Quelle est l'importance des médicaments prescrits et non utilisés pas les patients ?
Question d'origine :
Bonjour Cher Guichet,
Serait-il possible de savoir si des études ont été réalisées sur l'importance des médicaments prescrits par des médecins et non utilisés pas les patients ?
Réponse du Guichet
En France, en 2022 il y a eu 9 415 tonnes de MNU (médicaments non utilisés) collectées, 8 503 tonnes en 2023 et 7 675 tonnes en 2024. En terme de monnaie sonnante et trébuchante, malgré le manque de méthode fiable, un rapport de la Cours de comptes de septembre 2025 évalue une fourchette de la valeur des médicaments non utilisés entre 561 M€ et 1,735 Md€.
Bonjour,
En France, en 2022, l'assurance-maladie évaluait le gisement total de MNU à 13 443 tonnes, dont 9 415 tonnes collectées par l'éco-organisme Cyclamed (Source : Médicaments et DM non utilisés : dans quoi la Sécu embarque-t-elle les pharmaciens ?, Le quotidien du pharmacien, 15/05/2025. Article accessible en ligne via Europresse sous condition d'une inscription à la BML).
Selon l'Ademe, (Agence de la transition écologique), 3 milliards de boites de médicaments ont été mises sur le marché français en 2023, par 217 exploitants de médicaments. En moyenne, chaque foyer français détient environ 490 grammes de Médicaments Non Utilisés (MNU), soit un gisement annuel estimé à 11 900 tonnes. 8 503 tonnes ont été collectées dans les 20 400 pharmacies françaises, portant ainsi le taux de collecte de MNU à 71,5 % en 2023 (source : Médicaments non utilisés : données 2023, Ademe). Cependant cette information ne précise pas s'il s'agissait de médicaments prescrits par des médecins.
L'article Gâchis Jusqu’à 1,7 milliard d’euros de médicaments ne sont pas consommés chaque année de Libération paru le 05/09/2025 donne des chiffres sur les médicaments prescrits en ville :
Un rapport de la Cour des comptes paru le jeudi 4 septembre révèle un gaspillage massif de ces produits pharmaceutiques.
La facture atteint jusqu’à 1,7 milliard d’euros si le calcul prend en compte tous les médicaments mais elle tombe autour de 561 à 788 millions d’euros si les plus coûteux en sont exclus, détaille la Cour des comptes. Le volume de médicaments jetés et collectés par Cyclamed représentait 8 503 tonnes en 2023. Selon la Cour des comptes, la réduction de ces déchets permettrait d’économiser entre 224 et 867 millions d’euros.
Cyclamed, l'organisme chargé de la collecte de ces médicaments non utilisés rapportait en juin 2025, un bilan ambivalent :
La baisse est significative, mais la tendance est plutôt positive. Dans son dernier bilan annuel, Cyclamed dit avoir collecté 7 675 tonnes de médicaments périmés ou non utilisés dans les pharmacies françaises en 2024. Un recul de près de dix points, en un an, qui ne serait pas alarmant pour autant. « Cette diminution doit être pondérée, car elle est étroitement liée au nombre de boîtes vendues, qui décroît régulièrement depuis deux décennies, tandis que la population augmente et vieillit. Cette évolution structurelle du marché pharmaceutique est appuyée par une meilleure prescription, une meilleure dispensation et une meilleure observance des traitements », explique Thierry Moreau-Defarges, président de cet éco-organisme chargé de collecter et éliminer les produits éligibles, qui sont ensuite valorisés sous la forme d’électricité et de chaleur*.
Des niveaux record
Malgré ces résultats quantitatifs mitigés, les membres de cette association affichent plusieurs motifs de satisfaction, dont une réduction continue du gisement de médicaments non utilisés détenus dans les foyers français, qui a été divisé par deux en quatorze ans. Selon la dernière étude de référence**, il serait de 9 960 tonnes. Comparé au tonnage effectivement collecté, le taux de récupération serait donc de 77 %. « Un niveau record pour notre éco-organisme et une preuve supplémentaire de cet usage plus rationnel du médicament », commente Laurent Wilmouth, directeur général de Cyclamed.
