Je cherche des études sur l'insertion sociale et professionnelle des mères adolescentes
Question d'origine :
Bonjour,
Quels sont l'ensemble des ouvrages et études autour de l'insertion sociale et professionnelle des mères adolescentes ?
Je vous remercie
Réponse du Guichet
Les grossesses chez les mineures nécessitent une prise en charge médicale et psycho-sociale ainsi qu'un accompagnement à l'insertion sociale et professionnelle (question des droits sociaux, du logement, scolarité, études...) qui requièrent l'intervention de plusieurs services et professionnels.
Les références ci-dessous (Sites web, ouvrages, DVD, essais, articles etc.) issues de nos collections ou des contributions présentes sur la plateforme en sciences humaines et sociales Isidore, vous permettront de faire un état des lieux des pratiques de l'accompagnement socio-professionnel, des parcours d'insertion professionnelle, des difficultés rencontrées, et des problématiques spécifiques aux époques et aux pays.
Bonjour,
Vous cherchez des études sur l'insertion sociale et professionnelle des mères adolescentes.
La Haute Autorité de Santé (HAS) a publié une fiche de bonnes pratiques pour le suivi social des mineures enceintes :
Afin d’évaluer le contexte personnel et familial de la mineure, il est nécessaire que la mineure enceinte puisse être reçue seule, par un professionnel de santé ou un travailleur social. La situation de grossesse peut résulter de maltraitances et/ou augmenter le risque de maltraitance : en cas d’allégation de maltraitance ou en cas de forte présomption de maltraitance, selon la législation, le professionnel de santé a le devoir de faire un signalement au procureur de la République. [...]
Suivi social
Un lien avec un assistant de service social est à mettre en place de façon systématique, afin de faire un bilan des besoins de la mineure (soutenir par exemple l’accès aux droits sociaux). La question du logement après l’accouchement est à aborder avec la mineure dès la grossesse et, si besoin, les demandes d’accueil au sein de centres parentaux ou de dispositifs dédiés aux femmes mineures accueillant un enfant sont à anticiper le plus tôt possible. La question de la scolarité/des études ainsi que du mode d’accueil de l’enfant et le soutien à la parentalité sont à anticiper dès la grossesse. Si la mineure bénéficie d’une mesure de protection de l’enfance, un lien avec le travailleur social est à mettre en place de façon systématique.
Source : La Situation particulière de vulnérabilité : mineure enceinte (Haute Autorité de Santé, 2024)
De nombreux services et professionnels sont impliqués dans l'accompagnement des mères adolescentes, ceux qui assurent le suivi médical de la grossesse (médecins, sages-femmes, libéraux, hospitaliers ou de Protection Maternelle et Infantile-PMI), assistantes sociales (départementales, municipales, scolaires ou hospitalières), éducateurs (Aide Sociale à l’Enfance-ASE, associations), centres maternels, Caisse d’Allocations familiales... Ainsi, pour le département de Seine-Saint-Denis où la proportion de jeunes filles mineures enceintes est légèrement supérieure à la moyenne nationale, (Guide Seine-Saint-Denis 2018), est né un Guide de l’accompagnement des mineures enceintes qui a pour vocation de faciliter les prises en charge en donnant aux professionnels toutes les informations qui leur seront utiles. On y trouve des fiches pratiques concernant tous les éléments de prise en charge (accueil, suivi médical, éléments juridique, aspects administratifs…) et un annuaire des adresses utiles (institutions, associations, lieux d’accueil…).
Le catalogue de la BmL propose plusieurs documents issus de nos collections sur les mères adolescentes dont ces deux ouvrages et ce film documentaire :
- Les mères adolescentes [Livre] : socio-anthropologie et itinéraires de vie / Antigone Mouchtouris & Camille Ponsin, 2022
Malgré la fiabilité croissante des moyens de contraception et leur facilité d'accès, le phénomène des mères adolescentes persiste. Les auteures étudient les raisons qui poussent ces jeunes filles à tomber enceintes. Elles décrivent le déroulement de ces grossesses et les difficultés rencontrées, ainsi que le regard souvent négatif porté par la société sur ces maternités dites précoces. ©Electre 2022
- Adomamans [Livre] : le tiers et le lien / Nelly Carpentier ; préf. de Sylviane Giampino (2003)
Des adolescentes témoignent de leur maternité. Elles sont déprimées. révoltées. audacieuses. toujours vulnérables. Elles disent leur maternité en miroir à leur propre histoire d'enfance : désirée. subie, acceptée ou rejetée. Elles disent pour qui et pour quoi elles " ont fait un enfant toute seule ". Que se passe-t-il pour elle au quotidien ? Quelles réactions rencontrent-elles autour d'elles. solidarités ou incompréhensions familiales : amicales, amoureuses. institutionnelles ?
