Quelles sont les méthodes d'investigations mises en oeuvre par le pôle "cold case" ?
Question d'origine :
Bonjour,
Le pôle national des crimes sériels ou non élucidés existe maintenant depuis 2 ans et demi. Etant donné que c'est un organisme spécialisé dans la résolution des affaires complexes (meurtres, viols, séquestrations, disparitions...), je souhaiterai connaître quelles sont les méthodes d'investigations mises en oeuvre par les enquêteurs de police et de gendarmerie (dont celles liées aux bornages des téléphones portables). Dans un deuxième temps, serait-il possible de connaître les différents types d'analyse de l'ADN qui sont actuellement utilisés par les spécialistes en biologie.
. En vous remerciant par avance de votre réponse.
Réponse du Guichet
Dans leurs investigations, les magistrats du pôle PSCNE s'appuient sur plusieurs services spécialisés de police (OCRVP, UAC3) et de gendarmerie (DiANE, disposant des compétences criminalistiques de l'IRCGN et des moyens du SCRC).
En raison de leur complexité et du haut niveau de technicité exigé, les affaires traitées recourent aux avancées les plus récentes en matière génétique, comme la méthode de prélèvement GendSAG ou la généalogie génétique (située encore en France dans une zone grise du droit) permettant d'établir des liens de parenté de manière fiable au moins jusqu'au septième degré. Une simple trace d'ADN permet encore de compléter un portrait-robot grâce aux informations qu'il contient sur le physique de la personne.
De nouveaux cadres procéduraux (comme la conservation des scellés) et dispositifs (tels que "parcours criminel" ou "en quête d'indices"), l'analyse numérique (téléphones portables, outils de l'IA, étalonnage métrologique) ainsi que le savoir-faire des psycho-criminologues et autres partenaires (experts en intelligence émotionnelle, Interpol, Eurojust…) sont autant d'avancées considérables et de promesses futures.
Bonjour,
Vous souhaitez connaître les méthodes d'investigations mises en œuvre par les enquêteurs du pôle national des crimes sériels ou non élucidés (PCSNE), dont celles liées aux bornages des téléphones portables et celles liées aux analyses ADN effectuées en laboratoire.
Le PCSNE, prévu par la loi pour la confiance dans l’institution judiciaire du 22 décembre 2021, a été créé le 1er mars 2022. Souvent appelé pôle « cold cases », ce pôle a été conçu pour :
- regrouper et centraliser des procédures pour favoriser le recoupement de faits criminels ;
- spécialiser des magistrats, pleinement dédiés à ces dossiers ;
- mobiliser des moyens d’enquête spécifiques ;
- nouer des contacts internationaux ;
- constituer une mémoire criminelle nationale pour lutter contre la sérialité.
Source : Ministère de la Justice
Le PCSNE est compétent pour les crimes d’assassinat, de meurtre, d’empoisonnement, d’actes de torture et de barbarie, de viol et d’enlèvement ou séquestration, ainsi que pour les crimes et les délits connexes à ces crimes, et lorsque l’une au moins des deux conditions ci-après est remplie et que les investigations présentent une certaine complexité :
- ces crimes ont été commis ou sont susceptibles d'avoir été commis de manière répétée à des dates différentes par une même personne à l'encontre de différentes victimes (crimes sériels) ;
- leur auteur n'a pu être identifié 18 mois après la commission des faits (crimes non élucidés).
D’autres critères sont également pris en compte :- la dimension nationale ou internationale des faits ;
- la perspective d’investigations nécessitant un haut niveau de technicité et d’expertise ;
Source : Ministère de la Justice
En raison de leur complexité, les affaires traitées par le PCSNE exigent effectivement un haut niveau de technicité intégrant ainsi les avancées génétiques les plus récentes, un nouvel outil nommé "parcours criminel", le dispositif "en quête d'indices" ainsi que le savoir-faire de nombreux partenaires :
Avant même de se saisir, le parquet du pôle effectue une analyse approfondie de l’affaire portée à sa connaissance : cela lui permet d’appréhender l’ensemble des éléments, les pistes d’enquête déjà explorées et celles qui pourraient l’être… Cette analyse prend en compte les avancées scientifiques les plus récentes, notamment en matière génétique, qui pourraient permettre une nouvelle exploitation des scellés par exemple.
