Comment surnommait on à l'époque un "mauvais charretier" ?
Question d'origine :
Comment appelait-on ou surnommer t'on un mauvais charretier dans l'encien temps ?
Réponse du Guichet
Un charretier désignait, selon le Dictionnaire du moyen français (Larousse), un conducteur expert et pouvait apparaître sous la forme de chartier, charton ou charreton. Les termes péjoratifs écraseur et chauffard sont apparus respectivement au XVIe siècle et au XIXe siècle pour désigner des conducteurs maladroits et dangereux. Le substantif automédon est, quant à lui, à la mode au XIXe siècle, pour désigner par plaisanterie un cocher.
Bonjour,
Vous souhaitez savoir comment étaient surnommés les mauvais charretiers à une époque plus ancienne.
Le Dictionnaire historique de la langue française d'Alain Rey situe les premières occurrences du substantif charretier à l'époque du Moyen Âge central où il est utilisé pour désigner un conducteur de charrette ou dans un sens péjoratif une personne grossière.
Charretier, ière adj. et n. (1172-1175), nom d'un conducteur de charrette ayant souvent une connotation péjorative ("jurer comme un charretier"), employé adjectivement pour qualifier les voies par où peuvent passer les charrettes (fin 12e s.).
Ce mot provient étymologiquement du mot Char issu du latin carrus, emprunté lui-même au gaulois, désignant dans l'antiquité une voiture à 2 roues : chars triumphans (J. Marot) et plus tard vers 1080 (dans la Chanson de Roland) une voiture d'usage quotidien à la campagne.
Le Dictionnaire de l'ancien français (Larousse) (pour le vocabulaire français employé de 1080 à 1350) donne au mot charretier le synonyme de charton, attestés tous les deux dès 1175 dans les textes de Chrétien de Troyes, figure majeure de la littérature médiévale :
Charton n.m. (1175, Chr. de Tr.); -etier n.m. (1175, Chr. de Tr.) Charretier
Le Dictionnaire du moyen français (Larousse), qui se situe entre l'ancien français et le français classique (1340-1611), affirme que Charretier ou Chartier désigne un conducteur expert ou dans un sens péjoratif, une personne située en bas de la hiérarchie sociale. Dans le sens de conducteur expert, Charretier a pour synonyme Charreton ou charton :
Charretier, chartier n.m. (12e s.) 1. conducteur expert : ..."faire craquer un föet aussi bien que charretier de France (Mont.)" 2. Indique le degré le plus bas dans la hiérarchie sociale "Que de mon nom la mer nommer je face, ou que je sois ce chartier mal appris... (du Bellay)
Charreton, charton n.m (12e). Charretier, celui qui conduit un char, un charriot.
Les mauvais conducteurs, dangereux et maladroits étaient désignés familièrement au XVIe siècle par le terme écraseur, euse :
Est rare dans l'emploi adjectif (1571). Comme nom il désigne une personne qui écrase (1611), anciennement un mauvais cocher, un conducteur maladroit.
Source : Dictionnaire historique de la langue française d'Alain Rey
Le Dictionnaire CNTRL donne un exemple de son emploi dans des textes du début du XXe siècle :
Fam. Cocher, automobiliste maladroit et dangereux. On dirait presque comme l'écraseur : « l'assurance paiera »; mais on ne le dit point, et l'écraseur ne le dit point; simplement il roule. Il fait comme tout le monde fait (Alain, Propos,1928, p. 782).On rencontrait encore trop peu de chauffeurs sur les grands chemins pour les traiter d'écraseurs (Morand, 1900,1931, p. 133).
Une recherche dans Gallica, la bibliothèque numérique de la BnF, nous permet de lire des textes où sont présentes des occurences du terme "écraseur" au sens de mauvais conducteur :
Les riches, en général, s'embarassent peu d'un pareil malheur, & sur-tout cette classe d'hommes inutiles, qu'on nomme élégans, & qui font charmés d'avoir un écraseur pour cocher. La chereté du terrein rend les rues plus étroites & les maisons plus élevées. On bâtit le plus qu'on- peut en l'air, parce que l'air ne s'y paye pas.
À la fin du XIXe siècle apparaît le terme Chauffard :
Péj. Conducteur de véhicule automobile imprudent et souvent dangereux. C'est faire œuvre de chauffard que de s'arrêter sans raison tous freins bloqués (Ch. Chapelain, Cours mod. de techn. automob.,1956, p. 329).
Prononc. : [ʃofa:ʀ]. Étymol. et Hist. 1898, 28 avr. (La Locomotion automobile, 258 ds Quem. Fichier). De chauffeur* avec substitution du suff. (-ard*). Fréq. abs. littér. : 1. Bbg. Dub. Dér. 1962, p. 82.
Source : Dictionnaire CNTRL
On peut noter aussi que le mot Automédon "emploi plaisant du nom du cocher d'Achille dans L'Iliade" a été "à la mode au XIXe siècle, par plaisanterie pour désigner un cocher" (Source : Dictionnaire historique de la langue française d'Alain Rey). Voici l'emploi de cette acception dans un texte de George Sand :
Le jour tombait lorsque nous montâmes dans une patache de louage, conduite par un gamin de douze ou treize ans, et traînée par une pauvre haridelle très-efflanquée. Je crois bien que notre automédon n'avait jamais traversé la Brande, car lorsqu'il se trouva à la nuit close dans ce labyrinthe de chemins tourmentés, de flaques d'eau et de fougères immenses, le désespoir le prit, et, abandonnant son cheval à son propre instinct, il nous promena au hasard pendant cinq heures dans le désert. G. Sand, Histoire de ma vie,t. 2, 1855, p. 338. (Source : Dictionnaire CNTRL)
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