- Jeunes mères [D.V.D.] / réal. & scénario de Jean-Pierre Dardenne & Luc Dardenne ; Babette Verbeek, Elsa Houben, Janaina Halloy Fokan, Lucie Laruelle, Samia Hilmi, Günter Duret, Christelle Cornil, India Hair... [et al.] act, 2025
Jessica, Perla, Julie, Ariane et Naïma sont hébergées dans une maison maternelle qui les aide dans leur vie de jeune mère. Cinq adolescentes qui ont l'espoir de parvenir à une vie meilleure pour elles-mêmes et pour leur enfant.
Sur ce film, vous pouvez lire l'article France Inter : Jeunes mères, un film de Jean-Pierre et Luc Dardenne (25 avril 2025) ou l'article de Philosophie Magazine : La philosophe Elsa Godart a vu le film “Jeunes Mères” des frères Dardenne (le 26 mai 2025).
Plusieurs destins de très jeunes mères, essentiellement seules, qui vivent en ce lieu d’accueil pour les jeunes, victimes de négligences, de violences physiques ou psychiques. Éducateurs et psychologues accompagnent les premiers pas de ces mères encore enfants dans la maternité. [...]
Ce qui est frappant dans ce film est l’absence d’homme : la maison maternelle n’est composée que de femmes. Personne, outre les résidantes et le personnel d’accueil, ne peut y entrer sans autorisation ; les (jeunes) pères, quand ils sont là, sont majoritairement défaillants, lâches, et les éventuels conjoints peuvent être violents, menaçants. Un seul sera capable d’assurer et d’assumer sa paternité. Quant aux géniteurs de ces primipares, on n’en n’entend pas parler une seule fois. « Où sont les pères ? » aurait-on envie de clamer aux frères Dardenne qui filment une réalité que la société a bien du mal à assumer. [...]
Si les pères sont à ce point absents, c’est aussi peut-être la traduction d’un constat bien au-delà du cliché. Et si ces jeunes filles, à la marge de la société, toutes portées par l’espoir de « s’en sortir avec dignité », exprimaient, bien au-delà de leur condition si spécifique, une réalité universelle : la matrophobie de la condition maternelle ? Si à travers ces portraits, ce qu’il nous fallait comprendre, c’est que la société n’en veut pas des difficultés des mères, elle ne veut ni les entendre, ni les voir, ni les reconnaître ? [...]
Ne faut-il pas créer les conditions d’une vie suffisamment digne pour pouvoir donner, pour pouvoir aimer ? Et qu’est-ce que les conditions d’une vie suffisamment digne ? Il ne suffit pas de remplir un ventre ou de mettre un toit sur la tête, faut-il encore assurer un droit à la vie décente des mères, comme je l’ai défendu dans une tribune.
Source : La philosophe Elsa Godart a vu le film “Jeunes Mères” des frères Dardenne (Philosophie Magazine, 26 mai 2025)
La plateforme de recherche en sciences humaines Isidore permet de rechercher des articles, essais et contributions sur ce sujet, dont voici une sélection :
- La prise en charge médico-psycho-sociale de mineures enceintes par les sages-femmes. Gynécologie et obstétrique. 2019 / Fatima Attoumani
Les grossesses chez les mineures nécessitent une prise en charge médicale et psycho-sociale spécifique. L’accompagnement psycho-social fait partie des compétences de la sage-femme qui est en première ligne devant le suivi obstétrical des patientes mineures. Objectifs: Repérer les éventuelles difficultés rencontrées par les sages-femmes de Marseille liées à la prise en charge médico-psycho-sociale des mineures enceintes. Identifier les axes d’amélioration que proposent ces sages-femmes dans cette prise en charge. Rechercher l’incidence des nouvelles dispositions juridiques sur l’accompagnement des mineures enceintes par les sages-femmes...
- « Le devenir des mineures bénéficiaires de l’allocation de parent isolé », Revue des politiques sociales et familiales (2004) / Sabine Chaupain et al.