Un nouvel outil procédural a accompagné la création du pôle : le parcours criminel. En temps habituel, l’enquête menée se déroule à partir d’un fait. Grâce au parcours criminel, le PCSNE peut enquêter sur des personnes mises en cause ou condamnées pour des infractions éligibles à la compétence du pôle et retracer tout leur parcours de vie : situation personnelle, professionnelle, déplacements géographiques… Cet outil, que seul le pôle peut utiliser, permet d’identifier des faits en lien avec ce parcours et de combattre la sérialité.
Le pôle est en capacité de faire le lien entre des procédures complexes disséminées sur l’ensemble du territoire. Il est également un point de contact essentiel pour l’entraide judiciaire européenne et internationale.
Les membres du PCSNE développent leurs compétences et leur technicité pour répondre à la complexité des affaires et s’appuient sur le savoir-faire de nombreux partenaires avec lesquels ils travaillent en étroite collaboration : services enquêteurs spécialisés (OCRVP, DiANE, brigade criminelle de Paris…), laboratoires d’analyse, experts scientifiques, Interpol, Eurojust…
Le pôle attache une importance particulière à l’accompagnement des victimes et de leurs proches, qui peuvent échanger librement avec les magistrats du parquet ou les magistrats instructeurs. Un espace a été spécialement aménagé pour permettre des conditions d’accueil adaptées.
Un dispositif d’appel à témoins, « En quête d’indices », a été lancé en avril 2024. Cet outil, qui est à la disposition du pôle des crimes sériels ou non élucidés, a pour objectif de sensibiliser le public à certains dossiers anciens pour recueillir de nouveaux éléments de preuve, de nouveaux témoignages ou des témoignages actualisés. Les appels à témoins sont des actes d’enquête décidés par le procureur de la République du PCSNE (s’il s’agit d’une enquête préliminaire) ou le magistrat instructeur (si une information judiciaire a été ouverte). [...] Les informations recueillies grâce aux appels à témoins sont analysées et exploitées par les enquêteurs des services spécialisés de la police nationale et de la gendarmerie nationale.
Source : Ministère de la Justice
Les savoirs-faire utilisés relèvent de différents types de sciences : analyse chimique, analyse numérique (étalonnage métrologique, tomographie...), sciences physiques (fibres textiles...), sciences médico-légales (étude du sang...).
Dans un article du Point du 12 juillet 2025 Comment les enquêteurs travaillent sur une affaire non résolue, Franck Dannerolle, patron de l’Office central pour la répression des violences aux personnes (OCRVP), livre ses méthodes à la journaliste Claire Lefebvre, dont celles recourant aux savoirs-faire des psycho-criminologues (ou "profilers"). La généalogie génétique et l'Intelligence Artificielle offrent également d'immenses promesses en la matière :
Comment travaille-t-on sur un « cold case » ?
D'abord, il faut retrouver le dossier, ce qui n'est pas toujours simple, car là encore rien n'est centralisé. Les dossiers peuvent se trouver dans les commissariats, les greffes, avoir été détruits totalement ou partiellement. Une fois que ce dossier a été récupéré, il est lu par plusieurs de nos enquêteurs, qui tentent d'identifier les zones d'ombre et de voir ce que les nouvelles techniques d'investigation pourraient apporter. Les sciences comportementales, qui permettent à nos psycho-criminologues – ceux que le grand public nomme « profilers » – d'établir un profil psychologique de l'auteur des faits, mais aussi des victimes, sont par exemple infiniment utiles.
