histoire et bizarreries des excréments des origines à nos jours en fait sa petite histoire :
« Durant tout le Moyen Age, la société chrétienne valorise le pot de chambre. Tout chevalier avisé qui part en Orient combattre les infidèles, emporte une gourde, une lanterne et un pot de chambre […]. Dans les demeures seigneuriales et bourgeoises, les vignettes des anciens manuscrits nous montrent les pots de chambre placés à côté du lit. Une gravure en bois d’Albert Duhier [Dürer?], datée de 1525, le situe au pied du lit sur une sorte de marchepied. Plus tard, on déposera le vas necessarum [vase de nécessités] sur une chaise, à portée de la main ».
image extraite du dossier pédagogique "l'hygiène au Moyen Age" réalisé par la bibliothèque d'étude et du patrimoine de Toulouse.
Que devient le contenu de notre vase d’aisance ? Selon Roger-Henri Guerrand dans son histoire des commodités, « la pratique courante, c’est […] le “tout-à-la-rue”. Nuit et jour, les gens jettent par les fenêtres les eaux usées, les ordures les plus diverses, les urines et même les matières fécales. Trop heureux pour le passant quand retentit le cri annonciateur “gare dessous!” ou “Gare l’eau !” »
Pour aller plus loin :
Vous pourriez consulter à profit une ancienne question du Guichet, portant sur la gestion des excréments au Moyen Age.
Nous vous recommandons également les très bons ouvrages de l’historien Georges Vigarello, spécialiste du corps, des pratiques d’hygiène et de santé. Il a écrit notamment écrit :
- Le propre et le sale. L’hygiène du corps depuis le Moyen Age, édité au Seuil
- Histoire des pratiques de santé. Le sain et le malsain depuis le Moyen Age, toujours au Seuil.
Bonnes lectures !
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