Auriez-vous des renseignements sur l'enseigne de l'immeuble situé au 10 rue Bellecordière ?
Question d'origine :
Bonjour,
je suis étonné par cette enseigne située au 10, rue Bellecordière à Lyon qui représente un canon et un artilleur et qui est datée de 1624.
L'immeuble semble être de la seconde moitié du XVIIIe siècle ainsi que l'encadrement stylisé.
Par ailleurs, le choix de la pierre jaune du Beaujolais, comme on peut l'imaginer, semble être étonnant car c'est une pierre friable dans le temps.
Auriez-vous chers bibliothécaires des éléments à nous fournir?
Bien à vous et merci par avance.
bien à vous et merci par avance.
Edouard H.
Réponse du Guichet
Il est bien loin le temps où les boutiques des commerçants lyonnais se différenciaient par de pittoresques enseignes ! Certaines d'entre-elles donnèrent leur nom à la rue où elles étaient accrochées : "Le Bât d'Argent", "Les Trois Carreaux", "Le Boeuf", et tant d'autres. La plupart ont malheureusement disparu de l'espace public.
Plusieurs érudits lyonnais ont cependant tenté d'en conserver la trace. En 1855, l'historien lyonnais André Steyert donne ainsi dans le Magasin pittoresque une intéressante étude en trois parties accompagnée de croquis sur "Les enseignes curieuses à Lyon". D'un accès peu aisé, cette revue a été numérisée et est accessible en ligne sur Gallica : article 1, p.263-264 ; article 2, p.287-288 ; article 3, p.347-350.
On y retrouve "Les Trois Maries", "L'Outarde d'or", "Le Cheval d'Argent", "L'Envie du pot", "Le Vert Galant" et de nombreuses autres. Quelques-unes ont survécu comme celle "Au Grand Tambour", rue de la Bourse.
Ces témoins de la vie lyonnaise d'autrefois ont d'autre part été évoqués dans le bel ouvrage que John Grand-Carteret consacra en 1902 à L'Enseigne, son histoire, sa philosophie, ses particularités, ouvrage accompagné de 391 illustrations et croquis de Gustave Girrane. Ce livre - qui a par ailleurs été réédité en fac-similé en 1999 - contient une importante liste d'enseignes lyonnaises, disparues ou encore en place. Depuis, quelques-unes de ces enseignes ont quitté nos rues. Elles sont maintenant abritées soit dans nos musées (à Gadagne notamment), soit dans des collections particulières. Notons enfin la disparition de nombreuses d'entre elles lors des travaux d'urbanisme de l'après guerre.
L'enseigne que vous signalez - "Au Canon d'Or" - subsiste cependant rue Bellecordière, bien qu'elle fut masquée de nombreuses années par un panneau publicitaire. Ce bas-relief, qui remonte au XVIIe siècle, représente une pièce d'artillerie, accompagnée de ses écouvillons alors qu'un canonnier approche la mèche de la "lumière". André Steyert comme John Grand-Carteret l'évoquent brièvement dans leur ouvrage respectif.
Vous avez parfaitement raison : l'immeuble du 10 rue Bellecordière est postérieur à cette enseigne. L'immeuble date selon toute vraisemblance du XVIIIe siècle. Comme l'affirme Louis Maynard dans le premier volume de son Dictionnaire de Lyonnaiserie, toutes les maisons de la rue Bellecordière, côté pair et impair, compris entre les numéros 1 et 39, ont disparu par suite de la transformation de l'Hôtel-Dieu. D'autres ont également été reconstruites dans le cadre des grand travaux d'urbanisme entrepris sur la Presqu'île sous la direction du Préfet Marius Vaïsse, notamment lors du tracé de la rue de l'Impératrice, notre actuelle rue de la République. Cette enseigne du "Canon d'or" constitue donc un réemploi sur un immeuble beaucoup plus récent ; elle marque ainsi le souvenir de cette ancienne bâtisse.
Confirmation de cette hypothèse peut être trouvée dans les archives manuscrites de l'historien Joseph Pointet conservées au musée Gadagne. Elles sont malheureusement inaccessibles à l'heure actuelle pour cause de numérisation. Nous avons cependant eu accès à la table synthétique de la rue Bellecordière qui donne le liste des divers propriétaires des immeubles de l'îlot 52, soit ceux compris entre les actuelles rues Confort, Bellecordière et de la République (voir ci-joint). D'après ces archives, on sait qu'une maison existe sur cet emplacement depuis le XVe siècle. A noter que non loin de là, il reste une autre trace de ces anciennes maisons épargnées des travaux d'urbanisme du milieu du XIXe siècle : au numéro 73 de la rue de la République, la porte d'entrée est surmontée d'une belle imposte en fer forgé aux initiales de Louis Dupré, son propriétaire de 1689 à 1746. Au dessus de l'imposte on voit encore l'enseigne "A Saint Louis" qui semble plus récente...
Il serait trop long de donner la liste exhaustive de ces anciennes enseignes survivantes, mais vous en trouverez certaines sur notre base "Photographes en Rhône-Alpes" :
- "Au canon d'or", 10 rue Bellecordière
- "A la bombarde", 10 rue de la Bombarde
- "Au grand Tambour", 2 rue de la Bourse
- "A l'Outarde d'or", 19 rue du Boeuf
- "Le Phénix", 3, rue Saint-Georges
- "Le Boeuf", place Neuve Saint-Jean
- "Au Maillet d'argent", 48 rue Mercière
- "A Saint-Louis", 73 rue de la République
- "Les Trois Maries", 7, rue des Trois-Maries.
Et beaucoup d'autres (anciennes ou modernes)...
Pièces jointes
En mai, fais de l’upcyclé