On imagine que les progrès de la science sont une aide précieuse également…Oui, plus que jamais ! Surtout en génétique. Au début des années 2000, il fallait une grosse quantité de matière biologique pour que l'on puisse extraire un ADN. Aujourd'hui, quelques traces suffisent. On sait également mieux « faire parler » un ADN retrouvé sur une scène de crime. On peut le comparer à ceux qui sont enregistrés dans le Fichier national automatisé des empreintes génétiques (FNAEG), compléter un portrait-robot grâce aux informations qu'il contient sur le physique de la personne (couleur des yeux, couleur des cheveux), on peut aussi retrouver des membres de la famille de l'individu concerné. La généalogie génétique, qui consiste à comparer une trace génétique retrouvée sur une scène de crime à celles contenues dans les bases d'entreprises privées spécialisées dans le séquençage d'ADN à but récréatif, offre à ce titre d'immenses espoirs.
Utilisez-vous l'intelligence artificielle ?On commence, et là aussi les promesses sont immenses. Elle pourrait permettre d'établir plus de liens entre différentes affaires recensées dans le Salvac, un logiciel d'analyse criminelle qui a déjà permis de rapprocher et de résoudre une cinquantaine d'affaires. On peut aussi imaginer son utilité dans la reconnaissance faciale ou l'exploitation de l'environnement numérique : téléphones, cartes bancaires, vidéosurveillance…
Nous vous invitons à lire l'article Dans les coulisses des analyses ADN de la gendarmerie scientifique (publié le 10 oct. 2024), au sujet de l'invention d'une méthode de prélèvement ADN (le GendSAG) permettant une analyse et une exploitation rapides, par le colonel Sylvain Hubac :
Le colonel Sylvain Hubac n'est pas Horatio Caine des Experts, qui analyse l'ADN en quarante-cinq minutes, mais il a permis de réduire ce temps à trois heures, « contre six à sept heures auparavant », grâce à son invention, le GendSAG.
Il est responsable de la division de biologie génétique au sein de l'institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN) à Cergy-Pontoise, dans le Val-d'Oise. Il est titulaire de cinq brevets d'invention dans le domaine de la génétique et son travail consiste à déterminer le profil ADN d'individus suspects à partir d'éléments collectés sur une scène de crime. [...]
« Mon invention, GendSAG, est une méthode de prélèvement de l'ADN sur le terrain permettant par la suite une extraction et une exploitation beaucoup plus rapides », présente le colonel. Ce petit écouvillon permet de gagner plusieurs heures afin de déterminer au plus vite le profil génétique d'un individu. Il explique qu'avec cette méthode « on obtient un résultat en moins de trois heures, alors qu'il fallait six à sept heures pour un résultat équivalent à partir de traces de sang ou de salive ».
D'autres articles publiés par Le Point sont susceptibles de vous intéresser. Ils sont accessibles dans leur intégralité sur la plateforme Europresse (avec un abonnement BmL). Voici des extraits :
- "Dans les coulisses du pôle « cold cases », à Nanterre" (par Romain Gubert, le 25 juillet 2025) :
C'est dans cette aile du tribunal judiciaire de Nanterre qu'a été installé voilà trois ans le pôle des crimes sériels ou non élucidés (PCSNE), qui traite autant de dossiers très médiatiques que d'affaires oubliées depuis longtemps, celles qui ne font plus une ligne dans les journaux, comme le meurtre de Miyreim Huysien, une prostituée bulgare assassinée en 2017 à Paris, celui de Nathalie Boyer, égorgée en 1988 dans un village en Isère, celui de Laïla Afif, abattue d'une balle dans la nuque et jetée dans un canal. Ou encore celui de Hemma Davy-Greedharry, 10 ans, retrouvée morte sur un parking en 1987 en région parisienne, après avoir été violée, alors qu'elle était sortie s'acheter une équerre pour l'école avec les 10 francs que son papa lui avait donnés. [...]
La tâche est immense : depuis sa création, en 2022, 434 procédures ont été portées à la connaissance du parquet. Les juges d'instruction ont été saisis de 119 procédures et une vingtaine d'affaires sont actuellement en enquête préliminaire. Des dossiers qu'il a fallu reprendre un à un, réexaminer avec un oeil neuf.