- De la prévisibilité à la diversité des parcours? Le cas de jeunes mères ayant délaissé leurs études. Service social, 51(1), 60–77 / Molgat, M. & Ringuet, C. (2004)
Les intervenants sociaux considèrent en général la grossesse à l’adolescence comme un problème important, un point de vue appuyé par de nombreuses recherches qui soulignent les conséquences négatives de la maternité à cet âge de la vie. Le présent article cherche à approfondir cette question en analysant les parcours d’insertion professionnelle de jeunes femmes n’ayant pas terminé leurs études et ayant donné naissance durant l’adolescence ou au début de la vingtaine. Fondés sur une enquête rétrospective conduite par entretiens semi-dirigés, les résultats montrent que ces jeunes mères ne sont pas nécessairement condamnées à l’avance, puisque le soutien familial et les aides à l’insertion permettent à nombre d’entre elles de se stabiliser en emploi. Les aides à l’insertion demeurent cependant défaillantes à plusieurs égards, ce que ne peut résoudre systématiquement le soutien familial.
- Maternités adolescentes : le temps bousculé. Revue internationale de l'éducation familiale, 33(1), 17-36 / Sellenet, C. et Portier-Le Cocq, F. (2013)
L’objectif de cet article est d’analyser le processus de parentalisation de la maternité adolescente. En s’appuyant sur des données quantitatives (23 questionnaires) et qualitatives (29 entretiens), recueillies auprès de jeunes mineures enceintes ou mères, les auteurs analysent leur rapport au temps, au corps, ainsi que les métamorphoses identitaires enclenchées par l’annonce de cette naissance qui vient bousculer le temps de l’adolescence. Cette étude met à jour les fragilités sociales de ces jeunes, mais, plus encore, montre que l’identité maternelle doit se construire par opposition aux représentations et injonctions d’une société hostile aux maternités précoces. L’identité maternelle est conquise contre des rôles assignés (celui d’adolescente), contre des étapes temporelles scandées. La présente recherche questionne l’accueil fait à ces jeunes mères, l’impact des discours de l’échec (échec de la contraception, ignorance des effets de la sexualité, non maîtrise de la grossesse et du projet d’enfant, risques majorés...) sur la construction de la parentalité.
- Adolescente et mère. L'école des parents, 618(1), 41-43 / Lamy, A. (2016)
Il importe aussi d’ouvrir l’horizon de ces jeunes filles qui ne s’envisagent pas autrement que mères. Si leur grossesse a éludé pour un temps la question de la féminité (et celle de la sexualité), reste à les accompagner dans la construction d’une identité de femme qui ne s’articule pas uniquement autour de leur rôle de mère. C’est pour cela que le centre Anjorrant (comme d’autres) dispose d’une crèche, propose différentes formations pour les jeunes mères, et d’autres services d’accompagnement. Investir une vie professionnelle ne se fait pas aisément. Preuve en est la réflexion d’une jeune mère, à qui Rouzat Koubaa a demandé : « Quel métier voudriez-vous exercer, plus tard ? » La réponse a fusé : « auxiliaire de petite enfance ! » On ne change pas son histoire… Mais on peut l’amender, un peu. Et consolider ses ressources internes pour être une mère suffisamment bonne. [...]
- « Si tu te révoltes, on te prend ton enfant et on te cogne ». Les mères adolescentes en lutte (1971-1972) », L'effet Marguerite / Marilou Clair (2025)
La situation des mères adolescentes en France au début des années 1970
Tout d’abord, même si cela n’est inscrit dans aucun règlement, elles sont systématiquement renvoyées des collèges ou des lycées et n’y sont pas réintégrées après leur accouchement. Dans le Monde du 18 décembre 1971, Nicole Bernheim signe un article sobrement intitulé « Faut-il chasser les élèves enceintes des établissements secondaires ? ». Elle y reproduit la lettre d’une directrice de lycée adressée aux parents d’une jeune fille : « Madame, j’ai le regret de ne pouvoir accéder à votre demande concernant votre fille. Je vous avais déjà exprimé ma pensée à ce sujet : il ne me paraît pas souhaitable, psychologiquement, ni pour elle ni pour les autres, qu’elle se retrouve avec ses anciennes compagnes. »[3]
Ces renvois impliquent d’office l’arrêt du versement des allocations familiales aux parents pour motif de déscolarisation. Il ne reste alors que peu d’options aux adolescentes. Si elles souhaitent poursuivre leurs études, elles peuvent intégrer un Centre d’Enseignement Technique spécial pour filles enceintes et obtenir un CAP (et rien d’autre). Enfin cela, c’est la théorie, car il n’existe que deux établissements de ce type en France. Par conséquent, l’immense majorité des élèves est contrainte d’interrompre ses études. On les abandonne alors – ou on les cache des voisins – dans des Maisons Maternelles où elles sont soumises à une discipline carcérale, avec la menace permanente de voir leur enfant leur être retiré et placé à l’Assistance Publique (ce que la direction de ces établissements a réellement le pouvoir de faire de façon complètement arbitraire). Mais les conditions de vie au sein de ces foyers ont beau être lamentables, c’est cela où devoir trouver un employeur et, pour les moins de 16 ans qui n’ont pas le droit de travailler, se contenter d’un misérable salaire d’apprentie.[4] Enfin, il y a les autres… en France, à cette époque, 5% des mères célibataires (majeures et mineures) survit en se prostituant.[5]
[...]
