Quelle est l'origine de l'expression "avoir le cafard" ?
Question d'origine :
Quelle est l'origine exacte de l'expression française "Avoir le cafard" pour désigner la mélancolie ou la dépression, et comment a-t-elle évolué au fil du temps ?
Réponse du Guichet
L’expression "avoir le cafard" viendrait du mot "cafard", issu de l’arabe "kefir" passé en français au XVIème siècle pour désigner un hypocrite ou un faux dévot, puis une blatte se cachant dans l’ombre.
Son sens de tristesse n'apparaît seulement qu'au XIXème siècle, popularisé par Charles Baudelaire dans Les Fleurs du Mal, avant d’être repris peu à peu dans le langage courant.
Bonjour,
L'origine de l'expression "avoir le cafard", qui désigne une personne ayant des idées noires, un sentiment de déprime, un accès de tristesse ou de mélancolie, est à chercher du côté de l'étymologie du mot "cafard". C'est un mot qui proviendrait de l'arabe "kafir" ou "kâfirũ", qui signifie ici un mécréant ou une personne convertie à une autre religion. D'après le Projet Voltaire, le mot entrerait pour la première fois au dictionnaire en France au XVIème siècle, avec francisation de la finale en "-ard", pour désigner justement "un mécréant fourbe, sans foi ni moralité".
Expressio.fr ajoute que le mot a dérivé en verbe avec "cafarder" : "Il désigne aussi une personne qui dénonce les autres (qui 'cafarde'), sens qui vient probablement du précédent, par allusion à la personne qui a un comportement hypocrite ou fourbe." Ce que confirme Le Projet Voltaire, voyant aussi une filiation toute trouvée entre l'insecte, la blatte, amatrice de recoins sombres pour s'y cacher et les faux dévots, fuyant la lumière, "renforçant également son lien avec une certaine hypocrisie." (Projet Voltaire).
Le dictionnaire des expressions et locutions de Maurice Rat reprend lui aussi cette chronologie et ajoute même quelques détails supplémentaires :
Avoir le cafard : Cette locution d'origine récente (dernier quart du XIXème siècle) vient de nos troupes d'Afrique et, semble-t-il, de la Légion étrangère. On sait que le nom de cafard a désigné, d'abord un bigot (XVIe siècle), puis un dénonciateur qui se cache (d'où cafarder, "dénoncer"), enfin une blatte ou cancrelat, insecte nocturne orthoptère qui cherche à se dissimuler lorsqu'il est découvert.
Le lien entre le cafard et la tristesse ne se fera que bien plus tard, dans la seconde moitié du XIXème siècle, et particulièrement grâce à des vers de Charles Baudelaire écrits dans son célèbre recueil Les Fleurs du Mal (1857), qui introduit le terme en même temps que son spleen.
Le poète se joue du cafard et lui confère un sens nouveau dans l'un des sonnets du poème "La Destruction" :
Sans cesse à mes côtés s’agite le Démon ;
Il nage autour de moi comme un air impalpable ;
Je l’avale et le sens qui brûle mon poumon
Et l’emplit d’un désir éternel et coupable.
Parfois il prend, sachant mon grand amour de l’Art,
La forme de la plus séduisante des femmes,
Et, sous de spécieux prétextes de cafard,
Accoutume ma lèvre à des philtres infâmes.
Source : Les fleurs du mal - Wikisource.
Le pourquoi et le comment des expressions (p.18) de Delphine Gaston-Sloan confirme le rôle de ce poème dans la notoriété de l'expression. Maurice Rat est donc quelque peu en retard dans ses datations, ce qui n'échappe pas à Expressio, dictionnaire des expressions en ligne, qui conclut en s'interrogeant :
Maurice Rat, qui n'avait pas dû bien lire Baudelaire, place l'origine de cette expression plus tard, entre 1875 et 1900 dans les troupes d'Afrique et plus particulièrement dans la Légion Étrangère.
Peut-être est-ce parce qu'elle a été répandue là-bas par un légionnaire poète qui lisait les Fleurs du Mâle ? A moins que cela ne vienne du fait que, quand il y en a, les cafards sont légion et qu'ils grouillent comme les idées noires le font dans la tête ?
Source : avoir le cafard - Expressio.
Bonne journée.
Le boom des retraductions