La visite continue. Une pièce de 50 mètres carrés est consacrée au stockage des dossiers. Une autre, trois fois plus grande, abrite les scellés de 98 procédures - le tribunal judiciaire de Nanterre a enregistré 5 683 scellés relatifs à des procédures suivies par le pôle. Ceux-ci sont de plus en plus nombreux. Depuis fin 2023, la loi empêche la destruction de scellés pendant dix ans après la prescription de l'action publique. Une avancée considérable pour résoudre les cold cases, tant la liste des pièces détruites ces dernières années dans des dossiers emblématiques et non résolus est ahurissante.[...]
Policiers, gendarmes et profileurs au service du pôleTout à sa peur du « syndrome de la pile », Benjamin Deparis poursuit : « La gestion du temps est essentielle. Il faut consacrer un temps exceptionnellement important pour revisiter chaque dossier. Avec deux contraintes : à la fois se hâter, car plus le temps passe, plus la recherche de la vérité est difficile, et ne pas se précipiter à la moindre occasion en faisant des choses disproportionnées, pour ne pas donner de faux espoirs aux proches des victimes.
La grande table permet de réunir les magistrats instructeurs, ceux du parquet, les enquêteurs et parfois quelques experts. Dans leurs investigations, les magistrats du pôle s'appuient sur plusieurs services de police et de gendarmerie spécialisés. Une partie de ces dossiers est confiée, au sein de la police, à l'Office central pour la répression des violences aux personnes (OCRVP), où environ 70 policiers sont affectés aux affaires non résolues. Le pôle s'appuie aussi sur l'Unité d'analyse criminelle et comportementale des affaires complexes (UAC3), une unité spécialisée de la brigade criminelle de Paris. En première ligne côté gendarmerie : la Diane, la division des affaires non élucidées, créée en 2020, installée à Cergy-Pontoise (Val-d'Oise), qui dispose des compétences criminalistiques de l'Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN) et des moyens du service central de renseignement criminel (SCRC).
[...]
Des investigateurs qui ne travaillent pas seulement sur des cold cases mais aussi sur les cas les plus complexes dans toute la France et bénéficient des dernières innovations technologiques. Ils peuvent ainsi modéliser une scène de crime ou analyser la plus petite trace d'ADN - la gendarmerie conserve 346 000 scellés biologiques. Policiers et gendarmes comptent aussi au sein de leurs unités des psychologues et des profileurs chargés de tracer la personnalité des criminels.[...]
Outre les avancées techniques qui permettent de revisiter les dossiers anciens, le vrai plus dont profite le pôle, c'est un nouveau cadre procédural. Le transfert d'un dossier au pôle prolonge de vingt ans la prescription. Autre avancée : la loi de 2021 ne cantonne plus les investigations à un crime en particulier mais permet d'étudier le « parcours criminel » d'individus comme François Vérove (« le Grêlé ») ou Jacques Rançon (« le tueur de la gare de Perpignan ») , pour déterminer si d'autres actes criminels peuvent leur être imputés. Sur saisine du pôle, les gendarmes de la Diane ont ainsi retracé l'ensemble des déplacements de Nordahl Lelandais (le tueur de la petite Maëlys et du caporal Noyer). Même chose avec Patrice Alègre, condamné à la perpétuité au début des années 2000 pour le meurtre de cinq femmes et six viols, dont les enquêteurs se demandent depuis toujours ce qu'il a fait pendant plusieurs années.
[...]
Les techniques d'intelligence émotionnelle du FBIPour compenser l'absence de « la passion de l'instant » dans les dossiers criminels, celle qui crée autant de miracles que d'aveuglements, la juge Kheris fait ainsi appel aux techniques d'intelligence émotionnelle que des agents du FBI ont accepté de lui enseigner. Dans un dossier, elle a aussi écouté les conseils d'un négociateur du Raid pour préparer une audition complexe ou sollicité un enquêteur à la retraite qui, pensait-elle, pouvait lui apporter un éclairage précieux.
