Je cherche des informations sur Anne Evrard, la mère de Tony Garnier
Question d'origine :
Bonjour,
Je souhaitais me renseigner sur l'histoire de la vie de la mère de Tony Garnier, Anne Evrard et ses liens avec la soierie lyonnaise. Avez-vous des informations ?
Merci d'avance
Réponse du Guichet
Tony Garnier (1869-1948) est un fils d'ouvriers de la soie. Son père, Pierre Garnier (1847-1937), est dessinateur en soierie et sa mère, Anne Evrard (1847-1899), est tisseuse et fille de tisseur. Confronté dès son plus jeune âge aux conditions de vie de ces ouvriers de la soie, il fera du logement l'une de ses préoccupations majeures.
Dans les premières décennies du XIXe siècle, les ateliers ont quitté la rive droite de la Saône pour coloniser la Croix-Rousse, où vers 1850, plus de quatre habitants sur cinq travaillent la soie. Initiés au tissage dans leur région d'origine, les ancêtres de Tony Garnier vont, tout naturellement, s'embaucher dans un des nombreux ateliers de soie lyonnais.
Nous vous indiquons quelques pistes bibliographiques pour en savoir plus sur les origines familiales maternelles et paternelles de Tony Garnier, ainsi que de façon plus générale, sur l'histoire des conditions de vie et de travail des tisseuses lyonnaises.
Bonjour,
Vous souhaitez vous renseigner sur l'histoire de la vie de la mère de Tony Garnier (1869-1948), Anne Evrard (1847-1899), et ses liens avec la soierie lyonnaise.
La Cité de l’architecture et du patrimoine publie sur son site un portrait consacré à l'architecte Tony Garnier qui associe son intérêt majeur pour le logement à sa confrontation très tôt aux conditions de vie des ouvriers en soie, son père étant dessinateur en soierie, et sa mère tisseuse :
Tony Garnier naît le 13 août 1869 à Lyon dans le quartier de la Croix-Rousse et meurt le 19 janvier 1948. C'est un fils de canuts. Son père, Pierre Garnier, est dessinateur en soierie et sa mère, Anne Evrard, est tisseuse. Confronté dès son plus jeune âge aux conditions de vie de ces ouvriers de la soie, il fera du logement l'une de ses préoccupations majeures.
Le service des Archives municipales de Lyon confirme ces informations sur sa page consacrée à Tony Garnier. Et Le site Photographes en Rhône-Alpes de la Bibliothèque municipale de Lyon, indique que les grands parents paternels de Tony Garnier sont tisseurs.
Pierre Garnier (1847-1937) et Anne Evrard (1847-1899), se marient le 24 octobre 1871 à Lyon (source Wikipédia), comme l'atteste le Registre des mariages du 1er arrondissement pour l'année 1871, conservé et numérisé par les Archives municipales de Lyon. L'acte de mariage nous apprend qu'Anne Evrard, née à Lyon le 22 juin 1847, est tisseuse,
"demeurant dans le 1er arrondissement rue Rivet n° 17, fille majeure de M. Jean Antoine Evrard, tisseur, demeurant même ville [...] et de Mme Jeanne Marie Brunand, son épouse, décédée à Lyon, le 18 décembre 1854". [...].
Cet acte de mariage mentionne plus loin le nom des deux enfants de Pierre Garnier et Anne Evrard, reconnus légitimement : Tony et Fanny, sa sœur née le 1er août 1870 :
"de leur liaison sont nés à Lyon deux enfants, le premier du sexe masculin, le 13 août 1869, inscrit le lendemain sur les registres d'état civil de notre arrondissement, sous le prénom et nom de Tony Garnier, le second du sexe féminin, le 1er août 1870, inscrit le lendemain sur les registres d'état civil de notre arrondissement, sous le prénom et nom de Fanny Garnier, qu'ils entendent légitimer"
L'acte de naissance de Anne Evrard (23 juin 1847), numérisé et conservé également aux AmL, nous présente son père, Jean Antoine Evrard comme "fabricant d'étoffes".
La fiche généalogique de Tony Garnier sur Geneanet nous apprend qu'Anne Evrard est décédée le 10 avril 1899 (4eme arrondissement - Lyon) et que son père Jean Antoine Evrard était lui-même tisseur. Nous avons ainsi pu retrouver son acte de décès (n° 307) numérisé sur le site des AmL, sur lequel Anne Evrard est décrite "âgée de 52 ans, sans profession".
Un document des Archives du département du Rhône et de la métropole de Lyon affirme que la vocation de Tony Garnier et sa préoccupation du problème social du logement, prend racine dans le milieu des ouvriers de la soie où il a grandi :
Le milieu dans lequel il grandit lui fait prendre conscience très jeune des conditions de vie des ouvriers de la soie, pour lesquels il va chercher un moyen de répondre au problème social du logement. Inventer une nouvelle façon de penser le logement sera l’une de ses préoccupations majeures.
Cette préoccupation apparaît dans un de ses projets :
Le projet de quartier de tissage de la soie, daté de juillet 1908, était inconnu jusqu’au début des années 1990 dans l’œuvre de Tony Garnier. Ce projet constitue un maillon essentiel dans l’élaboration de la « Cité Industrielle ». La même année, il élabore un projet de « bâtiments salubres » pour l’école de tissage. Ces projets, initiés par la Caisse de prêt aux tisseurs de soie, peuvent être consultés dans le fonds de cette caisse, sous la cote 14 J 90.
Source : Archives du département du Rhône et de la métropole de Lyon
Nous avons recherché plus d'informations parmi les livres issus de nos collections évoquant les origines familiales de Tony Garnier.