(**) Etude REliquat MEDicaments non Employés réalisée fin 2024 dans 1 100 foyers répartis en métropole et en Outre-mer.
Sur la valeur des médicaments non utilisés, voici ce que note la Cour des comptes dans son rapport publié en septembre 2025, Le bon usage des produits de santé :
Faute de données collectées sur des échantillons suffisamment importants, il n’est donc pas possible de réaliser une évaluation fiable de la valeur des déchets issus des médicaments en France. Pour en évaluer l’ordre de grandeur, et notamment les valeurs maximale et minimale, certains rapprochements de données peuvent toutefois être réalisés.
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Évaluer la valeur des médicaments non utilisés
Pour évaluer la valeur des médicaments rapportés en officines, en l’absence de données sur leur contenu, seules des évaluations globales peuvent être envisagées. La Cour des comptes a procédé à des estimations fondées sur différentes hypothèses.
- Méthode fondée sur l’hypothèse 1 : tous les médicaments sont représentés dans les médicaments jetés
La quantité de médicaments non utilisés (MNU) en ville (en tonnes) peut ainsi être rapportée à la valeur de la quantité de médicaments mis sur le marché et remboursés (pour le marché de ville uniquement).
Les MNU représentant entre 5 et 7 % du poids des médicaments vendus, on peut faire l’hypothèse que leur valeur financière (pour l’assurance maladie) représente aussi 5 à 7 % des dépenses de médicaments de ville remboursés. Cette hypothèse revient à supposer que tous les médicaments sont représentés de la même manière parmi les médicaments jetés. Or, le montant remboursé pour une boîte de médicament varie de 0,85 € à 50 000 € ; la présence de certains médicaments peut donc faire très fortement varier la valeur des déchets.
Le résultat ainsi obtenu représente entre 1,735 Md€ et 1,234 Md€, selon que l’on s’attache à évaluer la valeur du gisement ou des déchets effectivement collectés, et représente un maximum.
- Méthode fondée sur l’hypothèse 2 : les médicaments les plus chers ne sont pas présents dans les médicaments jetés
Cette deuxième méthode consiste à exclure les médicaments les plus coûteux du calcul, en formant l’hypothèse que, compte tenu de leur prix, ils font l’objet d’une gestion plus attentive. Une partie d’entre eux est en effet administrée par des professionnels de santé, car sous forme injectable. Sont ainsi écartées 10 % des références, qui sont les plus coûteuses.
Le résultat alors obtenu est compris entre 561 M€ et 788 M€ ; il représente vraisemblablement un minimum, compte tenu de la probabilité faible mais non nulle de présence de médicaments coûteux dans les boîtes de collecte de MNU.
Ces deux méthodes permettent d’obtenir une fourchette de valeur des médicaments non utilisés comprise entre 561 M€ et 1,735 Md€. Les ordres de grandeur obtenus avec ces deux hypothèses sont compatibles avec des évaluations menées à l’étranger, même si la comparabilité des contextes et des méthodes de calcul ne permet pas de les rapprocher strictement.
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En partant de l’analyse faite par les deux études néerlandaise et britannique précitées, selon lesquelles seuls 40 % à 50 % de ces déchets sont « évitables », l’évaluation du potentiel de réduction de ces déchets peut être estimée à une valeur de 224 M€ à 867 M€. Le détail de ces calculs est précisé en annexe 3. Compte tenu de l’absence d’étude récente en France pour évaluer les médicaments jetés sur un plan qualitatif, et au vu des ordres de grandeur concernés, il apparaît indispensable de produire de nouvelles données pour affiner ces montants.
Bonne journée.
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