Dans l'affaire Khadidja Bengrine (2004), les magistrats ont ainsi incriminé le conjoint de l'époque de cette dernière, alors que tous les éléments figuraient dans les rapports de police, vieux de vingt ans. Même chose pour élucider le meurtre de Carole Soltysiak, 13 ans, assassinée en 1990 dans un bois à Montceau-les-Mines. C'est en revisitant entièrement le dossier, qui dormait dans les placards du tribunal de Chalon-sur-Saône, et en entendant à nouveau plusieurs témoins que la juge Sabine Kheris a mis au jour suffisamment d'éléments pour mettre en examen un homme de 62 ans, « Falco », qui avait participé au meurtre.
- "La généalogie génétique, arme fatale pour résoudre les cold cases ?" (Par Claire Lefebvre, mercredi 23 juillet 2025). Cette technique d'investigation, qui a permis de résoudre plus de 650 cold cases aux États-Unis, suscite d'immenses espoirs en France. Mais elle interroge du point de vue juridique et éthique :
Il est un peu plus de 5 h 30 du matin lorsque des policiers de la brigade de recherche et d'intervention (BRI) forcent la porte de la maison de Bruno Llambrich, à Courtry, en Seine-et-Marne, le 13 décembre 2022. Le retraité de 62 ans, ancien chauffeur-livreur reconverti dans le social, est immédiatement placé en garde à vue. Les enquêteurs le soupçonnent d'être le « prédateur des bois », un homme recherché pour avoir enlevé et violé cinq jeunes filles entre 1998 et 2008 . Chaque fois le mode opératoire est le même : les victimes sont enlevées au bord d'une route, conduites en voiture jusqu'à une zone boisée, menacées avec un couteau et violées. [...]
L'ADN prélevé sur l'individu confirme ces soupçons : le patrimoine génétique de l'homme arrêté est le même que celui retrouvé sur ses victimes, mais qui ne correspondait à aucun des individus répertoriés dans le Fichier national automatisé des empreintes génétiques (FNAEG). Pour les policiers, l'arrestation de Bruno Llambrich est l'épilogue d'une traque de plus de vingt-quatre ans et la preuve de l'efficacité d'une technique d'investigation jusqu'alors inédite en France : la généalogie génétique. [...]
À l'époque, celle-ci est déjà utilisée depuis 2018 aux États-Unis et elle a permis de résoudre près de 600 affaires. Parmi les plus retentissantes : celle du « Golden State Killer », un ancien policier de 72 ans , appréhendé après quarante années d'enquêtes infructueuses et reconnu coupable de 13 meurtres, 51 viols et 120 cambriolages. Depuis, il n'est plus un mois sans qu'une nouvelle affaire soit élucidée grâce à ce procédé.
Malgré son incroyable efficacité, la méthode interroge. Car celle-ci repose sur les bases de données de start-up privées, telles qu'Ancestry, MyHeritage, GEDMatch ou encore FamilyTreeDNA. Spécialisées dans la généalogie génétique dite « récréative », celles-ci proposent à leurs clients d'envoyer un échantillon de leur salive pour en extraire leurs informations génétiques et leur permettre d'en savoir plus sur leurs ancêtres, leurs origines ethniques ou encore de vérifier l'existence de liens de parenté avec une autre personne.
Un business florissant qui aurait déjà attiré 50 millions d'utilisateurs dans le monde, mais qui donnerait lieu, pour certaines de ces entreprises, à la revente de ces informations à des laboratoires, comme l'a récemment fait le géant 23 andMe à la suite de sa faillite. Autre mésaventure connue par la même entreprise : voir ses données piratées, puis celles-ci fuiter sur le darkWeb et être utilisées à des fins malveillantes.Mais, pour les enquêteurs, ces banques de données représentent une mine d'informations. Car elles offrent la possibilité de vérifier si un ADN trouvé sur une scène de crime correspond à un ADN présent dans la base, et donc d'identifier un individu, et aussi de retrouver des personnes partageant avec lui une partie de leur patrimoine génétique : parents, enfants, oncles, tantes, cousins, cousins de cousins..
