Question d'origine :
J'ai vraiment l'impression qu'il y a une idée reçue, une sorte de mythe, de pensée répandue que la femme est moralement supérieure à l'homme...
C'est pourquoi j'ai été très surpris dans ma vie par l'immoralité, la fourberie, la bassesse (je suis désolé je ne trouve pas les bons mots) qui m'ont vraiment fait remettre en question l'idée de la supériorité des femmes...
Cette idée reçue, ce stéréotype de la supériorité des femmes existe-t-elle vraiment? Pourriez-vous me l'expliquer s'il vous plaît?
Réponse du Guichet
Il s'agit bien d'un stéréotype social de genre et non d'une réalité confirmée scientifiquement.
Bonjour,
Nous avons répondu récemment à une question similaire : Les femmes sont-elles plus morales que les hommes ? où nous abordions la notion de stéréotype de genre.
Comme nous vous l'expliquions alors, cette idée d'une supériorité morale des femmes sur les hommes est avant tout le produit de constructions sociales historiques et culturelles, souvent entretenues pour justifier des rôles assignés. Il ne s'agit pas d'une vérité universelle. Cette croyance peut peser aussi bien sur les femmes que sur les hommes, en enfermant chacun dans des normes rigides.
Nous vous conseillons de lire ou relire, les articles proposés dans ce dossier de Philosophie magazine : Les femmes sont-elles plus morales que les hommes ?
Cet article de Catherine Portevin souligne que statistiquement les hommes commettent la majorité écrasante des crimes violents et des transgressions. Cela suggère-t-il que les femmes sont naturellement meilleures moralement que les hommes ? L'article critique le « neurosexisme » de certaines explications biologiques (basées sur le fonctionnement du cerveau et les hormones féminines). Des études en neurobiologie démontrent que les différences observées entre deux cerveaux ne dépendent pas du sexe des individus, mais de leur environnement et de leurs expériences cognitives respectives. Les expériences en psychologie sociale prouvent que les femmes sont capables d’autant de dureté que les hommes lorsqu’elles sont en position d’infliger des sévices. Les anthropologues quant à eux affirment que la moralité est une construction sociale et que les qualités prétendument féminines comme l'empathie sont des rôles assignés plutôt que des vertus innées.
Quelques extraits de l'article :
Chacun a encore en mémoire cette terrible photo prise dans une prison d’Abou Ghraib où c’est une femme soldat qui inflige souriante la torture à un prisonnier irakien. À cette occasion, on a reparlé d’une célèbre expérience de psychologie sociale, celle de Philip Zimbardo tentée à Stanford en 1971 pour examiner les effets du milieu carcéral sur les individus : deux groupes d’étudiants, sélectionnés, leur avait-on dit, pour leur maturité morale et leur stabilité psychique, devaient jouer le rôle, d’un côté, d’un groupe de prisonniers et, de l’autre, de gardiens. Après quelques jours, l’expérience a tourné au cauchemar, les matons devenant de plus en plus sadiques et les détenus de plus en plus soumis. Mais nulle différence notable de comportement n’a été alors observée entre hommes et femmes. Même absence de distinction entre sexes, selon Jean-Léon Beauvois, spécialiste de psychologie sociale, dans la vingtaine de variantes de la fameuse expérience de Milgram (en 1960, elle n’avait été conduite que sur des hommes) qui a révélé les mécanismes de l’obéissance à l’autorité, y compris lorsque celle-ci conduit à infliger la souffrance ou la mort. « Aucune différence significative n’a été constatée entre hommes et femmes sur l’obéissance, affirme Jean-Léon Beauvois. La seule nuance observée serait plutôt sociale, la soumission étant tendanciellement plus grande dans les milieux modestes. » [...]
« La découverte extraordinaire de la neuroscience est surtout celle de la plasticité du cerveau. Oui, il y a des différences entre un cerveau masculin et un cerveau féminin… mais autant qu’entre le cerveau d’un individu et celui d’un autre, qui ne cessent de se façonner selon leur environnement et leurs expériences cognitives respectives. » [...]
L’anthropologie a confirmé depuis longtemps le caractère construit (et non pas naturel) de la différence, y compris morale, entre les sexes. Différence et inégalité, ce que Françoise Héritier, l’auteur de Masculin-Féminin (2 vol., Odile Jacob, 1996-2002), appelle « la valence différentielle des sexes », un principe universel. « Il n’y a pas de “morale universelle”, nous explique-t-elle, mais des morales, qui sont toujours locales, datées, évolutives. Quand elles fonctionnent dans une société, elles produisent des valeurs partagées par tous mais distribuées selon les sexes, imputées au genre [lire l’encadré]. Elles ne sont pas dictées par la nature mais, en obligeant les êtres à s’y conformer, elles sont considérées comme porteuses d’une nature. Ces valeurs sont relatives à chaque société : par exemple, l’activité est chez nous associée au masculin, le féminin étant considéré comme passif. En revanche, en Inde, la passivité est une qualité de l’homme parce qu’elle signifie la maîtrise de soi. Ce qui demeure, c’est que partout, les valeurs attribuées au féminin sont dénigrées par rapport à celles des hommes. Ce schéma est très solide, profondément inscrit dans les têtes, très cohérent pour structurer les sociétés. » Il en va ainsi des oppositions chaud (masculin)/froid (féminin), haut/bas, dur/mou, sec/humide, extérieur/intérieur, sphère publique/sphère domestique, abstrait/concret…
source : Les femmes sont-elles plus morales que les hommes ? / Catherine Portevin - Philosophie magazine - 16 juillet 2012
Quelques livres pour creuser le sujet :
- La violence des femmes : histoire d'un tabou social / Christophe Regina
- Penser la violence des femmes / sous la direction de Coline Cardi et Geneviève Pruvost
- Fausse Route / Élisabeth Badinter
Bonne journée.
French Theory