Dans "Les enfants du gouvernement", le film réalisé par Claude Lefevre-Jourde, une jeune mère témoigne : « Moi quand je suis arrivée, je suis arrivée avec une assistante sociale, ils m’ont enfermé pendant trois jours. “Pour me mettre dans l’ambiance”, comme ils disent. » [...]
Le Plessis-Robinson est l’un des deux seuls Centre d’Enseignement Technique ouvert aux jeunes filles enceintes en France. [...] Claude Lefèvre, la même qui réalisera plus tard Les enfants du gouvernement, y travaille alors comme conseillère d’éducation. Elle jouera un rôle clé en faisant le lien entre les élèves et les militantes du MLF. D’une part, elle alerte les féministes sur ce qui se passe entre les murs du sinistre et bien nommé “Château de la Solitude” qui abrite le CET, et d’autre part, elle informe les jeunes des actions du MLF. Un jour, elle leur lit un tract du Regroupement des Mères Célibataires et relaie à la directrice le vœu des élèves de prendre contact avec ce groupe féministe afin de parler de leur condition, notamment en ce qui concerne leur exclusion scolaire. [...]
Dès le 31 janvier 1972, ce sont les résidentes d’une maison maternelle de la Croix-Rouge, une vingtaine de mères âgées de 13 ans à 19 ans, qui décident de ne plus se laisser faire. [...]
Mais que demandent-elles ? Tout simplement à être traitées comme des êtres humains et à bénéficier des mêmes droits que les autres mères de famille : pouvoir toucher les mêmes allocations et ne pas avoir à reverser 40% de leur salaire à la Croix-Rouge, qui bénéficie déjà d’importantes subventions de la DASS. Comme les filles du Plessis, elles souhaitent être émancipées et pouvoir réintégrer le lycée. Elles demandent à ce que cesse le chantage à la séparation mère-enfant et la fin des “foyers-prisons”. Certains tracts revendiquent également le droit à la contraception et à l’avortement libres et gratuits. Enfin, elles veulent que la police, qui n’hésite apparemment pas à matraquer les mères, quitte le foyer sur le champ.
La révolte des filles du Plessis-Robinson, notamment grâce à l’engagement de Delphine Seyrig et de Simone de Beauvoir, aura bénéficié d’une couverture assez large et permis de toucher l’opinion publique. Les jeunes mères ont cessé d’être renvoyées de l’école et l’arrivée de personnel formé dans les centres maternels ont grandement amélioré les conditions d’accueil. La situation globale des mères célibataires, mineures ou non, s’est améliorée progressivement, au fur et à mesure des avancées féministes. Le droit à l’IVG et l’élargissement de l’accès à la contraception permettront d’éviter un certain nombre de drames, même si, rappelons-nous, la loi Veil de 1974 exclut les mineures – jusqu’à 21 ans – du droit à l’avortement. Le terme péjoratif “fille-mère” a peu à peu été remplacé par celui de “mère célibataire”, puis “famille monoparentale”, marquant l’évolution de la société vis-à-vis de la maternité hors mariage.
- « Mères adolescentes en Angleterre et en Écosse : mythes et réalités, la parole des mères », HAL SHS (Sciences de l’Homme et de la Société) Université Rennes 2, 2007 / Fabienne Portier-Le Cocq
- Maternité précoce en Guinée (1999-2018) : Niveaux, tendances, déterminants et devenir des mères adolescentes (2024) / Thèse de Aly Camara
Bien à vous
Je pense que j’en aurai pas