« On peut établir des liens de parenté de manière fiable au moins jusqu'au septième degré », explique le docteur en génétique et colonel de gendarmerie Sylvain Hubac, expert en identification humaine par empreinte génétique près la Cour de cassation. Selon la taille des familles, cela veut dire qu'on peut établir des liens avec de 30 à 70 personnes à partir d'un seul ADN.
En France, les enquêteurs spécialisés dans les cold cases ont très vite vu le potentiel de ce procédé. Problème : l'ADN est considéré chez nous comme une donnée personnelle sensible et le recours à ces tests ADN dits « récréatifs » est interdit. « Cela est même passible d'une amende de 3 750 euros », rappelle Sylvain Hubac. Un juge d'instruction peut en revanche décider de délivrer une commission rogatoire internationale aux autorités américaines pour mener l'enquête sur leur territoire, selon leurs propres méthodes. « C'est ce qui a été fait dans le cas de l'affaire du prédateur des bois, explique le patron de l'Office central pour la répression des violences aux personnes (OCRVP), Franck Dannerolle, qui a dirigé les investigations en France. Rien n'était expressément signifié, mais c'est bien la technique de la généalogie génétique qui était visée. »
Et ça a marché. Au bout de quelques mois, le FBI a identifié une personne partageant une partie de son ADN avec celui du violeur en série. Les enquêteurs ont ensuite reconstitué l'arbre généalogique de cet individu afin de rechercher un suspect parmi les hommes de la famille. Un travail de titan qui s'est avéré payant puisque le nom de Bruno Llambrich - dont l'âge notamment correspondait à celui estimé du prédateur, et qui avait vécu près des lieux où les victimes ont été enlevées - a fini par émerger.
[...]
Parmi les points à éclaircir : l'hypocrisie qu'il y a à recourir à des bases de données dont l'existence est interdite en France. Quid d'une base de données hexagonale, protégée par l'État ? « Pourquoi pas », répond Guillaume Vogt, généticien à l'Inserm, pour qui « la Cnil offre des garde-fous suffisants ». D'autant plus que, alerte-t-il, « les Américains n'accepteront pas éternellement ce type de collaboration à sens unique ».
Pour en savoir plus sur la façon dont les enquêtes peuvent "faire parler" l'ADN, nous vous invitons à lire les documents suivants publiés par l'UNPJ sur le site du Ministère de l'Intérieur :
- GendSAG : un outil de collecte innovant permettant une analyse génétique directe et rapide (mis à jour le 13 juin 2023)
- Le laboratoire mobile d’analyses ADN : LABADN ( mis à jour le 13 juin 2023)
Innovation de l'Institut de Recherche Criminelle de la Gendarmerie Nationale (IRCGNTM), le LABADN est un dispositif d'analyses génétiques rapide et projetable en tout point du territoire français, en métropole et en Outre-mer. Il offre, sous réserve de conditions d'emploi strictement limitées, la possibilité de réaliser des analyses ADN aux fins de détermination de profils génétiques hors du périmètre du laboratoire conventionnel, sans préjudice de qualité et de fiabilité des résultats. [...]
Il est ainsi possible de réaliser des prélèvements ADN sur des corps ou éléments de corps à identifier directement dans ces extensions modulables connectées au véhicule. Les extensions constituent des zones de travail spécifiques et sont physiquement distinctes les unes des autres. En parallèle, la traçabilité des échantillons est effectuée assurant ainsi le suivi aux différents stades de l’analyse. [...]
Un traitement informatique des résultats permet au final d’obtenir le profil génétique de l’échantillon sous forme d’un électrophorégramme. [...]
Son utilisation repose sur le dispositif de prélèvements innovant GendSAG breveté par la gendarmerie nationale.