Dans l'ouvrage Tony Garnier 1869-1948 [Livre] de Louis Piessat (édité en 1988 et disponible en intégralité sur Gallica), l'auteur fait mention d'Anne Evrard ainsi :
"[..] vers 1867 ou 1868, s'installent, au 17 de la rue Rivet, Pierre Garnier "dessinateur en Fabrique" et Anne Evrard, tisseuse. Ils sont fort jeunes l'un et l'autre, et vivent, avec l'insouciance de leur jeunesse, dans un "compagnonnage" que ne désavoueraient pas les jeunes de notre époque. Mais, lorsque, dans l'été de 1869, Anne met au monde un fils, Pierre Garnier va spontanément en compagnie du grand-père Evrard, le déclarer à la mairie du premier arrondissement. [...]"
Chantal Burais, dans Le Catalogue d'exposition de 2019 des AmL Tony Garnier, l'architecte Tony Garnier l’œuvre libre [Livre], nous informe que l'on peut :
"retracer la généalogie de Tony Garnier, du côté de son père, jusqu'au XVIIIe siècle. Installées dans la Loire et en Ardèche, terres d'élevage du ver à soie et de moulinage, les autres premières générations ont engendré des drapiers. Installé à la Croix-Rousse dans la première moitié du XIXe siècle, le grand-père de Tony Garnier est impliqué dans le textile. Lui-même, ses descendants et alliés sont ouvriers, drapiers, fabricants d'étoffes, tisseurs ou dessinateurs. Pierre Garnier, père de Tony, dessine pour la Fabrique.
Dans Tony Garnier [Livre] : l'air du temps, publié en 2019 par le Musée urbain Tony Garnier, Bernadette Angleraud a rédigé un article p. 9 intitulé "Quand l'histoire d'une famille croise l'histoire d'une ville". En voici un extrait :
"Vers 1830, Lyon compte environ 15 000 maîtres, travaillant avec 30 000 compagnons. Ensemble, ils se vivent comme une élite ouvrière, fiers de leur savoir-faire, qui leur confère la maîtrise d'un produit précieux et recherché. Dans les premières décennies du XIXe siècle, les ateliers ont quitté la rive droite de la Saône pour coloniser la Croix-Rousse, où vers 1850, plus de quatre habitants sur cinq travaillent la soie. Initiés au tissage dans leur région d'origine, les ancêtres de Tony Garnier vont, tout naturellement, s'embaucher dans un des nombreux ateliers de soie lyonnais. [...]
Enfin, l'ouvrage Tony Garnier de Pierre Gras (2013) revient p. 29 sur les origines modestes de Tony Garnier nommé "fils du peuple". En voici un extrait :
"Il [son père] travaille en "fabrique" (ce qui signifie qu'il n'est pas "à son compte", comme les fameux canuts) et est peintre figuratif à ses heures. sa mère, Anne Evrard, est tisseuse. Le couple, qui n'est pas marié, est fort jeune. Tony Garnier partage avec eux une vie laborieuse passée dans ces rues étroites et pentues bordées d'immeubles de cinq à six étages que, plus tard, l'historien Arthur Kleincklausz qualifiera de "casernes ouvrières". Mais, on sait fort peu de choses de son enfance."
Pour en savoir plus sur la condition des tisseuses à Lyon au XIXe siècle, nous vous invitons à lire ces documents en ligne :
Tisseurs et tisseuses en soie au travail dans les ateliers de la Fabrique de Lyon au milieu du XIXe siècle. Le Mouvement Social, 276(3), 71-92 / Martini, M. et Vernus, P. (2021) :
Cette étude propose d’observer d’un point de vue genré l’un des univers ouvriers les plus emblématiques du XIXe siècle : la Fabrique lyonnaise des tissus en soie. L’organisation de l’industrie de la soie à Lyon permet d’étudier, d’une part, la division genrée du travail dans une multitude de métiers très spécialisés et, d’autre part, les hommes et les femmes au travail dans le même espace et effectuant des tâches semblables. Cette mixité professionnelle, peu fréquente dans bien des espaces de travail au milieu du XIXe siècle, est au cœur de ce travail. L’article dessine, tout d’abord, les contours de cet univers mixte dans un moment charnière de la transformation de la Fabrique lyonnaise, et de son expansion vers les pentes et le plateau de la Croix-Rousse. Il aborde ensuite une question peu étudiée dans la vaste historiographie qui s’est intéressée aux « canuts » : la diversité et l’hétérogénéité du groupe des chefs d’atelier. Pour cerner quelques traits marquants de cette diversité, il s’approche enfin de l’atelier familial en prenant le mariage comme moment fondateur de l’atelier et de resserrement des liens professionnels indispensables pour son fonctionnement.
Lyon, 1869, la longue révolte des ouvrières de la soie (L'Humanité, 13 avril 2023)
Tisser chez soi. Les ouvrier-e-s à domicile des Soieries Bonnet dans les années 1920-1930 (Blog des Historiens de l'ENSL. Le Carnet de route polyphonique des historiens de l'ENS de Lyon)
« Une main-d’œuvre invisible ? Les femmes dans la Grande Fabrique au XVIIIe siècle », Bulletin de l’Association des historiens modernistes des universités françaises [En ligne], 2023, mis en ligne le 01 septembre 2023 / Anne Montenach
Ces livres issus de nos collections pourront également vous être utiles :
Les femmes au fil de la soie en Rhône-Alpes [Livre] : [Lyon Croix-Rousse 2022]
Les tisseurs en soie de Lyon [Livre] : 1769-1900 / par Mathé aîné
Il serait enfin intéressant de contacter le Musée urbain Tony Garnier pour poursuivre vos investigations :
04 78 75 16 75
publics@cm-tonygarnier.org
Bonnes poursuites dans vos recherches
Je pense que j’en aurai pas