- Les documents dentaires: une mine d'information pour l'identification de victimes (mis à jour le 13 juin 2023)
- Historique des empreintes digitales (mis à jour le 13 juin 2023)
- Les traces papillaires ensanglantées (mis à jour le 13 juin 2023)
- L'ADN, comment ça marche ? (mis à jour le 13 juin 2023)
- Exploitation de la scène d'infraction : Quelle est la nature de cette trace inconnue ? (mis à jour le 13 juin 2023)
- Les dents, aussi discriminantes que l'ADN ? (mis à jour le 13 juin 2023)
- La signature olfactive d'un individu : une approche qui a du nez ! (mis à jour le 13 juin 2023)
- Étude sur le TOMOG (Traits d'Orientation Morphologique et d'Origine Géographique), une méthode en devenir (mis à jour le 13 juin 2023)
- L’identification de personnes décédées par les empreintes digitales (mis à jour le 13 juin 2023)
Concernant les méthodes de bornage des téléphones portables, nous vous invitons à lire Faire parler les téléphones publié par le Chef d'escadron Stéphane Lettrillard (le 26 mai 2016, mis à jour le 13 juin 2023) sur le site de l'UNPJ.
À lire également Comment le bornage téléphonique peut faire basculer une enquête judiciaire (RTL, 3 octobre 2023) :
Avant toute chose, il faut rappeler qu'un téléphone portable - quand il est allumé - recherche en permanence les antennes relais disponibles autour de lui. Il s'agit des pylônes où sont accrochés les émetteurs/récepteurs qui transmettent vos appels ou vos requêtes Internet. On les appelle des cellules. À chaque recherche, parfois plusieurs fois par minute, le téléphone active une ou plusieurs cellules dans un large rayon autour de lui, sur différentes antennes relais afin d'être prêt à communiquer.
L'ensemble de ces activations sont enregistrées par les opérateurs avec la référence de carte SIM utilisée et le numéro IMEI, unique, du téléphone. Ces informations sont conservées pendant un an. En cas de requête judiciaire, les données sont fournies aux services de police ou de gendarmerie. Cela permet, a posteriori, de savoir quels téléphones était dans une zone donnée à un moment, c'est ce qu'on appelle le bornage.
Lors de la tuerie de Chevaline en 2012, dans un petit village de Haute-Savoie proche de l'A41 et l'A43, 4.000 numéros avaient été identifiés. Tous ont été vérifiés, sans succès à ce jour. Dans une affaire bien plus récente, la disparition du petit Émile dans les Alpes-de-Haute-Provence, les gendarmes ont recensé 1.600 téléphones qui ont borné dans une large tranche horaire autour de sa disparition. Le travail est toujours en cours. [...]
Dans certaines affaires, ce travail de fourmi paie. Ce fut le cas dans le cadre du meurtre du caporal Arthur Noyer, par Nordahl Lelandais, en avril 2017. C'est d'abord l'enquête sur la mort de la petite Maëlys, en août 2017, dans la même région qui a permis d'identifier l'ancien maître-chien devenu tueur. Les bornages ont ensuite permis d'établir que le téléphone du caporal et celui de Nordahl Lelandais avaient activé les mêmes cellules sur un long trajet cette nuit-là. Un élément crucial qui a permis de confondre une deuxième fois le meurtrier.
Sur ce sujet, vous pouvez lire l'article de Sciences et Avenir : Affaire Jubillar : même sans une erreur de la gendarmerie, le bornage téléphonique est-il fiable ? :
Autres ressources Web
Géolocalisation en temps réel des véhicules et des téléphones portables (Le Monde du droit, fév. 2024)
Vers la fin des cold cases ? "On dispose de moyens à condition qu’on débloque tous les freins autour de l’IA" (Marianne, 18 oct. 2024)
Voici des références issues de nos collections que vous pourrez emprunter à la BmL :
Le continent des oublié.e.s [Livre] : les cold cases des fillettes martyres de 1987 / Thierry Lévêque, 2025
La géologie au service de l'enquête [Livre] / Patrick de Wever ; avec la collaboration de Richard Marlet, 2025
ADN policier [Livre] / Joëlle Vailly, 2024
Cold cases [Livre] : un magistrat enquête / Jacques Dallest, 2023
Il était une fois la police scientifique [Livre] : prélever, analyser, comparer, innover / textes, Manon Gauthier-Faure ; photographies, William Dupuy, 2022
Au plus près du mal [Livre] : une psychologue à la Brigade criminelle / Frédérique Balland, 2018
Celles qui ne dorment pas